Qualifications Coupe du Monde 2014-Zone Afrique Nouvelle fête, mêmes invités

Les cinq qualifiés africains

Les éliminatoires pour Brésil 2014 ont accouché du même contingent qu’en 2010. En rupture avec les CAN récentes où une révélation renverse tout sur son passage ou encore la pagaille des qualifs 2006, l’Afrique s’est dotée d’un certain respect de la hiérarchie.  A présent, calé dans le chapeau 3, que va faire ce quintet d’habitués au Mondial ? Mieux ou pire qu’il y a quatre ans ? Avec quels moyens ? Eléments de réponse.

1-Le Ghana, épouvantail en puissance

Ghana

Les compétitions continentales et les éliminatoires sont deux épreuves bien spécifiques qu’on ne peut aborder de la même manière. Mais tout de même, la vue de cette armada des Blacks Stars amène invariablement à se demander comment et pourquoi ils se sont compliqués la vie lors des CAN 2012 et 2013, trébuchant à chaque fois contre LA surprise du tournoi ( Zambie 2012, Burkina 2013). Cette sélection est une machine de guerre, un tank tout en puissance et en vitesse que tout le monde voudra éviter.

Positionné en 6, André Ayew donne à présent la pleine mesure de ses capacités et complète à merveille le duo Essien-Muntari. L’attaquant du Spartak Moscou Waris et le feu follet Asamoah (ex-Udinese, aujourd’hui à la juve) éclaboussent le jeu offensif en jeunes insolents qu’ils sont, et même exilé aux Emirats Gyan montre qu’il n’a rien perdu de son savoir-faire et de ses qualités de finisseur.

Si on ajoute la régulière réapparition de Kevin Prince-Boateng- façon "Je suis pas venu depuis trois ans, vous êtes qualifiés pour le Mondial, me revoilà"- le Ghana a toutes les armes pour sortir de la poule et prétendre faire aussi bien (au moins) que le ¼ en Afsud. Avec un léger bémol, le problème de la défense centrale et le doute sur les deux alternatives possibles : la jeune et aussi naïve (on l’a vu en barrages contre l’Egypte) paire Akaminko-Soumailah ou l’effroyable connexion ETG-Rennes John Boye-Jonathan Mensah.

Prédiction : Le Ghana sort premier de sa poule devant l’Uruguay, avant d’écarter la hype Belge en huitième sur un doublé de Gyan. Fortement amoindris (Essien et Waris suspendus, Muntari blessé, Ayew qui contracte la rage à cause de la morsure de ce satané Suarez au premier tour) les Blacks Stars s’inclinent lourdement face à la Mannshaft 3-0 en quarts. Kiessling est envoyé en sacrifice briser le genou de Prince Boateng en gueulant "Remember Ballack, bitch."

2-Le Nigéria, une menace silencieuse


Un peu moins clinquant mais tout aussi dangereux. Les hommes de Stephen Keshi ont confirmé leur belle année 2013 débutée par un titre continental en glanant leur ticket pour le Brésil. Bousculés à Addis-Adeba, ils ont donné une leçon de réalisme à l’Ethiopie avant de gérer tranquillement le match retour.

Quelques constats s’imposent : John Obi Mikel, promis au poste de sentinelle pour vingt ans depuis l’explosion de son talent à la CAN 2006, est toujours installé à l’aise au milieu, imprimant son tempo ; Avec le mur du LOSC Vincent Enyeama, les Super Green Eagles disposent d’un portier sûr et certainement le plus sous-estimé du plateau ; Et dans un style basé sur des à-coups le Nigéria dispose de quatre éléments ( Ideye Brown, Ahmed Musa, Emenike et Victor Moses) capables de l’exploit individuel ou de combiner entre eux, ce qui rend le jeu offensif imprévisible et difficile à lire pour l’adversaire.  

Le match nul obtenu contre l’Italie en amical avec une formation remaniée (2-2) montre que ce groupe a de la ressource. De plus la large revue d’effectif du championnat local pour le Championnat d’Afrique des Nations (CHAN) pourrait permettre à Keshi d’enrichir son arsenal.

Prédiction : Coquin de sort qui redonne aux Nigérians le même groupe qu’en 2010. A la différence près que toutes les erreurs de l’époque sont gommées : Enyeama ne fait pas de boulette, personne ne répond aux provocs de Torosidis, et les Eagles à 11 dominent les Grecs (3-1), finissant deuxièmes derrière l’Argentine. Avant de céder face à l’Italie, qui depuis s’est méfiée, en huitièmes (2-1). A grands coups d’histoire qui se répète.

3-L’Algérie, une créativité offensive à construire

Algérie

Garder les qualités de 2010 et chasser les défauts, Vahid et les Fennecs travaillent là-dessus depuis un bout de temps. Le barrage retour contre le Burkina nous a permis de savoir ou ca en est. Pour ce qui est de la défense solidaire, de la pugnacité et de l’entrejeu qui met des coups de latte, ca correspond à la sélection Khedhra version Afrique du Sud. Volet animation offensive et capacité à se créer des occasions, la pression du résultat a mis un coup de canif aux résolutions entrevues jusque-là en qualifications. Peu d’occasions, pratiquement pas de frappe cadrée, des rares temps forts, l’Algérie a paru tétanisée. Dans un contexte Coupe du Monde, un tel manque d’inspiration pourrait être préjudiciable.

Ce qui manque, c’est faciliter l’arrivée du ballon dans les 20 derniers mètres et alimenter la paire Soudani-Slimani. Titularisés contre le Burkina, Feghouli(Valence) et Brahimi(Grenade) se sont marchés sur les pieds. Il faudrait voir si un Saphir Taider, qui commence à gratter du temps de jeu à l’Inter, ne pourrait pas fluidifier la circulation de balle. Surtout en l’associant à deux déménageurs chargés de lui déblayer le terrain (Yebda, Guedioura, Lacen, l’éventail est large). Pourquoi pas mieux exploiter le bon jeu de tête de Slimani, entrevu lors de la CAN 2013, et source de la seule occase Algérienne lors du barrage retour ? Un jeu plus direct, Ghoulam qui envoie une trentaine de centres dans la boîte, option moins subtile mais efficace.

Si on rajoute les raids du trublion Djabou, qui joue en Tunisie au Club Africain, la seule conclusion possible c’est que la team One Two Three a une quantité énorme de solutions, à Vahid de trouver la bonne formule.

Prédiction : Parce qu’il faut bien sortir de l’ordinaire, être capable de tout puis de rien, l’Algérie bat la Colombie à la surprise générale mais perd contre l’Iran dans la foulée. Feghouli se blesse, Vahid perd les pédales et titularise le revenant honni et repenti Boudebouz. Qui massacre la qualif en huitièmes contre la Bosnie en ratant sa panenka sur le péno décisif. Incorrigible.

4-La Côte d’Ivoire, combattre l’usure

Côte d'Ivoire

Il fut un temps ou les Eléphants pouvaient se permettre de cavaler 60 matchs dans la saison puis d’enchaîner tout pimpants un Groupe de la mort du mondial. Plus maintenant. Yaya Touré commence déjà à avoir moins de jus, et s’il a fini par créer des différences contre le Sénégal c’est surtout parce qu’il a eu un boulevard à trois contre un devant lui, et que même l’épuisement n’allait pas l’empêcher de faire une passe. Mais la fraîcheur physique manque déjà à l’appel.

De fraîcheur, Drogba n’en a plus du tout. A l’agonie lors du match retour des barrages, il va devoir se refaire une santé pour espérer être compétitif en Juin, encore qu’on doute que le sélectionneur Sabri Lamouchi puisse s’octroyer le pouvoir de lancer le grand Lacina Traoré à sa place. A vrai dire, les Ivoiriens vont devoir surtout bichonner les deux principaux atouts que sont Kalou et Gervinho, pressentis pour accomplir la saison la plus aboutie de leur carrière. L’un n’était qu’un lieutenant en 2010, l’autre complètement oublié par Eriksson, les clés du jeu offensif appartiennent à eux deux.

La génération dorée des Boka, Zokora, Romaric, Drogba ne devrait pas pousser au-delà de la CAN 2015, ils auront à cœur de briller pour ce qui sera leur dernier combat au niveau International.

Prédiction : Groupe de la mort un jour, groupe de la mort toujours. Une nouvelle fois, la Côte d’ivoire claque des matchs héroïques, mais perd (2-1) contre l’Allemagne et les Pays-Bas. Avec pour consolation le carton contre le Honduras (6-2) au cours duquel Gervinho égale la performance d’Oleg Salenko, auteur d’un quintuplé en 94.

5-Le Cameroun, se servir de Samuel comme appât

Cameroun

Dans la "To do List"de Paul Le Guen en 2010, le nom d’Eto’o Fils était marqué partout. Tirer les corners, les coups-francs, faire les touches, la cuisine, la comptabilité, Samuel faisait absolument tout.

Seulement voilà, le déclin sportif étant ce qu’il est, le pouvoir d’Eto’o commence à avoir plus d’écho ailleurs. La crise de parano en conférence de presse, les luttes intestines, imposer ses choix, le bazar mis par le champion Olympique à Sydney est plus conséquent en coulisses que sur le terrain.

Et si les deux autres dépositaires du jeu Camerounais arrivaient à tourner ca à leur avantage ? Contre la Tunisie, Samuel a marché, tenté une roulette tous les deux ballons, organisé une contre-célébration de but à chaque réalisation de son équipe, dansé avec la foule. Et dans tous ces cas de figure, il avait deux adversaires sur le dos, pendant ce temps-là Song et Makoun ont pu jouer tranquillement. Attirer l’attention sur lui permet aux autres de jouer dans l’ombre, et si c’était un handicap à l’époque ou il brillait, ca peut devenir un atout s’il brille moins. On le laisse faire son show, s’il marque tant mieux, dans tous les cas l’adversaire est contraint de le surveiller.

Le problème de vivacité de la défense centrale est toujours d’actualité (surtout sur les balles en profondeur ) mais les Lions Indomptables ont peut-être trouvé une piste pour la faiblesse sur les ailes, avec le grand match de Moukandjo en barrage retour. Même s’il ne retrouvera plus jamais dans sa vie un latéral aussi gentil et sympa que le Tunisien Derbali, qui l’a regardé jouer pendant 90 minutes, le Nancéen a marqué des points en vue du Mondial en mettant en valeur ses qualités de percussion. Homme à suivre.

Prédiction : Après le tarif syndical pris contre l’Espagne (3-0) la confrontation contre le Portugal donne lieu au derby de l’égocentrisme Cristiano contre Samuel. Ce dernier signe une prestation ébouriffante et un doublé. Ronaldo reconnait Chedjou, lui demande s’il s’était bien amusé lors de Galatasaray-Real (1-6) avant de demander à Moutinho de simplement envoyer la balle en profondeur. Quatre sprints et quatre frappes de mule plus tard, le Ballon d’Or 2013 remporte son duel et le match (4-2). Démoralisé, Eto’o bat le record de la plus petite distance parcourue en match officiel lors de la dernière rencontre contre le Honduras. Toujours ça de pris.

A propos de l'auteur
Farouk Abdou
Author: Farouk Abdou
Actuellement à E-management, passé par Echosciences Grenoble, Le Dauphiné Libéré, Sport Translations et Tunisie foot, Africain volant pour Lucarne Opposee

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