El Muñeco, la poupée loin d'être un pantin

Il y a des surnoms qui ne trompent pas, et c’est surtout vrai chez les Sud-Américains. Pelé était surnommé « O Rey » pour « Le roi », on appelait Roberto Carlos « Dinamite » et Ronaldo « Il Fenomeno ». Comme si l’enthousiasme de leur culture les prédisposait à donner des surnoms du tonnerre.

Mais il y a des exceptions et ce n’est pas les quolibets à l'encontre de Marcelo Gallardo qui le démentiront. Son surnom « El Muñeco », la poupée, pourrait le faire paraître inoffensif, malléable, presque enfantin. C’étaient Hernán Díaz et Zapata qui lui ont trouvé ce surnom, à cause de son « visage de bébé » et son teint sans grain. Un surnom qui lui a peut-être valu un foudroyant effet de surprise pour ses adversaires.

Une poupée à qui on ne dit pas... Non !

Car partout où Gallardo est allé, il a gagné quelque chose. En 1994, première année où il est titularisé à River Plate, il remporte le tournoi d’ouverture du championnat d’Argentine où il est élu meilleur espoir. Chance du débutant vous dites ? Il réitère en 1996 et gagne dans la foulée la Copa Libertadores. En 1997, il devient champion d’Argentine au tournoi d’ouverture et de clôture, ainsi que de la Supercopa Sudamericana de la même année.

Mais ce n’est pas assez pour El Muñeco, qui a des rêves européens. L’AS Monaco lui met le grappin dessus et touche le jackpot : dès sa première année, Gallardo est sacré meilleur joueur de première division et l’équipe est championne de France. Il remporte la coupe de la ligue trois ans plus tard, et marquera 4 buts pour 8 matchs joués dans cette compétition au cours de sa carrière.

Retour à River, nouveau titre argentin en 2004. Passage au PSG qui se termine début 2008, l’équipe remporte la coupe de la ligue par la suite. Libre de tout mouvement, il fait une escapade à DC United pour finir vainqueur de la coupe des États-Unis la même année. Enfin, après un rapide retour à River, il finit sa carrière de joueur sur un titre de champion d’Uruguay en 2011.

Raccrocher les crampons, ok. Mais Gallardo n’allait pas arrêter sa série de victoires pour autant. Passant directement de joueur à entraîneur, il mène le Nacional aux sommets du championnat uruguayen en 2012. Mais, fidèle à son club, il revient à River Plate pour transformer l’équipe en une véritable machine à gagner. Sudamericana, Libertadores, Surugabank, Recopa Sudamericana… Il a tout simplement remporté toutes les coupes internationales qui existaient en Amérique latine en 4 ans tout juste et a même failli porter son club au sommet du monde, l’équipe terminant finaliste de la coupe du monde des clubs en 2015. Quel est donc le secret qui donne à Marcelo Gallardo cet insolant succès ?

Un génie du beau jeu

En tant que joueur, une technique de balle virtuose dont on ne pouvait jamais prévoir le comportement à l’avance. Des passes précises, une vision du jeu intelligente et des changements de rythme concluants en ont fait un des chouchous des amateurs de football argentin. Gallardo n’est pas le buteur principal de son équipe, mais il n’a pas besoin de ça pour briller. Redoutable pourvoyeur de ballons, il sert son équipe bien plus que son ego personnel et son intelligence de jeu se retrouvera dans ses années d'entraîneur.

Car à la tête des Millonarios, l’amour du beau jeu d’El Muñeco s’est retrouvé instinctivement, avec un vent de nouveauté qui a dépoussiéré le style du club tout en respectant son ADN. Un jeu de possession technique et orienté offensif, avec sa marque de fabrique : la capacité à surprendre, toujours, tout le temps, pour déboussoler son adversaire et trouver des solutions. Quitte à s’appuyer parfois sur une défense solide dans l’attente d’un contre assassin. C'est ce qui en a fait l'un des principaux entraîneurs à suivre en Argentine… Et sur la scène footbalistique en général.

Destin européen ?

Il va sans dire que comme lorsqu’il était joueur, la renommée de Gallardo en Amérique du Sud a fait des émules. TNT Sports murmure même que Barcelone serait intéressé pour le recruter. Sous contrat avec River Plate jusqu’en juin 2021, l’agent de l’intéressé, Juan Berros, a annoncé qu’aucune situation n’était pour l’instant étudiée.

Selon lui, « à la fin de l’année, la situation sera analysée de manière globale et résolue en conséquence ».

Barcelone bénéficie actuellement d'une cote de 1/7 pour la victoire du championnat, mais vous pouvez miser sur Gallardo qui, avec son compatriote Messi sous ses ordres, risque bien de faire flotter la bannière argentine sur le vieux continent et faire flamber les pronostics.

Et depuis... le surnom de Gallardo a changé ! Connaissez-vous le nouveau petit nom d’El Muñeco ? On vous le donne dans le mille : c’est Napoléon. Comme si dans la plus pure tradition des surnoms sud-américains, son statut d’entraîneur avait transformé l’enfant en homme d’état. Ayant conquis la France dans sa jeunesse, Gallardo arrive pour conquérir l’Europe.