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Humberto Suazo, le goleador incompris

  • Écrit par Nicolas Cougot
 
Parler d’Humberto el Chupete Suazo, c’est évoquer un buteur rare, un joueur qui ne pense qu’à une chose, faire trembler les filets. C’est évoquer un joueur capable de dribbler, de donner des ballons décisifs, attaquant moderne au physique peu commun. C’est parler de force, de courage, de combativité. C’est enfin évoquer un joueur à part qui aura su se faire aimer dans tous les clubs dont il aura porté les couleurs au point d’en devenir une idole. Et s’il ne faut finalement retenir une chose d’Humberto Suazo, c’est avant tout l’histoire d’un homme hypersensible, terriblement attachant dont la carrière n’aura été que besoin d’amour et soif de liberté. Humberto Suazo a désormais quitté le monde du football. Plus qu’un simple buteur, celui-ci a perdu un génie incompris.
« Il arrivait en retard, s’habillait rapidement et fonçait sur le terrain. Et alors les matchs basculaient sous ses buts »

 

El hijo de Peyo

 
A une centaine de kilomètres de Santiago, là où le Riio Maipo rejoint l’océan se trouve Lloleo. C’est dans cette petite localité de la commune de San Antonio connue pour son extraction des fruits de mers et sa pêche tout autant que pour ses céramiques que Jorge Suazo devient père du petit Humberto. Buteur du Deportivo Torino dont il restera l’un des meilleurs joueurs de l’histoire, il emmène son fils au stade très tôt. Comme dans tout quartier populaire, pendant que les parents travaillent, les enfants jouent dans la rue, tapent dans le ballon. Humberto traine du côté du Stade Olegario Henríquez, situé à un pâté de maison de chez lui dans l’espoir que les gamins du coin l’invitent à venir taper dans la balle avec eux. Et très vite, le « fils de Peyo » fait parler de lui. « On l’a fait signer et, immédiatement, on s’est aperçus qu’il était extraordinaire » raconte Marcial Jeria, son premier entraîneur. Humberto Suazo a alors 10 ans, son numéro 7 sur le dos, il se fait un nom. « Il arrivait en retard, s’habillait rapidement et fonçait sur le terrain. Et alors les matchs basculaient sous ses buts ». Humberto Suazo devient alors Chupete pour son incroyable ressemblance avec Luis Chupete Hormazábal, latéral gauche de Colo-Colo de 1977 à 1989 (surnommé ainsi car il avait aussi été vendeur de glaces – chupete au Chili – durant son enfance). Les études ne sont pas sa tasse de thé, après une seule année à l’Escuela Industrial de San Antonio, il décide alors de se consacrer totalement au football.

Débuts dans la douleur

Mars 1996, Suazo n’a pas encore 16 ans, il migre vers l’Est. Direction Santiago pour aller faire ses preuves et incorporer les équipes de jeunes de la prestigieuse Universidad Católica. Son talent est indéniable, il va y poursuivre sa formation. Non sans mal. Car les sanantoninos sont attachés à leur terre. A l’image de Pedro, arrivé dans cette ville portuaire à 25 ans pour ne plus jamais la quitter, Humberto, qui vient de quitter sa ville n’hésite pas dès que l’occasion se présente, à fuir et rentrer chez lui. « A l’époque, je n’aimais pas les entraînements » dira-t-il plus tard. Mais Suazo ne manque pas seulement quelques entraînements. A l’âge de la rébellion, il n’a qu’une envie, dévorer le monde et n’a, de fait, aucune patience. Ignorant alors les consignes de l’encadrement technique, il irrite. « C’est un crack mais il n’entend foutre rien à la discipline ! » entend-on en coulisses, « son problème, c’est qu’il savait à quel point il était fort et donc, il n’en faisait qu’à sa tête » racontera Osvaldo Bustamante, son coach chez les u17 de San Antonio. En 1996, pour son seul match avec la sélection régionale, Chupete inscrit 7 buts sur les neuf de son équipe avant de se faire exclure à 10 minutes de la fin du match. Malheureusement, le manque de discipline lui coûte cher, ralentit sa progression.
 
 
L’autre coup dur survient en 1999 lorsque son père décède. Humberto n’a que 18 ans et, profondément atteint, pense arrêter le football. « Ça l’a profondément marqué. Je me souviens, toute l’équipe était avec lui à San Antonio pour les funérailles. Humberto était très attaché à sa famille. Rendez-vous compte, il était encore un enfant, il vivait à Santiago. C’était normal qu’ensuite il ne veuille pas jouer au football. Il nous faisait de la peine. Alors, on a discuté avec lui pour qu’il fasse les bons choix » se souvient Roberto Bishara, l’un de ses coéquipiers. Soutenu par le club, Suazo l’hypersensible peine, irrite. Héctor Pinto, son entraîneur d’alors : « Il était très sensible, avait besoin qu’on soit à ses côtés, qu’on prenne soin de lui. Il voulait tout le temps le ballon et il était très touché quand on ne lui faisait pas de passes. Il demandait alors à sortir du terrain, récupérait ses affaires et rentrait chez lui. Il rentrait à San Antonio. Une fois, il m’a dit « profe, ne vous inquiétez pas, si demain je marque trois buts et que nous gagnons ». Le souci, c’est qu’il le faisait ! ». Suazo ne portera jamais le maillot de la Católica, trop ingérable malgré un talent qui explose aux yeux des observateurs. Son club va d’abord l’envoyer à Ñublense, avec qui il inscrit son premier but professionnel, entrevoit un Coupe du Monde des moins de 20 ans avec le Chili avant de se voir sur le carreau, fauché par une fracture du péroné qui l’écarte alors des terrains pendant sept mois. Nouveau coup dur difficile à encaisser. Après un passage raté à Magallanes, Suazo, comme tout bon sanantoninos, a une fois encore besoin de revenir sur ses terres. Il est alors transféré à San Antonio Unido, club de Tercera Division, le club de sa ville, dans lequel son papa avait évolué autrefois.

A la conquête du continent

Chupete y retrouve alors tout ce qu’il aime : les siens, la joie de vivre, l’amour du jeu et surtout, la liberté. Buteur, passeur, leader, Suazo se transforme, il empile les buts et croise Mauricio Riffo. Pinto l’avait dit, Suazo a besoin que l’on croit en lui. L’entraîneur de San Luis l’emmène avec lui et le met dans les meilleures dispositions. « Il fallait le traiter de manière différente des autres. Tout le monde disait qu’il était comme mon fils ». Riffo et Suazo s’entendent à merveille, le technicien l’aide pour tout, jusqu’à lui l’aider à conduire sa première voiture. Libéré, Chupete n’en finit plus de marquer. Il inscrit 42 buts en 48 matchs disputés avec les Canarios et est l’homme-clé dans la conquête du titre 2003 qui permet à San Luis d’accéder à la Primera B. Humberto Suazo, idole canario, meilleur buteur du championnat attire alors bien des convoitises. Son ascension ne fait que commencer. L’année suivante, il découvre la Primera Division sous les couleurs d’Audax Italiano. 40 buts plus tard (en 62 matchs), la machine à marquer Suazo va alors franchir un palier. Claudio Borghi, passé par Audax quelques années auparavant, en fait sa priorité pour son Colo-Colo.

Du côté du Popular, Chupete va trouver en Borghi un autre père spirituel. Le technicien argentin a tout compris de son joueur, le laisse libre de mouvements. On le voit ainsi s’échapper pour aller jouer au Cerro Porteño, autre équipe de San Antonio, le temps de marquer huit buts et de rentrer incognito. Être libre de mouvement, l’hypersensible Suazo en a besoin, Borghi l’a bien compris. Paternaliste, il couve son protégé qui devient une véritable terreur pour les défenses du pays et du continent. Le 24 janvier 2006, il fait ses débuts officiels avec Colo-Colo en Libertadores face à Chivas au Monumental le soir d’une défaite 3-1 face au futur demi-finaliste de l’épreuve. Une semaine plus tard, il s’offre un triplé au Jalisco et lance une incroyable année.
 
Aux côtés des pépites Matías Fernández, Arturo Vidal et Alexis Sánchez, Chupete explose, les statistiques s’affolent. 19 buts lors de l’Apertura, 15 lors du Clausura, Suazo décroche ses deux premiers championnats et marche sur l’eau, doublé au rang de meilleur buteur d’une première division que par Klaas-Jan Huntelaar qui a inscrit alors 35 buts avec l’Ajax. L’heure est alors venue de prendre sa revanche sur le continent, la Sudamericana sera sa vitrine. Alors que Matías Fernández est l’homme des premiers tours, Suazo se réveille à partir des huitièmes de finale et ne s’arrête plus. Trois buts en deux rencontres face à Alajuelense (qui explose 7-2 au Monumental sous les coups des Fernández, Fierro, Sánchez et Vidal), un triplé face au Gimnasia dans le contesté quart de finale aller avant de sceller le suspense au retour, la machine à marquer est irrésistible. Dévoreur d’espace, capable de déclencher de tous les coins du terrain, du gauche ou du droit, Chupete fait plier tous ses adversaires, seul Toluca parvenant à le museler en demi-finale retour (malheureusement pour les Diablos Rojos, ce jour-là Matías Fernández prend le flambeau). Colo-Colo est invincible. Propulsé au rang de favori de l’épreuve, el Popular ne peut pas perdre en finale. D’autant qu’à l’aller, Chupete assomme Pachuca en tout début de deuxième mi-temps. Le 13 décembre, l’Estadio Nacional se pare de blanc et noir, l’heure du triomphe de Colo-Colo est venue. 75 000 hinchas n’attendent que ça, voir l’équipe qui marche sur le Chili assoir sa domination sur le continent. Malheureusement, sur le terrain, les hommes de Borghi n’y sont pas.
 
 
Bousculés par les Tuzos d’Enrique Meza, les locaux sont dominés, font passer des frissons dans les échines de leurs hinchas. Une fois encore, Chupete apparaît. Un amour de passe de Matías Fernández pour Alexis, la pépite albo élimine et sert Suazo, contre le court du jeu Colo-Colo prend les devants. Cette fois c’est sûr, la Sudamericana sera chilienne. L’entrée de Damián Álvarez va tout changer. Pachuca revient au score avant que l’argentin ne soit au départ du contre fatal de la 72e minute conclu par el Chaco Giménez. Pachuca devient le premier mexicain à remporter la Sudamericana, Suazo et les siens pleurent un titre qui leur tendait les mains et regrettent de n’avoir pas géré le calendrier.
 
L’aventure chilienne touche à sa fin, Suazo prend le temps d’inscrire son nom dans l’histoire du Cacique, assis aux côtés des Chamaco Valdes et autres Carlos Caszely. Lors de l’Apertura suivant, Matías Fernández parti, il porte à lui seul el Popular pour le Tricampeonato, étant décisif lors du match face à la Católica (1 but, une passe décisive) avant de marquer le but du 26e titre face à Palestino, son dernier sous les couleurs Blanco y Negro. Car après avoir inscrit 19 buts dans l’Apertura, Chupete se prépare à quitter le club, portant son bilan à l’incroyable 70 buts en 75 matchs et surtout inscrit son nom dans la légende du football chilien avec ses 51 buts en 52 matchs disputés sur l’année 2006. L’heure est venue pour lui de décoller pour le Mexique.

Monterrey, la légende en marche

Pour la première fois de sa vie, Chupete quitte le Chili, s’éloigne de San Antonio pour le nord du Mexique et Monterrey, convaincu par Miguel Herrera de devenir Rayados. Le club regiomontano a cassé sa tirelire pour attirer la machine à scorer (plus de 5M$) et l’attente est énorme. Malheureusement, les débuts sont compliqués. Car el Piojo Herrera n’est pas aussi paternaliste que Borghi, quelques années plus tard, le technicien mexicain reprochera même à Borghi d’avoir été trop laxiste avec sa star. Le mal de pays s’ajoutant à une ambiance différente, Suazo ne parvient à s’acclimater. Son premier semestres est médiocre, les hinchas locales doutent, les critiques fusent. Peu soutenu, Suazo le vit mal, déclare « s’ennuyer dans cette équipe », sa famille lui manque.
 
 
Alors que sa vente est dans l’air du temps, son transfert vers Independiente échouant de peu, Suazo commence pourtant à prendre ses marques, auteur notamment d’un quadruplé face aux Tiburones d’el Piojo Herrera,  il sera meilleur buteur du Clausura 2008 qui voit les Rayados de La Volpe échouer sans perdre en demi-finale face au futur champion Santos Laguna. L’arrivée de Vucetich va lui permettre prendre définitivement son envol. La confiance et le respect s’installent entre les deux, recette pour que Chupete puisse s’exprimer. Lors de l’Apertura 2009, Suazo marque moins mais se montre décisif aux côtés d’Aldo de Nigris. Il inscrit le but qui élimine América à l’Azteca en quarts de la Liguilla puis sera le héros de l’incroyable finale face à Cruz Azul. Double buteur du 4-3 au match aller (lire Mexique : spectaculaire, spectaculaire !), il s’en va seul, au bout du chronomètre offrir le titre aux Rayados (lire Lucarne américaine : Banfield et Monterrey au paradis). Devenu essentiel, l’année 2009 le voit de nouveau dans le 11 de l’année aux Amériques (place occupée pour la première fois en 2006) et surtout, les critiques effacées, il est élu meilleur joueur évoluant au Mexique. Impossible alors pour les Rayados de le retenir, l’Europe lui fait les yeux doux et Saragosse remporte la mise, obtenant un prêt de 6 mois avec option d’achat. 
 
 
Dans le grand livre du destin, il est écrit que rien ne sera donné à Humberto Suazo. Là encore, les premiers temps à la Romareda sont des plus difficiles. Une première manquée, Suazo est déjà la risée de certains fans qui le surnomment Paquirrin, « hommage » à Kiko Rivera, fils quelque peu rondouillard de la chanteuse et actrice Isabel Pantoja. Sa célébration le symbolise parfaitement, Chupete a mûri, il n’écoute plus ce qu’on dit de lui. Sa réponse ne tarde pas. La semaine suivante, il ouvre son compteur but sur penalty face à Tenerife. Valladolid, Getafe (son premier doublé au lendemain du tremblement de terre qui a touché son Chili), Málaga et la merveille face à Majorque, Suazo réussit une belle pige, terminant ses six mois sur six buts en 17 apparitions, suscitant l’intérêt de la Lazio et de plusieurs clubs anglais. Saragosse ne levant pas la clause, aucun club européen ne prenant le pari de mettre une somme aussi importante sur lui, Chupete rentre alors au Mexique, sans véritable envie. Pourtant, le plus beau est à venir.
 
Car le retour de Suazo à Monterrey est immédiatement décisif. Il ouvre la voie de la qualification en quarts face à Pachuca, inscrit le premier but de la victoire arrachée en demie face aux Pumas et remporte le duel des buteurs l’opposant à Chucho Benítez en finale en inscrivant un but à l’aller, deux au retour. L’année suivante, Suazo offre la CONCAChampions aux Rayados en inscrivant le seul but de la finale retour face au Real Salt Lake de Jason Kreis (lire CONCACAF Champions league : Monterrey pour une première). Premier épisode de la trilogie CONCACAF du club de Monterrey. Car l’année suivante,  Monterrey retrouve Santos Laguna en finale, Chupete, meilleur buteur de l’épreuve remporte son duel face à Oribe Peralta (lire CONCACAF Champions league : Monterrey s’offre le doublé), avant, l’année suivante de clore l’histoire de ses affrontements face aux Guerreros d’un nouveau but, celui d’une troisième couronne continentale consécutive (lire CONCACAF Champions league : Monterrey III) , celui qui lui permet de rentrer dans l’histoire mondiale en devenant le deuxième joueur à inscrire trois buts dans trois finales consécutives, seul Alfredo Di Stéfano aura fait mieux.

La Roja, sa plus grande frustration

Si la carrière de Chupete en club est couronnée de succès, sa vie d’international n’aura pas été des plus faciles et jalonnée de joies et de frustrations. Suazo fait ses débuts en sélection en 2006 lors de rencontres amicales, disputées face à la Nouvelle-Zélande, la Côte d’Ivoire et la Suède. La machine à marquer de Colo-Colo se retrouve naturellement incorporée dans le groupe qui participe à la Copa América 2007, s’offre un doublé face à l’Equateur en ouverture mais, malgré une merveille face au Brésil de Dunga, se voit éliminé lourdement en quarts par la bande à Robinho, futur vainqueur de l’épreuve. Sa plus belle période en rouge, Chupete la vit en 2009 alors que le sélectionneur est un certain Marcelo Bielsa. « Il vivait pour le football. Je parle toujours avec lui, il m’a donné énormément d’affection. Je lui suis éternellement reconnaissant » dira Chupete quelques années plus tard. Sous Bielsa, Suazo explose avec le Chili lors de la campagne de qualification. Meilleur buteur devant Luis Fabiano, il est l’un des motifs d’espoirs du peuple chilien pour l’Afrique du Sud. Malheureusement, quand la joie est trop forte pour Chupete, la frustration s’en mêle. Fichu livre du destin.
 
 
A deux semaines du début du Chili en Coupe du Monde, Suazo se blesse à l’entraînement. « Je me suis blessé une semaine avant de partir en Afrique du Sud, une grosse blessure. Je pense que si ç’avait été un autre joueur auquel il n’était pas tant attaché, il ne l’aurait pas appelé ». Mais Bielsa ne change rien, lui montre toute sa confiance, celle dont a tant besoin Chupete. Pour El Loco, il n’y a aucun avant-centre au Chili du calibre de Suazo. Il pousse à sa guérison, met la pression sur le staff médical. Suazo subit un traitement intensif et parvient à revenir. Malheureusement, il le reconnaîtra plus tard, il n’est pas dans le rythme, loin de son niveau. L’Afrique du Sud sera sa seule participation à une phase finale de Coupe du Monde. Suazo retrouve son « père » Claudio Borghi pour la Copa América 2011, sa dernière (inscrivant son seul but de l’épreuve en quarts face au Venezuela). En mars 2012, il annonce que ne se sentant plus au niveau requis par la sélection, il met fin à sa carrière internationale. Jorge Sampaoli l’appellera tout de même lors des qualifications pour la Coupe du Monde brésilienne mais il se blessera de nouveau. Sa dernière apparition avec la Roja aura été le 11 septembre 2012 face à la Colombie, son dernier but, face au Pérou un an plus tôt. 

Le retour de l’idole

En club, la fin de l’aventure mexicaine est proche. Il y aura eu l’épisode de l’annonce du cancer de sa maman provocant les désirs de départ de l’hypersensible Chupete qui va alors entrer en conflit avec la presse mexicaine et, plus grave, ses propres dirigeants qui ne lui apportent alors que trop peu de soutien. Il y aura eu ensuite la blessure, maudite opération de l’épaule. Il y aura enfin et surtout, la famille, toujours la famille, le besoin d’être proche des siens. Fin 2014, Chupete veut rentrer chez lui, au Chili. Alors que son numéro 26 est retiré aux Rayados, certains l’envoient alors à la Católica afin de respecter une dernière promesse faite un jour à son père, mais une fois encore la maison Cruzado se refuse à lui. Il revient donc à Colo-Colo pour une dernière pige qui ne se passera pas comme prévu. Rattrapé par les blessures, incapable de trouver véritablement sa place sur le terrain, touché par les critiques et blessé par un staff et des dirigeants qui, une fois encore, ne le soutiennent pas, Humberto Suazo va partir par la petite porte, jeté comme un malpropre. L’hypersensible donne une dernière interview, clame sa surprise, la démesure et l’injustice qui le frappe. Appuyé par les cadres de l’équipe, il finit par se replier sur lui-même, s’enferme avec les siens, ceux qui jamais ne l’ont lâché. Ses pères footballistiques sentent la mauvaise nouvelle arriver, tentent une dernière fois de le ramener là où il peut se sentir libre, un terrain. Claudio Borghi essaie de l’attirer à la Liga de Quito. En vain. Début 2016, la nouvelle tombe, Humberto Suazo raccroche définitivement les crampons, il n’a que 34 ans.
 
La dernière grande idole chilienne va enfin redevenir l’enfant de Lloleo, celui qui avait toujours rêvé d’être libre. Loin de la tempête médiatique, Humberto Chupete Suazo peut enfin rester avec les siens, laissant derrière lui une carrière faite de records, de golazos et de légendes.

 

 

A propos de l'auteur
Nicolas Cougot
Author: Nicolas CougotWebsite: http://lucarne-opposee.fr
Créateur et animateur de Lucarne Opposée. A la recherche de piges. Portfolio et contact : http://nicolas.lucarne-opposee.fr/

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