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Quand l'armée débarque sur la MLS

  • Écrit par Nicolas Cougot

Vendredi 03 février 2012

Timbers Army

2011 a été l’année de l’arrivée de deux nouvelles franchises en MLS. Mais pas seulement. En ajoutant Portland dans sa liste des clubs, la MLS s’est offert une armée verte qui aura totalement changé les regards sur la culture du supporter aux USA. Voyage au pays de la Timbers Army.

Portland, jour de match. « On se prépare pour aller au stade au moins quatre heures avant le coup d’envoi. Nous sommes nombreux à devoir accomplir de long parcours en métro pour nous rendre au stade et il est d’ailleurs amusant de voir montrer les gens avec écharpes et maillots à chaque arrêts. Au final, il est fréquent de te rendre au stade avec quelqu’un que tu as rencontré pendant le trajet. Tu peux vouloir arriver tôt pour avoir une bonne place dans la North End mais tu peux aussi vouloir prendre le temps d’une bière ou deux avec tes potes dans les bars avoisinants et aller à la boutique faire quelques courses. Puis vient l’heure de rentrer dans le stade, vérifier derrière ta chaise s’il n’y a pas un drapeau à agiter ou (lors des gros matchs) des consignes pour le tifo. 45 minutes avant le match, tu commences alors à chanter. Il en sera ainsi pour les trois prochaines heures ».

Telle est la journée type décrite par Garrett Dittfurth et Roger Anthony, deux membres de la Timbers Army qui ont eu la gentillesse de répondre à mes questions. Rapide description qui vous permet de plonger dans ce que cette Armée verte est venue apporter à la MLS en termes de passion et d’engouement.

Arrivés en MLS cette saison, les Timbers ont permis à la ligue de générer plus d’engouement médiatique autour de rivalités locales déjà établies dans les ligues inférieures (nous avions déjà évoqué la rivalité Portland – Seattle lorsque nous avions été rencontrer les supporters des Sounders), l'Army a quant à elle apporté bien plus.

Notre rêve/objectif est de créer un Timbers Army bar dans toutes les grandes villes du pays où les fans qui ont migré de Portland ou les fans qui ont commencé à suivre l’équipe, pourront venir se rassembler.

Ultras version USA

Fondée au début des années 2000, la Timbers Army (nom pris en 2002) prend rapidement modèle sur le supportérisme européen préférant les chants ininterrompu à l’observation passive assis sur son siège. Cette similitude avec le mouvement ultra, les membres de l’Army ne la nient pas sans pour autant l’assumer pleinement : « Cela dépend sur quel plan on se place. L’Army ressemble aux ultras européens sur plusieurs aspects. On se tient debout pour chanter pendant toute la rencontre et nous avons grandi au point d’occuper un tiers du stade. Mais on est plus diversifiés que les ultras européens. On compte plus de filles dans nos rangs et la tranche d’âge des membres de l’Army est plus large. Nous ne sommes par ailleurs affiliés à aucun mouvement ultra européen bien qu’ayant quelques liens établis. On a eu quelques rencontres organisées en hors saison à Sunderland par exemple, histoire de maintenir les relations qui ont débuté entre nous lors d’une rencontre entre les deux clubs en 2005 mais cela reste plus social qu’organisationnel. » Pourtant l’Army a tout d’un mouvement ultra classique. Outre sa dévotion sans limites pour son club, la Timbers Army reste organisée comme tout mouvement ultra. Exemple type, l’organisation des déplacements de supporters. Si vous êtes des habitués de la MLS, vous savez à quel point les distances posent problème pour toute organisation de déplacement (imaginez un voyage à New-York pour un supporter de Portland). Et pourtant, partout, Portland peut compter sur son armée.

« On a pour tradition d’avoir des supporters présents à chaque match, que ce soit à la maison ou en déplacement. Cela reste difficile d’avoir des groupes de taille respectable lors d’un déplacement à Philadelphie, à Toronto ou à New England mais même en USL, on s’arrangeait toujours pour avoir des gens présents jusqu’à Porto Rico. La MLS n’est pas vraiment habituée aux déplacements de supporters et craint souvent les risques de débordements. On a eu à négocier dur pour obtenir 50 tickets pour les matchs à l’extérieur. Nous avons des collectifs qui se sont créés à plusieurs endroits du pays. Notre rêve/objectif est de créer un Timbers Army bar dans toutes les grandes villes du pays où les fans qui ont migré de Portland ou les fans qui ont commencé à suivre l’équipe, pourront venir se rassembler. » Le rêve et l’organisation de tout groupe ultra en quelque sorte.

Soutien des dirigeants

Tout n’est pourtant pas si rose. L’Army et ses chants ont souvent dû faire face à l’incompréhension des autres spectateurs. En témoigne la célèbre lettre d’Andrew et Laurie (à déguster ici), venant s’insurger contre les comportements dans le stade des membres de l’Armée (surtout leurs chants). « La perception que les gens ont de nous a quelque peu changé, plus pour une somme de petites raisons que d’un changement ou un effort particulier de notre part. Nous avons certes fait quelques actes caritatifs ces dernières années (NDLR : collecte de fonds, plantation d’arbres….). Nous avons fait des efforts pour réduire les obscénités dans nos chants et même si nous ne sommes pas des anges, la taille de notre foule tend à masquer ces abus de langages et à inhiber la création de nouveaux chants obscènes (la contrepartie étant que nous avons perdu en spontanéité). Ce que la MLS a changé c’est qu’elle a amené plus de monde au stade et les gens ont ainsi pu voir par eux-mêmes ce que c’était qu’un groupe de supporters. Les gens ont ainsi pu voir que c’est avant tout de l’énergie et beaucoup de plaisir. Reste que chaque année on reçoit des lettres à la « Andrew et Laurie » venant de gens qui sont venus une fois au stade et ont été choqués. Sauf que tu ne reçois jamais de lettre de la majorité des parents qui amènent régulièrement leurs enfants au stade. »

Hooligans en puissance pour certains, s’il est un point sur lequel la comparaison Timbers Army – ultras européens diffère, c’est bien dans la perception que les clubs et la ligue américaine ont d’eux. Condamnés à n’être assimilés qu’à de vulgaires hooligans en Europe (on ne rouvrira pas la débat sur la dissolution des groupes de supporters en France ou leur relations difficile avec les clubs), les groupes de supporters sont vus aux USA comme un terreau sur lequel s’appuyer pour aider la ligue à grandir. En témoigne l’histoire récente des Timbers et leur interaction avec la direction du club. « On a des représentants qui vont voir régulièrement les dirigeants depuis environ 6 ans. Je pense que le club a compris que nous avons joué un rôle important dans son succès. Nous n’aurions pas d’équipe en MLS sans nos propriétaires actuels mais nous n’aurions pas non plus d’équipe sans la base de fans établie en grande partie par la Timbers Army. Il y a forcément des tensions. Chaque année on est repris sur les fumigènes, la pyrotechnie et le langage grossier. Il y a forcément des désaccords entre supporters et dirigeants mais nos propriétaires ont toujours été géniaux en acceptant la culture des supporters. »

Borrow from us, but build your own

Uniques ?

Se pose alors la question de savoir si la Timbers Army est une exception dans un pays où, si on en croit les médias européens, la culture foot est à cent lieues de celle que nous connaissons (pour ne pas dire n'existe pas). La réponse est évidemment négative. « Je pense qu’à bien des égards nous sommes arrivés les premiers et avons ouvert la voie à suivre. Mais nous ne sommes pas uniques. Les Red Patch Boys de Toronto sont aussi un groupe de supporter important et les Barra Brava de DC United ou la Section 8 de Chicago ont été pour certains aspects des modèles pour nous. C’est la beauté d’où en est la MLS aujourd’hui. La culture supporter s’installe progressivement partout. Kansas City a un groupe vivant qui grandit, les Sons of Ben de Philadelphie étaient en place et ont travaillé pour le compte du club bien avant que celui-ci existe. Mais ils ne nous copient pas. Ce que fait Seattle est différent de ce que nous faisons. C’est génial de voir tout le monde se développer en utilisant ses propres rituels et ses traditions ».

La culture football s’appuie obligatoirement sur le développement de la culture supportériste. Les USA l’ont bien compris et désormais, la MLS voit grandir ses groupes de fans qui petit à petit s’organisent. S’appuyant sur d’autres, y insufflant sa méthode, la Timbers Army a ouvert une voie. « Borrow from us, but build your own ». La MLS a tout à y gagner.

 

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Je souhaite remercier Garrett et Roger pour avoir eu la gentillesse de répondre à mes question et la patience d'attendre de mes nouvelles. Pour plus d'informations sur cette magnifique Timbers Army, je vous conseille de leur rendre une petite visite sur leur site. Et n'oubliez pas que la MLS reviendra en mars sur L-O avec encore et toujours, les Timbers à qui je souhaite une bonne saison.

 

A propos de l'auteur
Nicolas Cougot
Author: Nicolas CougotWebsite: http://lucarne-opposee.fr
Créateur et animateur de Lucarne Opposée. A la recherche de piges. Portfolio et contact : http://nicolas.lucarne-opposee.fr/

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