Lucarne sur : Dynamo Kiev (3e partie).

Jean-Gérard Benoit Czajka est également l’agent de Roberto Carlos ou encore José Antonio Reyes pour citer quelques joueurs ayant fait récemment l’actualité. Etant également agent de nombreux joueurs du Dynamo mais aussi l’un des rares agents européens à traiter directement avec le président du club, il apparaît donc comme un guide de choix pour évoquer le grand club ukrainien. Je vous laisse donc découvrir cette interview extrêmement riche en enseignements et au cours de laquelle nous avons évoqué le poids de l’histoire, le club en général, les joueurs, mais aussi le football ukrainien dans son ensemble.
Lucarne Opposée : Le Dynamo a longtemps été le grand représentant ukrainien en URSS, considéré même comme une sorte de vitrine nationale : que reste-t-il de cela aujourd’hui maintenant que la lutte qui opposait autrefois Kiev et les clubs de Moscou n’existe plus ? Jean-Gérard Benoit Czajka : La “lutte” ou plutôt la concurrence entre Kiev et Moscou existe plus que jamais. Le meilleur exemple remonte au mois d’Août 2008 lors de l’aller-retour Spartak Moscou-Dynamo Kiev (tour préliminaire de Champions League) en pleine crise du gaz entre les deux pays. Le discours d’avant match du Président était très clair : « cette confrontation est plus qu’un simple match de football et d’une qualification pour la Champions ». Ce fut « l’humiliation » pour la Russie. Match aller victoire 4 buts à 1 du Dynamo à Moscou avec 2 buts de Bangoura et deux passes décisives, et de nouveau une victoire 4 buts à 1 à Kiev avec un nouveau but de Bangoura : 8 – 2 sur l’ensemble des 2 matchs ! Fierté en Ukraine et humiliation en Russie. La rivalité existe toujours entre les deux capitales…
Le Dynamo c’est l’institution, c’est l’histoire du football en Ukraine, c’est le football ukrainien. Les frères Surkis (l’un est président de la fédération, l’autre est président du Dynamo…) contrôlent le football ukrainien. Le Shakhtar est un club moderne avec un Président qui a beaucoup d’argent, (le budget du Shaktar est 20% supérieur à celui du Dynamo), qui fait confiance à son staff sur le long terme (recrutement et direction technique) et obtient des résultats.
L-O : Lorsqu’un joueur signe au Dynamo connait-il le poids de cette histoire ? Le ressent-il lorsqu’il arrive au club (par les fans, par les dirigeants qui insisteraient sur cet aspect) ?
JGBC : Le siège du club se trouve au stade Lobanovskyi. Là on est plongé dans l’histoire, on respire le poids des années. Le Président prend la décision finale et négocie personnellement le contrat de tous les joueurs du Dynamo. C’est une personne qui aime le football et qui aime ses joueurs même s’il n’est pas du genre à le démontrer (c’est culturel). Il faut être droit avec lui. D’ailleurs, un accord se traduit toujours par une poignée de main où il vous dit qu’il vous fait confiance en tant que joueur, à vous de travailler et de mériter sa place dans un effectif très garni. C’est lui qui fait et défait, il y a quelques années c’était son frère aujourd’hui président de la fédération, ami de Michel Platini.
L-O : Lorsqu’un joueur quitte le Dynamo : quelle empreinte le club a-t-il laissé sur lui ?
JGBC : Je pense que c’est en partant que les joueurs se rendent compte vraiment qu’ils étaient dans un grand club où tout est réuni pour réussir si on est sérieux. Mais il faut être très fort dans sa tête parce que personne n’est derrière vous pour vous pousser. Si tu n’es pas bon, tu files jouer avec la réserve jusqu’à ce que l’on te vende, sans états d’âme…
L-O : Au niveau des installations, comment se situe le Dynamo par rapport aux autres clubs européens (et notamment les grands clubs) ?
JGBC : La base du Dynamo, qui se situe dans la forêt à une dizaine de kilomètres de Kiev, est une des meilleures au monde. Des gens comme Fergusson ou le Real Madrid sont venus la visiter pour s’en inspirer. Les conditions sont idéales pour travailler. Je ne connais pas beaucoup de clubs qui possèdent de telles installations ! Les joueurs hallucinent toujours quand ils découvrent la base.
L-O : Longtemps le club a formé de nombreux grands joueurs, étant, pour moi une sorte d’Ajax de l’Est (j’ai commencé à suivre le foot en suivant les exploits du duo Belanov – Blokhin qui dominait l’Europe puis me suis plus tard enthousiasmé à l’époque Sheva-Rebrov). A l’heure où des clubs comme le Shakhtar ou le Metalist ont fait un choix de recrutement massif à l’étranger (et surtout en Amérique latine) quelle importance est accordée à la formation à Kiev ?
JGBC : Le problème des jeunes en Ukraine aujourd’hui est le même que dans beaucoup de pays européens : trop de facilités et d’argent (il n’y a qu’à voir le parking de voitures à l’entrainement). Ils n’ont sans doute pas aussi faim que leurs ainés. Et comme le Dynamo est actif sur les petits pays de l’ex-URSS et en Afrique, il y a de bons jeunes qui arrivent ou quelques uns qui sont au club depuis longtemps internationaux dans leur pays : Eremenko, Ninkovic, El Kaddouri, Yussuf Ayila, etc … Ces dernières années, beaucoup de jeunes ukrainiens étaient barrés par ces étrangers : Alyev, Milevsky, Kacheridi, etc… Dans un effectif de 46 pros, c’est très compliqué de faire sa place. Depuis cet été, une nouvelle règle pour les équipes réserves est passée pour faciliter l’éclosion de cette formation locale, limitant à 2 étrangers sur le terrain les joueurs étrangers. C’est plus simple pour les ukrainiens…
L-O : En tant qu’agent, faut-il « insister grandement » pour convaincre un joueur à aller au Dynamo où l’Ukraine, à l’image du championnat russe depuis quelques saisons, devient-il réellement attractif ?
JGBC : Aujourd’hui c’est assez facile de convaincre un joueur d’aller là bas comme ça l’est pour aller en Russie. L’an dernier, si le tirage au sort n’avait pas fait se rencontrer les équipes ukrainiennes entre elles, vous auriez eu 3 équipe en ½ finale de l’UEFA (et sinon demandez leur avis au PSG et à l’OM) et probablement une finale Shakhtar-Dynamo. L’an dernier le Shakhtar est allé gagner au Barça ! Elles auraient du être en 8è de Champions League.
Demandez à Bangoura ce que sportivement il préfère : jouer uniquement le championnat français ou jouer le titre chaque année et jouer Manchester, le Barça ou l’Inter chaque année ? Il est venu au Dynamo pour 5 M€ et a été vendu pour plus du double, comme la plupart des joueurs !
Donc en allant au Dynamo, si vous avez la chance d’être titulaire, vous progressez et vous êtes vu dans toute l’Europe. Je pense que c’est un bon challenge.
Donc en allant au Dynamo, si vous avez la chance d’être titulaire, vous progressez et vous êtes vu dans toute l’Europe. Je pense que c’est un bon challenge.
L-O : Quel est le pouvoir financier des clubs ukrainiens ? On a tous la vision des clubs russes et les puissants oligarques qui les contrôlent. Le Dynamo, le Metalist ou le Shakhtar en Ukraine sont sous contrôle d’un riche propriétaire. Est-ce que tout cela permet d’attirer plus facilement et de rendre vraiment compétitif en comparaison à d’autres championnats majeurs européens ? Autrement dit : un joueur peut-il préférer signer un contrat au Dynamo plutôt qu’à Bolton (exemple type de club de milieu de tableau anglais) ?
JGBC : L’aspect financier est important mais une fois de plus ce n’est pas le plus important. Si vous êtes bon, c’est un tremplin et vous partirez signer un excellent contrat ailleurs. Ce qui est sûr c’est que les joueurs sont bien payés au Dynamo mais moins que les joueurs des clubs de même statut des grands championnats européens.
L-O : Le football ukrainien a explosé au grand jour (pour de nombreux médias français en tout cas) l’an passé avec les performances européennes du Dynamo, du Metalist et du Shakhtar. Comment explique-t-il cette explosion ? Est-ce un feu de paille ou pourrait-ce être durable ?
JGBC : Le Shakhtar possède un excellent réseau brésilien depuis plusieurs années. Leurs brésiliens pourraient jouer en équipe nationale mais ne sont pas aussi connus que les autres et c’est surtout moins marketing. Leur président refuse chaque année des offres à 15 M€ pour certains de ces joueurs. Il a beaucoup d’argent. Il construit sur le long terme. Le succès de l’équipe va durer…
Le Metalist à mon avis aura du mal sur la durée, surtout sur la scène européenne.
Pour le Dynamo : excellent travail depuis 2 ans et demi avec le recrutement d’un directeur général (M. Rezo) qui avait travaillé 15 avec les plus grands au Milan AC, et qui a son tour avait recruté un excellent staff technique (Semin, Pincolini (un des meilleurs préparateurs physiques au monde) etc…) pour professionnaliser le club. Pour des raisons personnelles après une saison remarquable, Semin a demandé à repartir au Lokomotiv (où il est actionnaire) pour remonter le club. Le président a accepté et a recruté Gazzaev (vainqueur de l’UEFA avec le CSKA Moscou) qui lui a demandé les pleins pouvoirs sportifs, il lui a donné, changeant au passage le travail de M.Rezo… Conséquences : il a voulu se séparer d’entrée du maximum d’étrangers : Bangoura, Guillherme, Correa, Fachan, et a mis de côté les autres : Yussuf, Diakhaté (NDLR : qui vient d’ailleurs d’être prêté à l’AS Saint Etienne), Betao, Ninkovic, Sablic. Son souhait : faire jouer des joueurs locaux, lancer des jeunes (Kacheridi, Yarmolenko, etc…) et faire revenir Sheva. Résultat : à mon humble avis, cette année le Dynamo est nettement moins bon que l’an dernier, ne produisant plus autant de jeu. D’ailleurs ils sont sortis d’Europe début décembre alors que l’an dernier ils ont disputé 18 matchs en Europe (1/2 Finale de l’UEFA perdue de justesse devant le Shakhtar, champions d’Ukraine avec 15 points d’avance sur le Shakhtar et ½ finaliste de la coupe d’Ukraine perdue aussi de justesse contre le Shakhtar). Résultats à suivre ces prochains mois… avec Gazzaev, on est revenu à un mode de fonctionnement à l’ancienne : école russe. Difficile avec les pros d’aujourd’hui, résultat : beaucoup veulent partir. L-O : Voyez-vous une progression du championnat ukrainien ?
JGBC : La valeur du championnat d’Ukraine est stable. Le Dynamo et le Shakhtar sont au dessus du lot, on les connait. Trois autres équipes pourraient surprendre dans le championnat français, le reste est très faible. Mais la difficulté est de gagner tous les matchs de la saison quand vous jouez au Dynamo ou au Shakhtar.
C’est ainsi que ce conclut notre interview qui elle même conclut le dossier consacré au Dynamo Kiev. Pour la petite histoire (et j’y tiens), je suis entré en contact avec Jean-Gérard Benoit Czajka en tentant d’approcher Ismaël Bangoura. Ayant alors contacté le joueur, j’avais eu l’agréable surprise d’avoir une réponse rapide de son agent qui aura fait preuve d’une extrême gentillesse pour m’aider dans ma démarche en répondant à l’exercice difficile du jeu de l’interview par mail et allant même me fournir de multiples photos prises à Kiev en novembre dernier. Pour tout cela, je ne peux mesurer l’étendue de ma gratitude envers lui.
Espérant que vous aurez apprécié ce dossier, je vous donne rendez-vous bien pour une nouvelle Lucarne sur....
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