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Au cœur du Pérou : éléments historiques.

  • Écrit par Nicolas Cougot
  • Publié dans la catégorie Perou

Jeudi 30 juin 2011

Perou

A l’heure de l’ouverture de la Copa America 2011, il est un pays sud-américain qui ne semble pas intéresser la plupart de suiveurs. Pourtant, au cœur de la cordillère des Andes se cache l’un des plus grands pays du continent en superficie mais aussi l’un des plus petits en matière de foot. Lucarne Opposée vous emmène en voyage au Pérou.

La Copa America 2011 va sans aucun doute attirer les foules et médias venus d’Europe. Avec l’explosion du football sud-américain pendant la Coupe du Monde sud-africaine et la constante arrivée de jeunes talents du continent en Europe, il est évident que le football d’Amérique Latine n’en finit plus d’attirer les curieux. Pourtant, au milieu des Argentine, Brésil, Uruguay, Paraguay, Chili et autre Mexique, un pays va tenter de montrer qu’il existe toujours dans le paysage sud-américain: le Pérou. Lucarne Opposée vous offre donc la possibilité de découvrir un grand pays de foot dans un dossier en trois parties. Au programme de ce premier article, nous allons partir à la découverte de l’équipe nationale et effeuillant son livre d’histoire.

L’histoire de la Blanquirroja débute réellement dans les années 20 avec la création de la fédération visant à mettre en place une organisation venant se substituer aux ligues régionales et ainsi mieux réguler la pratique sur le plan national. Il faudra moins de 10 ans pour enfin voir éclore une sélection nationale qui va dès ses débuts connaître une génération dorée.

La contre-attaque au football rioplatense.

Teodoro Fernández Nous sommes dans les années 30 : alors que l’Amérique du Sud subit l’un des ancêtres du football total des années 70 avec le football rioplatense dont les grands représentants sont l’Argentine et surtout l’Uruguay (champion du monde en 1930, 5 fois vainqueur de la Copa America à cette époque), les nouveaux venus péruviens vont bousculer la hiérarchie. Dès la Coupe du Monde, l’équipe péruvienne surprend son monde par sa qualité technique. Composée principalement de joueurs issus de l’Alianza Lima, d’Universitario et de Sport Boys, l’équipe nationale termine 3e de la Copa America de 1935 (derrière….l’Uruguay et l’Argentine !) et sera le seul représentant sud-américain aux JO de 1936. Leur performance créera l’une des polémiques des jeux. Au premier tour, le Pérou, emmené par leur capitaine buteur Teodoro Fernández, étrille la Finlande (victoire 7-3). Ce résultat leur offre un quart face à l’Autriche et sa Wunderteam, le lendemain de la défaite allemande face à la Norvège (disputée sous les yeux du Führer). Le Pérou va alors plus qu’accrocher l’Autriche. En prolongations, la Blanquirroja inscrit 5 buts et en voit 3 refusés ! Insuffisant pour l’Autriche, qui s’incline alors 4-2. Choquée par sa défaite, la sélection autrichienne crie au scandale, invoque des menaces reçues pendant le match et pose réclamation. La délégation péruvienne est sonnée et se voit empêchée d’aller défendre ses intérêts devant la commission de la FIFA qui décide alors de faire rejouer le match. Furieux, les péruviens décident alors de quitter la compétition. L’Autriche ira ensuite chercher une médaille d’argent en s’inclinant en finale devant le champion du monde italien. En 1938, le Pérou décroche son premier titre avec les premiers Bolivarian Games. En 1939, l’équipe nationale interrompt temporairement le règne uruguayo-argentin en Copa America (qui avait duré 14 ans et qui se poursuivra pendant encore 8 autres années) et s’impose chez lui triomphant de l’Uruguay en finale au terme d’une compétition dont Teodoro Fernández sera le meilleur buteur (7 buts en quatre rencontres). Ce titre marque la fin d’une génération.

S’en suivront trente années de traversée du désert (même si, vous le verrez dans le prochain épisode, les supporters péruviens aiment citer une seconde période faste dans les années 50) avant l’autre génération dorée : celle de 70.

Retour historique et nouveau scandale

Perou 1969Tout débute par l’un des plus grands exploits péruviens : le « Silence de la Bombonera » retentit encore au panthéon de l’histoire péruvienne. Nous sommes le 31 août 1969 : l’Argentine doit impérativement s’imposer pour conserver un espoir de qualification (une victoire et elle accroche un match d’appui). Battu par la Bolivie après un match au cours duquel l’arbitre avouera avoir été payé par l’Argentine pour favoriser les boliviens, le Pérou lui n’a besoin que d’un résultat nul. Dans une Bombonera en fusion, l’Albiceleste pousse mais ne parvient pas à franchir le dernier rempart Luis Rubiños. Après la pause, le Pérou en profite pour contrer. Un gamin de 22 ans va alors réduire au silence tout un stade : Oswaldo « Cachito » Ramirez s’offre un doublé. Par deux fois l’Argentine revient au score mais ne peut mieux faire qu’un match nul qui qualifie le Pérou pour la Coupe du Monde mexicaine. Pour mesurer la performance péruvienne, sachez qu’il s’agit là de la seule fois de l’histoire où l’Argentine ne s’est pas qualifiée à une Coupe du Monde.

Le Pérou lance ainsi une décennie dorée : au Mexique, la Blanquirroja emmenée par Roberto Challe Alberto Gallardo, Teófilo Cubillas ou encore celui qui deviendra l’un des meilleurs attaquants sud-américains de l’époque et qui animera ensuite l’attaque du Barça avec Johan Cruyff lors du titre de 1974 : Hugo Sotil. Le Pérou sort second du groupe 4, seulement battue par l’Allemagne lors de la dernière journée alors que la qualification était acquise. En quart de finale, le Pérou tombera devant le Brésil de Pelé. Battu en match d’appui par son rival historique le Chili en 1973, le Pérou ne participera pas à la Coupe du Monde 1974. Qu’à cela ne tienne, la Blanquirroja se fait pardonner l’année suivante en remportant l’année suivante la Copa America face à la Colombie (but de Sotil lors du match d’appui). C’est, à ce jour, le dernier titre péruvien.

En 1978, le Pérou sera à nouveau l’objet d’une controverse. Après avoir dominé son groupe au premier tour de la Coupe du Monde (devant les Pays-Bas, référence à l’époque), le Pérou s’effondre au second tour, battu par le Brésil et la Pologne. Mais l’objet du scandale sera le 6-0 encaissé devant l’Argentine, résultat qui offre au pays organisateur sa place en finale et lèvera des présomptions de corruption (notamment car le portier péruvien Ramón Quiroga était né en Argentine).

La fin d’une époque, le début des scandales internes

Hugo SotilCette défaite marque le début d’une longue chute. Malgré deux troisièmes places en Copa America 1979 et 1983, une triste Coupe du Monde 1982, la génération Sotil ne trouve pas de descendants marqués par le crash de l’avion de l’Alianza Lima en 1987 avec à son bord plusieurs grands espoirs du football national (nous y reviendrons dans notre prochain article). Pourtant, le Pérou connaîtra quelques sursauts : à deux doigts d’éliminer l’Argentine de Maradona dans la course à la qualification pour la Coupe du Monde 1986, le Pérou se retrouve face au Chili pour un match d’appui qui sera perdu. Pérou Chili, deux rivaux historiques (depuis la guerre du Pacifique puis sur les terrains), se croiseront régulièrement pour une place en Coupe du Monde. Systématiquement, les chiliens prendront le dessus.

Pourtant l’histoire récente du Pérou montre que l’équipe regorge de talents : Nolberto Solano, Andrés Mendoza, Claudio Pizarro, Paulo Guerrero, Jefferson Farfán pour ne citer que les plus connus, une telle liste laisse rêveur. Mais les résultats ne suivent plus. Une fugace quatrième place en Copa America 1997 puis le néant. Les raisons ? Multiples, vous le verrez lors de notre entretien avec les fans péruviens. Mais parmi elles, une pluie de scandales : entre joueurs qui dérapent, fédération condamnée, le Pérou sombre. Point d’orgue : en 2008, le Pérou est suspendu de toute compétition internationale de clubs et d’équipe nationale par la FIFA suite aux démêlés opposant la fédération péruvienne et le gouvernement du pays. Un mois plus tard, la suspension est levée mais entre des coulisses minées et des comportements de joueurs au-delà des limites, la Pérou traverse la pire période de son histoire.

Du soleil à l’horizon ?

Difficile d’entrevoir quelque espoir dans un tel contexte. Pourtant, les choses semblent changer. A l’image du Chili qui s’est totalement relancé sous la houlette de l’intransigeant Marcelo Bielsa, le Pérou s’offre un nouveau sélectionneur en juillet 2010 après une épouvantable série d’insuccès (cinq petites victoires sur les trois dernières années). Sergio Markarián prend l’équipe nationale et impose sa volonté de fer. Après une défaite en amical au Panama, Reimond Manco, Jefferson Farfan, et John Galliquio sont exclus par le coach pour indiscipline. C’est la fin des joueurs intouchables. Depuis, le Pérou n’a plus perdu le moindre match. Mieux, l’équipe nationale n’a toujours pas encaissé le moindre but en 2011 (6 matchs disputés dont la dernière Kirin Cup – incroyable édition 2011 au cours de laquelle aucun but ne fut inscrit). A l’heure actuelle, en neuf rencontres managées, Markarián présente le meilleur bilan de l’histoire du pays (4 victoires, 4 nuls, 1 défaite). Dans la foulée, les moins de 17 ans et les moins de 20 ans sortent la tête haute de leurs sudamericano respectifs, dans les deux cas doublés par l’Uruguay pour la dernière place qualificative après une belle 4e place lors du Sudamericano 2007 des moins de 17 et un quart de finale mondial la même année. Les clubs réalisent de belles performances continentales (voir les performances d’Alianza Lima et de Universitario en Libertadores 2010, les gamins d’Universitario viennent de remporter la première Copa Libertadores des moins de 20 ans alors que ceux d’Alianza Lima ont terminé quatrième de cette épreuve). De quoi laisser présager d’un vrai retour d’un des rares pays à avoir su vaincre l’hégémonie uruguayo-argentine ? Depuis la quatrième place en Copa America 1997, les péruviens sont systématiquement présents en quart de finale de la compétition. Il est temps désormais de franchir ce palier qui manque à un pays pour enfin reprendre confiance en ses capacités. Comme un symbole, en Copa America, le Pérou retrouvera notamment l’Uruguay et son ennemi de toujours, le Chili. On se souviendra qu’il y a quatre ans, le Pérou ouvrait sa Copa America en écrasant le favori du groupe : l’Uruguay. Mais nous y reviendront dans notre présentation de l’épreuve 2011.

Au sommaire du prochain épisode, un rendez-vous avec les supporters péruviens.

A propos de l'auteur
Nicolas Cougot
Author: Nicolas CougotWebsite: http://lucarne-opposee.fr
Créateur et animateur de Lucarne Opposée. A la recherche de piges. Portfolio et contact : http://nicolas.lucarne-opposee.fr/

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