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Jacques Faty : « lors des derbies, tu vis l’ambiance que j’ai connue en Europe »

  • Écrit par Antoine Blanchet-Quérin

Actuel patron de la meilleure défense du championnat australien avec son coéquipier Matthew Jurman, Jacques Faty s’est posé quelques minutes pour nous faire découvrir sa nouvelle vie au sein du championnat australien. Entre retour sur sa carrière, son arrivée avec son cousin au club de Sydney FC et la vie de footballeur à l’autre bout du monde, l’ancien pensionnaire de Ligue 1 raconte son histoire australienne.

Lorsque Fahid Ben Khalfallah est arrivé à Melbourne, il avait dit à la presse australienne qu’il ne savait pas que le football y existait avant d’avoir vu que Del Piero y avait joué. De votre côté vous aviez eu des échos de l’existence de ce championnat ?

Oui bien sûr ! J’ai un ami qui évoluait dans le championnat quelques années avant moi au Melbourne Victory, Jonathan Bru (ndlr : en 2012/2013). Il ne m’a dit que du bien de ce club là et de l’Australie. C’est ce qui m’a motivé à venir ici.

Après avoir eu une expérience en France, en Turquie puis en Chine, vous avez choisi l’Australie, pourquoi ce choix ?

C’est la suite logique de ma carrière. J’ai été appelé à faire une grande carrière sur le plan international dès mon plus jeune âge et je suis passé par de très bons clubs, mais on fait parfois de mauvais choix ou on subit des blessures, c’est la vie d’un footballeur. C’est à ce moment-là qu’on doit revoir ses ambitions, non pas à la baisse, juste les revoir. J’ai donc revu les miennes et changé mon fusil d’épaule pour voir et découvrir ce qui se fait ailleurs, grandir avec d’autres civilisations et personnes tout en pouvant en apprendre plus sur un plan sportif et humain. C’est pourquoi je suis parti pour la Turquie ou la Chine et maintenant l’Australie. C’est la suite logique de ma carrière. J’aurai très bien pu aller voir ailleurs, d’autres pays m’avaient proposé des postes avec beaucoup d’argent comme le Kazakhstan mais ça ne m’intéressait pas. J’ai vraiment voulu privilégier des pays au football émergent. Maintenant des joueurs comme Van Persie et Eto’o rallient la Turquie. Tous mes choix sont réfléchis.

Et maintenant donc l’Australie, qui essaye réellement d’avoir des clubs dignes des standards européens par rapport à leur structure.

Exactement, ils essayent en tous les cas de se structurer. Certains y arrivent, d’autres moins. Sur le plan des médias, ils sont très structurés et professionnels. On n’est pas à l’inconnu ici.

Une saison 2014/2015 pleine avec Sydney FC, vous finissez second de la saison régulière et malheureux vous inclinez lors de la grande finale (lire Australie – A-league 2015 : Melbourne, champion logique), que retenez-vous de cette première saison ?

Je ne peux dire que du positif, en tout cas plus de positif que de négatif. D’abord Sydney est une très belle ville et l’Australie est un superbe pays. Sur le plan sportif nous avons fait de très bonnes choses. Quand je suis arrivé, nous n’étions pas très bien classés. Avec Mickaël (Tavarès, ndlr), on a su relever l’équipe et travailler ensemble pour s’améliorer et monter au classement. Objectif atteint puisque nous terminons deuxième au classement, malheureusement on perd la finale contre le Melbourne Victory et j’ai été blessé.  

Vous avez signé une année supplémentaire avec le Sydney FC. Le club vous fait à nouveau confiance pour de nouveaux objectifs ; quels sont-t-ils pour la future saison ?

En coupe, le coach a préféré faire jouer les jeunes et on perd contre Adélaïde United (NDLR : en huitième de finale 2-1, lire Australie – FFA Cup 2015 : huitièmes de finale, épisode 1). En Asian Champions League, on a vraiment envie de la jouer, la compétition nous tient à cœur. On a envie de s’y exprimer et montrer ce que l’Australie sait faire et aussi savoir où nous en sommes au niveau du football. Le Western Sydney Wanderers l’a démontré en la remportant l’année dernière (NDLR : lire Les Wanderers sur le toit de l’Asie), maintenant à notre tour de montrer nos capacités. Le championnat, on le joue pour le gagner. Avant tout on doit savoir où est-ce que l’on va : bien savoir se structurer et de continuer à travailler ensemble, surtout. Ce n’est pas en affirmant que nous serons champions que cela arrivera, c’est sur le terrain qu’il faudra le démontrer. Le Sydney FC c’est comme le Melbourne Victory, nous sommes attendus partout, nous sommes un club phare du championnat et on veut nous battre peut-être plus que d’autre, ce qui est normal.

La saison dernière, la A-League s’est tournée vers la francophonie. D’ailleurs, vous jouez avec Mickaël Tavarès, coïncidence ou vos deux arrivées étaient liées ?

Nos deux arrivées étaient liées ! J’étais encore en contrat en Chine (NDLR : au Wuhan Zall) et c’est ce qui m’a donné envie de rompre mon contrat. J’étais en vacances, en fin de saison avec le club, je ne savais pas trop si j’allais continuer ou non, j’avais tout de même fait un an et demi avec eux et il me restait encore un an et demi à faire. Je ne me plaisais pas vraiment en Chine, l’objectif de remonter en première division avec le club avait échoué pour un point, un match. C’est ce qui m’a mis un coup derrière la tête et ce qui m’a fait me remettre en question sur si je devais y rester ou pas. J’en parlais avec mon cousin (NDLR : Mickaël Tavarès) qui lui avait été contacté par le Sydney FC et avait donné son accord avec le club. Le coach (NDLR : Graham Arnold) cherchait également un défenseur et il a parlé de moi. Ils étaient motivés pour me faire signer, de plus nos noms étaient connus à l’international. Lorsqu’ils m’ont contacté, je me suis empressé de rompre mon contrat avec la Chine pour partir libre et y signer quelques jours après.

Comment s’organisent les recrutements des clubs australiens ? Ils ont un réseau de scouts ?

Ils ont des agents australiens qui travaillent au pays ou à l’étranger. Ils vont voir des joueurs et font leur travail. Ils savent qui est en fin de contrat ou ne l’est pas et suivent réellement les joueurs ciblés par les clubs.

En fin de saison, les bilans des francophones (Novillo, FBK, Tavarès, Delpierre) étaient très bons. Comment êtes-vous perçus en Australie ?

Nous étions très bien vus, nous sommes des personnes aussi bonnes à l’extérieur ou à l’intérieur du football. Malgré la mauvaise image que peut apporter le français à l’extérieur de son pays, les femmes adorent l’accent français-anglais un peu naze (rires). Par contre, au niveau comportemental ou à l’attitude, ça pêche encore et nous on essaye de redorer cette image de la France et des français en participant à des évènements ou par nos gestes, d’aider les gens et partager le plus possible de bonheur aux gens qui n’ont pas les moyens d’en avoir. On essaye d’être vraiment bien avec eux en tant qu’individu et nous représentons un pays, c’est pour cela que nous essayons de faire au mieux tout ce que nous entreprenons.

A l’inverse, la France voit en la A-League un championnat faible et ne connaît l’existence de ce championnat qu’à travers le double loupé de William Gallas avec Perth ou la chute du Président de la FFA lors de la Grande Finale. Que diriez-vous pour donner de l’attractivité à la A-League ?

(Silence) C’est une très bonne question. Je n’ai pas encore eu le temps de participer au grand derby contre le Wanderers (NDLR : qu’il a disputé depuis en remporté 1-0) et au-delà de ces deux exemples, je ne comprends pas pourquoi les médias ne veulent montrer que ce côté-là du championnat. Il y a beaucoup de français qui viennent ici et sur Facebook, beaucoup me demandent comment y venir. Maintenant l’image du football australien reste intacte à mes yeux : il grandit. Il est certes encore jeune et a besoin encore de se structurer, mais il possède encore une grosse marge de progression, son futur sera ensoleillé. Les médias peuvent continuer à montrer ces images qui n’apportent rien, quand tu peux vivre les choses de l’intérieur, tu n’as pas envie de repartir. Qu’ils montrent ces images, ça m’arrange (rires). Les médias européens veulent ce qui fait vendre. Quand Del Piero ou Dwight York avaient signé, ils en avaient parlé pour être vus et « likés ». Quand l’Australie s’ouvrira un peu plus, que le « salary cap » augmentera et que les clubs recruteront des joueurs un peu plus importants et plus intéressants, là ils prendront la A-league plus au sérieux.

Et selon-vous, quel serait le meilleur moyen de s’agrandir ?

Ils vont devoir avoir plus d’équipes pour être plus connu à travers le monde, mais l’investissement devra être énorme. Selon moi, la Fox et la FFA, ce lobby est bien content comme cela et ne veut pas réellement bouger. Pour bouger, il faut que tout le monde s’y mette, ici le football progresse bien mais est encore loin du « Footie » ou du rugby. Il faut vraiment que tout le monde s’y mette.

Dernièrement, The Gamba Groupe avait sorti un tableau montrant que le football était le sport favori des hommes de 12-25 ans.

C’est une bonne chose. Ça montre que la future génération sera celle du football. Dans dix ans, l’ampleur du football en Australie sera considérable, c’est sûr. Quand je me promène dans Sydney, je vois énormément de jeunes jouer au football et le nombre de licenciés dans des clubs juniors augmente réellement. C’est pour cela que le Sydney FC crée un centre de formation pour les récupérer et les former. D’ici quelques années ce travail rapportera très gros.

La A-League, c’est aussi les stades, l’ambiance des supporters, l’engouement des fans tout au long de l’année, leur ferveur. Comment décrirez-vous ça ?

La mentalité est très anglaise, l’engouement ce n’est pas la même qu’en Turquie ou en Italie, il n’y a pas de pression comme tu peux le voir ailleurs. Il n’y a pas de prime de match, ni de montée et de descente, il n’y a pas tout ce business autour des matchs, ce qui fait qu’il y a moins de pression. Tout ça fait que les matchs se déroulent dans des ambiances plus familiales, les gens viennent avec leurs enfants, tu perds, tu perds, ils rentrent chez eux, point. Après, il y a des compromis. Il y a des matchs beaucoup plus importants : contre le Wanderers, on doit gagner, il y a une vraie rivalité, ça va de soi, on partage la même ville puis nous sommes bleus, ils sont rouges, l’ange et le diable. Quand on joue le Victory, c’est la même chose et il y a de vraies rivalités qui se créent entres les clubs et c’est très bien. Là, tu vis l’ambiance que j’ai connue en Europe.

 

Propos recueillis par Antoine Blanchet-Quérin

A propos de l'auteur
Antoine Blanchet-Quérin
Author: Antoine Blanchet-Quérin
Reporter du football australien (Socceroos, A-League, FFA Cup, NPL) en France pour Lucarne Opposée.

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