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Uruguay – Clausura 2016 : Viva Colonia !

  • Écrit par Jérôme Lecigne

Quatre très belles affiches ce week-end en Uruguay avec deux chocs entre River Plate et Wanderers et entre Defensor et Danubio. Du côté des grands, Peñarol et Nacional chutent et laissent la place de leader à une surprenante équipe de Plaza Colonia. Voyage au pays du football, résumé de la quatrième journée du Clausura Uruguayen.

Plaza Colonia 2 – 0 Nacional

Colonia Del Sacramento est un endroit formidable. Je vous le dis sans toucher quoi que ce soit de leur office de tourisme. Si un jour vous allez en Argentine et que vous souhaitez voir l'Uruguay sans y passer une semaine (ce qui est en soit une erreur), il existe des excursions d'une journée depuis Buenos Aires. Ceci étant dit, c'est aussi le pays d'Alberto Suppici, El Profe, entraîneur de la Celeste championne du monde en 1930. Et c'est donc au stade Suppici que les Pata Blancas de Colonia recevaient Nacional pour cette quatrième journée du championnat. Colonia est d'ores et déjà l'équipe surprise de cette saison avec un maintien déjà assuré, et seulement quatre défaites pour 19 matchs. Un parcours digne de celui de 2001 quand l'équipe était conduite par un certain Diego Lugano, et qu'elle avait terminée deuxième du championnat (avec notamment une grande victoire contre Peñarol). Colonia est revenu en première division cette année, avec une équipe très jeune composée principalement de joueur locaux. Son budget est faible, un joueur du Nacional comme Victorino gagne autant que toute l'équipe de Colonia d'après le président du club, mais l'équipe a du cœur et des joueurs de qualité. En face, le Bolso a fait tourner après avoir joué cette semaine en Libertadores. Du gardien aux attaquants, 10 changements dans l'équipe par rapport au nul contre Rosario Central (lire Rosario Central 1 - 1 Nacional).

Le match commence avec beaucoup d'approximations. Entre un Nacional qui se cherche et un Colonia qui pense surtout à défendre, la première période ne montrera rien ou pas grand-chose, pas de tir cadré, presque aucune occasion hormis une de Nacho Gonzalez, mais rien de bien sérieux. L'action la plus marquante de ces 45 minutes est une semelle d'Eguren sur le tibia de Caseras sanctionnée d'un rouge par l'arbitre. Dès le début de la seconde période, et n'ayant rien vu en première mi-temps, Munùa sanctionne son équipe de remplaçant en faisant rentrer les piliers Romero, Lopez et Seba Fernandez. Le Bolso prend alors l'initiative en ayant plusieurs opportunités dont des ballons mal négociés par Lopez en attaque. Mais vers le milieu de la seconde période, et en supériorité numérique, le milieu de Colonia reprend l'avantage. A la 72ème minute, Dibble reçoit une très belle passe de Caseras sur son côté droit, repique au centre, prend de vitesse Olivera, et tire au ras du poteau opposé pour l'ouverture du score. Magnifique action de Dibble. Ce but assomme les joueurs Bolsos qui concèdent d'autres occasions par la suite jusqu'au but final à la 90ème. Dibble, encore lui, frappe le ballon sur le poteau, cela surprend Olivera le long de la ligne de but qui marque contre son camp. Victoire finale 2-0 pour un grand Plaza Colonia.

Côté Nacional, très mauvais match des remplaçants. Toute la ligne d'attaque a été inexistante, Mascia, Barbaro et Tabo. Nacho Gonzalez a légèrement surnagé, pas Eguren qui a mis en difficulté son équipe sur une faute inutile. La défense a été fébrile, pas aidé par les latéraux. Côté droit, Cavanna joué son premier match pro et côté gauche, Olivera est coupable sur le premier but puisqu'il se fait déborder facilement par Dibble. Les remplacements, à 10 contre 11, n'ont pas suffi. Côté Colonia, les joueurs qui se sont mis en avant sont Dibble évidemment, Caseras et Waller au milieu.

Portrait du joueur de la semaine : L'équipe Pata Blanca, comme un seul homme

Santiago De Avila, 22 ans, latéral, Cristian Malan, 23 ans, milieu de terrain, Nicolas Milesi, 23 ans, milieu de terrain, Matias Caseras, 23 ans, Facundo Waller, 18 ans, milieu offensif,  Nicolas Dibble, 21 ans, attaquant. Voici quelques exemples de joueur de Colonia, formés au club, originaires des environs, et qui s'épanouissent au club. Le meilleur a été Caseras, très bon dans la récupération et dans la passe, il est à l'origine du premier but. Il a très bien occupé l'espace au milieu. Malan est l'auteur d'un but extraordinaire de la ligne du milieu de terrain en début de saison. J'ai également déjà présenté Dibble (en faisant un mauvais jeu de mot sur son nom) qui a été énorme lors de ce match avec un but et demi. Je vais donc vous parler plus en détail de Waller qui a été partout lors de ce match. Le joueur de seulement 18 ans a parcouru son côté gauche, de la défense à l'attaque, durant tout le match, ne se fatiguant jamais. Souvent replacé par son coach (durant une bonne partie du match, on pouvait entendre l’entraîneur hurler « Facuuuuuuu! »), son adversaire direct a fini avec des crampes. Révélation sur ce match, à confirmer. Mais au-delà d'un joueur, c'est toute l'équipe qui est à saluer pour sa première place au Clausura, mais surtout, surtout, pour son maintien presque déjà assuré à la 19ème journée.

Defensor 3 – 2 Danubio

Quel Match ! Le petit Clàsico a livré sa part de bonheur et l'on pouvait longtemps après le match voir la joie des joueurs et écouter les chants du Defensor. Il faut dire que l'équipe d'Acevedo n'avait pas encore pris le moindre point durant ce Clausura, avec quelques défaites amères contre le Racing ou Peñarol. Mais ce match a été spécial avec un esprit de dernière chance et un stade Franzini bien rempli par des fans bruyants.

Dès les premières minutes, Danubio se procure des occasions par un Barreto très remuant. Mais c'est Felipe Rodriguez, joueur décisif en ce moment côté Defensor, qui ouvre le score de la tête à la 20ème  sur un bon centre de Zeballos. Il en est à 8 buts et 4 passes décisives depuis le début de saison, un très bon milieu gauche. Dans la foulée et une minute après le coup d'envoi, Carlos Grossmüller dépose un coup-franc sur la tête de Barreto qui frappe le ballon dans le petit filet pour l'égalisation. A la 34ème, Zarfino frappe d'assez loin, une trentaine de mètre, mais sa frappe flottante trompe Irrazabal et donne l'avantage au Danubio. Plus que la frappe, le déplacement du gardien est coupable sur ce but. A la mi-temps, le club de Maroñas domine donc assez logiquement un Defensor fragile défensivement. Et cela continue à la reprise jusqu'à un bon débordement de Gonzalo Castro sur son côté droit qui centre vers Maxi Gomez. Ce dernier reprend de la tête et marque le but de l'égalisation. Le Defensor est chanceux car Barreto, Saracchi et Grossmüller continuent à les mettre en difficultés défensivement mais sans réussir à marquer. Après ce but, le match est arrêté quelques minutes pour calmer des affrontements en tribune, il faut dire que la sécurité est assurée par une société privée et que les vigiles n'avaient pas l'air motivé outre mesure. Le match reprend donc, avec un temps additionnel de 8 minutes. Et à la toute fin du match, à la 52ème, Gonzalo Castro a la bonne idée d'effectuer le même centre que sur le deuxième but, bien repris par le même Maxi Gomez qui marque ainsi le but de la victoire. L'attaquant offre trois points à son équipe au prix d'un K-O, puisqu'il retombe sur sa tête et qu'il mettra un bon 5 minutes avant de célébrer son but.

Côté Danubio, l'attaque a été satisfaisante, mettant en difficulté l'adversaire. Barreto a été de toutes les occasions, Saracchi a beaucoup débordé mais n'a pas toujours bien défendu sur son côté, Zarfino a marqué un joli but. La défense (Lima, Gonzalez) a été décevante puisque battu sur tous les ballons aériens. Côté Defensor, match étrange puisque Irrazabal, le gardien, n'arrive toujours pas à s'imposer et que la défense parguayo-colombienne composé de Martinez et Bonilla n'a pas été une assurance tout risque. Mais les milieux latéraux (Castro et Rodriguez) et l'attaquant Maxi Gomez, ont été très bons et décisifs sur les occasions qu'ils ont eu. A noter, encore, le non-match de Nicolas Olivera. L'équipe gagne malgré lui.

Joueur du match : Maxi Gomez et Gonzalo Castro, pour la combinaison centre-but.

River Plate 1 – 1 Wanderers

Suivre un match d'une équipe dirigée par JR Carrasco est toujours un plaisir car on sait qu'il va y avoir des buts, que ce soit d'un côté ou de l'autre. Et c'est le cas pour ce match entre deux belles équipes, un River très offensif, avec deux attaquants et deux milieux excentrés très offensifs, et un Wanderers complet qui a posé de grandes difficultés au Nacional la semaine dernière. Malheureusement, depuis le début du Clausura et de la Libertadores, River a du mal à enchaîner les matchs et n'en a pas encore gagné. Pour la première fois, il peut cependant aligner en pointe Michael Santos, futur joueur de Malaga.

Mais le début de match est dominé par les Bohemios qui bloquent bien l'organisation offensive de River en jouant bas sur le terrain. Ils ne laissent pas Santos et Schiappacasse prendre de la vitesse dans leur dos. Au contraire, sur les phases de contre, Wanderers garde une défense basse mais fait monter ses arrières latéraux pour apporter le surnombre sur les côtés. Et c'est ce qui se passe sur le premier but où Alex Silva déborde très bien sur le côté droit au point de se retrouver le long de la ligne de but de River, entre le but et le poteau. Cela lui permet de centrer en retrait et à ras de terre parfaitement pour Gaston Rodriguez qui ouvre le score. Le reste de la première mi-temps est sur les mêmes bases, avec un River très joueur, très offensif, mais qui semble facilement prenable en contre, Blanco ou Rodriguez ayant d'autres occasions de marquer. A la mi-temps, Carrasco change son équipe en faisant rentrer Sebastiàn Ribas pour que ce dernier joue en pointe et que Santos et Schiappacasse puisse jouer sur ses côtés en prenant de la vitesse. Et Santos va rapidement se mettre en évidence avec plusieurs occasions puis le but dès la 52ème. Il déborde bien et frappe du côté droit sur le poteau. Tout heureux, Ribas n'a qu'à pousser le ballon du plat du pied pour marquer. Malgré de nombreuses autres occasions de chaque côté, le score restera de 1-1. Un match très intéressant à suivre.

Côté River Plate, Michael Santos a encore montré qu'il a un truc à part. Il a une conduite de balle qu'aucun autre joueur n'a dans le championnat uruguayen à ma connaissance. Tajàn n'a pas été extraordinaire en première mi-temps. La défense semble souffrir, notamment Ronaldo et Rodriguez en charnière, mais c'est le jeu de l'équipe qui le veut. Côté Wanderers, avec plus de réalisme de Rodriguez en attaque, les bohemios auraient pu gagner. Ont été bons les défenseurs (Cauè) et les latéraux (Alex Silva), ainsi que les milieux dont Riolfo qui a beaucoup couru.

Joueur du match : Alex Silva, Arrière droit.

Fénix 2 – 0 Peñarol

Rosario Martinez n'a pas vraiment le même style que JR Carrasco. Le coach de Fénix est connu pour ses équipes très bien organisées, structurées en défense et au milieu. Et face à Peñarol, on pouvait clairement voir les lignes sur le terrain de quatre en défense et de cinq au milieu. Il faut dire aussi que dans les quatre en défense, Nacho Pallas et Maxi Perg forment une charnière infranchissable. Au milieu, Raul Ferro est un roc. Devant eux, seuls Ligüera et Maxi Perez doivent organiser le jeu et essayer de trouver Waterman, solitaire en pointe. Du côté Carbonero, aucun changement par rapport aux derniers matchs, avec Forlán juste derrière Murillo.

Dès le départ, Peñarol va outrageusement dominer son match, avec notamment des actions dangereuses de Murillo et Forlán qui sont bien arrêtés par Dario Denis, le gardien de Fénix, connu pour avoir tous ses diplômes d'arbitre (lire Des buts à l'arbitrage). Peñarol domine, mais ne marque pas, et sur la première occasion où le Fénix passe la ligne médiane, Waterman déborde Guille Rodriguez et centre... pour personne, mais Tomàs Costa contrôle mal le ballon et ce dernier touche sa main droite. Penalty. Action incroyable car Maxi Perez ouvre ainsi la marque sans que le Fénix n'ait encore tiré au but. Costa, qui a fait un très bon début de saison, va porter cette action tout le long du match. Assez rapidement, Peñarol repart avec de nouvelles occasions mais sans concrétiser. Et encore une fois, vers la 40ème, quasi miraculeusement, Waterman déborde à nouveau Rodriguez avant de frapper au but. Gurruceaga l'arrête bien mais la relance involontairement plein axe. Martin Ligüera, vieux de la vieille du championnat uruguayen, la reprend de l'entrée de la surface pour le 2 à 0. A la pause, on a du mal à y croire. Par la suite, Peñarol va avoir un nombre incalculable de coups francs, de corners, qui seront systématiquement joués aériens et tapés par Pallas et Perg. Et quand ces derniers seront absents, c'est Dario Denis, très bon gardien, qui arrêtera les frappes. Affonso aura notamment une action à 5 mètres du but ou il frappera très fort, mais sur le gardien. Ce dernier s'effondre car il se prend un ballon en plein sur l'estomac, mais le ballon ne rentre pas. Un mélange de malchance et de maladresse.

Côté Peñarol, le match est vraiment différent de celui du Nacional.  Les carboneros ont eu beaucoup d'occasions, et ont montré du jeu. La fatigue a sans doute joué dans le réalisme. Costa a sombré, les frappes de Forlán sont passées à côté. Mais, pour le moins, l'équipe a gardé son esprit. Côté Fénix, le gardien a fait de très nombreux arrêts, Pallas et Perg ont pris beaucoup de ballons de la tête au point de finir tous les deux avec des sourcils saignants. Ligüera et Perez ont bien organisé les quelques contres. Waterman a beaucoup couru, pas toujours avec intelligence.

Joueur du match : Ignacio Pallas

Ailleurs 

Sud America 2 – 2 Racing : Le Racing revient avec un point arraché à la IASA.

Juventud 0 – 1 Villa Teresa: Villa Teresa effectue un début de Clausura assez incroyable puisqu'ils sont invaincus depuis trois matchs.

Cerro 1 – 0 Liverpool: Cerro confirme sa troisième place en battant un Liverpool qui n'a pas pris le moindre point pour le moment lors de ce Clausura et qui coule doucement.

El Tanque Sisley 2 – 1 Rentistas: Victoire importante pour le maintien de l'équipe fusionné.

Les matchs à venir

A suivre la semaine prochaine, Peñarol jouera vendredi face à Sud America avant de jouer la Libertadores. Nacional jouera dimanche contre une Juventud de Las Piedras en pleine déliquescence, victoire impérative pour les hommes de Munùa.  Le match le plus intéressant sera au final ce WanderersPlaza Colonia, au Viera, ou l'équipe leader surprise cherchera à confirmer son bon parcours.

Pour le reste

On a reproché samedi à Da Silva, coach de Peñarol, de ne pas avoir fait tourner son effectif. Dimanche, on a reproché à Munùa, coach bolso, d'avoir trop fait tourner. La vérité est sans doute entre les deux, les dix changements de Munùa ont complètement désorganisé l'équipe.

A Maldonado a été battu le record du monde du plus grand asado avec 6000 poulets rôtis. Non, ce n'est pas du football.

Breyner Bonilla, défenseur colombien, a été recruté en janvier par le Defensor au club de Tolima. La transaction se passe bien jusqu'à ce que le Defensor reçoive l'autorisation de le faire jouer, assorti d'une suspension de 4 matchs suite à un rouge datant du 2 septembre ! Les dirigeants demandent des explications, et on leur explique que le rouge a eu lieu lors d'un match de coupe, et que la suspension doit donc être appliquée lors des matchs de coupe colombienne ou lors de n'importe quel type de match en dehors de Colombie, selon les règles de la fédération colombienne. Le président du Defensor vérifiera donc à deux fois, à l'avenir, les suspensions des joueurs avant de les embaucher. Ou alors, plus simplement, il n’achètera plus de joueur colombien.

Sinon, en U19, le gardien du Defensor a marqué un but de sa surface :

 

Les buts

 

 

Résultats

Classement

# Équipe J V N D Pts BP BC +/-
1 Plaza Colonia 14 9 4 1 31 20 9 11
2 Peñarol 14 8 2 4 26 24 17 7
3 Nacional 14 7 3 4 24 21 15 6
4 Cerro 14 7 3 4 24 16 13 3
5 Fénix 14 6 5 3 23 18 12 6
6 Sud América 14 6 4 4 22 16 16 0
7 Montevideo Wanderers 14 6 3 5 21 29 20 9
8 Rentistas 14 6 3 5 21 17 15 2
9 Liverpool 14 6 1 7 19 14 18 -4
10 River Plate (Uru) 14 5 3 6 18 15 14 1
11 Defensor Sporting 14 5 3 6 18 22 29 -7
12 Juventud 14 4 5 5 17 18 18 0
13 Villa Teresa 14 4 4 6 16 13 19 -6
14 Danubio 14 3 3 8 12 18 25 -7
15 Racing (Uru) 14 2 5 7 11 17 23 -6
16 El Tanque Sisley 14 2 1 11 7 14 29 -15

A propos de l'auteur
Jérôme Lecigne
Author: Jérôme Lecigne
Spécialiste du football uruguayen, Suisse de l'Amérique du Sud, Patrie des poètes Jules Supervielle, Juan Carlos Onetti et Alvaro Recoba

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