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Petit guide du clásico uruguayo

  • Écrit par Jérôme Lecigne

Il est une question à laquelle tous les petits uruguayens sont habitués. Il y a bien sur les traditionnels « tu as quel âge ? » et « tu es en quelle classe ? ». Mais en Uruguay, dès trois ans, il faut savoir répondre à une question encore plus existentielle : « Nacional ou Peñarol ? ».

Ces deux clubs sont prépondérants en Uruguay, à tel point qu’ils ont gagnés 72 des 83 titres de l’ère professionnel. Je démarre les statistiques en 1932 et à l’avènement du professionnalisme, car, avant cette date, il y a débat. Pour ce qui est de l’histoire, je vous laisse relire Nacional – Peñarol, le clásico total. Par contre, si vous souhaitez regarder votre premier clásico uruguayen, ce dimanche à 20h heure française, voici un petit article qui vous guidera sur ce match vraiment pas comme les autres.

Le stade

Centenario, stade de la finale de la première coupe du monde en 1930. Ce n’est pas le stade du Nacional qui joue habituellement au Gran Parque Central. Le Centenario est un vieux dinosaure, monstre de béton chargé d’histoire.  Il peut accueillir jusqu’à 60 000 personnes, ce qui sera le cas dimanche. Il était LE stade de tous les clásicos jusqu’à présent car plus facilement sécurisable au sein du grand Parque Battle. Mais, à l’avenir, le Peñarol jouera les clásicos à domicile dans son nouveau stade Peñarol en cours de construction, et le Nacional a donc annoncé qu’il recevra les carboneros dans son stade du Gran Parque Central. C’est donc, peut-être, l’une des dernières occasions de voir le feu d’artifice d’un clásico au Centenario…

Les trois derniers affrontements (en match officiel)

14 Juin 2015, Nacional 3 – 2 Peñarol, final du championnat

Victoire du Nacional au bout du suspense, après moultes rebondissements, et un match interrompu à la 113éme qui n’a jamais repris. Dernier clásico du Chino Recoba et de Tony Pacheco, légendes de leur club respectif. Buts de Fernandez, Alonso et Romero côté Nacional, et doublé d’Aguiar côté Peñarol. Ces quatre joueurs seront présents au coup d’envoi dimanche.

17 Mai 2015, Peñarol 1 – 1 Nacional, Match retour du championnat (Clausura)

Grosse domination du Nacional concrétisé par un seul but d’Alonso, puis égalisation à la fin du match de l’un des deux frères Novick, Hernan, sur coup franc.

9 Novembre 2014, Nacional 2 – 1 Peñarol, Match aller du championnat (Apertura)

Match globalement dominé par le Peñarol, qui marque en premier, mais le Nacional retourne le match à la toute fin, 90éme et 94éme, avec notamment un but sur coup franc lointain de Recoba à la 94éme.

Les forces en présence

Voici les compositions non officielles que nous devrions voir :

Côté Nacional 

Esteban Conde

Jorge Fucile, Sebastian Gorga, Diego Polenta, Alfonso Espino

Sebastian Eguren (ou Amaral), Gonzalo Porras, Santiago Romero, Matias Abero (ou Nacho Gonzalez)

Ivan Alonso et Sebastian Fernandez

Le tout en 4/4/2, soit défensif avec Eguren et Abero (piste priviliégié ces derniers jours), soit offensif avec Amaral et Gonzalez. A noter la présence sur le banc de Sebastian El Loco Abreu, qui pourrait rentrer en fin de match pour ce qui sera sans doute son dernier clásico.

Les joueurs à suivre

En défense : Jorge Fucile n’a pas joué depuis quelques temps, il revient de blessure. Il ne sera sans doute pas des plus frais. Diego Polenta est un bon défenseur mais beaucoup trop lent. Attention sur les contres.

Au milieu : deux options pour Munua, soit laisser Amaral comme lors des derniers matchs. Mais ce dernier a tendance à laisser son couloir ouvert sur les phases défensives. L’entraîneur pourrait privilégier Eguren, mondialiste 2010, au profil plus défensif. A suivre également Santiago Romero, très bon milieu récupérateur, gratteur de ballon, l’un des meilleurs joueurs de cette équipe. Pour le trouver, c’est simple, il est roux.

En attaque : Ivan Alonso est indéboulonnable. Très bon attaquant mais en manque de réussite sur les derniers matchs du Nacional. Il est accompagné de Fernandez, autre mondialiste de 2010, qui a gagné une place de titulaire ses derniers mois et qui a fait passer l’équipe d’un 4/3/3 rodé au 4/4/2 actuel dans lequel l’équipe se cherche encore.

Entraîneur : Gustavo Munua. Première saison en tant qu’entraineur, cinq fois champion en tant que joueur, il gardait les cages du Nacional la saison dernière. Il a joué de nombreux clásicos à titre personnel, notamment contre l’entraineur actuel du Peñarol, Bengoechea. Son équipe a la fâcheuse tendance à se faire prendre en contre, mais possède des joueurs très techniques au milieu.

Côté Peñarol

Gaston Gurruceaga

Matias Aguirregaray, Guillermo Rodriguez, Carlos Valdez, Diogo Silvestre (Ou MacEachen)

Piriz, Luis Aguiar et Nahitan Nandez

Diego Forlan derriére Marcello Zalayeta et Diego Ifran

Le tout en 4/3/3. Sur le banc, Luque, Albarracin et Palacios se prépareront à rentrer en cas de besoin.

Les joueurs à suivre

Guillermo Rodriguez en défense est revenu seulement depuis quelques semaines, mais fait un bien fou à la défense. C’est un vrai rock.

Au milieu, Piriz est parfois un peu brutal mais c’est un vrai bon récupérateur, physique, qui passe ensuite autour de lui pour Nandez ou Aguiar. Nandez est un jeune joueur, qui a été appelé en sélection pour la première fois cet été. Bon à la récupération et à la passe, il court beaucoup. Aguiar a lui déjà joué de nombreux clásicos. Joueur très esthétique, très bon relayeur et frappeur de balle.

En attaque, ce sera le premier clásico de Diego Forlan, à 36 ans. Il sera accompagné de Zalayeta qui lui, malgré sa longue carrière en Italie, a déjà pu jouer de nombreux clásicos depuis son retour en 2011.

Entraineur : Pablo Bengoechea. Ancien idole en tant que joueur du Peñarol au tournant du siécle, il y a joué de 1993 à 2003. 7 fois champions d’Uruguay dont le deuxième quintuplé d’Or (93-97), il est également champion d’Amérique en 1987 et 1995. Élève de Markarian dont il a été assistant avec la sélection Péruvienne, il est à la tête de Peñarol depuis le début de la saison. Il est assisté d’Oscar Aguirregaray, père de Matias, latéral droit de l’équipe. Son équipe a du mal a construire le jeu, mais est redoutable en contre.

Les choses étranges que vous pourrez voir dans le stade

-          Le Nacional accueille et aura donc trois tribunes réservés. Ils seront principalement en tribune Colombes, à gauche des caméras (du nom de Colombes, Haut de Seine, ou l’Uruguay a gagné son premier titre olympique). Vous pourrez voir à côté de la tribune Amsterdam (du nom du lieu du 2e titre olympique), celle utilisé par les supporters du Peñarol, un large espace sans public. Les supporters carboneros ont en effet l’habitude de balancer les sièges sur lesquels ils sont assis quand ils perdent.

-          Vous pouvez, peut être, aussi voir dans la tribune Amsterdam un poulet gonflable au couleur du Nacional balancé d’un côté à l’autre.

-          Si vous écoutez un stream uruguayen, vous aurez la chance d’écouter Rodrigo Romano et JC Scelza. Sachez qu’un carton jaune ce dit un « Limon » et qu’un carton rouge se dit un « Frutilla » (respectivement citron et frais). Je vous indique cela car il y a de fortes chances pour qu’il y ait un ou des rouges.

L’incidence sur le classement

Peñarol est un leader surprise au vu de son début de saison. L’équipe a souvent souffert, mais a malgré tout beaucoup gagné. Au contraire du Nacional qui a tout gagné au début mais qui reste sur deux matchs sans victoire. Il restera trois matchs après le clásico. Si Peñarol gagne, ils seront quasi assurés d’être champions du Clausura, avec 5 points d’avance. En cas de nul, le Peñarol aura toujours un bon avantage avec deux points d’avance et un calendrier favorable. Seule la victoire contera donc pour le Nacional. Ce qui devrait permettre au joueur de Bengoechea de jouer en contre, et ils adorent cela.

Pour rappel, la victoire du tournoi Apertura offre au pire des cas une place en finale contre le vainqueur du Clausura. Si une équipe gagne les deux, il n’y a pas de finale. Si deux équipes différentes gagnent les deux tournois, il y a une demi-finale entre ces deux équipes puis une finale contre le vainqueur du classement annuel, c’est-à-dire la somme des deux.

A propos de l'auteur
Jérôme Lecigne
Author: Jérôme Lecigne
Spécialiste du football uruguayen, Suisse de l'Amérique du Sud, Patrie des poètes Jules Supervielle, Juan Carlos Onetti et Alvaro Recoba

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