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Uruguay – Apertura 2015 : Le Show Ivan Alonso

  • Écrit par Jérôme Lecigne

Les choses se décantent dans ce tournoi d’ouverture ou le Nacional et le Peñarol sont en tête en ayant gagné alors que le Defensor et les Wanderers ont perdu. Ivan Alonso a été énorme, à tel point qu’on reparle de lui en sélection à 36 ans et en l’absence de Suarez et Cavani. De leur côté, les défenses n’ont pas toujours été au niveau. Voici le point complet.

Nacional  4 – 3 Cerro

Ce week-end, le Nacional nous a offert une sorte de rediffusion du match de la semaine dernière contre la Juventud. Beaucoup de buts, une attaque efficace, une défense poreuse, mais une victoire au final. Au milieu de terrain, Nacho Gonzalez est de nouveau blessé. Fucile, qui revenait, est aussi sorti après quelques minutes. Le Cerro restait lui sur une bonne série bénéfique pour le maintien. L’équipe a été grandement bonifiée par l’arrivée du Kangourou Porta, ancien meilleur buteur du championnat avec le Nacional.  

Le match est donc une succession d’erreurs défensives et de buts. Dès la deuxième minute, le Cerro ouvre le score suite à la réception d’un ballon mal relancé après un coup de pied arrêté. La défense du Nacional s’arrête, persuadée que Correa est hors-jeu. Et, en effet, trois joueurs sont hors-jeu sur l’action mais pas… Correa, qui avait fait le bon mouvement en suivant les défenseurs. Malgré ce but, le Nacional domine clairement le début de rencontre. Ils construisent le jeu, avec Sebastian Eguren au milieu travaille bien. Mais les bolsos se font prendre systématiquement en contre en se retrouvant en deux contre deux avec les attaquants. Les attaquants de Cerro, Porta et Urruti, ont manqué de justesse pour creuser l’écart en première mi-temps. Au lieu de cela, à la 27ème , sur un corner du Nacional, Ivan Alonso provoque un penalty en se faisant ceinturer bêtement par un défenseur du Cerro. Match nul 1-1, score à la mi-temps. La deuxième période commence exactement sur les mêmes bases avec un but d’Ivan Alonso. Sauf que ce dernier est magnifique, sur un caviar de 50 mètres délivré par Sebastian Eguren dans les pieds d’Alonso qui lobe le gardien de l’entrée de la surface. Eguren revient au Nacional après quelques saisons sans beaucoup jouer au Brésil et en Argentine. L’ancien mondialiste de 2010 possède encore une technique au-dessus de la moyenne. A la 60ème, le Cerro égalise sur une magnifique passe au-dessus de la défense de Ramos pour Urruti qui n’a plus qu’à marquer d’un plat du pied pour tromper le gardien. Mais à la 70ème, Eguren délivre un bon centre pour Alonso qui remet de la tête pour Seba Fernandez qui n’a plus qu’à conclure au 6 mètres, et dans la foulée, Barbaro creuse l’écart d’une frappe enroulée à l’entrée de la surface. Le score sera clos sur un penalty tiré par Porta contre son ancien club. A noter que Porta se blesse en tirant le penalty et est remplacé dans la foulée.

Match étrange donc. 7 buts, trois blessés, 6 cartons jaunes, dont certains foncés. Côté Cerro, l’équipe a été bien meilleure que lors du premier match de la saison contre le Peñarol (victoire de ces derniers 3-0). La défense est toujours aussi fébrile, la rugosité de Correa est inversement proportionnelle à sa rigueur. Mais le milieu et l’attaque ont finalement trouvé un rythme et une organisation convaincante. Ainsi, Pellejero et Ramos ont récupéré beaucoup de ballon. Ils ont su construire et délivrer des ballons intéressants dans les 16 mètres adversaires à Urruti et Porta. Ces derniers ont été bons, un but chacun, avec la présence physique de Porta et la technique d’Urruti. Mais dans un match ou les défenses organisés une journée portes ouvertes, Ivan Alonso s’est montré plus décisif qu’eux. Côté Nacional donc, le grand artisan de la victoire est Alonso avec deux buts et une passe décisive. Cela lui fait déjà 5 buts en 6 journées. A 36 ans, et sur ses 66 matchs avec le Nacional, il en est déjà à 48 buts. Il ne bouge pas beaucoup sur le terrain, campe souvent à la limite du hors-jeu, mais il est d’une justesse technique implacable avec un touché de balle qui lui permet de voler sur le championnat. A côté de lui, Barbaro et Seba Fernandez ont été bon, un but chacun, ils ont bien écarté le jeu pour étirer la défense Cerrense. C’est l’avantage de cette attaque à trois qu’a le Nacional depuis quelques saisons. Au milieu, Eguren est à l’origine de deux buts. Lui et Romero sont bons, mais, comme la semaine dernière, ils ont tendance à trop laissé seule la défense, qui a encore beaucoup souffert. Ces derniers en ont donc pris trois, l’addition aurait pu être plus salée ! Ils ont tous faits des erreurs qui ont couté une occasion ou un but. Polenta et Aja sont trop lents. Vraiment trop lents. Incroyablement trop lents. Sur les côtés, Otormin et Espino ont apporté offensivement, mais ont trop souvent été en retard défensivement.

Homme du match : Ivan Le Grand Alonso

Peñarol 3 – 1 Racing 

Dans la série des flashbacks, ce match entre les carboneros et les racingmen est exactement le même que celui du dernier tournoi Clausura, qui avait terminé par un 2-2 et le titre de champion du Clausura pour le Peñarol. Pour la première fois de la saison, le Peñarol arrivait avec la même équipe que lors du match précédent. Un 4-3-3 avec Piriz – Aguiar – Nandez au milieu et une attaque Forlàn en 10 et Zalayeta et Ifran devant lui. Côté Racing, le club est dans une situation délicate, dans les dernières places du classement, et n’a pas fait de série de victoire depuis l’Apertura 2014, il y a presque un an. Dario Larosa vient d’être nommé entraineur en lieu et place d’Ostolaza qui n’a pas réussi à relancer le club durant ses six mois.

Et dès le début du match, la régularité dans l’effectif et dans l’organisation du Peñarol s’est fait sentir. Certes le Racing dispose de la possession de la balle, essaye de s’organiser, mais ils n’arrivent pas à mettre en danger une équipe carbonaro qui arrive à se montrer dangereuse sur ses contres. L’équipe du Racing est venue avec une organisation offensive, avec un milieu très joueur, notamment Nicolini qui a été très bon. Mais cela n’a pas payé car le Peñarol a bien défendu et très bien joué ses rares offensives. A la 37ème minute, Diogo Silvestre, latéral gauche, déborde son vis-à-vis après une feinte de corps et décroche un centre parfait pour Ifran qui reprend de l’extérieur du pied. Troisième but du tournoi pour Ifran qui est capable de s’éclipser pendant trente minutes mais qui est décisif sur ses rares occasions. C’est la seule vrai occasion de but pour Peñarol de la première mi-temps. En face, le Racing n’arrive pas à trouver son buteur maison, Liber Quinones, qui est devenu une semaine plus tôt le meilleur marqueur de l’histoire du club. 1-0 à la mi-temps. Diego Forlàn a été, comme Ifran, très absent de cette première mi-temps. Peu de ballon, pas d’occasion, une première mi-temps triste. Mais comme pour Ifran, il lui faut peu d’occasions pour faire la différence. Car dès le retour des vestiaires, il reçoit une passe à l’entrée de la surface, il contrôle le ballon, le garde quelques secondes, et, sans regarder derrière lui, fait une talonnade à l’aveugle pour Luis Aguiar qui marque du plat du pied. La talonnade est vraiment magnifique, entre deux défenseurs. L’entente avec Aguiar fait plaisir à voir. Le Peñarol mène alors 2 à 0 sans avoir montré beaucoup de velléités offensives, mais avec un réalisme implacable. Le score aurait dû en rester là si le Peñarol avait contrôlé, mais avec l’entrée de nouveaux attaquants côté Racing, les carboneros ont semblé perdre pied. Le Racing a eu plusieurs occasions avant qu’Ezquerra, à la 85ème, nous gratifie d’un coup franc « Golazo » de trente mètres, pleine lucarne, sur lequel Gurruceaga ne peut rien faire. Peñarol se fait donc peur, comme il y a six mois lorsque le Racing avait égalisé 2 à 2 après avoir été mené 2-0. Durant les cinq dernières minutes du match Gurruceaga effectue trois arrêts extrêmement importants. Et à la 90ème, sur un contre, Luque délivre un centre en retrait pour Aguirregaray qui délivre le Centenario en donnant la victoire 3-1 à son équipe.

Peñarol a été très bon au milieu de terrain. Piriz est certes limité techniquement, mais il fait beaucoup de bien physiquement au milieu de terrain. Il a devant lui Nandez et Aguiar qui savent parfaitement relayer le jeu, être présents en attaque et en défense. De son côté, Gurruceaga a encore été très bon, il est jeune mais dégage beaucoup de sécurité, il représente l’avenir de l’Uruguay au poste de gardien. La défense a aussi été solide avec un MacEachen qui retrouve son meilleur niveau. Côté Racing, le jeu était bien organisé mais souvent trop prévisible, de tel sorte que les attaquants Jean Pierre Barrientos et Liber Quiñones ont été très peu trouvé, malgré un milieu intéressant. Il a fallu des remplacements qui ont déséquilibrés l’équipe pour faire une différence. Mais ces déséquilibres ont couté le troisième but au Racing.

Homme du match : Luis Aguiar, il porte le Peñarol quand il est bon.

Liverpool 2 – 1 Defensor

Le retour du Liverpool en première division après une année dans l’enfer de la B uruguayenne est un succès. C’était un succès avant ce match, ça l’est encore plus après cette victoire de prestige. Mais ils ont été aidés par une équipe du Defensor apathique, qui a joué avec une sorte de décalage, un retard permanent d’une demi-seconde. Offensivement, la domination technique du Defensor est inutile si les joueurs sont en retards. Défensivement, cela se paie cher, avec deux buts et 7 cartons jaunes côté Defensor. Le rouge n’a pas été très loin à plusieurs reprises.

Le Defensor domine pourtant mollement le début du match mais Lozano ne trouve pas l’ouverture sur un face à face avec Bava. Et à la 21ème, sur un centre d’Almeida, Junior Arias ouvre le score sur une tête piquée. Les différentes offensives du Defensor buttent sur une défense centrale du Liverpool impassable avec notamment un Damian Macaluso capitaine des grands jours. Il a pris tous les ballons aériens. Pour le Defensor, la ligne défensive ayant reçu entièrement un carton jaune, cela a encore limité les capacités défensives. Et à la 50ème, Rodriguez pour Liverpool tire des trente mètres et trompe le gardien à ras de terre sur sa gauche. A la 60ème, Acuña reçoit le ballon, le conserve en pivot avant de le passer à Castro qui réduit l’écart 2 à 1. Il n’y aura plus d’autres buts malgré les attaques du Defensor et les contres de Liverpool.

Côté Liverpool, le jeune milieu de La Cruz a été très bon. C’était son deuxième match titulaire à 18 ans, et il fait des miracles techniquement. Bava en gardien et Macaluso en défense ont également très bien fait le métier, sur les nombreux ballons aériens envoyés par Rodriguez et Lozano. En attaque, César et Arias ont été bon, ils ont posé beaucoup de problèmes par leur vivacité à une défense Scotti/De Los Santos qui est apparu très lente. Comme indiqué, le reste de l’équipe du Defensor est apparu en retard, fatigué. Il faudrait se refaire la cerise avant de rencontrer Lanus en Sudamericana.

Homme du match : Rodriguez, qui a fait la différence au milieu et en attaque.

Wanderers 0 – 1 Juventud de Las Piedras

Ce match a été joué en cinq minutes. A la quatrième, Boselli touche le poteau, à la cinquième, Boselli marque. Score final, 1 - 0.

Juventud vient d’être sorti en Sudamericana aux tirs au but et n’aborde pas le match en favori face à un Wanderers en haut du tableau. Les jeunes de Las Piedras sont fatigués mais vont réussir le match idéal. L’ouverture du score rapide va leur permettre de légèrement se replier pour jouer les contres. Face à eux, le Wanderers vient de perdre deux points à Colonia et se doit de gagner. Mais leur en organisation en 4-5-1 ne les prédispose pas à attaquer, encore moins à devoir revenir au score. Et après la magnifique ouverture du score de Boselli, sur une belle passe de Matias Alonso, les Wanderers ont manqué de tranchant. Les attaques des bohemios ont été très bien contrôlées par la défense, ou arrêtées par un magnifique Carini. A 35 ans, il est encore décisif cette année pour la Juventud. A noter que deux occasions du Wanderers ont été arrêtées par des « coudes » dans la surface ce qui a valu quelques polémiques arbitrales.

La Juventud revient bien au classement après un début de saison très difficile. L’attaque Puerari – Alonso fait toujours aussi mal, même si Puerari est sorti blessé en fin de première période. Carini a tout arrêté. Côté Wanderers, l’organisation fait reposer tout le poids de l’attaque sur le jeune Kevin Ramirez. Ce dernier est bon, mais encore jeune, et peut être facilement contrôlé par les défenses, que ce soit la Juventud ce week-end ou Colonia la semaine précédente. Il avait été bon contre le Nacional, mais avec beaucoup plus d’espace. Il manque un tueur en attaque à ses côtés contre les « petites » équipes.

Joueur du Match : Fabien Le mur Carini

Ailleurs

Danubio 1 – 1 Sud America : encore un résultat négatif pour le Danubio, qui a valu le licenciement de Castelli, deuxième entraineur viré dans le championnat Uruguayen en 6 journées. L’égalisation de Sud America vient à cinq minutes de la fin, sur une balle confuse dans la surface… Luis Gonzalez sera le prochain coach.

Villa Teresa 0 – 1 El Tanque Sisley : Encore une victoire pour El Tanque, sur un but de Callorda. Antunez, coach du Tanque, indique en conférence de presse que l’équipe a gagné 9 points, c’est-à-dire les 6 que l’adversaire n’a pas pris au classement de la descente (les points étant doublés pour les promus) et les 3 qu’El Tanque a pris. J’espère que vous avez suivi.

Plaza Colonia 3 -2 River Plate : Victoire surprise de Colonia sur River, dans les dernières secondes. Colonia roule tranquillement vers le maintien alors que JR Carrasco, coach de River, roule tranquillement vers le licenciement.

Rentistas 0 – 0 Fénix : même sans gagner, mais avec les défaites des autres, le Fénix reste très bien placé au classement en étant cinquième et en ayant perdu qu’un match.

Pour le reste

Le feuilleton Recoba pour la présidence du Nacional continue. Les dernières  rumeurs indiquent qu’il ne pourrait finalement pas se présenter puisqu’il n’aurait pas suffisamment d’année en tant que Socio du club. A suivre…

Le Peñarol revenait au Cgentenario après deux matchs de suspension. Un Centenario bien rempli, ça fait plaisir.

Il y a trop de Rodriguez dans le football uruguayen. Jona, Japo, Cebolla, Gianni, Felipe, Seba, Dario, Guille, Juan, Angel, Diego… Tous des Rodriguez. On a déjà eu un Peñarol avec trois Rodriguez la saison dernière… C’est trop. 

Les buts

 

 

Résultats

Classement

# Équipe J V N D Pts BP BC +/-
1 Peñarol 15 9 4 2 31 28 17 11
2 Nacional 15 9 3 3 30 32 21 11
3 Cerro 15 9 1 5 28 25 19 6
4 Montevideo Wanderers 15 6 6 3 24 22 16 6
5 River Plate (Uru) 15 7 2 6 23 31 25 6
6 Fénix 15 6 5 4 23 17 12 5
7 Danubio 15 6 4 5 22 21 13 8
8 Defensor Sporting 15 6 3 6 21 25 25 0
9 El Tanque Sisley 15 5 4 6 19 17 17 0
10 Rentistas 15 5 3 7 18 18 19 -1
11 Sud América 15 4 6 5 18 17 22 -5
12 Liverpool 15 5 3 7 18 15 24 -9
13 Plaza Colonia 15 3 8 4 17 15 16 -1
14 Racing (Uru) 15 4 5 6 17 21 26 -5
15 Juventud 15 4 3 8 15 14 25 -11
16 Villa Teresa 15 1 2 12 5 9 30 -21

A propos de l'auteur
Jérôme Lecigne
Author: Jérôme Lecigne
Spécialiste du football uruguayen, Suisse de l'Amérique du Sud, Patrie des poètes Jules Supervielle, Juan Carlos Onetti et Alvaro Recoba

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