Le football vénézuélien contre la répression

En proie à une violente répression de la part d’un pouvoir qui a basculé dans la dictature, le Venezuela traverse une période sombre. Au point que ses professionnels ont décidé de marquer le coup.

La scène s’est reproduite sur l’ensemble des terrains du pays. Au coup d’envoi de la journée, les joueurs ont ainsi décidé de manifester en direct leur soutien aux manifestants écrasés par le pouvoir en place en restant figés silencieux pendant une minute. Le tout sans avoir prévenu personne.

 

 

C’est ainsi que par exemple, les joueurs du Deportivo Anzoátegui et du Deportivo Lara sont parvenus à surprendre la télévision en donnant le coup d’envoi au Metropolitano de Lara et s’en s’arrêtant immédiatement. Le club du Deportivo Anzoátegui a rapidement réagi sur son compte twitter, indiquant que ce mouvement était une initiative des joueurs et soutien aux victimes de la répression.

 

 

La vidéo de ce moment est alors rapidement devenue virale sur les réseaux sociaux, reprise en soutien du peuple vénézuélien. Elle n’a pas forcément été appréciée par les instances ni n’a reçu le soutien des médias ni de la fédération. Tous deux ont ainsi préféré le silence à l’explication. La FVF ne s’est pas prononcée officiellement sur ces événements alors que la télévision a fait soit comme si de rien n’était, comme lors d’Anzoátegui – Lara ou, pire, décidé de ne pas diffuser les images des joueurs figés sur le terrain, comme lors de Carabobo – Caracas, préférant alors montrer les tribunes. Vous avez dit censure ?

Ce vaste mouvement de protestation des joueurs s’inscrit dans la continuité des messages envoyés par certains cadres de la sélection. Quelques jours plus tôt, Tomás Rincón avait posté sur son compte Instagram un message sans équivoque. « J’adresse mes condoléances aux familles qui ont perdu un être cher de la main de la violence et de l’intolérance. Mon respect et mon admiration pour les vrais héros de l’histoire, le peuple. J’appelle à l’arrêt de la répression. Dans nos rues, des grands-parents, des parents, des jeunes élèvent leur voie et doivent être écoutés, nous ne pouvons être indifférents à cet appel. Nous ne pouvons pas semer davantage de haine dans nos cœurs, allumons la lumière intérieure en nous, cette lumière collective qui nous permettra de reconstruire notre pays. Enfin, je souhaite dire à tous les Vénézuéliens que je suis présent, que je suis disponible autant que je le peux pour impulser la renaissance de mon pays. Je t’aime Venezuela. »

 

D’autres cadres de la sélection ont aussi pris position. Alejandro El Lobo Guerra, meilleur joueur d’Amérique du Sud en 2016 s’est également exprimé sur Instagram, diffusant une vidéo des manifestations légendée de la sorte : « Je ne soutiens aucun parti politique mais je ne peux rester indifférent à la situation de mon Venezuela. Que cesse la répression de gens innocents qui désirent uniquement un changement, je ne sais s’il sera meilleur ou pire, mais qui veulent un changement. » Salomón Rondón a également posté une image des manifestations, évoquant les « héros » de la liberté, Juanpi Añor postant une photo du drapeau national et rappelant son « admiration pour les vaillants Vénézuéliens qui sont sortis dans la rue à la recherche d’un meilleur Venezuela ». La répression des manifestations de l’opposition au régime de Nicolás Maduro a déjà coûté la vie à 28 personnes et entraîné des centaines de blessés.