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Six choses que la K League peut apprendre de la MLS : les stades

  • Écrit par Ryan Walters

La MLS et la K League, deux championnats à suivre sur Lucarne Opposée, connaissent des dynamiques opposées. Tandis que la MLS est en plein essor, la K League tarde à prendre son envol. LO vous propose donc la traduction d'une série d'articles rédigés par Ryan Walters pour le site K League United intitulés « Six choses que la K League peut apprendre de la MLS ». Premier épisode, les stades.

Même si les deux mondes sont séparés et utilisent des techniques différentes pour développer le football dans leur pays, il y a de nombreuses similitudes entre la K-League et la MLS. Tout d'abord, les deux ligues ont été créées suite à l'organisation d'une Coupe du Monde. En échange de l'organisation de la Coupe du Monde 1994, l'United States Soccer Federation a sélectionné la Major League Professional Soccer comme la première ligue américaine. En février 1995, la Major League Soccer est officiellement créée et débute en 1996 avec dix équipes. La même année, la Corée du Sud obtient la co-organisation de la Coupe du Monde 2002 avec le Japon et deux ans plus tard, en 1998, l'ancienne Korean Super League est transformée en K-League. La saison inaugurale de 1998 se déroule elle aussi avec 10 équipes. Depuis leur lancement, les deux ligues ont connu un grand nombre de hauts et de bas. Sur le terrain, il est préférable d'imaginer que la majorité des années 1990 n'a pas existé pour la MLS (moins on en dit sur l'épreuve de pénalty pour désigner le vainqueur d'un match nul, mieux c'est). En dehors, la ligue s'est étendue et a été rapidement forcée de contracter deux nouvelles équipes et dû lutter pour capter l'intérêt du public dans un paysage sportif américain déjà surchargé. En fait, il a fallu attendre la Coupe du Monde 2002 en Corée du Sud pour que ces deux ligues connaissent une renaissance et grandissent jusqu'à leur état actuel. Au cours de cette Coupe du Monde, les Etats-Unis ont fait tomber le Portugal et sorti leur rival mexicain 2-0 (mieux connu comme dos a cero chez les supporters de l'USMNT) pour accéder au premier quart de finale de leur histoire. La Corée du Sud a épaté le monde entier en battant l'Italie et l'Espagne pour accéder à la demi-finale. Le parcours des deux nations dans cette Coupe du Monde (comprenant un match nul 1-1 entre elles dans la phase de groupe) a rallumé la flamme du football dans les deux pays.

10 ans plus tard, chaque ligue a grandi mais leurs trajectoires ne sont pas tout à fait les mêmes. Dans pratiquement chaque domaine, la MLS continue de se développer positivement. Son affluence moyenne en 2015 est de 21 574 spectateurs, un record et une augmentation de 64% par rapport au chiffre de 2000 qui était d'une affluence moyenne de 13 756 spectateurs. Actuellement, la MLS possède un contrat TV de 8 ans pour 720 million de dollars. De plus, la MLS a exigé des frais d'expansion de 100 million de dollars pour des équipes comme New York City et Los Angeles FC et continue de chercher de nouveaux marchés pour plus d'équipes. Pendant ce temps, la K-League a connu une affluence faible de 7 727 spectateurs l'an dernier, signé un contrat pour les droits TV à hauteur de 5 million de dollars et cherche à créer une nouvelle équipe à Gangwon.

De toute évidence, la croissance d'une ligue est une question complexe et une multitude de facteurs à prendre en compte ont mené ces deux ligues à ce qu'elles sont aujourd'hui. Les Etats-Unis peuvent beaucoup plus facilement attirer des revenus publicitaires et la MLS n'a pas été frappé par un scandale de corruption comme la K-League en 2011, pour ne nommer que celui-ci. Je n’ai pas la solution à tout ce qui freine la K-league, sinon je ne serais probablement pas en train de blogguer mais je serais plutôt assis à un bureau en train de gérer le spectacle. Je suis tout aussi conscient que la MLS n’est pas la référence mondiale des championnats et n’est pas même dans le top 10 quelle que soit la personne à qui vous demandez. De plus, cette série d’article ne signifie pas que la MLS pourrait apprendre une chose ou deux de la K-league, au contraire. Mais la K-League et la MLS ont une histoire similaire et étaient dans des dispositions comparables il y a plus d'une décennie. Aujourd'hui, sans aucun doute, elles sont dans des dispositions très différentes. Il est donc utile de  s'interroger sur ce que la K-League peut apprendre de la MLS. Six choses plus précisément qui vont de la structure de la ligue à l'économie en passant par les supporters et les moyens d'augmenter l'affluence dans les stades coréens.

Il ne faut pas aller plus loin que la saison 2013 de la MLS, remportée par le Sporting Kansas City pour voir la différence qu'un stade approprié peut faire. Parmi les membres fondateurs de la MLS, les Kansas City Wizards ont joué leurs douze premières saisons dans le stade de NFL, l'Arrowhead Stadium d'une capacité de 76 416 places. Dans ce stade, impossible pour la franchise de MLS de créer une atmosphère de match et de la faire ressentir à la télévision. Avec une moyenne de 10 000 spectateurs par match entre 1996 et 2007, le stade accusait toujours plus de 65 000 sièges vides laissant ainsi une impression de vide à la TV.  En 2011, l'équipe a déménagé pour son stade actuel, le Sportink Park d'une capacité de 18 467 places. Ainsi, même s'il y a toujours une moyenne de 10 000 spectateurs par match, il n'y aura que 8 500 sièges vides et la section pour les supporters pourra alors être entendue dans tout le stade. C'est aussi bien plus présentable à la TV que d'avoir un stade à moitié plein au lieu d'un stade à 80% vide. Toutefois, couplé à un changement de nom (Wizards est alors remplacé par Sporting du nom de la franchise), le club a poussé l'expérience du supporter dans le stade à l'avant-garde de sa stratégie et bénéficie depuis quatre ans de matchs à guichets fermés à domicile.

Revenons-en aux 56 000 sièges vides alors que beaucoup de stades autour du monde n'ont même pas une capacité de 50 000 places. En dépit de ces chiffres, l'Arrowhead Stadium était la meilleure option dans les premières années de la franchise pour s'assurer de ne pas disparaître avant de dépenser l'argent nécessaire à la construction de son propre stade. Il est en effet plus facile de revenir sur un accord concernant le loyer d'un stade de NFL que sur des millions de dollars investis pour son propre stade en cas de faillite de la MLS. Donc, la nécessité de jouer dans un stade trop grand est compréhensible, mais le déménagement et le succès qui ont suivi furent nécessaires pour la croissance de la franchise.

En ce moment, la K League se retrouve dans une situation similaire avec une capacité de stade qui dépasse largement la fréquentation moyenne. Bien que l'idée des municipalités et de la ligue de réutiliser les sites abandonnés de la Coupe du Monde et des Jeux Olympiques est louable, il est un point où elle est un mal pour la popularité du sport. Il y a, en effet, une moyenne de 29 000 sièges vides par match. Un chiffre bien plus important que la capacité de quatre stades accueillant des équipes de K-League. Cela a un impact dramatique sur l'expérience du supporter lorsqu'il se rend au stade.

Affluences pour la saison 2015 de K-League

L'équipe la plus touchée par cette situation est Busan I'Park qui a joué tous ses matchs, sauf un, à domicile dans l'Asiad Main Stadium d'une capacité de 53 926 places. Il n'y avait aucune chance que la moyenne de 3 339 spectateurs par match puisse faire assez de bruit et créer une atmosphère de match pour combler le creux imputable aux 50 000 places vides. D'autant plus que le stade possède une piste d'athlétisme qui éloigne le supporter du terrain. Il est impossible de ne pas remarquer le vide immense qui vous entoure tout en essayant de vous concentrer sur le match.  Ce club se trouve donc dans une situation similaire au Sporting Kansas City avec un stade beaucoup trop grand, et un déménagement est nécessaire. Voilà pourquoi Busan I'Park a déjà commencé à jouer quelques matchs au Gudeok Stadium et sa capacité de 12 349 places. Si la fréquentation reste la même, les sièges vides ne seront alors qu'au nombre de 9 000 par match. Comme l'a expliqué plus en détail Jae-hyeok Lee, il y a encore beaucoup de chose à faire au Gudeok Stadum, mais il s'agit d'un pas dans la bonne direction.

Cependant, même si Busan fait tous les travaux au Gudeok Stadium et obtient une belle enceinte, il reste encore un très grand nombre de sièges vides dans tout le pays. Un des géants de la ligue, le FC Seoul, n'est pas à l'abri et joue régulièrement devant plus de 49 000 places vides. De plus, le Gwangju FC (41 930), Daejeon Citizen (38 042), Ulsan Hyundai (37 823) et Suwon Samsung Bluewings (30 764) jouent tous avec plus de 30 000 places inoccupées. Le stade de la Coupe du Monde de Jeju rate de peu la barre avec 29 115 places vacantes par match. Uniquement les stades de Jeonnam (9 947) et Pohang (8 205) ont moins de 10 000 places vides par match. Lorsque le nombre de sièges vides est plus important que le nombre de supporter à hauteur de 5 pour 1, les cris des supporters seront à coup sûr noyés dans l'immensité du silence que font régner les sièges vides. Ce phénomène ne peut pas être inversé à l'aide de billets gratuits. La solution passe par un déménagement puisque les supporters ne viendront pas dans un stade vide qui rend le match désagréable à suivre.

Il est bien plus plaisant pour les supporters et les joueurs que d'être dans un Soccer Specific Stadium (SSS). Plus qu'un simple terrain de football, les SSS sont construits pour offrir du confort et des commodités aux supporters ainsi qu'une meilleure vue sur le match. Fini les sièges trop hauts avec une mauvaise vue sur le terrain. Fini les pistes d'athlétismes autour du stade pour le rendre polyvalent (qui existent encore dans certains stades de K League Classic et pratiquement dans tous les stades de K League Challenge) et qui réduisent la connexion entre le supporter et le jeu. Avec les SSS, les supporters sont proches du terrain et peuvent ainsi entendre le bruit de la balle ou encore les instructions d'un jouer à un autre. Les supporters peuvent sentir le match. Pour une ligue avec une aussi faible affluence comme la K-League, c'est une chose primordiale pour donner envie aux spectateurs de revenir.

L'expérience du supporter seule n'est pas suffisante pour convaincre les propriétaires de dépenser leur argent dans un nouveau stade, mais un nouveau stade confère aussi des avantages pour les joueurs et pour l'équipe. L'avantage majeur est d'être prioritaire pour l'occupation du stade et son organisation. Cela inclut le calendrier, le choix des publicités et leur emplacement ainsi qu'un regard sur tous les autres évènements que peut accueillir l'enceinte. L'an passé, le Gwangju FC a été contraint de jouer un grand nombre de ces matchs à l'extérieur (en juin-juillet) puisque son enceinte, le Gwangju World Cup Stadium, était occupée par les 2015 Summer Universiade. Un fois terminé, cet événement a laissé le terrain dans un piètre état. Ainsi, non seulement l'équipe était dans une situation désavantageuse en jouant plusieurs fois de suite à l'extérieur (alors qu'en K-League les équipes à l'extérieur n'ont pas souvent l'occasion de gagner) mais lorsqu'elle est revenue sur sa pelouse, celle-ci était abîmée par la compétition universitaire. Le second avantage des SSS, parfaitement symbolisé par la MLS, est les résultats obtenus par l'équipe qui s'en dote. Trois ans après avoir emménagé dans le premier SSS de la MLS, Columbus Crew a remporté l'US Open Cup en 2002 et le championnat en 2008. Les Colorado Rapids ont gagné le championnat en 2010 seulement trois ans après avoir pris possession de leur SSS. Le Sporting Kansas City a eu besoin de deux ans à peine pour inscrire un titre à leur palmarès suite à leur emménagement dans le Sporting Park. Bien évidemment, la construction d'un stade ne garantira pas à coup sûr des titres à une équipe, mais les franchises MLS ont démontré que cela pouvait être une aide.

Les stades sont une première chose que la K-League peut apprendre de la MLS. La suivante concerne le marketing que nous aborderont dans une seconde partie.

 

Par Ryan Walters, traduit de l’anglais par Baptiste. Article original à lire ici.

A propos de l'auteur
Ryan Walters
Author: Ryan Walters
Auteur pour kleagueunited.com

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