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A l’Estadio Monumental de Santiago du Chili, se déroulait l’affiche du Groupe C de cette Copa América entre la Colombie et le Brésil. Après s’être fait surprendre par leur voisin vénézuélien, les Cafeteros n’avaient déjà plus le choix face à la Seleção victorieuse du Pérou lors de la première journée.

Après une journée de repos et de visite des lieux mythiques de la capitale chilienne de la Moneda où Salvator Allende prononça son dernier discours avant le coup d’État du Général Pinochet à la sublime Plaza de las Armas, l’équipe LO est repartie sur le chemin des stades chiliens. Direction l’enceinte de Colo Colo, ancien club d’un certains Iván Zamorano entre autres, l’Estadio Monumental, qui accueillait son premier match de la compétition : la Colombie de James Rodriguez affrontait le Brésil de Neymar pour ce qui était déjà la dernière chance pour les Cafeteros.

C’est en milieu d’après-midi que nous quittons Santiago du Chili et son centre-ville pour rejoindre La Florida où se situe l’Estadio Monumental. Direction l’Avenida Marathon pour récupérer nos précieux sésames et nous pouvons déjà nous apercevoir que la Colombie évoluera pratiquement à domicile, comme ce fut le cas à Rancagua dans le Clásico face au Venezuela (voir L’exploit vénézuélien vécu au cœur de ses hinchas), tant ses supporters se sont déplacés une fois de plus en nombre. Les rues adjacentes sont elles aussi bondées de maillots jaune, drapeaux colombien et les premiers chants se font déjà entendre comme pour nous rappeler l’attente et l’espoir qui suscite la sélection pour cette Copa América. Aux alentours de l’Estadio Monumental, nous croisons Pablo, venu directement de Bogotá avec plusieurs de ses amis, dont un français, qui nous donne son avis avant cette deuxième journée décisive dans ce Groupe C. « C’est vrai qu’après avoir perdu ce match face au Venezuela, qui nous paraissait un rival largement abordable, nous nous sommes énormément compliqués la tâche. Aujourd’hui nous avons l’obligation de ne pas perdre voire de gagner face au Brésil qui est un monstre continental. Mais nous avons confiance en ce groupe qui est composé de grands joueurs comme Falcao, James Rodriguez ou encore Cuadrado » nous lance t-il avant de poursuivre « J’espère juste que Teo Guiterrez sera titularisé à la pointe de l’attaque en lieu et place de Bacca ». Son vœu sera exaucé par José Pékerman qui choisira le joueur de River Plate aux côtés de Falcao, seul changement par rapport au onze de départ face au Venezuela. En marchant vers notre tribune, nous faisons ensuite la rencontre d’Alejandro, un supporter brésilien venu de São Paulo qui nous livre aussi ses impressions sur la rencontre. « Après cette victoire à l’arrachée face au Pérou, on démarre bien cette compétition mais aujourd’hui c’est un tout autre adversaire qui nous attend. Le Venezuela a battu la Colombie en mettant un énorme impact physique bloquant James Rodriguez tout le match. On se doit de faire la même chose et avec ce qu’est en train de mettre en place Dunga nous en sommes capables » affirme t-il avant de continuer sur le nouveau style de jeu de la Selecao imposé par son nouveau sélectionneur « Il est vrai que cela n’est pas dans nos gênes de mettre beaucoup d’impact et d’appuyer sur le physique mais pour le moment cela fonctionne. Même si je pense que ça fonctionne car on a Neymar devant qui est capable de coups d’éclats incroyables. Après attendons de voir, mais personnellement je n’en voudrais pas à Dunga, au vu de ce qu’il représente il restera quoi qu’il arrive dans notre cœur ».

Le temps de s’installer en tribune au milieu des déguisements tous les uns plus beaux que les autres de la part des hinchas colombiens, les joueurs rentrent déjà à l’échauffement sous les vivas du Monumental côté colombien, sous une énorme bronca côté brésilien. Une banderole « Era gol de Yepes » (Il y avait but de Yepes) est même de sortie en référence au dernier quart de finale de la Coupe du Monde 2014 entre ces deux nations où l’ancien parisien, Mario Yepes, s’était vu refuser un but tout a fait valable alors que le Brésil menait deux buts à un. Avant l’entrée des joueurs et les hymnes nationaux, les fans colombiens continuent à se chauffer les cordes vocales avec les « Olé olé olé ola mi Colombia va a ganar » ou encore les « Colombia Colombia » et autres « Si se puede », nous savons d’ores et déjà qui sortira vainqueur dans la bataille des tribunes. Nous en avons la confirmation sur les hymnes tant celui de la Colombie nous fait dresser les poils sur nos bras alors que l’hymne du Brésil sera parfaitement respecté.

Nous y sommes, après une poignante minute de silence en hommage à l’ancien joueur de la sélection brésilienne, Miranda, champion du Monde 1958 et 1962, décédé ce dimanche, le coup d’envoi est donné par Monsieur Enrique Osses, arbitre chilien du soir.

Le match

Le Colombien James Rodriguez lance les hostilités avec une première frappe contrée avant que Neymar n’entre en jeu ce qui ne plait par au public du Monumental qui siffle copieusement la star Brésilienne à chaque ballon. Les Cafeteros montrent un tout autre visage que celui face à la Vinotinto lors du premier match, les hommes de Pékerman poussent et assiègent la moitié de terrain brésilienne dès les premières minutes. Après la première frappe du Brésil, signée Filipe Luis, le duo Zuñiga – Neymar se voit reconstitué. Le Colombien lance un crochet magnifique sur Neymar et le stade tout entier est en extase, cette fois pas de coup physique mais une victoire psychologique de Zuñiga. Le Brésil est comme bien souvent avec Dunga en souffrance et attend les éclairs de génie de ses individualités ou les erreurs du rival pour partir de l’avant. La Colombie domine et se laisse un peu trop aller d’ailleurs, James et Armero prennent tous les deux un carton jaune même si le dernier est punit à la place de Teofilo vrai fautif (Monsieur Osses toujours au top). Les gestes techniques de Neymar sont, comme toujours, un régal pour la vue mais cela n’est pas suffisant pour mettre des Colombiens bien en place en danger. C’est à la 36e minute que le Brésil de Dunga va logiquement plier, sur un coup franc frappé par Cuadrado mal dégagé par la défense de la Canarinha le défenseur Murillo vient battre Jefferson pour déclencher la folie au Monumental.

Le petit groupe venu de Sogamoso devant l’équipe de LO se lâche même s’il manque la maman qui a rejoint les travées depuis le coup d’envoi (froid ou superstition ?). Ce but va donner confiance aux Cafeteros qui tentent de plier le match avant la pause mais le magnifique mouvement entre James, Teo et Cuadrado se termine sur frappe du joueur de Chelsea qui flirte avec le montant droit de Jefferson. Le Brésil a le temps d’une dernière occasion, la meilleure pour eux jusqu’à maintenant à la 44e minute, la doublette du Barça Dani Alves – Neymar est tout proche d’égaliser mais la tête de ce dernier est sauvée sur sa ligne par Ospina. L’attaquant du Barça touche ensuite le ballon de la main ce qui lui vaut un carton jaune synonyme d’absence contre le Venezuela.

À la pause, les supporters Colombiens sont heureux, ils savent que c’est possible et ont choisi leur homme du match pour le moment. Le milieu de terrain Carlos Sánchez véritable poulpe au milieu de terrain et point d’ancrage de la machine Cafetera. Juan lui, en provenance de Cali, se dit satisfait de l’entrée de Teo en lieu et place de Bacca dans le onze colombien « Teo réalise une excellente première période. Bacca s’est montré un peu trop passif lors du match contre le Venezuela, Teo est pour l’instant intéressant. On attend Jackson Martínez en deuxième période ». Les Colombiens se font attendre sur le terrain alors que le Brésil et les arbitres sont déjà prêts pour le deuxième round. L’équipe de LO en profite pour discuter avec un collègue portugais qui assure que les joueurs offensifs colombiens sont venus aujourd’hui sur des chevaux en allusion à la vitesse des attaques des hommes de Pékerman. Le jeu reprend et Neymar manque une nouvelle fois le cadre avant que Cuadrado ne fasse de même, les deux sélections se rendent les coups alors que Neymar pense aussi à prendre du plaisir comme le prouve un magnifique sombrero sur Zapata. À la 53e minute un fait inexplicable se produit, le sondage Twitter de l’organisation de la Copa América, qui s’affiche sur les écrans géants du stade, montre que 91% des participants pensent que le Brésil, alors mené 1-0 par la Colombie, va s’imposer contre 9% seulement d’une sélection qui a dominé les débats. Surement dû au fait que toute la Colombie était dans le stade où il est impossible de twitter par manque de réseau.

Neymar continue son show personnel mais est surpris par un énorme manqué de Firmino alors sans gardien qui envoie sa frappe dans les tribunes. L’ancien joueur de Santos doit également subir les cris de « Payaso » à chaque fois qu’un Colombien décide de le mettre à terre un peu violemment. Les supporters jonglent plutôt bien entre les insultes envers Neymar et les « OOOOOOOO-SPINA ! » à chaque dégagement de l’ancien Niçois. L’entrée de Coutinho ne changera rien pour Dunga qui voit finalement son Brésil tomber lors de cette Copa América. Dunga comptera surement beaucoup sur le joueur de Liverpool qui aura la lourde tâche de remplacer Neymar lors du prochain match contre le Venezuela et lors d’un possible quarts de finale après avoir vu rouge après le coup de sifflet final suite à une embrouille avec Murillo et Carlos Bacca qui a lui aussi été expulsé. Une victoire ô combien importante de la Colombie qui retrouve son statut après un faux-pas contre la Vinotinto. Comme l’ont bien dit deux jeunes supporters en sortant du stade : « Colombia sigue viva ! ».

Par Nicolas Cougot, Nicolas Faure et Bastien Poupat, à l’Estadio Monumental, Santiago

Lucarne Opposée

Derrière Lucarne Opposée – Chili 2015, Nicolas Cougot, Nicolas Faure et Bastien Poupat, trois journalistes freelance partis aux quatre coins du Chili pour offrir une immersion totale, en temps réel, dans la plus grande compétition du continent et faire découvrir l’histoire du Chili et de son football à travers photos, vidéos et récits.