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Deux finales en 24h. Histoire de terminer de la meilleure des manières la 44ème Copa América, Pérou, Paraguay, Argentine et Chili allaient s’offrir à près de 600 kilomètres de distance, deux finales aux extrêmes opposées.

Le Pérou, beau troisième

Vendredi 3 juillet. Alors que la canicule frappe la France, Concepción rappelle aux étrangers venus suivre la Copa América que l’hiver s’est installé au Chili. Une température digne de l’ère glaciaire qui symbolise parfaitement l’accueil reçu par la sélection péruvienne, rare embellie de la 44ème édition, venue rééditer sa performance de 2011 face à un Paraguay traumatisé par une demi-finale hommage à Wimbledon (voir Ganó el fútbol).

Si la tribune de presse est aux abonnés absents, à l’image des bénévoles chargés de nous placer (et accessoirement vérifier qu’on ne prend aucune photo pendant la rencontre), les supporters chiliens et péruviens sont pour leur part bien présents. Pendant 90 minutes, le peuple chilien s’évertuera à pousser derrière le Paraguay, espérant éviter la vision d’un Pérou triomphant, mais aussi à envoyer à distance tout son soutien vers sa sélection chérie prête à relever le plus grand des défis 24h plus tard. Malheureusement pour les plus de 29 000 spectateurs présents à l’Ester Roa, la première partie de la mission ne sera pas accomplie.

La faute à une remarquable équipe péruvienne redoutablement organisée mais aussi à un Paraguay au fond de jeu frisant le néant. Conséquence, les Carrillo, Ballón, Cueva et surtout notre chouchou Yordy Reyna, se sont régalés. Dominateurs sur l’ensemble de la rencontre, les hommes de Gareca sont allés chercher une victoire nette et sans bavure en se permettant le luxe d’offrir à Paulo Guerrero l’occasion de terminer meilleur buteur du tournoi. Comme en 2011, le Pérou prend la troisième place de la Copa América et, dans un stade vide – les chiliens ayant donc perdu leur pari – confirme que sa nouvelle génération peut envisager de relever le défi d’une qualification à la Coupe du Monde.

Ne nous restait alors plus qu’à parcourir nos dernier 500 kilomètres pour revenir vers Santiago, lieu de la conclusion de la Copa América. Menu alléchant au possible, le remake de 1955, Chili – Argentine, le duel entre les deux meilleures formations de l’épreuve.

Le Chili décroche son Graal

A cinq heures du coup d’envoi, l’Avenue Grecia commence à voir affluer ses premières vagues bleues blanc rouge teintées d’Albiceleste. Les vendeurs ambulants commencent à agiter leurs drapeaux, proposer leurs vuvuzelas à l’accent sudam aux passants. Gentiment, la pression monde. A deux heures du coup de sifflet, les rues se sont peuplées mais le sentiment de fête demeure. Chiliens et argentins arpentent l’Avenida Pedro de Valdivia dans le silence, marchants côte à côte, semblant économiser leurs forces en vue de la bataille qui s’annonce en tribunes. Car la bonne nouvelle est de voir enfin l’adversaire présent en grand nombre. Oubliée la blague des soi-disant 1800 uruguayens, oubliés les péruviens disséminés aux quatre coins du stade façon puzzle, les argentins sont venus en nombres et son facilement repérables en tribunes, l’heure du duel a sonné. Si le onze argentin est un copier-coller de celui qui a donné une leçon de football au Paraguay en demi-finale, côté pays hôte, Samp tente le pari Marcelo Díaz défenseur central, Silva entrant au milieu de terrain pour épauler le magnifique Charles Aránguiz au milieu. Dans un Estadio Nacional plein comme un œuf et rougi par le soleil d’un soir d’hiver chilien, Wilmar Roldán pouvait alors siffler le coup d’envoi des 90 dernières minutes (ou plus si affinités).

Le match

Sampaoli et ses trois défenseurs centraux sont prêts, le match débute mais c’est l’Argentine qui garde le ballon dans les premières minutes alors que le Chili utilise le dos des latéraux argentins pour être dangereux. Les hommes de Sabella s’appuient sur Lionel Messi pour aller de l’avant avec l’aide d’un Di María bien en jambes. Comme très souvent lors de cette Copa América pour les Chiliens, c’est le mago Jorge Valdivia qui régale la galerie de ses contrôles et passes improbables. Cependant à la 8e minute le milieu offensif décide d’en faire trop et oublie de frapper, comme bien souvent avec lui. C’est Arturo Vidal qui est le premier à tester les réflexes de Sergio Romero sur une frappe du gauche après un déboulé d’Alexis Sánchez. Les Argentins répliquent à la 20e minute de jeu sur un coup franc de Lionel Messi qui trouve la couenne de Sergio « El Kun » Agüero, lequel voit son occasion repoussé par Claudio Bravo. Les deux sélections se rendent coup pour coup, l’excellent Eduardo Vargas profite d’une passe Ortigozesque de Francisco Silva pour partir seul au but mais il manque le cadre. Ce même Silva prend un jaune ensuite pour un petit placage sur Di María.

Après une longue saison et une Copa América bien chargées, les organismes sont très sollicités comme le prouve la blessure de Di María à la 28e minute. Medel prend lui le soin de rappeler à Messi qui est le patron sur le tapis du Nacional avant qu’Alexis ne se lance dans quelques beaux mouvements dont luis seul a le secret, une fois toutes les 30 minutes, ce qui lui vaut l’ovation habituelle du public chilien. La Roja est à l’aise techniquement mais aussi dans les duels, Gary Medel et Marcelo Díaz écopent d’un jaune quelques minutes avant la pause. Alexis et Lavezzi, entré à la place de Di María, voient leurs frappes sauvées respectivement par Romero et Bravo. Contre toute attente, la première période entre le Chili et l’Argentine, les deux sélections les plus offensives du tournoi, se termine sans but.

Le Chili reprend la deuxième période en fanfare et tente de faire plier le duo Otamendi – Demichelis très solide ce soir. Le Xavi chilien, Marcelo Díaz, lance Vidal qui fait un amour de contrôle en pleine course pour le bonheur du stade Nacional et les journalistes présents avant de lancer Valdivia qui voit son centre contré. L’Argentine de Martino souffre, à l’image de Marcos Rojo qui écope d’un carton jaune suite à un tacle en retard sur Isla, avant que Mascherano ne reçoive également sa biscotte. Les 45 693 spectateurs présents au stade Nacional donnent de la voix pour pousser le Chili qui n’arrive pas à rompre la ligne défensive argentine ni avec Vargas ni avec Vidal. A la 83e minute arrive la plus belle occasion du match, que dis-je de la Copa América. El Principito Aránguiz (l’homme du match sans aucun doute) lance Alexis Sánchez a.k.a el Tocopillano, dans le dos de la défense albiceleste mais le Gunner croise trop sa reprise de volée instantanée et manque de quelques centimètres de marquer le but de l’année. L’Argentine toute entière, notamment un membre scandalisé de la Team LO dont le nom n’a pas filtré, réclame un pénalty plus que flagrant sur l’essentiel Marcos Rojo ceinturé par Francisco « El Gato » Silva dans la surface de Claudio Bravo.

A quelques secondes du coup de sifflet de Monsieur Roldán, l’Argentine peut plier le match mais malheureusement choisit Gonzalo Higuaín pour le faire, ce qui se termine logiquement en échec, sachant que l’attaquant, qui parait maudit depuis quelques années ne peut pousser au fond des filets le centre de Lavezzi après un décalage de Banega. Les deux équipes doivent passer par la case prolongation. Higuaín a beaucoup de mal depuis son entrée et va même essuyer quelques sifflets de ses quelques supporters présents après une mauvaise passe alors que les Argentins partaient en contre lors de la première prolongation. Côté Chilien c’est Marcelo Díaz, excellent ce soir, qui tente sa chance mais sa frappe enroulée passe au-dessus des buts de Romero. La star du pays Alexis Sánchez est tout proche de délivrer le stade lors des dernières secondes de ce premier acte mais, malgré une grosse erreur de Mascherano, ne peut cadrer sa frappe devant le gardien albiceleste.

Lors des 15 minutes supplémentaires les corps commencent à lâcher à l’image de Mascherano, Aránguiz et Lavezzi. Ces pépins physiques ne nous empêchent pas de vivre un magnifique duel à distance entre Medel et Mascherano, deux des meilleurs récupérateurs de la planète foot. A quelques secondes des tirs au but la tension et les nerfs se font sentir sur le rectangle vert mais aussi dans les tribunes et l’arbitre colombien de la rencontre décide d’envoyer ces deux sélections se départager depuis les 11 mètres. Arturo Vidal qui a beaucoup fait parler de lui lors de cette Copa América suite à quelques soucis hors-terrain en profite pour chauffer le public et lui demander de pousser au maximum alors que les travées du Julio Martínez Prádanos entonnent l’hymen chilien a capella comme souvent pour donner un dernier coup de pouce à l’équipe de tout le pays.

Matigol est le premier à s’élancer et va nettoyer la lucarne de Romero impuissant. Le grand Lionel Messi, hué comme pas possible ensuite égalise d’un tir magistral avant que Vidal ne voit Romero toucher sa frappe mais sans succès.

Higuaín confirme alors sa malédiction et envoie son tir dans les nuages ce qui permet au grand Charles Aránguiz de donner un avantage conséquent au Chili sur le tir suivant. Le milieu de terrain du FC Séville Éver Banega voit alors sa frappe stoppée par Bravo ce qui laisse les clefs du succès dans le pied droit de la grande star du Chili Alexis Sánchez qui a enfin la possibilité de se muer en véritable héros de tout un peuple. L’attaquant d’Arsenal ne se manque pas et permet au Chili de soulever sa toute première Copa América, sur ses terres en plus, après 99 ans !

173 matchs ont été nécessaires au Chili pour enfin se couronner champion de la Copa América. Un titre bien mérité pour la Roja qui confirme sa progression depuis quelques années et son nouveau style de jeu en prenant au passage la possession à l’Argentine de Martino pour la 1e fois dans ce tournoi (57.7%). L’Argentine perd pour sa part une nouvelle finale après la Coupe du Monde et une nouvelle finale de Copa América aux tirs au but après celle de 2004 contre le Brésil.

Par Nicolas Cougot et Nicolas Faure, à Concepcion et Santiago

Lucarne Opposée

Derrière Lucarne Opposée – Chili 2015, Nicolas Cougot, Nicolas Faure et Bastien Poupat, trois journalistes freelance partis aux quatre coins du Chili pour offrir une immersion totale, en temps réel, dans la plus grande compétition du continent et faire découvrir l’histoire du Chili et de son football à travers photos, vidéos et récits.