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Mexique – Bilan 2015

  • Écrit par Nicolas Cougot

Après l’Argentine et le Chili, direction le Nord pour notre troisième bilan. On s’arrête ainsi au Mexique où pendant que sa sélection est en pleine reconstruction, le championnat se prépare à franchir un nouveau palier.

Sélection : douleur et transition

S’il faut résumer l’année du Tri mexicain en un mot, ce sera transition. Après une Coupe du Monde quittée sur une polémique arbitrale face aux Pays-Bas, tous les espoirs étaient permis en 2015, année de la Gold Cup, de la Copa América et des qualifications à la Coupe du Monde russe. Reste que les six premiers mois ont été des plus décevants. Si l’équipe bis envoyée au Chili a parfaitement résisté aux sud-américains, offrant probablement le plus beau match du tournoi face au pays hôte (lire Festival au Nacional), la grande, la A, n’a guère convaincu aux Etats-Unis lors de la Gold Cup, profitant même d’une énorme polémique pour accéder à la finale (lire Gold Cup 2015 : sensation et scandale) qui, pour le coup, aura été parfaitement gérée (lire Gold Cup 2015 : le Mexique au septième ciel). Mais loin d’être convaincant, ce Mexique allait profiter d’un nouveau débordement en off de son sélectionneur Miguel Herrera pour s’en séparer. Après plusieurs mois d’attente, de chasse au Marcelo Bielsa, la fédération a ainsi laissé à Tuca Ferretti s’occuper de l’intérim, s’offrir une nouvelle fois le voisin américain pour lui souffler la place en Coupe des Confédération 2017, avant de nommer Juan Carlos Osorio et désormais se mettre à espérer des lendemains plus joyeux. Reste que sur le strict plan des résultats, 2015 aura permis au Tri de remporter sa septième Gold Cup, de dominer le voisin US et de parfaitement démarrer sa campagne de qualification pour la prochaine Coupe du Monde.

Compétitions continentales : seuls au Nord, redoutables au Sud

La domination sans partage des mexicains sur la CONCACAF s’est également poursuivie au niveau des clubs. Pourtant, l’affaire aura été bien plus compliquée que prévu. Face à des costaricains parfaitement préparés et proches d’un exploit, Herediano et Alajuelense éliminant respectivement León et le tenant du titre Cruz Azul en phase de groupe avant que les Florenses passent à un carton près de s’offrir América en demie. Mais au final, les Águilas seront allés jusqu’au bout, allant chercher une dernière victoire au Canada face à la belle surprise de l’édition 2015, l’Impact Montréal (lire CONCACAF Champions league : América en force). Pire pour les autres candidats du Nord, la session 2015/2016 qui a ensuite débuté a vu les représentants mexicains sortir sans encombre de leurs groupes respectifs et se préparer une fois encore à défier les représentants de la MLS en quart de finale.

Mais l’année 2015 restera aussi celle des Tigres au Sud. Après avoir survolé la phase de groupe de la Libertadores, les Felinos de Tuca Ferretti se sont permis le luxe de décider de leur adversaire en finale de l’épreuve, offrant à River leur place en huitième quand les Millonarios n’avaient plus leur destin en main (lire Le miracle River). Puis les rescapés mexicains ont profité de l’arrivée d’André-Pierre Gignac pour sortir l’un des favoris de l’épreuve, l’Internacional en demi-finale avant donc d’échouer au pied de la dernière marche face à un River devenu alors injouable. Ce parcours quasi-parfait des Felinos confirme que les clubs mexicains sont les seuls à pouvoir lutter à armes égales avec les équipes du sud.

Dans ce tableau, ne manque finalement plus que la reconnaissance mondiale et l’occasion manquée par América lors de la Coupe du Monde des Clubs (lire Coupe du Monde des Clubs 2015 : Guangzhou surprend, Sanfrecce facile) retarde d’une année supplémentaire cette reconnaissance. Cette dernière marche internationale, qui touche également la sélection, toujours placée, jamais gagnante, reste le plus grand défi qui va se présenter aux représentants mexicains qui cependant n’en finissent plus de monter en puissance.

Championnat : entrée dans la folie

La montée en puissance résume parfaitement ce que fut l’année mexicaine. Après un Clausura marqué par le sceau des surprises, la finale entre Santos Laguna et un Querétaro transformé par Vucetich, symbolisant ces surprises, l’Apertura a pour sa part été celui de la transition (symbolisée notamment par la chute de Santos et le départ de Pedro Caixinha, entraîneur champion en tout début du tournoi suivant) et a remis les géants sur le devant de la scène tout en faisant la part belle aux buteurs (nous allons y revenir). 461 buts en 153 matchs, des stades pleins, des matchs aux scénarios fous, la Liga MX a basculé dans la folie en même temps que les América, Tigres, Pumas, Toluca et même Chivas sur la fin de tournoi (suite à l’arrivée de Matías Almeyda) ou encore Cruz Azul, semble-t-il relancé par Tomás Boy ne reviennent sur le devant de la scène. Avec son effectif pléthorique, probablement le meilleur des Amériques, les Tigres ont finalement été décrocher un titre mérité face à des Pumas retrouvés et symbolisent parfaitement ce que pourrait devenir le championnat mexicain dans les années à venir.

Les hommes de l’Apertura

Ainsi, à l’heure du bilan, lister les hommes de la saison et plus particulièrement du dernier tournoi, s’avère un exercice périlleux (au moins tout aussi compliqué que celui de sortir un 11 type – nous allons y revenir). De Dario Benedetto irrésistible à América, à André-Pierre Gignac parfait de bout en bout avec les Tigres en passant par encore les immortels Tito Villa, Omar Bravo et Mauro Boselli, sans oublier l’une des rares satisfactions des Xolos Dayro Moreno ou encore les retours réussis de Rogelio Funes Mori et de Silvio Romero, l’Apertura reste clairement le tournoi des avant-centres. Mais si ces derniers se sont amusés à martyriser les défenses mexicaines, ils le doivent aussi à l’apport de nombreux hommes du milieu, du magnifique Fidel Martínez à la fusée Dorlan Pabón en passant par les Gullit Peña, Rafael Sóbis et autres Elías Hernández. Vous l’aurez compris, la liste des individualités qui ont brillé lors de cet Apertura est tellement longue qu’elle est quasiment impossible à faire.

Si les offensifs se sont aussi fait plaisir, ils le doivent également aux techniciens présents dans la ligue. De l’attaquant Memo Vázquez, qui a relancé totalement les Pumas, aux valeurs sûres Juan Antonio Pizzi, Antonio Mohamed, ajouté à l’arrivée d’Almeyda à Chivas et à la belle saison réalisée par Nacho Ambríz à América la qualité des bancs de touche n’est plus à démontrer. Elle démontre que la Liga MX est de loin le meilleur championnat des Amériques.

Le onze idéal

Comme pour le Chili, nous avons décidé de nous focaliser sur l’Apertura pour livrer notre onze idéal. Il faut dire que les prétendants étaient nombreux et le choix fut difficile. Premier exemple, le poste de gardien. Entre un inoxydable Moises Muñoz et surtout un Alfredo Talavera parfait avec Toluca, les candidats étaient nombreux. Aussi avons-nous fait le pari de la jeunesse en choisissant Nahuel Guzmán qui aurait également été parfait jusqu’au bout de la séance de tirs au but en finale. Devant lui, une défense à quatre composée du toujours parfait Paul Aguilar, du solide duo des félins Ayala – Alcoba et de son équivalent à gauche, Luis Fernando Fuentes. Pour leur permettre d’être serein, le duo de milieux défensifs Osvaldo Martínez – Guido Pizarro. Le premier, jouer d’América a rapidement fait taire les critiques quand le joueur des Tigres aurait pu prétendre au titre de meilleur joueur de la saison tant il s’est avéré essentiel dans les diverses campagnes des Felinos. Devant eux, un trio offensif composé d’Ismael Sosa, Edwin Cardona et Javier Aquino. Le joueur des Pumas reste l’un des meilleurs joueurs du tournoi côté UNAM alors que son équivalent à gauche n’a cessé de briller avec les Tigres. En enganche Cardona n’a certainement pas eu la saison dont il rêvait en termes de résultats avec les Rayados mais sa capacité à offrir des golazos et des caviars au duo Funes Mori – Pabón en fait l’un des meilleurs meneurs de jeu de la ligue. Reste une place à prendre, celle d’avant-centre. Elle ne pouvait être attribuée à personne d’autre qu’André-Pierre Gignac. Le gros coup de Tigres aura parfaitement rempli la mission que l’on attend d’un joueur de classe mondiale : être décisif dans les grands rendez-vous. Seul regret pour le français, la finale perdue de Libertadores, seule ombre au tableau de six mois absolument parfaits. Pour diriger le tout, le poste ne pouvait être attribué qu’à un seul homme : Ricardo Tuca Ferretti. De la finale de Libertadores au titre en passant par une pige à la tête de la sélection histoire de s’offrir une nouvelle fois les USA dans un match couperet, le brésilien aura tout réussi cette année, s’affirmant comme le meilleur technicien de la ligue.

Excitant 2016

Après une telle deuxième partie de saison, l’année 2016 s’annonce comme étant l’une des plus importantes et pourrait être celle qui va faire de Liga MX un championnat majeur au monde. L’argument numéro 1 pour illustrer vient d’une part du fait de voir la capacité des clubs mexicains à attirer les meilleurs joueurs du continent (les signatures de Lucas Zelarrayán et de Fernando Fernández à Tigres en étant deux exemples de poids), d’autre part du fait que désormais, le Mexique peut aussi s’offrir des internationaux européens en pleine possession de leurs moyens. Car après Ronaldinho dont la greffe à Querétaro n’avait jamais réellement prise, le brésilien venant plus en pré-retraite que pour jouer au foot, le Mexique s’est offert une vraie star internationale, André-Pierre Gignac. S’il n’est pas question de revenir sur les commentaires négatifs venus de France qui confirmaient, s’il en était besoin, le niveau de méconnaissance de la réalité sportive de la Liga MX chez nombre de spécialistes foot du pays (les (trop) nombreux articles Gignaco-centrés qui ont ensuite fleuri ne faisant que finir de le démontrer), cette signature, énorme pari financier des Tigres, pourrait bien être celle qui va faire entrer la Liga MX dans une nouvelle dimension. Car, déjà puissante, la Liga MX a franchi en effet un palier, l’arrivée réussie de Gignac, redevenu international français malgré l’éloignement, pourrait bien avoir ouvert la boite de Pandore, donner des envies à bien d’autres de suivre cette course aux renforts de poids venus d’Europe, les rumeurs Falcao / Ribéry côté América en apportant la démonstration. Et si les clubs mexicains s’engagent dans cette course, leurs finances le permettant, ils pourraient être à l’origine d’un nouvel équilibre mondial. Ce sera l’un des enjeux de l’année 2016 dont la mi-saison sera marquée par une Copa América pour laquelle Juan Carlos Osorio aura la possibilité d’envoyer enfin son meilleur onze et ainsi lutter à armes égales avec le Sud. Une année 2016 qui devrait donc être celle du Mexique et que vous pourrez bien évidemment suivre en intégralité sur LO.

Les plus beaux buts de l'Apertura

 
A propos de l'auteur
Nicolas Cougot
Author: Nicolas CougotWebsite: http://lucarne-opposee.fr
Créateur et animateur de Lucarne Opposée. A la recherche de piges. Portfolio et contact : http://nicolas.lucarne-opposee.fr/

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