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La révolution barcelonaise d'Adelaïde

  • Écrit par Antoine Blanchet-Quérin

Alors que sa tête était demandée fin novembre dernier, Guillermo Amor fait aujourd’hui l’unanimité à Adelaïde. A défaut de résultat en début de saison, l’ancien joueur de FC Barcelone, en prolongeant le travail de son prédécesseur Josep Gombau, en récolte aujourd’hui les fruits. Au point qu'une nouvelle révolution catalane pourrait avoir vu le jour en Australie.

Il y a 5 ans, alors managé par l’actuel sélectionneur national de l’Australie, Ange Postecoglou, le Brisbane Roar écrasait la A-league et décrochait le titre (lire Australie : Brisbane au bout du suspense) avant de devenir le Roarcelona. Adepte du jeu à la Barcelonaise et au jeu de possession, les oranges et noirs marchaient sur l’Australie du foot et allaient s’offrir 3 titres de champions et 2 Primer’s Plate (champion saison régulière – lire Australie : Orange Sunday 3) tout en finissant second en championnat entre deux titres en l’espace de 4 ans (2010 – 2014). Une époque où le rugissement de Brisbane faisait frémir toutes les autres franchises jusqu’à atteindre une série de 36 matchs sans défaites entre la saison 2010/11 et 2011/12 (lire Australie : et Brisbane de s’envoler de nouveau). Durant cette époque dorée, Brisbane a accumulé les records comme celui du nombre de victoire en une saison à domicile (10), le moins de défaite (1) ou la plus grosse différence de but (+32). Un édifice impressionnant qui coula lors du départ d’Ange Postecoglou à la recherche d’un nouveau challenge, suivi par celui de certains cadres (Tommy Oar, Besart Berisha, Ivan Franjic,…).

Photo : Bradley Kanaris/Getty Images

Dans l’ombre du Roar, se trouvait alors Adélaïde. Club du haut de tableau du championnat australien présent lors de 7 des 11 tours de play-offs depuis la création de la A-League en 2005, les Reds n’ont jamais été champion, même si Adélaïde a remporté le Primer’s Plate en 2005, tout en finissant second (2006/07 et 2008/09) puis finaliste en 2007 et 2009. Après des années de disette, le club va alors, pour franchir un palier supplémentaire, pousser le concept du Roarcelona en allant faire venir les hommes qui mèneraient la révolution d’Espagne et plus précisément de Barcelone. Le 30 avril 2013, Josep Gombau, espagnol ayant entrainé les jeunes du FCB entre 2003-2009, s’assoit sur le banc du club. Son arrivée changera profondément le futur des Reds. Dans ses pas, Sergio Cirio et Isaias (issus de l’académie du FC Barcelone) arrivent au club, s’adaptant bien avec Marcelo Carrusca transféré l’année d’avant d’Argentine. Connaissant l’importance des jeunes dans la mise en place d’une nouvelle philosophie de jeu, Gombau débute son travail de fond, impose un style et promeut les jeunes Awer Mabil et Jordan Elsey de la réserve du club. Son début de saison catastrophique avec 1 victoire en 9 matchs ne l’empêchait alors pas de prendre une sixième place en toute fin de compétition mais Adelaïde se faisait sortir dès le premier tour des play-offs contre Central Coast Mariners.

Photo : Morne de Klerk/Getty Images

Le travail ne faisait que commencer. La saison suivant sera encore plus aboutie sur le marché des transferts. A la suite d’un dégraissage massif, Josep s’appuya sur deux nouvelles armes espagnoles : Pablo Sanchez et Miguel Palanca tout en recrutant James Jeggo, Craig Goodwin et Dylan McGowan. 4 des 5 éléments cadres du Adélaïde United actuel, Miguel Palanca n’ayant pas été à la hauteur des espérances et n’étant finalement pas reconduit. Cette saison-là, Adélaïde United s’appuie encore et toujours sur le même système de jeu fait de possession, adaptation parfaite de l’école catalane à la réalité australienne, s’offre un titre, la FFA Cup (lire Australie : Perth, c’est sérieux, et se qualifie pour Ligue des Champions Asiatique. Malheureusement, Adélaïde échouera ensuite lourdement en demi-finale des play-offs contre Sydney FC (4-1). Une bien meilleure saison pour Gombau qui allait pourtant mettre fin à sa collaboration avec les Reds, partant poursuivre son travail auprès des jeunes aux Etats-Unis

Mais plutôt que de mettre fin à ce projet sportif sur le long terme, le club va alors chercher de la poigne et dans l’esprit de l’espagnol. C’est ainsi qu’Adelaïde va se tourner vers Guillermo Amor, celui que Josep Guardiola avait comme idole quand il évoluait au FC Barcelone. Baignant dans le style Barcelonais durant 10 ans (1988/1998) tout en s’octroyant un palmarès digne des plus grands, le nouvel entraîneur d’Adélaïde était l’homme de la situation, celui qui allait pouvoir poursuivre la révolution catalane sauce australienne. La particularité d’Amor est de s’être appuyé sur les fondations de Gombau, et ne changeant le groupe qu’en fonction des départs (A. Mabil, N. Boogaard). Le lien qui unit les deux entraîneurs espagnols aura ainsi été leur début de saison, catastrophique. Après 8 journées, l’Adélaïde d’Amor était à l’agonie avec un bilan de 0 victoire et 5 défaites pour 3 nuls. Mais là encore, le club patiente, sait qu’il faut du temps pour qu’une philosophie de jeu s’installe. Ce temps de 8 journées était le temps nécessaire pour que l’espagnol mette en place sa franchise en incorporant son style dans les gènes de son groupe pour le transformer en Barcelone-bis : main sur le jeu et accentuation de la précision des passes. Une chirurgie réussie récompensée par 14 matchs sans défaites dont 11 victoires. Amor est le nouveau héros de la région du South Australia. Plus que ça, son équipe est parfaite. Craig Goodwin ne s’essouffle pas sur son côté et refuse des contrats en or venus de Chine pour continuer avec Adélaïde et rêver d’Europe, Bruce Djite retrouve le chemin des filets sans parler d’une ligne de milieu mené par Marcelo Carrusca. Le départ de James Jeggo en Autriche en Janvier a été très bien géré avec l’échange d’Osama Malik pour Stefan Mauk. Tout comme son prédécesseur, Amor lance des jeunes de la réserve à l’image de Bruce Kamau. Une identité qui s’impose d’avantage dans les gènes des joueurs et a fait désormais naître une machine de guerre prenant la pole position en championnat. L’attaque performante et surtout une défense de fer avec une paire Dylan McGowan & Jordan Elsey.

Photo : Ashley Feder/Getty Images

Rien ne semble désormais plus pouvoir échapper à cette formation qui enchaîne les excellentes performances, surtout qu’Amor veut que ces cinq derniers matchs de championnat soient joués « comme des finales », le premier de cette série déboucha sur un 4-0 contre Wellington Phoenix donnant la tête du championnat à ses joueurs. Guillermo Amor a accentué le style barcelonais déjà importé, qu’importe ce dont sera fait l’avenir de cet Adelaïde, la nouvelle révolution espagnole a pris, la graine plantée par Gombau a désormais germée sous Amor, Adelaïde propose le plus beau football du pays et peut encore rêver d’aller chercher le titre par le jeu. Et ainsi devenir le Redcelona, digne remplaçant du Roarcelona qui avait en son temps tout écrasé.

 

Photo une : Morne de Klerk/Getty Images

A propos de l'auteur
Antoine Blanchet-Quérin
Author: Antoine Blanchet-Quérin
Reporter du football australien (Socceroos, A-League, FFA Cup, NPL) en France pour Lucarne Opposée.

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