. . .

Uruguay – Apertura 2015 : Le retour du grand Diego Forlán

  • Écrit par Jérôme Lecigne

Ce week-end, Peñarol et Nacional ont gagné grâce à deux mondialistes de 2010, alors que le Defensor a dominé grâce à sa jeunesse dorée, notamment Brian Lozano. Un quintet se détache en tête d’un championnat serré ou chaque équipe a déjà gagné en cinq journées.

Sud America 1 – 4 Peñarol

Il aura donc fallu cinq journées pour que Diego Forlán retrouve son niveau de jeu. Il aura aussi fallu une réorganisation du Peñarol, avec un 4-3-3 comprenant en attaque Zalayeta, Ifran et donc Forlán. Comme lors de la Copa America 2011 quand il avait Cavani et Suárez devant lui, Forlán n’est jamais aussi bon que quand il est chef d’orchestre. Ce n’est pas un joueur de football, c’est un logisticien. Il voit le jeu les yeux fermés, et ses corners et coups franc sont des livraisons de colis, livrés au bon endroit au bon moment. Lors des quatre premiers matchs, il avait été relégué sur le côté gauche. Mais il n’y était pas assez rapide pour faire la différence. Il a maintenant été replacé dans le cœur du jeu, pour frapper de loin, ou faire marquer ses collègues. Il a le choix, il sait faire les deux, et il fera les deux. Au-delà de la qualité des passes, il a une élégance rare dans le jeu, il ne commet pas de faute, il est toujours bien placé. Un régal.

Car Peñarol avait besoin de gagner ce match au vu des autres résultats pour ne pas se retrouver largué au classement. Et le début de match est compliqué face à un Sud America bien regroupé mais qui sait aussi construire du jeu. Dès le début du match, Forlán adresse un magnifique centre repris en bicyclette par Zalayeta, qui passe très légèrement à côté. Si Zalayeta avait marqué ce but, c’était le but de l’année. De l’année 2004 peut être, mais le but de l’année. A la 25ème, sur un contre rapidement mené, Ifran décale Forlán qui marque au ras du poteau, à l’endroit exact où il souhaite la mettre, d’un tir du coin de la surface. Le gardien ne peut rien faire. Après ce but, les Carboneros dominent mais n’arrivent pas à conclure, mi-temps et 1-0.

La deuxième mi-temps commence avec une domination de Sud America, plus tranchant en attaque. Le milieu de terrain de Peñarol laisse trop d’espace, et sur une attaque de Royon, sur un très bon débordement, Valdez tacle ce dernier en retard et concède un penalty logique. Ce penalty aurait pu être celui de l’égalisation et du doute si le très bon Gurruceaga ne l’avait pas magnifiquement arrêté sur sa droite. Un arrêt qui vaut un but car, dans la foulée, sur une magnifique action initiée par Don Diego, qui commence par un grand pont et qui termine par un centre repris en demi-volé par Nahitan Nandez pour le 2-0. Le grand pont est magique car Forlán ne déborde pas en vitesse mais au touché du ballon et au mouvement de son corps. Malgré la réduction du score d’Arismendi à la 67ème, Peñarol continue d’attaquer profitant notamment des espaces disponibles en contre grâce à sa domination au score. A la 74ème, Aguirregaray se prend pour Ronaldinho et délivre une passe à l’aveugle vers Diego Forlán qui adresse un centre parfait pour Ifran, qui n’arrive pas à contrôler le ballon. Ce dernier arrive dans les pieds de Luque qui n’a plus qu’à concrétiser aux six mètres. Pour finir, à la 89ème, Diego Forlán (oui, encore lui, désolé) délivre un coup franc parfait pour Piriz qui remet pour Palacios qui marque tranquillement. Score final 4-1.

Côté Peñarol, Forlán est présent sur les quatre buts. Il en marque un, délivre une passe décisive, mais est aussi « l’organisateur » des deux autres buts. Nandez a fait beaucoup de bien en 6 en récupérant, relançant, et étant présent attaque. Attention à ne pas oublier de se replier de temps en temps… Gurrugeaga a été décisif sur le penalty. Ifran et Zalayeta ont été moins bon, remplacé d’ailleurs par Luque et Palacios qui ont profité des espaces. Côté Sud America, l’équipe a bien cherché ses attaquants, Royon et Barboza, qui ont été plutôt bon mais pas assez décisif. La défense a été absente en deuxième mi-temps et le score aurait pu être plus sévère.

Joueur du match : Don Diego Forlán.

Defensor 2 – 0 Rentistas

Je m’étais promis en début de saison de ne pas vendre du rêve, de ne pas parler de futur star européenne, de crack, mais seulement de joueurs du championnat uruguayen, qu’ils aient 18 ou 38 ans. La volonté de certains dirigeants de club de transformer leur équipe en un catalogue de vente par correspondance fait déjà suffisamment de mal au football local. Elle fait du mal aux équipes, puisque ce n’est pas en soi une ambition sportive, et elle fait du mal aux jeunes joueurs, qui, comme Valverde, peuvent perdre pied (depuis son précontrat avec le Real de Madrid, l’ami est retourné en troisième division…). Mais voilà, toutes ces bonnes résolutions morales se sont fracassées sur un jeune joueur du Defensor. Retenez bien ce visage, celui de Brian Lozano. Car, malheureusement pour le football uruguayen, et heureusement pour le monde, il ne restera pas bien longtemps ici. Il est jeune, il n’a que 21 ans, mais il a eu le temps de mûrir, et il a aujourd’hui un impact rare sur le jeu de son équipe. Il a fêté sa première sélection contre le Costa Rica en début de semaine en remplaçant Diego Rolan et a changé le jeu de l’Uruguay. Il est milieu droit/meneur de jeu, et est capable de passer et marquer. Sur une saison pleine, il finirait avec plus de 10 buts et 10 passes décisives. Sauf qu’il ne restera surement pas au Defensor à la prochaine trêve. Si Valverde vaut 5 millions d’euros, lui en vaut beaucoup plus…

Pour revenir au match, notre ami Brian était remplaçant suite au voyage fait avec la Celeste en début de semaine. La rencontre avait lieu le vendredi soir, dans un froid glacial au Franzini, pour que le Defensor puisse préparer ensuite son voyage au Pérou pour affronter tranquillement l’Universitario (victoire à l’aller 3-0). Et la première mi-temps a été poussive, même si dominé par les violets. Rentistas, organisé avec trois centraux dont les très bons Cabeco, ont bien résisté aux assauts d’Acuña, de Rodriguez et de Pais.  Et donc, à la mi-temps, Tejera (coach du Defensor), fait rentrer Lozano à la place de Pais, en milieu droit offensif. Dès la 51ème, sur une bonne passe de Rodriguez, Acuña ouvre le score sur un tir en pivot à hauteur du point de penalty. Ancien Bicho, il ne célèbre pas son but. Et dans la foulée, à la 57ème, sur un nouveau centre de Felipe Rodriguez, Lozano coupe au second poteau et marque son troisième but du tournoi en trois matchs. En douze minutes de jeu, il a  changé le match. Il n’y aura plus d’autres buts malgré les nombreuses offensives du Defensor et grâce aux bons arrêts de Reyes, le gardien de Rentistas.

Côté Defensor, Lozano a donc été bon 45 minutes, mais Felipe Rodriguez, autre jeune du Defensor côté gauche, a aussi été très bon 90 minutes. Jeune, techniquement très juste, il finit le match avec deux passes décisives. La défense n’a pas trop été dérangée pendant le match, notamment grâce au très bon travail de Cardaccio et Arambarri, les deux milieux récupérateurs qui ont en effet récupéré beaucoup de ballon. Ils ont su être juste techniquement et sortir des ballons vers les latéraux Lozano et Rodriguez qui ont considérablement gêné la défense à trois de Rentistas. Romario Acuña a été présent, comme d’habitude, et même si je le présentais comme un super sub en début de saison, il pourra finir meilleur marqueur vu le milieu qu’il a derrière lui. Côté Rentistas, le meilleur joueur a été le gardien Reyes qui a empêché le score d’être plus humiliant. Il a fait de très beaux arrêts. Les centraux n’ont pas été trop mauvais, mais la défense à trois n’a pas résisté à l’organisation du Defensor.

Meilleur joueur : Felipe Rodriguez, pour l’ensemble du match. Et Brian Lozano sur la deuxième mi-temps.

Juventud 2 – 3 Nacional

Ce match entre deux équipes disputant la Copa Sudamericana avait donc lieu samedi dans un stade Centenario tristement vide. Il oppose les deux frères Alonso, Ivan étant l’idole depuis trois ans du Nacional, Matias l’attaquant de la Juventud de Las Piedras.

Il ne s’est quasiment rien passé en première mi-temps, à part la blessure musculaire de Nacho Gonzalez. Ce n’est malheureusement pas la première pour lui. Il a été remplacé comme d’habitude par Rodrigo Amaral, qui a apporté plus de rapidité dans la passe, plus de spontanéité. A part cette blessure, la première mi-temps a surtout été celle de tacles pas très jolis. Et heureusement, les joueurs ont décidé de se réveiller pour la seconde période. Dès la 50ème minute, Puerari ouvre le score pour la Juventud sur un contre rapidement joué et suite à un premier arrêt du gardien. Esteban Condé n’est pas exempt de tout reproche puisqu’il relâche le ballon sur la première frappe, mais surtout la défense du Nacional se montre encore trop lente à revenir en position. Polenta et Aja manquent de vélocité dans un championnat où ils vont souvent rencontrer des équipes procédant en contre. Et je ne parle même pas de Fucile. Heureusement pour eux, un joueur perdu de vue, Sebastian Fernandez, va faire son entrée à la 52ème. Sebastian Fernandez fait partie des 4 demi-finalistes de la coupe du monde 2010 qui jouent au Nacional (avec Abreu, Fucile et Eguren). Il a une carrière moins remplie que les trois autres puisqu’il a eu quelques bonnes saisons en Argentine et en Espagne, et puis plus rien, il n’a que 30 ans. Depuis l’année dernière, il est souvent remplaçant au Nacional. Et là, il rentre, et sur son premier ballon, il égalise. Sur un très bon débordement puis centre de Matias Abero, il place un plat du pied imparable. Et dans la foulée, sur un bon coup franc tiré par Amaral à la 65ème, le même Seba Fernandez reprend le ballon d’un plat du pied de volé. Le Nacional a inversé la donne et ne sera plus rattrapé. Rapidement, Barbaro aggrave la marque sur un cafouillage dans la surface, avant que Puerari ne réduise la marque sur une très bonne passe en profondeur de Varela, face à une défense encore une fois pas assez réactive. A noter le carton rouge pour Porras à la fin du match pour une faute assez peu évidente. Au-delà du carton rouge sévère, ce match, comme d’autre ce week-end, a été très engagé. Parfois trop.

Côté Nacional, la satisfaction vient des remplaçants Amaral et Fernandez, omniprésent et très bon dans un jeu en première intention. Barbaro a apporté de la profondeur. Le Nacional est bon en attaque en général. Par contre, en défense, il y a du travail. La défense est lente, elle n’est pas aidée par ses milieux défensifs. Fucile et Abero apportent offensivement, c’est bien, mais devraient plus aider les deux centraux. Côté Juventud, Puerari a été bon en attaque, meilleur qu’Alonso à ses côtés. Comme souvent depuis le début de l’année, Fabian Carini a été trop souvent abandonné par sa défense. Il a malgré tout fait de bons arrêts.

Homme du match : Rodrigo Amaral, pour son impact permanent sur le jeu du Nacional quand il rentre.

Plaza Colonia 1 – 1 Wanderers

Premier match télévisé au Suspicci de Colonia depuis 2003. Les Pata blancas n’étaient pas donnés favori dans ce match car les Wanderers arrivaient en leader invaincu. Mais comme c’est souvent le cas dans ces matchs « déséquilibrés », les joueurs du Wanderers n’arrivaient pas en début de match à mettre le pied sur le ballon. Pire, ils montraient une agressivité inhabituelle qui leur a valu de nombreux cartons jaunes dès la première mi-temps. Dès la 24ème minute, Malan plaçait une frappe magnifique des 25 mètres pour l’ouverture du score de Colonia. A la mi-temps, les Pata blancas auraient dû mener avec plus d’un but d’écart au vu de leur domination mais n’arrivaient pas à convertir leurs occasions. A la reprise, Gaston Bueno était exclu pour les Wanderers après s’être essuyé les crampons sur le tibia d’un joueur de Plaza. Etrangement, ce carton rouge va avoir pour effet de réveiller les Wanderers qui vont égaliser dans la foulée sur un but de Kevin Ramirez, sur un tir des six mètres. Suite à ce but, Plaza Colonia a poussé pendant trente minutes mais Burian a écarté deux ballons très dangereux sur des très belles parades.

Côté Plaza Colonia, le meilleur joueur a été Dibble. L’attaquant a dérangé la défense des Wanderers pendant 90 minutes comme il l’avait fait au Nacional il y a une semaine. Dawson, le gardien, a aussi été très bon. Côté Wanderers, tous les joueurs ont été très nerveux. Kevin Ramirez, l’un des rares attaquants « jeunes » du championnat uruguayen, a été encore bon, pesant sur la défense. Il joue très haut sur le terrain et dérange toujours les adversaires. La défense a été bonne… après l’expulsion de Bueno. Le passage à trois à l’arrière a été réussi notamment grâce au latéral Alex Silva. Le joueur de la fin du match côté Wanderers a été Burian avec deux grands arrêts.

Joueur du match : Nicolas Dibble

Ailleurs

Fenix 2 – 1 Danubio : Danubio chute encore contre le surprenant Fenix qui reste donc dans le peloton des leaders.

River Plate 3 – 1 Racing : JR peut respirer suite à cette belle victoire au Saroldi avec notamment un Golazo de Michael Santos, petit nouveau de la sélection de Tabarez, et encore un but Santiago Garcia, déjà 4 buts depuis le début de la saison.

Cerro 3 – 1 Villa Teresa : Une victoire importante dans l’optique du maintien. Villa Teresa est parti pour un calvaire d’une saison. L’arrivé de Richard Porta a changé l’équipe du Cerro sur les derniers matchs.

El Tanque Sisley 0 – 1 Liverpool : Belle victoire de Liverpool à 10 contre 11.

Pour le reste

Sud America jouait ce week-end avec un maillot hommage à Alcides Ghiggia, maillot bleu et orange, bleu pour la céleste et orange pour les couleurs de l’institution.

Le Nacional jouait lui avec un maillot similaire à celui avec lequel le club a joué en représentant l’Uruguay en 1903 lors de la première victoire internationale à l’extérieur de la Celeste.

Le championnat uruguayen va continuer à diffuser quatre matchs par journée. C’est une nouveauté, il n’y avait jusqu’à présent que trois matchs télévisés, dont souvent deux matchs au Centenario et au Gran Parque Central. Ce sera donc l’occasion de voir plus souvent des stades comme le Belvédère, le Suspicci ou la Nasazzi. Des stades avec un public réduit qui offrent une vision sur le pays au-delà des tribunes, soit sur le Rio de La Plata, soit sur la ville de Montevideo, soit sur la campagne. Et ça, c’est souvent plus beau que tous les fumigènes du monde.

Les buts

 

Résultats

Classement

# Équipe J V N D Pts BP BC +/-
1 Peñarol 15 9 4 2 31 28 17 11
2 Nacional 15 9 3 3 30 32 21 11
3 Cerro 15 9 1 5 28 25 19 6
4 Montevideo Wanderers 15 6 6 3 24 22 16 6
5 River Plate (Uru) 15 7 2 6 23 31 25 6
6 Fénix 15 6 5 4 23 17 12 5
7 Danubio 15 6 4 5 22 21 13 8
8 Defensor Sporting 15 6 3 6 21 25 25 0
9 El Tanque Sisley 15 5 4 6 19 17 17 0
10 Rentistas 15 5 3 7 18 18 19 -1
11 Sud América 15 4 6 5 18 17 22 -5
12 Liverpool 15 5 3 7 18 15 24 -9
13 Plaza Colonia 15 3 8 4 17 15 16 -1
14 Racing (Uru) 15 4 5 6 17 21 26 -5
15 Juventud 15 4 3 8 15 14 25 -11
16 Villa Teresa 15 1 2 12 5 9 30 -21

A propos de l'auteur
Jérôme Lecigne
Author: Jérôme Lecigne
Spécialiste du football uruguayen, Suisse de l'Amérique du Sud, Patrie des poètes Jules Supervielle, Juan Carlos Onetti et Alvaro Recoba

  • Aucun commentaire trouvé