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Uruguay – Apertura 2015 : Diego Forlàn, les diamants sont éternels

  • Écrit par Jérôme Lecigne

Grand week-end de football en Uruguay, où Forlàn régale sur des actions de grandes classes, Zalayeta retrouve le chemin des filets, et le Peñarol peut à nouveau croire au titre. Dans le même temps, le Nacional perd trois points contre Sud America. Les autres équipes se neutralisent, et le Defensor continue de sombrer au classement malgré, ou à cause, du quart de finale de Copa Sudamericana. Le Clasico se rapproche à grand pas, et ce sera sans doute une finale pour déterminer le vainqueur de cet Apertura. Voici le point complet sur la 10éme journée du championnat uruguayen.

Liverpool 1 - 3 Peñarol

Quel match ! Dans un stade Belvedere des grands jours, le Peñarol et Liverpool nous ont offert un magnifique spectacle. Les carboneros se présentaient en forme, après deux victoires d’affilées, mais très critiqués pour des performances offensives assez affligeantes. La composition de l’équipe est d’ailleurs différente avec le retour de Pirìz pour muscler le milieu de terrain et avec Luque qui est désormais titulaire côté gauche, où il apporte toute sa vitesse. En défense, Guillermo Rodriguez est de nouveau titulaire au côté de Valdez. De son côté, le Liverpool renait, pour son retour dans l’élite, avec des jeunes joueurs formés au club comme Arias ou De La Cruz, et quelques vieux briscards derrières comme Damian Macaluso (ancien de Nancy) ou Jorge Bava. Les dirigeants ont eu la très bonne idée de faire des travaux au stade pour qu’il puisse recevoir les deux grands que sont Peñarol et Nacional. Mais la classe des jeunes ou la pression mis par le stade n’ont rien pu faire contre la classe immense de Diego Forlàn.

Vestiaire dans lequel se sont changés les joueurs de Peñarol. Forlàn doit rêver d’Europe.

Dès le début du match, les carboneros vont avoir la bonne idée de se rendre la rencontre facile en ouvrant le score. Sur un ballon côté gauche, Forlàn contrôle, cherche une solution mais n’en trouve pas. Il décide alors de frapper, une frappe flottante comme il en a le secret. Jorge Bava est bien sur la trajectoire mais ne peut que repousser la balle sur Marcelo Zalayeta qui prend le temps de contrôler le ballon et d’ajuster une frappe à ras de terre pour le but du 1 à 0. Premier but de Zalayeta depuis 6 mois… Pour rappel, il prendra sa retraite à la fin de la saison. Le début du match est entièrement pour les hommes de Bengoechea mais ces derniers n’arrivent pas à doubler la mise. De leur côté, les joueurs de Liverpool semblent tétanisés. De La Cruz est bien neutralisé au milieu de terrain par les deux récupérateurs alignés côté Peñarol que sont Nandez et Pirìz. Les seules occasions sont sur des coups de pied arrêtés. A noter le choc violent entre Freitas et Pirìz au milieu de terrain. Freitas restera à terre de longues minutes avant de sortir du terrain, et de rentrer à nouveau sur la pelouse quelques minutes plus tard contre l’avis des médecins. Il sera sorti par son entraîneur à la mi-temps, remplacé par Pezzolano. Ce dernier va dynamiter le milieu de terrain et permettre à son équipe de revenir dans le match. Au retour des vestiaires, Pezzolano déborde sur le côté droit et délivre un caviar pour Balboa qui n’a plus qu’à pousser le ballon de la tête au six mètres pour le but de l’égalisation. Dans la foulée, Liverpool a d’autres occasions de marquer, touchant notamment la barre sur un autre ballon de la tête. Mais à la 72ème minute, Forlàn récupère un ballon aux 40 mètres, élimine 4 défenseurs, en crochetant, en dribblant, en conservant la balle, avant de la délivrer sur un plateau à deux mètres du but à Aguiar qui n’a plus qu’à la pousser dans le but vide. Action Maradonnesque. La conduite de balle de Cachavacha est juste extraordinaire. Action du tournoi jusqu’à présent. Dans la foulée, Liverpool poussera mais se fera contrer à la dernière minute et Aguirregaray aggravera la marque sur un contre rapidement mené. Score final 3-1.

Match dur, disputé, avec de nombreuses discussions (voir plus bas). Forlàn a été très bon, il semble libéré depuis qu’il joue avec Luque à ses côtés, joueur rapide qui apporte de la profondeur au jeu. La défense est très solide depuis le retour de Rodriguez, il fait un bien fou. A noter également la solidité des deux milieux défensifs Nandez et Pirìz. Liverpool a perdu contre plus fort que lui, mais les armes à la main. Ils se sont battus sur chaque ballon. Dommage que Pezzolano ne joue que la deuxième mi-temps. De La Cruz est apparu encore tendre du haut de ses 17 ans.

Le portrait du joueur de la semaine

Que dire qui n’a pas été déjà dit. Entre son titre de meilleur joueur du mondial 2010 et ses souliers d’or, il pourra ranger le titre de meilleur joueur du match d’hier. Il est heureux depuis qu’il est revenu en Uruguay et il semble avoir retrouvé le meilleur de sa forme. A 36 ans, le futur papa joue maintenant en 10, en leader derrière les attaquants, et nous gratifie encore de but comme celui qu’il a marqué ce week-end. Pourvu qu’il reste, et qu’il continue à nous faire rêver.

Nacional 1 – 2  Sud América

Match déséquilibré sur le papier entre le leader du championnat et Sud América, équipe modeste de San José. Le match se joue au Gran Parque Central, et les joueurs de Munùa jouent presque au complet, avec Fucile comme seule absence notable. Il est remplacé par Gorga, joueur de 21 ans, formé au club mais appartenant au Genoa italien. Les bolsos se présentent dans une stratégie inédite, puisqu’après le 4-3-3 de début de saison, puis le 4-4-2 avec deux récupérateurs, l’équipe aborde le match avec un milieu en losange, avec un seul récupérateur, Amaral sur le côté droit, Nacho Gonzalez en 10 et Ivan Alonso et Barcia en attaque. Sud América vient lui de changer d’entraineur, suite aux mauvais résultats du début de saison. L’équipe a d’ailleurs gagné son premier match avec le nouveau coach, Julio Avelino Comesaña, un uruguayen de 67 ans qui a entrainé une quinzaine d’équipes colombiennes par le passé.

Mais dès le début du match, Sud América se crée les occasions les plus dangereuses. Le Nacional ne manque pas de possession, mais ne sait pas quoi faire avec le ballon. Ivan Alonso bouge constamment sur le front de l’attaque mais sans se créer de situations dangereuses. Le milieu a tendance à jouer trop haut, et vient se heurter au bloc équipe des oranges de Sud América. Dès qu’ils récupèrent la balle, ces derniers se projettent très rapidement vers l’avant, passant souvent sur le côté gauche d’Arismendi, joueur très rapide. Et après seulement 20 minutes de jeu, Coleman va ouvrir le score grâce à ce schéma de jeu. Arismendi récupère un bon ballon de contre au milieu de terrain, il parvient à se débarrasser de Gorga d’un croché qui met le joueur du Nacional sur les fesses, et passe dans la profondeur pour Coleman qui n’a plus qu’à tromper Conde. Rien à dire sur le début de match, le but est logique, puisque Sud América avait déjà eu quelques occasions similaires. Mais, dans la foulée, l’arbitre siffle un penalty pour le Nacional sur une faute de Pereiro sur Ivan Alonso. La faute parait à l’extérieur de la surface. Cette occasion de but vient sur l’un des seuls ballons que le Nacional fera « dans la profondeur ». Cela paie puisque Alonso égalise. Bizarrement, les bolsos ne retiendront pas la leçon et continueront de tricoter devant la surface adverse. A la 37ème, Coleman s’échappe plein axe. Le ballon arrive dans les pieds d’Arismendi qui crochète plusieurs fois avant de tromper Conde d’une frappe molle contrée par un défenseur. 2-1 à la mi-temps, score logique. La deuxième période se jouera de la même façon mais sans les buts. Royon aura bien une occasion de tuer le match mais le ballon est bien taclé dans l’urgence par Gorga. Côté Nacional, la rentrée de Barbaro apporte de la vitesse mais toujours aussi peu d’occasion dangereuse. Le match aura pourtant l’occasion de basculer lors de la dernière minute car le Nacional obtient un autre penalty sur une main dans la surface. Mais Irazun, très bon durant tout le match, arrête le deuxième penalty de la soirée tiré par Alonso.

Au final, les bolsos perdent beaucoup plus que trois points. Ils avaient un adversaire à leur portée et l’occasion de creuser l’écart avec les autres équipes. Ils se retrouvent finalement à égalité avec un Peñarol revigoré, à une journée du clasico. Il a manqué côté Nacional du talent en défense et de l’organisation en attaque. Gorga et Aja ont été en dessous de tout, surtout Gorga qui s’est fait punir sur plusieurs occasions d’Arismendi. Au milieu comme en attaque, les joueurs étaient perdus. Amaral et Gonzalez se marchaient sur les pieds, tout comme Alonso et Barcia. Sud América a donc attendu avec deux lignes très basses pour bénéficier d’espace sur les contres. Coleman, Royon, Arismendi ont été très bons en attaque. Alsina a récupéré un nombre phénoménal de ballons au milieu. Toute l’équipe a fait le travail. Mention spécial à Irazun, le gardien, qui a sauvé deux points à la dernière minute.

Joueur du match : Fernando Arismendi

Cerro 1 – 1 River Plate

Match entre deux équipes bien classées qui reviennent du diable vauvert. Les deux formations ont en effet eu des débuts de saison difficiles, puisqu’après cinq journées, ils étaient respectivement dernier et avant dernier… Depuis, plus rien ne les arrête. Le River de JR Carrasco a retrouvé son tiki-tiki, alors que le Cerro est en train d’assurer son maintien, et ce n’était pas garanti en début de saison. Le match a lieu au Troccoli, avec vu sur le fort du Cerro et sur le Rio de la Plata, le dimanche matin. Côté River Plate, Alaniz et Michael Santos commencent sur le banc. Le match démarre bien avec des actions de chaque côté. C’est le vieux Pellejero, 39 ans, qui ouvre la marque pour le Cerro sur un ballon relancé plein axe par River, il reprend de volée un ballon astucieusement décalé par un de ses coéquipiers. Très joli but, la frappe vient se loger dans le petit filet de Perez. Côté River Plate, Santiago Garcia a quelques occasions bien arrêtées par le gardien. La pelouse du Troccoli ne favorise pas le jeu tout en passe proposé par JR Carrasco.

La deuxième mi-temps est plus fermée, avec un but refusé pour des fautes de chaque côté. Santiago Garcia finira par égaliser en toute fin de match sur un retourné acrobatique à cinq mètres du but. Egalisation globalement contre le cours du jeu. Au final, match nul 1-1.

Homme du match : Santiago Garcia, qui a surnagé dans son équipe et a gagné ce point du nul

Wanderers 1 – 1 Fénix

Match entre un Wanderers troisième et Fenix cinquième. Fenix doit digérer son non-match contre le Nacional, après un très bon début de saison, alors que les bohemios doivent continuer leur bonne série, après un très bon match contre le Defensor. Les premiers à se procurer une occasion sont le Fénix, avec un penalty généreusement accordé sur une faute sur Cavallini. Mais le tir de Maxi Perez est bien arrêté par Buriàn sur sa gauche. Le match est très vivant et les deux équipes ont l’occasion de marquer, mais globalement le Fenix domine. En deuxième période, ils ouvrent le score à la 78ème par Maxi Perez, un magnifique but. Perez tire une première fois mais le ballon est repoussé sur Zazpe. Le latéral centre en première intention sur Cavallini qui tente un retourné acrobatique, mais ce dernier est dévissé, et le ballon arrive de nouveau dans les pieds de Perez, au six mètres, qui reprend le ballon de volée pour le 1 à 0. Mais dans la foulée, à la 87ème, sur un corner mal repoussé par Fenix, Kevin Ramirez égalise d’une petite frappe du point de penalty. 6éme but pour le jeune attaquant bohemio. Ferro a l’occasion de redonner l’avantage à Fenix mais le ballon est contré sur sa ligne par un défenseur adverse. Cavallini se fait exclure à la dernière minute pour une main volontaire. Score final 1-1.

Le Fenix a globalement dominé et a eu les meilleures occasions. Comme souvent, Wanderers a été très réaliste, et conserve donc sa troisième place avec 2 points d’avance sur son adversaire du soir.

Ailleurs 

Plaza Colonia 0 - 0 Defensor : à Colonia, le Defensor perd encore des points et des places au classement. Depuis le début des matchs sérieux en Sudamericana (c’est-à-dire après le premier tour contre les boliviens), le Defensor a un mal fou à prendre des points en championnat. Ils sont maintenant 7ème à 8 points des deux leaders.

Rentistas 0 – 2 Danubio : les joueurs de la franja se rassurent avec cette victoire contre un Rentistas qui n’a pas pu confirmer son bon match de la semaine dernière.

Villa Teresa 1 – 2 Racing : pour me paraphraser comme toutes les semaines, cela va être long pour Villa Teresa

Juventud 1 – 0 El Tanque Sisley: Victoire importante pour Las Piedras.

L’affiche de la prochaine journée

L’affiche de la prochaine journée sera le Racing-Nacional. Pour la bonne est simple raison que le Nacional ne peut pas perdre. Peñarol jouera Villa Teresa et a donc de bonnes chances de gagner les trois points. Le Racing est toujours une équipe compliquée à jouer, qui n’a plus perdu depuis le 19 septembre et son match contre le Peñarol.

Pour le reste

Le match entre Peñarol et Liverpool a été celui de beaucoup de discussions. Il y a tout d’abord eu la conversation entre le docteur de Liverpool et l’entraîneur. Freitas venait de prendre un coup violent sur la tête, et, contre l’avis des médecins, le joueur a repris le match pendant un bon quart d’heure. Comme Palito Pereira pour la céleste contre l’Angleterre en coupe du monde, cela peut passer pour de l’héroïsme. Mais c’est, en fait, juste de l’irresponsabilité. Grand débat sur ce sujet en ce moment.

Autre « conversation », ou plutôt monologue, celui d’un fan de Liverpool contre Rodrigo Romano, commentateur principal du championnat uruguayen, c’est passé en direct à la télé

Le débat est toujours le même, les supporters des petites équipes estiment être snobés par la télévision qui parle principalement (presque exclusivement en fait) de Peñarol et du Nacional. Les équipes qui ont des hinchas comme Cerro, Liverpool ou Danubio le prennent assez mal. Et contrairement au Centenario, le Belvedere se prête bien au contact et à l’insulte. L’arbre généalogique de Romano en a donc pris pour son grade.

Pour finir dans cette partie « débat », Forlàn s’est pris un jaune pour avoir répondu à une insulte à la 70ème minute. Ils auraient dû lui donner une palme pour avoir attendu 70 minutes pour répondre, Diego étant l’objet d’insultes pour le moins récurrentes depuis son retour en Uruguay. Comment peut-on oser insulter Forlàn en Uruguay après la carrière qu’il a mené ? Mystère.

Les buts

 

 

Résultats

Classement

# Équipe J V N D Pts BP BC +/-
1 Peñarol 15 9 4 2 31 28 17 11
2 Nacional 15 9 3 3 30 32 21 11
3 Cerro 15 9 1 5 28 25 19 6
4 Montevideo Wanderers 15 6 6 3 24 22 16 6
5 River Plate (Uru) 15 7 2 6 23 31 25 6
6 Fénix 15 6 5 4 23 17 12 5
7 Danubio 15 6 4 5 22 21 13 8
8 Defensor Sporting 15 6 3 6 21 25 25 0
9 El Tanque Sisley 15 5 4 6 19 17 17 0
10 Rentistas 15 5 3 7 18 18 19 -1
11 Sud América 15 4 6 5 18 17 22 -5
12 Liverpool 15 5 3 7 18 15 24 -9
13 Plaza Colonia 15 3 8 4 17 15 16 -1
14 Racing (Uru) 15 4 5 6 17 21 26 -5
15 Juventud 15 4 3 8 15 14 25 -11
16 Villa Teresa 15 1 2 12 5 9 30 -21

A propos de l'auteur
Jérôme Lecigne
Author: Jérôme Lecigne
Spécialiste du football uruguayen, Suisse de l'Amérique du Sud, Patrie des poètes Jules Supervielle, Juan Carlos Onetti et Alvaro Recoba

Participant à cette conversation

  • Invité - Simple amateur

    Très bon article Mr Lecigne, vous m'avez fait découvrir le championnat uruguayen!!;)

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