Nouveau scandale en Argentine

Alors que son championnat ne reprendre pas avant début mars, l’Argentine se retrouve de nouveau secouée par un nouveau scandale. Celui qui fait suite à des écoutes téléphoniques entre Daniel Angelici et les dirigeants de l’AFA. Et montre le degré de compromission des instances du foot argentin.

Petit rappel des faits. Fin 2014, Boca et Velez se retrouvent à égalité de points à l’issue de la saison qui devait nécessiter un match d’appui pour déterminer lequel des deux se qualifierait pour la Libertadores 2015. Après un joli tour de passe-passe destiné à privé Velez de ce sésame, le match avait finalement eu lieu et débouché sur une victoire de Boca, au terme d’un match animé par quelques polémiques. Ce match intervient quelques semaines après un « amical » face au Racing des plus animés au cours duquel Leandro Marín sera notamment coupable d’une véritable agression sur Centurion.

Deux ans plus tard, voilà que deux écoutes téléphoniques diffusées dans le programme No Todo Pasa de Tyc Sports sont venues (re)mettre le feu aux poudres. Ces écoutes concernent deux appels passés entre Daniel Angelici, président de Boca, et Fernando Mitjans puis entre Angelici et Luis Segura. Mitjans était alors le président du Tribunal de Discipline de la Fédération et allait jouer un rôle important dans l’affaire, celui de permettre aux deux exclus face au Racing d’être présents pour le match d’appui face à Vélez. Angelici appelle donc Mitjans.

« - J’ai besoin d’une faveur. Que tu parles avec les gars du tribunal au sujet des deux exclus d’hier pour qu’ils ne prennent pas plus de deux match.

- Plus de ?

- Que ce soit purgé par les amicaux…

- J’en ai besoin pour le match face à Vélez.

- Daniel, c’est-à-dire qu’ils les purgent en amicaux, pour être disponibles pour le match face à Velez.

[…]

- Je pensais à trois et deux comme ça, ils les purgent pendant les amicaux et seront là pour Velez. […] Je dois mettre plus à Marin qu’à Erbes tu comprends. Mais si je lui mets trois matchs, il peut jouer.

- Et aucun des deux ne jouera contre River. Le fait est qu’on n’a ni centraux, ni latéraux

- Je comprends Daniel mais normalement c’est cinq matchs minimum. Minimum vois-tu. Si on ne leur donne que deux, on sera exposés. Je ne sais pas. Sauf si le Racing, le médecin du Racing. Tu es comment avec…

- Non bien, le médecin, non, le gamin n’a rien. Le joueur est allé dans le vestiaire s’excuser. Il en a informé l’arbitre, j’ai parlé avec Loustau, il sera indulgent.

- OK. Ecoute moi Daniel, et les dirigeants du Racing avec nous, ils sont bien ?

- Oui oui, Victor Blanco est bien

- Ah parfait. Parce qu’au final, je pense que s’ils m’envoient un certificat médical pour dire qu’il n’a aucune blessure. Ce qu’on fait dans ce cas, c’est dire qu’ils ont sorti le joueur par précaution et non pour blessure. Et donc, ça fait disparaitre l’article indiquant que c’est minimum 5 matchs. Tu comprends. Le joueur jouera contre Velez, pas contre River. »

Le 22 janvier, une semaine avant le match, la sanction tombe, condamnés respectivement à un et trois matchs, Erbes et Marín pourront jouer le match d’appui.

L’affaire aurait pu s’arrêter là sans un second appel. Il concerne un échange entre Angelici et Luis Segura, alors président de l’AFA. Daniel Angelici va alors directement demander au président de faire pression sur l’arbitre de la rencontre du match d’appui face à Velez, German Delfino. « Luis, peux-tu parler directement avec le gamin, ce Delfino, pour mercredi, qu’il se trompe le moins possible, dit lui que Boca joue énormément. » Ce à quoi, Segura, rappelons-le encore, président de l’AFA, répond « Reste tranquille, je m’en occupe, » avant de poursuivre « pour le match contre Velez que vous jouez le 28, le supporter numéro 1, n’en doute pas, c’est moi. » A croire qu’il a été entendu. Au lendemain du match, nous pointions en effet les erreurs d’arbitrage défavorables à Velez qui avait alors perdu sa place en Libertadores pour un but.

L’affaire secoue ainsi un football argentin déjà fortement agité et qui chaque jour ne cesse de creuser sa tombe. Interrogé dans No Todo Pasa, Luis Segura sortait une ligne de défense des plus douteuse « dire que j’étais supporter de Boca était une blague, » avant de considérer comme normal d’aller discuter avec les arbitres pour leur demander d’être bons. Ce mardi en conférence de presse, la défense d’Angelici était tout aussi douteuse. « Ce que j’ai fait est mal, mais c’est habituel dans le football, » avant de poursuivre : « j’ai demandé à Segura que Delfino se trompe le moins possible car on venait d’être désavantagés par les arbitres. Et à Fernando Mitjans, j’ai demandé à ce que les sanctions soient accomplies durant les matchs amicaux et non les parties officielles. » Une ligne de défense solide pour le président de Boca qui pouvait alors ajouter : « Tous les présidents font de même. Ce que je voulais n’était pas être avantagé mais ne pas être désavantagé. Je ne regretterai jamais de vouloir défendre les intérêts du club. » On est rassuré, entre humour et coutumes habituelles, tout va bien dans l’Argentine du football…

Les écoutes

 

Auteur
Nicolas Cougot
Author: Nicolas CougotWebsite: http://lucarne-opposee.fr
Créateur et rédacteur en chef de Lucarne Opposée. Consultant sur SFR Sport 2, chroniqueur AmSud dans #91E
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