. . .

Brésil: Le bilan 2015

  • Écrit par Marcelin Chamoin

Suite des bilans de l'année 2015 en Amérique du Sud avec cette fois-ci le Brésil où le Corinthians a dominé la saison de la tête et des épaules.

Sélection : opération reconquête manquée

Après la terrible humiliation à domicile lors de la dernière coupe du monde, le Brésil était en quête de rachat et essayait de reconstruire son image. Si la Seleção terminait invaincue lors des matchs amicaux, battant notamment la France à Saint-Denis, puis le Chili à l'Emirates Stadium, le bilan concernant les compétitions officielles était nettement moins reluisant. À commencer par la Copa América au Chili, où le Brésil n'a jamais su retrouver son jeu flamboyant qui faisait sa renommée. Après un succès acquis dans le temps additionnel lors du premier match face au Pérou, le Brésil s'est incliné face à la Colombie où les retrouvailles entre Neymar et Zuniga, un an après la blessure du barcelonais en quart de finale de la coupe du monde, ont été musclées (lire Si se pudo !). Neymar pétait les plombs en fin de match et se retrouvait suspendu pour quatre matchs, ce qui signifiait la fin du tournoi pour lui. Comme à la Copa América 2011, le Brésil était éliminé en quart de finale face au Paraguay après une séance de tirs au but. Le Brésil quittait la compétition sans briller et comme lors de la coupe du monde, Thiago Silva était très critiqué, coupable d'une main évitable, entraînant l'égalisation du Paraguay sur penalty. Dunga a ensuite décidé de se passer des services du capitaine parisien pour le début des éliminatoires de la coupe du monde 2018. Après une défaite logique face au Chili en ouverture, le Brésil pointe désormais à la troisième place du classement, avec deux victoires à domicile face à deux des plus faibles équipes de la CONMEBOL, le Pérou et le Venezuela. Dans le superclassico, le Brésil a ramené du Monumental le point du match nul malgré un match peu convaincant. Les problèmes de l'équipe de Dunga restent les mêmes, un milieu de terrain qui manque de création et l'absence cruelle d'un vrai numéro 9, Diego Tardelli, Roberto Firmino ou Ricardo Oliveira peinant à s'imposer. Lors du dernier match, face au Pérou, c'était Neymar qui était titularisé à la pointe de l'attaque (lire Coupe du Monde 2018 : l’Argentine se relance, l’Uruguay prend sa revanche). En revanche, Willian et Douglas Costa se sont montrés convaincants dans le secteur offensif.

Compétitions continentales : les équipes brésiliennes n'y arrivent plus

Qu'il semble loin le temps où entre 2010 et 2013, les équipes brésiliennes se partageaient les titres de la Copa Libertadores. Le Brésil cherchait à effacer la déception de 2014 (trois équipes éliminées en phase de poules, deux en huitième de finale, et Cruzeiro, dernière équipe brésilienne, éliminé en quart de finale). Certes, en 2015, les cinq équipes qualifiées ont accédé aux huitièmes de finale, la paire pauliste CorinthiansSPFC éliminant le champion en titre, San Lorenzo, alors que l'Atlético-MG réalisait un nouvel exploit pour voir la phase finale. La suite fut moins glorieuse, notamment en raison de deux chocs 100 % Brésil, Cruzeiro éliminait São Paulo alors que l'Internacional se débarrassait de l'Atlético-MG. Pourtant favori face au Guaraní, le Corinthians passait complètement à côté de sa double confrontation et se retrouvait éliminé après deux défaites. En quart de finale, Cruzeiro commençait de la meilleure des façons possibles en s'imposant 1-0 au Monumental face au River Plate, futur vainqueur. Lucas Silva, Ricardo Goulart ou encore Everton Ribeiro partis sous d'autres cieux, Cruzeiro ne ressemblait plus vraiment à l'équipe double championne du Brésil en 2013 et 2014. Giflée 3-0 au Mineirão, la Raposa quittait la compétition dès les quarts de finale. Dernier représentant brésilien et l'un des favoris de la compétition en raison d'un effectif particulièrement dense, l'Internacional est finalement tombé assez logiquement en demi-finale face aux Tigres de Gignac (lire Tigres 3 - 1 Internacional).

En Copa Sudamericana, la fraîcheur est venue de Brasília, club qui ne dispute aucun des quatre championnats nationaux organisés par la CBF. Après avoir éliminé Goiás au tour préliminaire, Brasília a fait douter l'Atlético-PR et a été éliminé avec les honneurs. À noter également le bon parcours de Chapecoense, qui a mis sous pression River Plate jusque dans les derniers instants du quart de finale retour. 2015 reste un échec pour les clubs brésiliens puisque seul l'Internacional a joué une demi-finale d'une compétition continentale.

Championnat : le Corinthians sans concurrence

Meilleure attaque et meilleure défense, le Corinthians a survolé ce championnat, terminant avec douze points d'avance sur le pourtant solide deuxième, l'Atlético-MG. La victoire 3-0 à l'Independência dans le sprint final ou l'humiliation 6-1 avec l'équipe réserve face au rival São Paulo pour fêter le titre resteront dans les esprits. Avec 81 points, le Corinthians a également battu le record de points en une édition depuis le passage à 20 clubs en 2006. Derrière, l'Atlético-MG, Grêmio et São Paulo se sont qualifiés pour la Copa Libertadores au terme d'un championnat qui a livré son verdict lors de l'ultime journée. São Paulo, sans Rogério Ceni à la retraite, et sans Luís Fabiano, nouvelle recrue du Tianjin Songjiang, devra passer par le tour préliminaire et éliminer les péruviens de la Universidad César Vallejo. Les grands perdants de la course à la Libertadores sont l'Internacional et Santos, double perdant de cette fin de saison, puisque le Peixe s'est également incliné en finale de la coupe du Brésil, contre Palmeiras. Dans le bas du classement, malgré de bons résultats en fin de championnat avec une seule défaite entre la 24ème et la 38ème journée, le Vasco de Nenê effectue une nouvelle fois l'ascenseur, deux ans après sa dernière relégation. Vasco illustre la décadence du football carioca puisque la meilleure campagne d'un club de Rio est à mettre au crédit du Flamengo, classé seulement douzième en fin d'exercice. Le football carioca conservera trois clubs dans l'élite en 2016, puisque Botafogo a été sacré champion de Série B. L'année 2015 a une nouvelle fois été très instable pour les entraîneurs puisque 32 changements de coach ont eu lieu au cours du championnat, d'une durée de sept mois seulement. Arrivé fin 2014 à la tête du Corinthians, Tite est en fait le seul entraîneur à avoir dirigé les trente-huit rencontres de son équipe lors du Brasileirão 2015.

Les révélations

Cette année 2015 a, comme toujours au Brésil, permis des révélations de joueurs, qui devront confirmer en 2016. Citons par exemple, Gabriel Barbosa, annoncé par certains comme le nouveau Neymar du côté de Santos. Âgé d'à peine 19 ans, l'ailier qui compte déjà 125 matchs professionnels au compteur, s'est imposé au sein de l'attaque du Peixe. Après un championnat Paulista difficile, où il avait perdu sa place de titulaire, il est revenu en force avec l'arrivée de Dorival à la tête de l'équipe. Auteur de 10 buts en 26 matchs de championnat national, il a également conservé son titre de meilleur buteur de la coupe du Brésil, acquis en 2014. Rapide, dribbleur et buteur, le joueur a refusé une proposition du Fenerbahçe et préfère continuer son apprentissage au Santos. Également brillant avec la sélection U23, Gabigol aura certainement de nombreuses propositions de clubs européens, après les Jeux Olympiques, au Brésil.

Un autre Gabriel s'est révélé en cette année 2015. Gabriel Jesus, attaquant du Palmeiras, a 18 ans et a effectué ses débuts pros seulement en mars 2015 mais est déjà l'un des grands espoirs du Brésil, notamment après un match contre Cruzeiro en huitième de finale retour de la coupe du Brésil. Auteur ce soir-là de deux buts et d'une passe décisive lors d'une victoire 3-2, il a grandement contribué à la qualification de son équipe, qui remportera finalement le tournoi. Finaliste du Mondial des U20, tournoi dans lequel il a marqué un but, il a ensuite connu les honneurs de la sélection olympique. Il pourra profiter de l'expérience d'une Copa Libertadores pour valider son billet pour Rio en 2016.

Enfin, un nom parle parfois plus que des mots, c'est le cas pour Valdivia, le milieu offensif de l'Internacional, nommé ainsi pour sa ressemblance avec le génial chilien et idole du Palmeiras, Jorge Valdivia. Le meneur de jeu de 21 ans a été l'une des révélations de la Copa Libertadores, avant de confirmer dans le Brasileirão. Doté d'une technique très au-dessus de la moyenne et capable d'effectuer le pressing sur les adversaires, Valdivia s'est distingué par quelques golaços, s'appuyant notamment sur une grosse frappe de balle. Gêné en fin de championnat par une blessure au genou gauche, il devra confirmer en 2016, sans Copa Libertadores.

Le onze de l'année

Il est toujours difficile d'établir un onze de l'année, et cela commence dès le choix du gardien. Si Cássio ou Marcelo Grohe auraient pu être choisis, mais on a préféré Alisson, le gardien de l'Internacional. À 23 ans, le gardien colorado a fait parler sa taille (1m93) et son jeu au pied pour s'imposer dans les buts de la Seleção. Transféré à la Roma, il rejoindra l’Italie en juin prochain. À droite, on a préféré Rafael Galhardo à Marcos Rocha, légèrement moins performant cette année. Prêté par Santos au Grêmio en 2015, Rafael Galhardo renforcera l'effectif santista la saison prochaine. En arrière gauche, Douglas Santos a été le plus régulier, même si le vétéran Zé Roberto mérite une mention, alors que la charnière centrale est composée de Gil et Jemerson. Au contraire de la sélection de Placar et de la CBF, on a préféré Lucas Lima, la star de Santos, à Rafael Carioca pour évoluer aux côtés d'Elias. On retrouve ensuite deux joueurs du Corinthians, Jadson (13 buts et 12 passes décisives dans le championnat brésilien) et Renato Augusto, dépositaire du jeu du Timão tout au long de l'année. Devant, Ricardo Oliveira a vécu à 35 ans l'une de ses plus belles saisons. Le pasteur a été élu meilleur buteur du championnat Paulista et du Brasileirão. Il forme un duo en attaque avec Luan, la pépite du Grêmio. À 22 ans, le joueur qui a découvert le foot à onze à seulement 19 ans, a été l'une des grandes révélations du championnat brésilien. Ancien joueur de futsal, rapide et dribbleur, il a terminé le championnat avec 10 buts et 7 passes décisives et semble encore pouvoir progresser. Cette nomination dans notre équipe-type laisse de côté le buteur argentin de l'Atlético-MG, Lucas Pratto. Comme entraîneur, Tite, le coach du Corinthians et favori de la presse et des supporters en cas de départ de Dunga, s'impose comme une évidence.

2016, opération reconquête, deuxième chance

Malgré de belles choses cette année, le football brésilien reste en souffrance, avec des stades peu remplis, des clubs qui peinent à s'imposer sur la scène continentale, des dirigeants corrompus et un désamour entre la Seleção et les brésiliens depuis le 7-1 il y a un an et demi. Le parcours au Chili n'a pas permis à la sélection nationale de se racheter, qui aura cependant d'autres occasions en 2016. Il y aura la Copa América Centenario, organisée aux États-Unis, et surtout, les Jeux Olympiques à Rio. Le Brésil, qui reste sur une médaille de bronze en 2008 à Pékin et une médaille d'argent en 2012 à Londres, n'a jamais remporté les JO, seule compétition qui manque à son incroyable palmarès.

Pour les clubs, il s'agira de faire bonne figure en Copa Libertadores. L'Atlético-MG et surtout le Corinthians semblent les mieux armés, en attendant la fin du mercato. Alors que Jadson a rejoint Luís Fabiano, au Tianjin Songjiang, l'équipe chinoise entraînée par Vanderlei Luxemburgo, Elias pourrait lui aussi s'engager pour la Chine alors que Renato Augusto a déjà choisi Beijing. À l'image du Cruzeiro 2013-2014, la survie d'une grande équipe sur le moyen terme dépend des départs de ses principaux joueurs, en Europe mais aussi dans des destinations plus exotiques alors que le TPO (Third-party ownership) réduit la recette des clubs et empêche une reconstruction rapide.

On suivra également de près l'organisation de la Liga Sul-Minas-Rio, compétition créée directement par les clubs et qui s'oppose à la CBF et aux fédérations d'États. De même, le mouvement Bom Senso FC, qui lutte pour de meilleures conditions pour les footballeurs, fera très certainement parler de lui en 2016 alors que l'ancien joueur Alex a annoncé la volonté de présenter un candidat aux prochaines élections de la CBF.

Les 10 plus beaux buts de la saison

 
A propos de l'auteur
Marcelin Chamoin
Author: Marcelin Chamoin
Passionné par le foot brésilien depuis mes six ans. Mon cœur est rouge et noir, ma raison est jaune et verte.

  • Aucun commentaire trouvé