Carlos Bilardo : l’inventeur du 3-5-2 et vainqueur de la Coupe du Monde 86 avec l’Argentine

Pour la majorité des amateurs de foot, 1986 restera dans les mémoires pour deux raisons : le sacre de l’Argentine de Maradonna à la Coupe du Monde au Mexique et sa fameuse « main de Dieu » inscrite contre l’Angleterre. Mais cette consécration est sans doute à mettre au crédit d’un homme, Carlos Bilardo, qui a révolutionné le jeu de l’équipe, envers et contre tout.

 

Alors que la majorité des équipes jouaient en 4-4-2 à cette époque, l’ancien coach d’Estudiantes décide de jouer en 3-5-2. Cette décision qui provoque l’incompréhension des journalistes. Mais elle a permis à l'Argentine de monter sur le toit du monde. Nul doute que ce coup de poker aurait sans doute rapporté gros si l'on avait parié à cette époque sur un bookmaker comme JOA Online une victoire finale de l'Albiceleste.

Mais en quoi ce système dont il s’octroie la paternité, adoubé par les plus grands entraîneurs du monde, était-il un coup de génie ? Et puis, qui est Carlos Bilardo ? Enquête sur une légende du football argentin.

De San Lorenzo à l’équipe d’Argentine, retour sur la carrière de Bilardo

Bilardo a été formé à San Lorenzo et c’est là qu’il a signé son premier contrat pro en 1985. Il y restera jusqu’en 1960, le temps d’apparaître 174 fois sous le maillot des « Cuervo » au poste de milieu de terrain. Ensuite, il part au Deportivo Espagnol puis à l’Estudiantes, où il terminera sa carrière de joueur en 1970. Il n’aura jamais porté le maillot de l’équipe nationale, même s’il a participé aux Jeux Olympiques de Rome en 1960 avec l’Albiceleste.

En parallèle de sa carrière de joueur, il fait des études de médecine. Il intègre le staff technique d’Estudiantes en 1971. En 76, il part au Deportivo Cali puis à San Lorenzo l’année suivante avant d’entraîner la Colombie et de retourner à Estudiantes en 1982. Cette année-là, il met en pratique les conseils de son ancien entraîneur à l’Estudiantes, Osvaldo Zubielda. Il pratique un football offensif très attrayant qui attire l’œil de la fédération. En 1982, après une coupe du Monde ratée où l’Albiceleste est sortie au second tour, Bilardo prend la succession de Cesar Luis Menotti, qui avait pourtant offert à l'Argentine le premier titre de son histoire en 1978.

Carlos Bilardo révolutionne le football avec son 3-5-2

Avant de prendre en main la sélection, Bilardo a déjà testé son 3-5-2, à Estudiantes puis en amical avec l’équipe nationale. Les journalistes, à l’époque, croient qu’il y a une erreur lorsqu’ils apprennent que l’équipe joue avec trois défenseurs centraux. Mais Bilardo a une longueur d'avance sur tout le monde. Il a compris qu'il ne suffisait pas d’avoir des attaquants qui marquent des buts pour gagner. Encore fallait-il que les milieux puissent leur transmettre la balle. Car, qui contrôle le milieu, contrôle la partie. Comme aux échecs.

Le 3-5-2 vise à apporter le surnombre au milieu en s'assurant une belle base défensive. En phase de défense, chaque marquage peut être doublé en cas de nécessité. En phase offensive, il y a mathématiquement plus de solutions pour le porteur du ballon. Derrière, il y a deux centraux qui marquent à la culotte les deux attaquants et un libero qui fait l’essuie-glace. Quant aux latéraux, ils servent aussi bien en phase de repli qu’à porter le danger. Avec une maîtrise du milieu, les éléments créatifs ont plus de marge pour s’exprimer. Bien sûr, chaque joueur à une liberté totale. Si un joueur veut dézoner, pas de souci.

Le titre mondial de 1986 au Mexique avec Diego Maradonna

Au Mexique, Maradonna est capitaine au détriment de Passarrella, qui avait porté le brassard lors des deux dernières éditions. En cause : les relations entre les trois hommes sont très mauvaises. L’Albiceleste est construite autour de Maradonna, mais ce dernier peut compter sur Valdano, Burruchaga et Ruggieri. Après une phase de poules rondement menée, l’Argentine contourne l’obstacle anglais grâce au but de la main de Maradonna. Mais aussi grâce à une réalisation où il a passé en revue l’intégralité de la défense des Three Lions. Ce but sera consacré comme le plus beau de tous les temps en coupe du Monde.

En demi-finale, les Argentins sont opposés à la Belgique. Ils remportent le match 2-0 et valident leur ticket pour la finale contre l’Allemagne de l’Ouest coachée par Franz Beckenbauer. Ce match est sans doute le plus dur. Les Allemands mettent Lothar Matthäus sur le dos de Maradonna. Le « Pibe de Oro » traverse le match comme une ombre. Ce sont finalement Brown, Valdano et Burruchaga qui donneront le titre aux Argentins. Maradonna terminera la compétition avec cinq buts inscrits.

L’héritage du 3-5-2 en Europe et dans le monde

Ce schéma tactique a la cote en Série A. La défense à 3 de l’Italie à l’Euro 2016 était celle trait pour trait qu’avait mise en place Conte à la Juve : Barzagli-Bonucci-Chiellini. Son successeur, Gianpiero Ventura, semble vouloir continuer dans cette voie. Conte, qui est maintenant à Chelsea, n’a pas voulu passer les Blues en 3-5-2, par peur de ne pas se faire comprendre. Van Gaal a tenté l’expérience à Manchester United et ce fut un désastre, à tel point qu’il a dû repasser en 4-3-3 après quelques mois.

À l’heure actuelle, en Europe, les équipes jouent en 4-3-3. En équipe nationale aussi, puisqu’un système en 3-5-2 prend du temps à mettre en place, un luxe que les sélectionneurs n’ont pas. En 1990, 85 % des équipes du mondial en Italie utilisent ce système. Alors pourquoi le système a-t-il disparu des radars ? C’est tout simplement une question de condition physique. En 3-5-2, les latéraux doivent avoir un énorme volume physique. Étant donné le football est devenu beaucoup plus athlétique que par le passé, le rythme est désormais impossible à tenir.