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Uruguay – Apertura 2015 : guide la saison à venir (épisode 2)

  • Écrit par Jérôme Lecigne

Suite donc de notre guide sur le championnat d'Uruguay avec le grand retour de JR Carrasco à River et les petits nouveaux Plaza Colonia et Villa Teresa.

Pour la partie 1 : cliquez ici

Le championnat d’Uruguay est spécial car c’est en permanence le combat du petit poucet contre l’ogre. 16 équipes en première division pour un pays de 3.5 millions d’habitants, cela donne forcément des « petits » clubs avec des structures aléatoires. Cela se voit dans les stades car souvent, au-delà des tribunes qui ne montent pas bien haut, on peut voir des bosquets, des usines, des palmeraies, mais aussi le Rio de La Plata (au Franzini ou à l’Olympico). Et cette sorte d’amateurisme s’offre tous les week-ends à des géants, des clubs plus que centenaires, champions du monde en leur temps, où jouent encore des gloires (même si ce sont souvent des gloires du passé). C’est ce cocktail, le championnat d’Uruguay. C’est El Loco Abreu contre Colonia, c’est Diego Forlán contre Las Piedras. C’est improbable.

Montevideo Wanderers Football Club

Stade : Parque Vieira, joli stade de 10 000 places environs. Fait partie du triangle magique avec le Saroldi et le Nasazzi, tous dans un rayon de 500 mètres au sein du Prado, parc de Montevideo.

Coach: Gaston Machado

Club historique, déjà titré 4 fois mais qui n'a plus gagné le championnat depuis 1931... Les Bohemios pensaient bien y parvenir en 2013-2014 mais ont lamentablement échoué contre Danubio aux tirs au but lors du dernier match (voir Uruguay : Danubio au bout de la folie). Ils n’ont pas été ridicules en Libertadores, sortant de leur poule en éliminant notamment Palestino (voir leur parcours). Mais depuis Alfredo Arias a laissé la main suite à la dernière saison que le club a terminée à la 11ème place. Bilan, les joueurs devront presque se battre pour le maintien la saison prochaine.

Le match de la saison à voir est le Clásico du Prado contre River (River jouant dans le Saroldi à côté des Bohemios). Ils se sont montrés très faibles lors du match amical de dimanche contre Peñarol, perdu 3-1, mais surtout en étant incapables de construire du jeu.

Le club a formé ces dernières années des joueurs comme Maxi Rodriguez ou Nando Muslera. Par le passé, la pépite noire Andrade y a terminé sa carrière (voir José Leandro Andrade : grandeur et déclin de la première star mondiale uruguayenne), Enzo Francescoli ou Pablo Bengoachea l’y ont commencée, Obdulio Varela y a passé une bonne partie de sa carrière. Quelques bons joueurs donc.

Objectif : Se maintenir rapidement pour pouvoir jouer une place en compétition internationale.

La pépite : Nicolás Albarracín était le grand espoir. Pouvant jouer milieu offensif ou deuxième attaquant, il est très bon techniquement (voir son portrait sur Le Coin Sudam). Mais il est parti pour Peñarol. L'autre grand espoir, Matias Santos, devrait également s’en aller.

Le pilier qui fait honneur à la réputation de l'Uruguay : Diego Scotti, frère d'Andrés, 38 ans, grand voyageur également mais qui revient pour un deuxième cycle au Wanderers. Il est connu pour avoir essayé d'amputer Riquelme en 2012 et avoir déclaré après « Fue sin intencion », sans intention de sa part. Je vous laisse en juger par vous-même.

Plaza Colonia

Stade : Parque Supicci, 15 000 places, Colonia del Sacramento. Un des clubs de l'extérieur, en face de Buenos Aires, dans la magnifique ville de Colonia, appartenant au patrimoine mondial de l'UNESCO. Si vous pensez un jour faire Buenos Aires – Montevideo ou vice versa, prenez une journée pour faire Colonia.

Coach: Eduardo Espinel

Un des clubs de l’extérieur récent dans le monde professionnel. Il a été fondé pourtant il y a bien longtemps (1917 d'après Wikipedia), mais n'a accédé au professionnalisme qu'à la faveur des réformes de la fin des années 90 dans un championnat uruguayen « réservant » alors des places aux équipes de l'intérieur du pays (ou de l’extérieur de Montevideo selon où on se place donc). C'est à ce moment qu'ont été créés des clubs comme Tacuarembo FC, Rocha ou Cerro Largo en fusionnant de « petits clubs » locaux. Colonia sera cette année leur vrai seul représentant puisque Tacuarembo et Atenas sont descendus et que Rocha ou Cerro Largo n'arrivent pas à revenir parmi l'élite. C'est dommage car ces clubs assurent un maillage extraordinaire du territoire pour ce qui de la formation et de la détection.

Le plus grand joueur de Colonia n'est autre que Diego Lugano, qui s'y est révélé en 2001, lorsque le club a terminé deuxième du championnat pour sa première participation.

Objectif : porter haut les couleurs des petits clubs régionaux.

Pour ce qui est des joueurs, et pour être honnête, je n'en connais aucun. Le club vient de monter et leur seul renfort hormis quelques jeunes est Diego Leal, attaquant globe-trotter comme l'Uruguay sait en faire.

Racing Club de Montevideo

Stade Roberto, 8500 places.

Coach: Santiago Ostolaza

Ancien club, souvent présent en première division mais jamais vainqueur. A eu une saison 2014/2015 très spéciale puisqu'ils ont terminé deuxième de l'Apertura avec un total de 32 points, ce qui était un exploit pour cette équipe. Sans vraiment de raison, sans grand changement dans l'effectif, l'équipe a terminé dernière du Clausura. Cela donne une 7ème place au classement annuel, passant à côté d'une compétition continentale à la différence de but... De quoi regretter certains matchs balancés à la fin de la saison.

Le Racing a formé quelques grands joueurs, notamment Mazurkiewicz, grand gardien de l'Uruguay et de Peñarol des années 60, décédé en 2013 et resté dans l’histoire pour une feinte prise d’un Roi brésilien.

Objectif : refaire la même Apertura que l'année précédente ou éviter de refaire le même Clausura.

L'espoir du joueur qui doit rester : Ernesto Dudok va faire sa dixième saison au Racing. Et il n'a que 28 ans. Et Dieu sait que dans le football en Amérique du Sud, dans ce monde des agents, du blanchiment d'argent, c'est un exploit. Et un grand espoir de voir un vrai joueur « de club ». Un bon joueur, technique, dans l'esprit.

Le joueur qui pose ses valises : Liber Quinones est un peu l'opposé de Dudok. Il fait une saison par club, a connu le Chili, l'Argentine, le Pérou, le Mexique et plusieurs clubs en Uruguay à seulement 30 ans. Oui mais voilà, c'est un très bon attaquant, véloce, capable de marquer facilement ses dix buts par saison en Uruguay. Il revient au Racing, sa maison, et il y mettra son lot de but.

Club Atletico Rentistas

Stade : Complejo Rentistas, au nord de Montevideo, un petit peu plus de 10 000 places même si il doit rarement accueillir ce genre d'affluence.

Coach : Valentin Villazan

Club « surprise » des dernières années, qui faisait avant toujours l’ascenseur. Le club a progressé petit à petit jusqu'à jouer la Sudamericana l'année dernière et à gagner un match contre le Cerro Porteño du Paraguay. Les Bichos Colorados ont terminé douzième l'année dernière, étant toujours une équipe très dure à jouer, très bien organisée, sans stars, mais avec un collectif bien huilé.

Objectif : se maintenir.

Le grand espoir : Erick Cabeco est défenseur, il vient également de gagner la médaille d'or aux jeux panaméricains, et s'il ne part pas en Europe dès cet été, il sera l'un des piliers de l'équipe. Il est toujours propre, prend peu de cartons.

A suivre aussi, l'un des plus vieux joueurs sera Guillermo Maidana, qui revient à Rentistas après une saison a Pérou. Bon attaquant. Un vrai vieux briscard est peut-être ce qu'il manque à cette équipe pour ce maintenir cette année.

Club Atletico River Plate

Stade: Parque Saroldi, 5700 places, qui tire son nom du premier gardien de River, mort en 1932 des suites d'un coup reçu sur ce terrain. A part cette triste histoire, joli petit stade au milieu du parc du Prado.

Coach: Juan Ramon« JR » Carrassco

Avant toute chose, il faut noter que JR (prononcé rota erré), le Messie, est de retour. Grand joueur uruguayen des années 80, principalement pour le Nacional, JR est un peu le Alain Delon du football Uruguayen. Ou le Mourinho, au choix. Il a débuté son retour par la publication d'une annonce dans la presse pour le poste d'assistant. 500 personnes se sont présentées au stade pour l'entretien d'embauche. Il est connu pour ses discours d'avant match, ses métaphores, et ses douces paroles aux journalistes. Il avait déclaré que « Danubio était une équipe de merde », alors qu'il l’entraînait encore. A un journaliste qui lui demandait après une défaite s'il n'était pas trop bouillant, il lui a répondu qu'il était seulement chaud à cause de sa femme... Il a inventé le Tiki Tiki, sorte de Toque à la River Plate. Un entraîneur comme on les aime. Pour les Hispanophones : une vidéo dans laquelle, grosso modo, il explique avant un match à des joueurs incrédules que la balle descend de la vache et que les crampons descendent du taureau. Et je ne vous fais pas le dessin de ce que l'on fait avec une vache et un taureau.

River Plate est une bonne équipe du championnat uruguayen, qui jouera cette année, et pour la première fois, le tour préliminaire de Libertadores. Attention, ce n'est pas toujours un cadeau. Mise en place d'un football ultra-offensif, avec souvent quatre attaquants sur le terrain... Le club a connu ses meilleures années sous la première ère JR de 2007 à 2010.

Objectif : dépasser les 67 buts marqués en une saison lors de l'exercice 2007-2008. Sur 30 matchs, c’est un bon ratio.

L'espoir : Michael Santos, très bon attaquant de 22 ans, qui a tout fait l'année dernière aux défenses du pays. 21 buts sur le précédent exercice, il pourrait exploser avec JR qui adore l'attaque. Il a été élu révélation de l’exercice précédent par l’AUF.

Les piliers : Pas vraiment de vieux briscards pour le moment mais les rumeurs les plus folles circulent. Et JR a l'aura nécessaire pour attirer des grands noms dans ce club.

Sud America (IASA)

Stade Laguarda, dans le département de San Jose, ce qui en fait un club de l’extérieur de Montevideo même si ils ne sont dans ce stade que le temps de travaux dans leur stade de Montevideo.

Coach Jorge Vivaldo

On va commencer tout de suite par les choses qui fâchent. Sud America a souvent des joueurs de renoms dans l'effectif. Le dernier en date, Pablo Osvaldo, de Boca Juniors, rien que ça ! Sauf que l’institution a déjà été suspendu deux ans par le passé par la FIFA pour des problèmes de transfert « aqueduc » (en anglais Bridge Transfert, je viens d'inventer la traduction), suspension depuis levée par le TAS. Pour faire simple : pour des raisons de taxation faible en Uruguay, un joueur argentin est transféré en Uruguay, puis prêté ou revendu à un club européen (voir Dani Osvaldo et la théorie des triangles). C'est de l'optimisation fiscale pure, je vois mal le brave Osvaldo jouer un Sud America – Cerro dans un stade champêtre aux trois quarts vides... L'affaire rebondira dans les prochaines semaines, mais j'aurai quand même voulu être là si les dirigeants de Sud America ont eu la courtoisie de faire visiter les installations à Osvaldo.

Ceci est d'autant plus dommage que Sud America est un club qui date, le premier du bourreau du Maracanã, Alcides Ghiggia, d'Oscar Washington Tabarez, ou plus récemment de Dario Rodriguez. Le club reste sur une bonne saison, 8ème l'année dernière.

L'objectif de la saison : trouver un très bon cabinet d'avocat, sans doute en Suisse.

Le pilier de la défense : Edgar Martinez, 36 ans, est au club depuis quelques années maintenant après avoir pas mal bourlingué. Un roc.

CA Villa Teresa

Stade Nasazzi, 7500 places, ce stade était utilisé jusqu'à présent par Bella Vista (mais ces derniers ont fait faillite, c'était l'un des plus vieux clubs uruguayens, dont l'une des principales figures était justement Jorge Nasazzi). L'un des trois stades du parc Prado.

Coach: Vito Beato

Équipe de « quartier » qui vient de monter de deuxième division, sans encore de palmarès. Sans même de stade puisqu'ils changent régulièrement. Ce sera leur première saison en première division. Autant dire que je ne peux pas vous en dire plus.

Objectif : Il faut toujours se méfier de ce type d'équipe dans le championnat, ils n'ont absolument rien à perdre. Ils pourront peut-être faire comme de nombreux prédécesseurs, une très bonne première saison avec une qualification en Sudamericana, puis une saison de descente aux enfers. Des équipes comme Rocha ou Colonia ont déjà fait ça. Mais Villa Teresa reste l’inconnu de service.

A propos de l'auteur
Jérôme Lecigne
Author: Jérôme Lecigne
Spécialiste du football uruguayen, Suisse de l'Amérique du Sud, Patrie des poètes Jules Supervielle, Juan Carlos Onetti et Alvaro Recoba

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