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ANFP – Sampaoli : l’incroyable partie de poker

  • Écrit par Nicolas Cougot

Ce mercredi était celui du moment de vérité. Après des semaines de campagne médiatique d’une violence inouïe, l’affaire Sampaoli allait trouver conclusion….pensait-on.

ENFIN ! Une campagne médiatique violente, du contrat de Sampa publié aux soupçons d’évasion fiscale en terminant par des déclarations plus que limite sur le fait que « les argentins sont des gens spéciaux » signé Jorge Garcès (ancien sélectionneur national) auteur d’une sortie absolument lamentable sur Radio ADN ce mardi, tout cela allait enfin toucher à son terme. Ce mercredi 13 janvier, comme promis en début de semaine, la relation liant Jorge Sampaoli et la sélection championne d’Amérique du Sud allait prendre fin.

Le film de la journée n’était qu’une sorte de longue marche funéraire, celle de l’enterrement programmé de Sampa alors qu’Arturo Salah jouait à cache-cache, fuyant le siège de l’ANFP, se réfugiant au ministère de la justice pour discuter avec les ministres des sports et de la justice sur les mesures de sécurité à prendre pour le Clausura qui débute ce week-end. Sampaoli débarquait alors à Santiago, totalement isolé, il se retrouvait à essuyer les insultes des « supporters » les plus malins (généralement les plus audibles en pareilles situations) puis allait se réunir avec son avocat pour rédiger un communiqué officiel. Tout était bouclé, la conférence de presse prévue en fin d’après-midi heure de Santiago allait être la dernière du pelado en tant que sélectionneur.

Pendant ce temps, la presse chilienne se projetait déjà sur l’avenir, évoquait la volonté d’Arturo Salah de faire revenir Bielsa. « Nous ne contacterons Bielsa uniquement quand Sampaoli aura confirmé qu’il s’en va. C’est fondamental pour le succès car Bielsa doit être certains que l’ANFP ne possède aucun technicien » affirmait-il sur El Mercurio. La piste Berizzo balayée par l’intéressé lui-même « le Chili a un sélectionneur, j’ai un travail », celle conduisant à Jorge Pelicier refroidie par l’intéressé en personne, le pays était alors divisé en deux camps, les bruyants anti-Sampa et les silencieux pro-Sampa. Ces derniers réagissaient sur les réseaux sociaux, remerciant le casildense de ce qu’il avait donné à la Roja. Ne manquait alors plus que l’officialisation.

Le contrepied parfait

Puis l’heure arrivait enfin, Sampa apparaissait, il allait lire son communiqué. La conclusion d’une semaine de tension grandissante allait enfin se produire.

« Je pense que la société chilienne a besoin de connaître la vérité. Il est faux de penser que je ne désire pas continuer de travailler et vivre au Chili. Cela fait 7 ans que je suis ici et j’y ai vécu des moments inoubliables. Je pense continuer de vivre à Santiago.

Je souhaite expliquer que ces derniers jours, s’est déclenchée une situation nouvelle pour moi, avec de fausses informations, mon contrat a été divulgué et cela a porté atteinte à mon image. Il a été annoncé que je détenais des comptes dans des paradis fiscaux, cependant, ces fausses accusations doivent être clarifiées. Ces informations m’ont fait passer pour quelqu’un qui fuit les impôts mais les organismes officiels ont démontré la fausseté de ces informations. On a tenté de me faire mal.

Tout cela m’a profondément affecté, je fais partie d’un processus victorieux, je ne suis pas une idole mais une partie prenante de ceux qui ont donné le meilleur pour amener de la joie au pays. A chaque reconnaissance mondiale, j’ai été clair et ai remercié les personnes qui avaient donné le maximum pour amener la sélection au niveau auquel elle est aujourd’hui. Pour conclure, je veux faire comprendre que cette situation n’a pas été générée par moi mais par des personnes mal-attentionnées qui aimeraient me voir quitter la sélection. »

Moins de deux minutes et le monde chilien bouche bée. Sampa n’a pas annoncé son départ. Les plus subtils noteront qu’il n’a pas annoncé non plus qu’il restait. La réponse allait tomber dans l’acte suivant.

Nouveau revirement

Alors qu’en un communiqué il venait de clamer son amour pour le Chili, de tenter de mettre les choses au point et aussi de redorer son image, la séquence suivant se déroulait sur Fox Sports où il avait été annoncé qu’il serait interviewé. Il a alors de nouveau basculé.

« Sincèrement, depuis un mois et demi, je n’ai pas pu penser au football. Aujourd’hui, tout indique que je ne pourrai poursuivre à la tête de la sélection mais je dois compter sur la bonne volonté du président pour qu’il comprenne mes raisons. J’ai dit à Salah que je n’étais pas en mesure de continuer. »

L’information tombe, Sampa ne veut ou, pour reprendre ses termes, ne peut pas rester à la tête de la sélection. Il va alors mettre les points sur les i. Lui qui s’est dit blessé et otage d’une situation invivable il y a quelques jours (lire Sampaoli s’exprime) poursuit dans la même lignée.

« J’ai expliqué que je ne suis pas prêt à poursuivre dans un endroit où je ne suis pas autant respecté qu’avant. Si je vois qu’1% ne me respecte plus, je m’en vais. Jamais je ne pourrai dire que je suis otage d’un pays où vit ma famille. Je vais continuer de vivre ici parce que le temps me donnera raison. Il m’est impossible de me défaire de ce contexte car chaque jour apparaissent de nouvelles choses et cela ne cesse jamais. Il y a un mois et demi que cela ne s’arrête pas. Aujourd’hui, ils me persécutent jusqu’à mon domicile comme si j’étais un délinquant. Je ne veux pas passer pour une victime. Je suis reconnaissant envers ce pays mais aujourd’hui, je suis dans un contexte très difficile. Quand je veux me relever, on me frappe de nouveau. Imaginez ce qu’il se passerait si les résultats n’étaient pas bons ! »

Poker menteur pour histoire de gros sous

Le principal souci pour Sampaoli, c’est son contrat et surtout la fameuse clause qui y figure, objet de tous les débats. Car Sampa est lié à la Roja jusqu’en 2018 et le contrat qui a filtré dans la presse a permis de mettre en évidence la clause suivante : en cas de départ avant 2018, Sampaoli devra payer à l’ANFP l’ensemble des salaires restants. Au jour d’aujourd’hui, cela représente près de 6.3M$. Dans l’entretien exclusif donné à Fox Sports, Sampa ne s’en cache pas « Il m’est impossible de payer cette clause, il me faudrait braquer une banque ». C’est bien évidemment la seule raison qui retient encore l’actuel sélectionneur du Chili au pays. C’est aussi pour cela qu’il « préfèrerait » être licencié, pour cela que du côté de l’ANFP, on ne veut pas le faire, la situation économique laissée par Jadue étant tellement catastrophique que la fédé ne peut s’assoir sur une telle somme.

Ainsi, en jouant sur une situation que les médias et certains dirigeants ont rapidement contribué à rendre de plus en plus difficile, Jorge Sampaoli ne fait pas qu’exprimer son malaise et sa douleur (qui ont largement de quoi être légitimes), il veut surtout faire passer le message qu’on le pousse à partir alors qu’il aurait aimé poursuivre et donc cherche à trouver un moyen d’être poussé vers la sortie plutôt que de prendre lui-même cette décision. La conférence de presse va dans ce sens. Son départ doit être validé par les actuels dirigeants, autrement dit, ceux-ci doivent se montrer suffisamment compréhensifs pour libérer « l’otage » Sampa de la chaine qu’est cette clause. Reste à trouver un terrain d’entente. Ainsi a été évoqué la possibilité pour Sampa de rendre les primes reçues après le succès en Copa América, ce à quoi l’argentin a répondu « Je les ai légitimement gagnées, il est hors de question de les rendre. C’est l’argent de ma famille, de mes enfants. Ce n’est pas négociable. »  L’accord est donc encore loin d’être trouvé même si du côté de l’ANFP, on semble disposé à faire rapidement avancer la chose, Arturo Salah réagissant rapidement et déclarant « nous n’avons pas l’intention de retenir quelqu’un contre sa volonté, mais un contrat doit être respecté ».

« J’espère que mon départ se résoudra dans les heures qui viennent. Les gens ont besoin de savoir et sont impatients. L’ANFP doit penser au football chilien et résoudre cette affaire le plus rapidement possible », explique Sampa. Avec la course à la Coupe du Monde russe qui reprend dans 2 mois, le temps presse. Une fois l’affaire résolue, l’ANFP pourra de nouveau rêver de Bielsa, que le toujours sélectionneur du Chili adoube « si Bielsa venait à prendre ma place, tout le monde sait ce qu’il est et ce qu’il pourra faire. Il n’y a aucune comparaison, il reste l’un des meilleurs au monde », Sampa quant à lui pourra tranquillement analyser les « nombreuses propositions reçues » mais une chose est d’ores et déjà sûre, il n’entraînera pas tout de suite. « Le plus logique est de ne pas diriger tout de suite si on me laisse partir. Parce qu’il faut avoir une parfaite connaissance de l’équipe que vous allez diriger et que mon message pourrait être choquant. » Ou comment en profiter pour d’un bloc, annoncer vouloir rester tout en mettant fin aux rumeurs l’envoyant à Porto et en alimentant celles lancées, notamment par la presse locale, d’une arrivée à Chelsea en juin prochain (lire Sampa blues ?).

Désormais, personne ne veut perdre davantage de temps. Au petit jeu du poker menteur, la dernière carte devrait être dévoilée dans les prochaines heures. On connaîtra alors le grand vainqueur de la partie. Une certitude, ce ne sera pas le football chilien.

MISE A JOUR [14-01-16] 

« Il est la personne la plus qualifiée pour diriger la sélection chilienne mais nous avons passé 10 jours et 4 réunion avec l’entraîneur, ses avocats, ses proches et malheureusement, nous ne sommes pas parvenus à trouver un accord. Nous avons tenu compte de sa volonté de quitter la sélection, nous lui avons proposé une solution pour payer sa clause (paiement différé) qui, malheureusement a été refusée par l’entraîneur. Ainsi, les négociations ne peuvent se poursuivre. Notre direction respectera les accords signés volontairement. Nous laissons désormais ce dossier entre les mains de nos avocats. »

Jorge Sampaoli semble donc avoir perdu son pari et à l’heure actuelle sera forcé de s’installer sur le banc en mars prochain. 

A propos de l'auteur
Nicolas Cougot
Author: Nicolas CougotWebsite: http://lucarne-opposee.fr
Créateur et animateur de Lucarne Opposée. A la recherche de piges. Portfolio et contact : http://nicolas.lucarne-opposee.fr/

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