. . .

Uruguay – Apertura 2015 : Le Nacional s’envole, Bengoechea sauve (encore) sa tête

  • Écrit par Jérôme Lecigne

Le Nacional signe le match du week-end avec sa victoire 4 à 0 contre un Defensor qui n’est jamais rentré dans le match. Derrière, grâce à sa victoire au bout de l’ennui, le Peñarol revient à la deuxième place et sauve son entraineur après la défaite contre River du week-end précédent. Fénix continue son très bon début de saison, et gagne facilement contre Villa Teresa. Voici le résumé le plus complet (et accessoirement le seul) du championnat uruguayen.

Nacional 4 – 0 Defensor

Tout d’abord, il faut dire à quel point cette équipe du Defensor est formidable. Elle vient de se qualifier en quart de finale de la Copa Sudamericana au tir au but contre Lanus, et cela est vraiment rare pour une équipe uruguayenne de renouveler de tels performances au niveau continental. Nacional en sait quelque chose, éliminé piteusement par Universitario de Pérou lors d’un tour précédent. Le Defensor a des joueurs formidables, dont je vous ai déjà parlé, les Cardaccio, Arambarry, Felipe Rodriguez, Lozano… Mais cette équipe ne joue bien que quand elle est à 100%. Et je vous parlais déjà de ce problème, il y a trois semaines, dans un commentaire de la défaite du Defensor contre Liverpool : « une équipe du Defensor apathique, qui a joué avec une sorte de décalage, un retard permanent d’une demi-seconde ». Et bien c’est exactement ce qu’il s’est passé hier. Sauf que ce n’était pas Liverpool en face, mais le grand Nacional.

Et en effet, le Nacional a été très grand hier. Bien réorganisé par Munùa en 4-4-2, pour apporter plus de densité au milieu de terrain, le Nacional a récupéré les ballons très haut, dans la moitié de terrain du Defensor, et a pu très bien servir les deux attaquants, Ivàn Alonso et Seba Fernàndez, qui se sont amusés. Dès le début du match, le Nacional domine, se procure des occasions. A la vingtième minute, Porras effectue une magnifique transversale pour Fernàndez. Ce dernier centre, dévié par Frata, mais le ballon arrive dans les pieds d’Alonso qui frappe dans un trou de souris, entre le poteau gauche et le gardien. A la trentième minute, Espino centre de la gauche, le ballon a le temps de rebondir avant qu’Alonso ne le pique de la tête pour le 2 à 0. La défense, notamment Andrés Scotti, est incroyablement en retard. A la 38ème, sur un contre suite à un corner le ballon, Amaral remonte très rapidement le ballon sur 50 mètres, avant de servir Alonso dans l’axe, qui remet sur Sebastian Fernàndez qui n’a plus qu’à piquer le ballon du 3 à 0. Malgré deux changements à la mi-temps, le Defensor ne démarre pas mieux la seconde période. Et dès la 52ème, Abero clôt le score sur un très bon centre de Romero à ras de terre. Le Nacional a eu l’occasion d’en marquer d’autre, alors que le Defensor n’a eu qu’une occasion dangereuse en 90 minutes.

Le milieu à 4 du Nacional, grande nouveauté de la soirée, a été très bon. Face à une équipe apathique, Romero et Porras ont joué très juste. En attaque, Ivàn Alonso, avec deux buts et une passe décisive, a été exceptionnel. Il aurait quand même était intéressant de voir ce match sans que le Defensor n’ai joué dans la semaine, les joueurs du Defensor donnaient vraiment l’impression d’avoir la tête ailleurs, surtout Cardaccio et Arambarry.

Le portrait du joueur de la semaine : Ivàn Alonso

Ivàn Alonso est une idole du Nacional. Une idole que vous devez connaître de nom si vous suivez le championnat espagnol. Il a commencé sa carrière en 1998 au River Plate uruguayen. Il est transféré dès l’an 2000 au club d’Alavés, avec lequel il participe à la meilleur période du club, ponctué d’une finale de coupe de l’UEFA perdu contre le Liverpool anglais, malgré un but du grand Ivàn en final. Il passe quatre ans à Alavés, ou il reste malgré la descente du club en deuxième division. Il signe ensuite au Real Murcia ou, durant quatre ans, il remonte le club en première division et marque 48 buts. Il signe ensuite à l’Espanyol de Barcelone, puis à Toluca, au Mexique, ou il est meilleur buteur durant sa seule saison jouée.

Le passage à Toluca finit assez mal, puisque le médecin du club lui découvre un problème cardiaque et lui interdit de jouer dans les villes d’altitude. Le club cesse donc de le payer, et le joueur rejoint donc libre le Nacional après six mois sans jouer. Depuis 3 ans au Nacional, il régale les supporters, avec 50 buts en 68 matchs. Le titre de l’année dernière lui revient en bonne partie. C’est un uruguayen atypique, qui n’a fait que 5 équipes dans sa carrière, mais qui a marqué partout, avec assez peu de déchet devant le but. Il est également précieux à la récupération, mettant une pression permanente sur la défense. Beaucoup en Uruguay souhaitaient son retour en sélection, en l’absence de Cavani et Suàrez. Mais le maître Tabarez déroge rarement à ses règles et à sa hiérarchie. A noter, son frère joue pour la Juventud de Las Piedras, avec qui il a marqué ce week-end…

Danubio 0 – 1 Peñarol

Il y une odeur de soufre autour de ce Peñarol depuis le début de la saison. Diego Forlàn a pris une place trop importante, ce qui a déséquilibré l’équipe. Chaque match de Cachavacha est scruté, je m’inclus dans la critique, d’une façon malsaine. Sauf que ce dernier est toujours en manque de forme, il manque encore de vitesse, et ne pourra continuer ainsi. Il a sans doute fait perdre plus de point qu’il n’en a fait gagner au club. L’autre point négatif, extra-sportif celui-là, est la situation de l’entraîneur. Bengoechea est légitime, il a fait un bon tournoi de clôture l’année dernière, en étant champion, et il est deuxième pour le moment au classement. Rien d’infamant donc. Sauf que, à chaque point perdu, il sent dans sa nuque le souffle de satisfaction de Diego Aguirre. Ce dernier a offert la Libertadores 87 aux Carboneros en tant que joueur, et les a amené en final contre Santos en tant qu’entraîneur. Et pour le malheur de Bengoechea, il s’est fait virer de l’Inter de Porto Alegre, il y a de cela quelques semaines… Depuis, Aguirre ne reprend pas une autre équipe, il attend patiemment le coup de fil de Damiani, président du Peñarol… Côté Danubio, c’est aussi la crise. L’équipe n’est que 11ème, avec 8 points, et a beaucoup de mal à marquer des buts. Les recrus du début de saison (JM Olivera, Grossmuller) ne sont pas au niveau. Le changement d’entraîneur n’a pas fonctionné et l’équipe se morfond en bas du classement. A noter également cette semaine l’utilisation d’un maillot spécial « prévention routière » particulièrement moche. Le message « caritatif » sauve de justesse le Danubio d’une nomination à la cacamiseta.

Hormis donc ce contexte, il n’y a pas grand-chose à noter sur ce match. Forlàn l’a résumé en disant qu’il était difficile de gagner quand on est incapable de faire trois passes consécutives. Et il a raison, le Peñarol a eu la chance de jouer une équipe avec les mêmes difficultés. Il ne s’est pour ainsi dire rien passé en première mi-temps, des tirs de loin largement au-dessus, des passes ratés à trois mètres. Une purge, ponctuée de grosses fautes de Grossmuller ou Diogo.  La deuxième mi-temps est très similaire, sauvée de l’ennui par un golazo d’Aguiar. Pour le « Golazo », ce n’est pas moi qui le dit, c’est Bengoechea, l’entraîneur carbonero, qui, sautant de joie comme si il avait lui-même marqué, hurle « GOOOLAZO » en courant le long de la ligne de touche. Image assez pathétique d’un entraîneur qui sent que si la reprise de volée était passée au-dessus, si Peñarol avait fait match nul, il pouvait se chercher un autre club… Pour revenir au but, bonne récupération de Piriz, qui a été bon dans sa zone pendant tout le match, centre de Diogo, tête contrée d’Ifràn et reprise de volée du point de penalty d’Aguiar. Ce dernier confirme qu’il est l’homme de ce début de saison côté Peñarol. Et ce n’est pas très bon signe pour l’équipe.

Pour résumé le match, les deux attaques ont été absentes. Avec pourtant des bons joueurs de chaque côté, mais des organisations défaillantes. Forlàn inquiète beaucoup, il a manqué une occasion à la fin du match qu’un joueur comme lui ne peut manquer. Olivera inquiète également côté Danubio, il n’ose pas déclencher ses frappes. Les meilleurs joueurs sont à chercher au milieu de terrain ou en défense, Piriz, Aguiar ou Valdez côté Peñarol, Formiliano côté Danubio.

Joueur du match : Aguiar pour le but. Mais personne ne mérite vraiment ce titre tant le match a été faible.

Wanderers 1 – 0 El Tanque Sisley

Le Wanderers revient en haut du classement, mais dans la douleur. L’organisation de l’équipe est indiquée dans les médias en 4-3-3, mais, en vérité, Kevin Ramirez est seul en attaque, avec un milieu conservateur à 5. C’est dommage, car Ramirez est un joueur intéressant. Dans les grandes équipes, c’est le seul vrai attaquant de pointe « jeune ». Peñarol (Ifràn), le Nacional (Alonso), Defensor (Acuña), Danubio (Olivera) ont tous des attaquants trentenaires. Ramirez pourrait donc être l’espoir, s’il n’était pas toujours aussi seul à se battre en pointe contre les éléments. Et, jouant ainsi, il se fatigue beaucoup et ne peut montrer l’étendue de son talent. Et c’est ce qui s’est passé dans ce match assez défensif, ou l’unique but a été marqué par Diego Scotti, milieu de terrain bohemio, frère d’Andrés (défenseur du Defensor). Joli but sur un centre contrôlé bout de pied, suivi d’une frappe trompant Gelpi, le gardien d’El Tanque.

Pour le reste, le match n’a pas été extraordinaire. Les Wanderers sont très frustrants car ils pourraient jouer beaucoup plus offensivement mais préfèrent assurer « l’essentiel ». Ils ont des joueurs très bons au milieu comme Bueno ou Colombino qui vont finir par s’ennuyer de ne trouver personne devant. Côté El Tanque, le meilleur joueur a été le gardien, Gelpi. Il a fait quelques très bons arrêts, comme contre le Nacional la semaine dernière. A seulement 25 ans, ce produit du centre de formation du Peñarol devrait avoir sa chance dans une meilleure équipe.

Joueur du match : Leandro Gelpi

Ailleurs 

Villa Teresa 0 – 2 Fénix : Grande victoire du Fénix 2 à 0 contre Villa Teresa. Victoire facile, ponctuée de deux buts des deux attaquants Maxi Perez et Lucas Cavallini. Villa Teresa s’enfonce vers la deuxième division tandis que le Fénix va pouvoir préparer l’affiche de la prochaine journée, dans deux semaines, Fénix – Nacional.

Rentistas 0 – 0 Racing : Deux clubs qui vont devoir lutter pour le maintien, surtout Rentistas.

Plaza Colonia 0 – 1 Cerro : Le Cerro revient en force après des premières journées difficiles. Ils pointent à une très bonne huitième place.

Liverpool 1 – 0 Sud America : Le Liverpool, de retour dans l’élite, fait un très bon début de saison. Junior Arias a encore marqué.

Juventud de Las Piedras 2 – 3 River Plate :Encore une victoire pour le club de Carrasco qui enchaine depuis quelques matchs. Et encore des buts, 12 marqués sur les 4 dernières journées pour River. Michael Santos est l’auteur d’un doublé avant de voyager avec la sélection en Bolivie.

L’affiche de la prochaine journée

La prochaine affiche sera dans quinze jours, puisque les deux prochaines semaines seront occupées par les éliminatoires de la prochaine coupe du monde. L’affiche opposera le premier contre le troisième, le Nacional contre Fénix. Le bolso est en grande forme mais devra se méfier et ne pas tomber dans l’euphorie. Le Nacional a gagné contre le Defensor en grande partie grâce à l’apathie des violets, et n’a rien eu à faire en défense. C’est heureux, car la défense a été le point très faible de l’équipe depuis le début de la saison. Et ce ne sera pas le même gâteau contre un Fénix en pleine forme, avec une attaque très complémentaire Perez / Cavallini, servi par un milieu très technique et véloce avec notamment le jeune Schettino.

Pour le reste

La sélection joue donc son premier match de qualification contre la Bolivie. Il faudra se méfier des boliviens, qui sont en grande difficulté notamment au niveau des institutions. Mais cela les rend encore plus dangereux. L’attaque Celeste est toujours en déshérence, avec les suspensions de Cavani et Suàrez. On devrait revoir Stuani et Rolan, qui ne sont pas vraiment des tueurs.

Pas de football en Uruguay donc la semaine prochaine, à noter que la deuxième division redémarrera dans 15 jours dans un format ubuesque, sur lequel je reviendrai.

Les buts

 

 

Résultats

Classement

# Équipe J V N D Pts BP BC +/-
1 Peñarol 15 9 4 2 31 28 17 11
2 Nacional 15 9 3 3 30 32 21 11
3 Cerro 15 9 1 5 28 25 19 6
4 Montevideo Wanderers 15 6 6 3 24 22 16 6
5 River Plate (Uru) 15 7 2 6 23 31 25 6
6 Fénix 15 6 5 4 23 17 12 5
7 Danubio 15 6 4 5 22 21 13 8
8 Defensor Sporting 15 6 3 6 21 25 25 0
9 El Tanque Sisley 15 5 4 6 19 17 17 0
10 Rentistas 15 5 3 7 18 18 19 -1
11 Sud América 15 4 6 5 18 17 22 -5
12 Liverpool 15 5 3 7 18 15 24 -9
13 Plaza Colonia 15 3 8 4 17 15 16 -1
14 Racing (Uru) 15 4 5 6 17 21 26 -5
15 Juventud 15 4 3 8 15 14 25 -11
16 Villa Teresa 15 1 2 12 5 9 30 -21

A propos de l'auteur
Jérôme Lecigne
Author: Jérôme Lecigne
Spécialiste du football uruguayen, Suisse de l'Amérique du Sud, Patrie des poètes Jules Supervielle, Juan Carlos Onetti et Alvaro Recoba

  • Aucun commentaire trouvé