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Uruguay – Apertura 2015 : guide la saison à venir (épisode 3)

  • Écrit par Jérôme Lecigne

Après avoir visité les 14 autres clubs de l’élite uruguayenne, place désormais aux deux géants, le Peñarol et le Nacional. Deux ogres nationaux et continentaux.

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Peñarol et Nacional sont les deux plus grands clubs uruguayens, de très loin, et il y a évidemment une grande rivalité historique entre eux (voir Nacional – Peñarol : le clásico total). Ces deux clubs se partagent l'immense majorité des titres (72 des 83 titres depuis que le football uruguayen est professionnel). Ils se partagent surtout la passion du peuple uruguayen, chacun ayant un club préféré, du petit gamin de 4 ans à la mamie de 85 ans. Les clásicos sont des jours de fête, dans les stades comme dans les foyers. C'est le match à regarder dans la saison. Nous ne reviendrons pas sur le débat concernant lequel des deux est le plus ancien, leurs fondations remontent pour les deux à la fin du 19éme siècle. Peñarol a sans doute le meilleur palmarès d'Uruguay avec notamment 5 Libertadores, mais les supporters du Nacional ne seront sans doute pas d’accord avec moi…

Club Atlético Peñarol

Stade : Le club va jouer la première partie de saison au Centenario, puis disposera à compter de Janvier ou Février de son propre stade, l'Estadio Peñarol. Nouveau stade de 40 000 places, propriété du club. C'est une avancée spectaculaire car le Centenario, vieux mastodonte magnifique, n'est plus adapté à des matchs de championnat. A noter que leur deux premiers matchs sont à huis clos suite aux incidents ayant émaillé la fin de la saison dernière.

Coach : Pablo Bengoechea, ancien joueur de Peñarol, vainqueur de la Copa America 87 et 95.

Président : Juan Pedro Damiani depuis 2007, fils de l'ancien Jose Pedro Damiani qui dirigeait le club depuis 1987.

Leur dernière heure de gloire continentale remonte à 2011 et une finale perdue contre le Santos de Neymar (voir Les dignes héritiers). Le club a remporté 47 titres de champion d'Uruguay. Les idoles locales s'appellent Obdulio Varela (les hinchas voudraient donner son nom au nouveau stade), Alberto Spencer, ou Tony Pacheco. Le championnat de l'année dernière s'est d'ailleurs terminé sur une finale Nacional - Peñarol, remportée assez logiquement par Nacional. Peñarol avait pourtant remporté le Clausura (voir Uruguay – Clausura 2015 : Vers un mois de Juin de feu), bénéficiant d'un bon élan alors que le Nacional avait souffert pour terminer la saison. Malgré la défaite, Bengoechea a été prolongé à son poste, avec un effectif relativement stable.

L'objectif : être champion, et faire bonne figure en Libertadores, c'est important par rapport à l'histoire du club.

Les sortants : Jonathan Urretaviscaya est rentré au Mexique donner des tours de rein à d'autres défenseurs. Pablo Migliore, gardien sympa mais tellement maladroit, n'a pas été prolongé. Mais surtout, Antonio Pacheco ne jouera donc plus pour Peñarol. A la fin de la saison dernière, l'offre qu'il a reçue consistait à intégrer le staff et donc à prendre sa retraite footballistique. Il n'a pas encore pris sa décision d'arrêter sa carrière ou de continuer dans un autre club (à priori il arrête), mais ce sera dans tous les cas un vide au Peñarol. Pacheco est le quatrième meilleur marqueur de l'histoire du club, il y a passé une bonne quinzaine de saison. Il y a marqué son premier but en 1995 ! Il fait partie de la grande équipe qui a battu le Nacional 5 à 0, il y a de cela deux ans. Pour avoir passé autant de temps au club alors qu'aujourd'hui les joueurs partent à 20 ans, il est devenu une idole. J'ai encore du mal à croire qu'il puisse jouer pour un autre club. El Tony no se va.

Les nouveaux visages (ou presque) : Pour remplacer ces trois titulaires sortants, le club a recruté un gardien, un défenseur et deux attaquants. Pour ce qui est du gardien, le club a recruté Frascarelli, ancien de River Plate, bon gardien mais qui pourra être concurrencé par le jeune Gurruceaga, gardien de l'équipe U20 d'Uruguay. En défense, le club a vu le retour d'Aguirregaray, latéral droit venant d'Estudiantes, et qui viendra renforcer l'effectif à son poste, Sandoval étant vraiment pas très bon.

Pour ce qui est de l'attaque, la grande recrue est Diego Forlán (voir Diego Forlán, une histoire de famille pour faire revivre Peñarol). Pas vraiment besoin de présenter le ballon d'or de la coupe du monde 2010. Il revient du Japon où il jouait depuis un an et demi. Sa technique devrait lui permettre assez facilement de s'intégrer dans l'équipe, en numéro 10 et en remplacement de Tony Pacheco. Il sera là pour l'inauguration du nouveau stade, étape importante pour le club. Le club a également recruté Diego Ifrán, qui revient en Uruguay après avoir fait un tour de l'Espagne avec son sac à dos.

Les piliers : Le capitaine sera Marcello Zalayeta, présent au club depuis 4 ans maintenant et marquant toujours plus de dix buts par saison. Ancien joueur de la Juve. Pilier de l'attaque, les autres joueurs tournant autour de lui. L'autre pilier est Luis Aguiar, milieu de terrain relayeur, très bon passeur, qui va passer pour la première fois deux saisons d'affilé au club.

Les jeunes pépites : Attention, le club a quelques très bons jeunes cette année. Pour commencer, le jeune défenseur MacEachen a fait sa première saison complète l'année dernière, et il a été très bon que ce soit à la relance ou sur le plan aérien. Il a mis du temps à mûrir mais c'est un futur très bon défenseur. Il faudrait pour cela qu'il reste et continue à gagner du temps de jeu et de l'expérience. Il n'est pas toujours très bien positionné par rapport à son adversaire. Au milieu de terrain, le club va faire confiance à Nahitan Nández (voir son portrait) et à Frederico Valverde, deux milieux de terrain au profil offensif. Ils ont eu la confiance de Bengoechea dans l’avant saison. L'attaque sera composé de Zalayeta, Forlán et Ifrán, pas vraiment des jeunes pépites, à part Albarracín qui vient de signer du Danubio (voir son portrait), très bon attaquant mais qui aura du mal à trouver du temps de jeu.

Club Nacional de Futbol

Stade : Parque Central, capacité de 26 500 places, plus beau stade « de club » en Uruguay. Un agrandissement est prévu avec augmentation de la capacité.

Entraîneur : Gustavo Munúa, qui était gardien de l'équipe jusqu'à l'année dernière. Il a remplacé Alvaro Guttiérez parti entraîner dans le Golfe.

Président : Eduardo Ache, ancien ministre de l'énergie, président depuis 2012 après un premier passage de 2000 à 2006.

Deuxième grand club d'Uruguay, avec à son palmarès 3 Libertadores, et 45 titres en championnat, dont le dernier il y a un moins d'un mois. Les idoles locales s'appellent Hector Scarone, Atilio Garcia et Alvaro Recoba. C'est historiquement le club national, par opposition aux clubs formés par des anglais comme Peñarol. Aujourd'hui, cet aspect « politique » a un peu disparu, laissant la place à une opposition de clubs simple.

Champion au titre (voir Uruguay - Clausura 2015 : le Nacional champion dans le chaos), au terme d'une saison au cours de laquelle le club a largement dominé le début du championnat avant de lever le pied vers la fin. Ils ont perdu leur dernier match de championnat 3-2 contre Tacuarembó, dernier du championnat (offrant ainsi une sorte de jubilé à Aldo Diaz). Et puis ils ont battu Peñarol en Final au terme du match de 113 minutes. Une grande victoire car un championnat gagné en finale contre le Peñarol compte double.

Objectif : être de nouveau champion, tout en cumulant Sudamericana et Libertadores. En Sudamericana, cela commence très bien puisqu’ils ont explosé l’Oriente Petrolero 3 à 0, à l’extérieur. Cela fait trois victoires uruguayennes par trois buts d’écart contre les clubs boliviens. Rare en Sudamericana que les clubs uruguayens aient autant de réussite.

Les partants : Les deux gardiens vont devoir être changés puisque Munúa est devenu coach et que Bava a signé à Liverpool. Le très bon transfert de l'année coté uruguayen est celui de Gaston Pereiro qui est parti pour 7 millions d'euros au PSV. Pereiro est un magnifique numéro 10, élégant, que vous aurez donc l'occasion de revoir en Europe. Le PSV est plutôt un bon choix pour lui, il pourra à priori y jouer et s'y épanouir. Diego Arismendi est quant à lui parti libre suivre Guttierez à Al Shabbab.

Mais le départ le plus marquant reste celui de Recoba. Cela fait quelques temps qu'il ne faisait plus que rentrer pour des fins de match, mais à chaque fois avec une qualité de passe et une classe... sans égale. Il a débuté en championnat uruguayen en 1994 au Danubio. Il aura fait une grande carrière, passant huit ans à l'Inter et y gagnant une coupe de l'UEFA. Il vient de passer quatre ans au Nacional après y avoir passé déjà deux ans en 1996 et 1997. Bref, un très grand joueur. La rumeur veut qu'il y ait un accord entre lui et Tony Pacheco (ils sont grands amis) pour finir leur carrière ensemble. Ils auraient une piste à River. Ce serait alors une magnifique tournée d'adieu. Sinon, un poste lui sera sans doute offert dans l'encadrement du club.

Coté recrues : Le club a recruté deux gardiens, Esteban Conde qui devrait être titulaire et le panaméen Luis Mejia, passé par Toulouse et Fénix. Au milieu, Sebastián Eguren revient au club après avoir beaucoup voyagé. Il fait partie de la grande équipe d'Uruguay de 2010-2011. Très bon récupérateur. En attaque, la recrue n'en est pas vraiment une. El Loco Abreu est en effet lié avec le club depuis un an, mais a été prêté aux équatoriens d'Aucas. C'est un vrai supporter du Nacional, club pour lequel il a déjà joué aux débuts des années 2000. Le joueur de Minas est connu pour plusieurs éléments exceptionnels dans sa carrière. Premièrement, il fait le tour du monde. Littéralement. Il a accumulé des miles qui lui permettront de voyager gratuitement jusqu'à la fin de sa vie. Il a joué en Argentine, au Brésil, en Équateur, au Mexique, en Grêce, en Israel, en Espagne. Deuxièmement, c'est un buteur exceptionnel, qui a réussi à marquer dans tous les championnats sa livraison de but. Troisièmement, il est connu pour avoir marqué le tir au but qui qualifie l'Uruguay en demi en 2010 sur une magnifique panenka, « lo picoooooooo ». Et rien que pour cela, il faudra le suivre au début de saison.

Les piliers : En défense, Jorge Fucile sera encore là. Il n'a pas beaucoup joué suite à une blessure la saison dernière mais pourra être très utile. A ces côtés, Diego Polenta tiendra la défense au prix d'un petit régime. Au milieu, Sebastien Fernández, autre ancien de l'équipe d'Uruguay de 2010/2011, continue au poste de milieu droit. En attaque, Ivan Alonso est également reparti pour une saison. Nacional est champion l'année dernière en grande partie grâce à lui. C'est un renard des surfaces, avec un sens du but extraordinaire. Ce sera un combat de coq avec Abreu pour savoir qui va diriger l'attaque.

Les petits jeunes : Deux joueurs à suivre : Rodrigo Amaral a fait toutes ses classes au club, il n'a que 18 ans, mais est déjà l'objet de toutes les attentions. Il n'a presque pas encore joué en équipe première, en espérant qu'il ait du temps de jeu derrière les monstres en attaque. C'est l'inverse du milieu de terrain Carlos de Pena. Milieu gauche, il joue régulièrement depuis trois ans en équipe première. Très bonne technique, véloce, il est utile défensivement et offensivement.

A propos de l'auteur
Jérôme Lecigne
Author: Jérôme Lecigne
Spécialiste du football uruguayen, Suisse de l'Amérique du Sud, Patrie des poètes Jules Supervielle, Juan Carlos Onetti et Alvaro Recoba

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