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Uruguay – Clausura 2016 : Diego Forlán et le match parfait

  • Écrit par Jérôme Lecigne

Belle fin de semaine en Uruguay avec des confrontations intéressantes. Nacional gagne dans la difficulté face aux Wanderers, Fénix et Racing se quittent dos à dos et le Danubio sauve un point dans les dernières secondes face au Tanque. Mais tout cela n'a plus eu d'importance à partir de dimanche soir, quand Peñarol a commencé à jouer, quand Diego Forlán est rentré sur la pelouse. Depuis six mois au sein du club carbonero, il est en train de passer doucement du statut de star sur le déclin au statut d’icône. Voici le compte rendu du meilleur championnat du monde selon le classement établi hier soir par moi-même.

Peñarol 5 – 1 Defensor

Affiche de la journée, les PeñarolDefensor sont devenus des affiches au fil des dix dernières années et des performances du Defensor devenu un grand club d'Uruguay derrière les deux géants. Malheureusement, la Violeta souffre depuis le début du tournoi de clôture et le départ de très nombreux joueurs, de l'emblématique gardien Martin Campaña au meneur de jeu Brian Lozano, en passant par le néo-remplacant bordelais Mauro Aramabarri. L’entraîneur Tejera est donc parti, remplacé par Eduardo Acevedo, ancien joueur de la Violeta dans les années 80, champion de la Copa America 1983. C'est tout l'inverse d'un Peñarol qui a souffert durant une intersaison ponctuée d'un changement d'entraîneur, mais qui depuis retrouve des couleurs avec deux victoires et un bon point pris en Libertadores. Depuis l'arrivée de Da Silva, l'équipe a été réorganisée en 4-4-2 avec une pointe, le Colombien Murillo arrivé durant le mercato, et un neuf et demi, en la personne de Diego Forlán. Cachavacha retrouve ainsi son vrai poste de prédilection, tournant autour de l'attaquant, mais restant bien en position offensive, contrairement à son positionnement dans le 4-3-3 de Bengoechea qui le forçait à faire de nombreux efforts de repli défensif sur les côtés. Et forcement, papy en était moins efficace. Depuis trois matchs, il est de nouveau éblouissant, prouvant que ce n'est pas parce que l'on a gagné en année que l'on doit forcément reculer sur le terrain. 

Le match commence plutôt bien pour le Defensor puisque Felipe Rodriguez, le meilleur joueur qu'il lui reste depuis le Mercato, marque un magnifique coup franc à la 26ème minute, de trente mètres et du pied gauche, pleine lucarne. Ce but vient ponctuer une demi-heure de domination de Defensor, qui réussit à bien presser Peñarol à la relance et qui ne laisse donc pas respirer les Carboneros. Le but va les réveiller en les faisant notamment passer le jeu plus rapidement vers l'avant, quitte à « balancer » pour contourner ce pressing intense. Et à la 40ème, sur un contre rapidement mené, Maxi Rodriguez effectue une talonnade astucieuse à l'entrée de la surface pour Forlán qui enveloppe bien son ballon du droit dans le petit filet pour l'égalisation. A la toute fin de la première mi-temps, et sur une action identique où les défenseurs du Defensor reculent plutôt que de presser comme il le faisait en début de mi-temps, Vascito « petit basque » Aguirregaray frappe de l'entrée de la surface mais son tir est contré et Forlán, toujours lui, le reprend de volée, du gauche, dans le but presque vide. Peñarol vire en tête de façon quasi miraculeuse, sur deux contres.

L'avantage pris par les carboneros va leur permettre de contrôler le match par la suite. Ils vont jouer plus bas et attendre de récupérer le ballon pour contrer. Il faut dire qu'ils seront bien aidés en cela par l'attaque apathique du Defensor, mené par Maxi Gomez, Castro puis Acuña, qui n'a jamais réussi à déstabiliser la défense de Peñarol. A la 60ème, Forlán tire magnifiquement un coup franc, du pied droit, le dépose au six mètres sur Murillo qui n'a plus qu'à reprendre de volée pour le troisième but. Murillo est seul car couvert par Martinez, remplaçant de Zunino sorti sur blessure en première mi-temps. Par la suite, et dans les dix dernières minutes, Forlán offre de nouveau un caviar à Murillo, ce coup-ci du gauche, pour le but du 4-1. A noter la bonne transversale, et le bon match en général, de Maxi Rodriguez, à l'origine de cette action. Pour finir, et à la toute fin du match, Maxi Olivera, autre très bonne recrue Carbonero, délivre un très bon centre pour Forlán qui le reprend de la tête, à une douzaine de mètres du but, qui la dépose dans la lucarne opposée pour le 5-1. Encore un Golazo, un but très compliqué puisque Forlán est dos au but. Score final : 5-1.

Côté Defensor, le pressing a tenu 40 minutes. Il a fait exploser les joueurs comme un grain de maïs dans un micro-onde. L'attaque a été inoffensive, Maxi Gomez très décevant. Au milieu, Felipe Rodriguez a au moins marqué un magnifique but. Il a été aussi le plus remuant sur son côté. Nico Olivera, joueur historique du club et aligné comme meneur de jeu, a été affligeant. La défense n'a presque pas été si mauvaise que ça. Hormis l’alignement sur le coup-franc marqué par Murillo, ils ont souvent été débordés par la vitesse des attaquants Carboneros. Le colombien Bonilla a été plutôt rassurant dans un match ou la Violeta en a pris 5.

Côté Peñarol, les joueurs faisant la différence sont presque tous des recrues. En défense, Maxi Olivera, recruté au Wanderers dans les dernières heures du mercato, démontre à quel point Diogo Silvestre n'aurait pas dû rester titulaire aussi longtemps. Il est bon défensivement et véloce offensivement. Au milieu, Tomàs Costa est un très bon 6, physique dans le sens où il apporte de la présence, techniquement bon. Il a, à ses côtés, Nahitan Nandez qui n'a pas été exceptionnel aujourd'hui, et devant lui Maxi Rodriguez, qui a beaucoup fait le lien dans les espaces entre l'attaque et la défense. Et il l'a bien fait, très précis dans ses passes. Le but de l'égalisation vient de lui. C'est souvent le joueur de l'avant dernière passe. En attaque, Murillo en est déjà à trois buts en deux matchs. Comme Maxi Olivera avec Diogo, il nous rappelle à quel point Ifràn n'a pas été bon pendant six mois. Ce n'est pas un joueur de football très technique, ce n'est pas un grand dribbleur, mais il est toujours là, à l'ancienne, dans la surface. Sinon, Diego Forlán a marqué du gauche, du droit et de la tête, et a fait deux passes décisives, une depuis chaque pied. Pas trop mal donc.

Portrait du joueur de la semaine : Diego « On ne vit que deux fois » Forlán

Que dire à nouveau sur Diego Forlán qui n'est pas été dit. Tout d'abord, qu'il est venu en star au Peñarol, pas en idole. Toute sa carrière, il a annoncé qu'il jouerait un jour pour son club de cœur, mais il n'est revenu qu'à 36 ans, après avoir joué en deuxième division japonaise... Mais il réussit depuis six mois à se mettre le public dans sa poche, avec des performances de bon niveau à chaque match, et quelques matchs exceptionnels comme celui de ce week-end. Le vrai juge de paix sera la Libertadores, un bon parcours et Diego pourrait rapidement passer de star à idole, de joueur de la sélection uruguayenne à joueur du glorioso Peñarol. A noter que la semaine a été chargée avec un voyage au Pérou en Libertadores et un petit bébé, le premier, jeudi.

Racing 2 – 2 Fénix

Gros match entre deux équipes de l'Est de Montevideo, entre deux équipes joueuses et plutôt bien classées à l'annuel, qui peuvent espérer une participation en coupe continentale. Le Racing vient de battre le Defensor assez facilement et affiche une équipe jeune avec quelques joueurs à suivre comme Estol ou  Caballero au milieu. Le Fénix de Rosario Martinez est lui toujours aussi solide en ce début de saison, avec une attaque spéciale Lucarne Opposée / CONCACAF composée du canadien Cavallini et du panaméen Watermann.

Le match commence fort avec une domination du Racing. Mais dès la 5ème minute, sur un contre, Ligüera offre un caviar dans l'axe à Cavallini qui ouvre le score contre le cours du jeu. La passe à l'aveugle à l'origine du but est magnifique. Le Racing repart à l'attaque et a plusieurs occasions par Fernandez ou Otormin, mais n'arrive pas à concrétiser ses actions, butant sur une bonne défense du Fénix conduite par le grand Nacho Pallas. Les choses empirent d'ailleurs rapidement avec l'expulsion de Juan Pablo Rodriguez, sur un coup de poing assez incompréhensible au milieu de terrain. L'horizon apparaît alors dégagé avec une équipe solide de Fénix gagnant 1-0 à onze contre dix. Mais Cavallini va également « péter les plombs » sans raison, en taclant par derrière Caballero, sans qu'il n'y ait aucun danger sur le but. Carton rouge également logique. Seul 20 joueurs rejoignent les vestiaires à la mi-temps. Dès le retour, et sur un centre que personne ne dégage dans la surface de Fénix, Caballero récupère le ballon et frappe pleine lucarne pour l'égalisation. Quelques minutes après, Ligüera dépose un coup-franc dans la lucarne de Contreras, mais vraiment dans la lucarne parfaite de Contreras, et le Fénix reprend l'avantage. Dans la foulée, Caballero reçoit un bon ballon plein axe, bien servi par Estol, pour l'égalisation sur un petit ballon piqué. Les deux équipes se satisferont par la suite de ce match nul, la fatigue venant, et le score restera de 2 partout.

Côté Fénix, le vieux Martin Ligüera a tout organisé au milieu de terrain. Cavallini a été bon avant de prendre un rouge, Watermann n'a pas pesé par la suite. En défense, Pallas est toujours aussi solide. Côté Racing, ils ont quelques jeunes au milieu, Caballero qui a marqué un doublé, Estol en milieu récupérateur, qui sont très bons. L'attaque a été plus à la peine, Liber Quinones a fait pitié quand il est rentré, Otormin, ancien grand espoir du Bolso, court beaucoup mais dans le vide.

Joueurs du match : Le jeune Pablo Caballero pour le Racing, le vieux Martin Ligüera côté Fénix.

Nacional 2 – 1 Wanderers

Le Bolso continue son chemin avec une troisième victoire de rang, face un adversaire qui s'est avéré beaucoup plus coriace que les précédents. C'est en effet les Bohemios qui ouvrent le score dès la  23ème minute sur une magnifique passe décisive de... Polenta, qui souhaitait passer en retrait pour son gardien mais qui se fait surprendre par Gaston Rodriguez qui n'a plus qu'à tromper Conde. Dans la foulée, Barcia obtient un penalty logique puisqu'il est fauché dans la surface. Nico Lopez le transforme et le Bolso revient avec chance dans le match, étant dominé par Wanderers. En deuxième mi-temps, le match s'équilibre après les rentrées de Fernandez et Tabo. Le changement d'organisation en attaque trouble les Bohemios qui avaient jusqu'à présent bien contrôlé les trois attaquants Bolsos. A la 74ème, Fernàndez marque sur un corner cafouillé au six mètres. La fin du match sera ponctuée par quelques idiots Bohemios qui allument des fumigènes, par un dégagement involontaire de Tabò sur l'assistant, ce dernier restant assis pendant une dizaine de minute pour s'en remettre, et par un rouge reçu par Gaston Bueno en toute fin de match.

Côté Nacional, Fucile a été très bon, dans sa défense comme dans sa relance. Sebastian Fernàndez a désorganisé les Bohemios par son positionnement lors de son entrée. Polenta a encore coûté un but à son équipe, il va finir remplaçant à ce rythme. Côté Bohemios, l'équipe a collectivement bien tourné mais Rodriguez et Rivas n'ont pas su convertir les occasions.

Joueur du match : Jorge Fucile, bon depuis la reprise

Ailleurs

Villa Teresa 1 – 1 Plaza Colonia : Plaza est toujours invaincu dans ce Clausura et va rapidement assurer son maintien.

Rentistas 0 – 0 Cerro : Cerro piétine dans ce Clausura et laisse s'éloigner les deux grands au classement annuel.

Sud America 2 – 1 River Plater : River souffre encore dans un match post-Libertadores. Michael Santos était encore au repos.

Danubio 3 – 3 El Tanque Sisley: Match fou ou Danubio rattrape deux buts de retard dans les dix dernières minutes.

Liverpool 1 – 3 Juventud de Las Piedras: Match clef dans l'optique du maintien perdu par Liverpool qui pourrait redescendre l'année de sa montée.

Les matchs à venir

A suivre la semaine prochaine, le presque clasico DefensorDanubio, match important pour deux équipes importantes du championnat actuellement en souffrance. Peñarol affrontera le Fénix dans un match compliqué pour les Carboneros face à un Fénix toujours difficile à manœuvrer.

Pour le reste

Claudia Umpierrez a été quatrième arbitre lors de RentistasCerro. Toujours bien de voir des femmes-arbitres au haut niveau.

L'Uruguay a plutôt un tirage facile pour la Copa America avec le Mexique, la Jamaique et le Venezuela. Avant cela, l'Uruguay jouera le Brésil en mars pour la qualification Russie 2018. Avec les absences de Godin et de Caceres, on parle du retour de Fucile (très probable) et peut être de Lugano (moins probable) en sélection. Lugano n'a jamais caché être toujours à la disposition du Maestro, mais ce dernier n'a qu'un critère en tête : Hiérarchie, Hiérarchie et hiérarchie. Compliqué donc de faire revenir un joueur pour un mach « jubilé ».

Andrés Scotti ne reviendra quant à lui plus en sélection. Il a annoncé prendre sa retraite, ayant terminé son contrat avec le Defensor et ne souhaitant plus continuer. Magnifique défenseur, il fut des parcours de la Celeste en Afrique du Sud et en Argentine. L'une de ses dernières apparitions en sélection fût un Uruguay – Colombie en 2013 que l'Uruguay devait gagner pour se qualifier, et où Scotti a été énorme en l'absence de Godin, au côté du tout jeune Gimenez, réduisant au silence Falcao. Il fera ensuite parti de la liste des 28 mais pas des 23 pour le Brésil. Un grand défenseur.

Les buts

 

 

Résultats

Classement

# Équipe J V N D Pts BP BC +/-
1 Plaza Colonia 15 9 5 1 32 20 9 11
2 Peñarol 15 8 3 4 27 25 18 7
3 Sud América 15 7 4 4 25 17 16 1
4 Montevideo Wanderers 15 7 3 5 24 31 21 10
5 Nacional 15 7 3 5 24 21 17 4
6 Cerro 15 7 3 5 24 17 15 2
7 Fénix 15 6 5 4 23 18 13 5
8 Liverpool 15 7 1 7 22 16 18 -2
9 Rentistas 15 6 3 6 21 18 17 1
10 Defensor Sporting 15 6 3 6 21 23 29 -6
11 Villa Teresa 15 5 4 6 19 15 19 -4
12 Juventud 15 4 6 5 18 19 19 0
13 River Plate (Uru) 15 5 3 7 18 15 16 -1
14 Racing (Uru) 15 3 5 7 14 19 24 -5
15 Danubio 15 3 4 8 13 18 25 -7
16 El Tanque Sisley 15 2 1 12 7 14 30 -16

A propos de l'auteur
Jérôme Lecigne
Author: Jérôme Lecigne
Spécialiste du football uruguayen, Suisse de l'Amérique du Sud, Patrie des poètes Jules Supervielle, Juan Carlos Onetti et Alvaro Recoba

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