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L’histoire d’un nom (4) : Everton

  • Écrit par Nicolas Cougot

Après l’Uruguay, l’Equateur et l’Argentine, notre troisième épisode nous conduit au Chili pour y découvrir un autre club qui doit son nom aux anglais.Direction Valparaiso à la rencontre d’Everton de Viña del Mar.

 

Des sucreries, des anglais et une touche d’Argentine

Valparaiso, 1909. Dans la maison de David Foxley, un groupe d’ami, immigrants anglais, décide de fonder un club omnisport. C’est ainsi que nait Everton Football Club dont l’origine du nom reste encore sujette à débats. Deux hypothèses s’affrontent en effet : la première prétend qu’il s’agit d’un hommage au club de Liverpool alors en tournée en Amérique Latine et dont la famille de Foxley est originaire, la seconde qu’il s’agit tout simplement du nom de petites sucreries de l’époque (et de se souvenir que le club anglais pourrait également devoir son nom à ces sucreries (les Everton Mint)).

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Après des débuts chaotiques, le club va débuter en troisième division de la Liga de Valparaíso puis, progressant suffisamment, finit par s’installer en première division de la Ligue de Valparaiso. Là encore, les résultats sont peu glorieux. Everton ne parvient à briller qu’en de trop maigres occasions et est touché par la mort de deux de ses fondateurs Malcolm Fraser et Franck Boundy, rentrés en Europe pour défendre l’Angleterre lors de la première guerre mondiale. En 1919, il devient Club de Deportes Everton de Valparaiso et change de couleurs au milieu des années 20. Alors que le club jouait jusqu’ici alors en grenat et blanc, son premier surnom étant los Granates de Valparaíso, le comité directeur décide de vouloir passer aux rayures jaunes et bleues. Joueur au sein du club mais commerçant de profession, José Luis Boffi se rend ainsi à Buenos Aires pour acheter de nouvelles tenues à rayures. Malheureusement, il n’en trouve pas et cherche d’autres maillots jaunes et bleus. Il décide alors de revenir au Chili avec des maillots de Boca. Depuis, le club n’a plus jamais changé de maillot. Les Granates deviennent les Ruleteros, les joueurs de roulette, en raison de la présence de nombreux casinos dans la ville, connaissent leurs premiers succès dans les années 30 et rejoignent le championnat professionnel aux côté de leur ennemi, les Santiago Wanderers, en 1943. Sous la conduite de l’argentin Martín García, Everton remporte son premier titre national en 1950 et devient le premier club de province à inscrire son nom au palmarès du championnat chilien. Dans ses rangs, Augusto Pelusa Arenas éblouit dans le couloir gauche et invente alors le passement de jambe (la bicicleta au Chili). Le club récidive deux ans plus tard puis va connaître une longue descente aux enfers.

De l’irrégularité dans les années 60 à la chute amorcée dans les années 70 malgré un troisième titre national en 1976, seule parenthèse dorée, la descente se poursuit dans les années 80 et 90. Marqué par les problèmes économiques, le club se réorganise. En 2006, la nouvelle société anonyme pose ses bases, validées par les socios, le succès revient deux ans plus tard lorsque, sous la conduite de Nelson Acosta, Everton décroche l’Apertura 2008, devenant ainsi le club le deuxième club le plus titré au pays parmi les équipes résidant hors de Santiago. Puisqu’il n’est ville sud-américaine sans Clásico, Everton dispose de son grand rival local : les Santiago Wanderers, le doyen du football chilien. Les premiers chocs du Clásico Porteño remontent aux années de fondation des clubs à l’époque où ils s’affrontaient dans la Liga de Valparaíso. Depuis, Ruleteros et Wanderers se sont croisés à près de 150 reprises (96 fois en première division), qu’Everton dominent encore (60 victoires, 39 nuls et 48 défaites). Le match le plus marquant et polémique reste la Copa Carlos Varela de 1950.

Alors que certains de leurs joueurs ont été appelés en sélection, les Wanderers annoncent qu’ils vont se présenter à l’Estadio El Tranque avec une équipe mixte composée de réservistes et de joueurs issus des équipes de jeunes. Après avoir subi deux expulsions en première période, le Decano se serait alors retrouvé à six sur le terrain, trois de ses joueurs refusant de reprendre la partie en seconde période. La rencontre s’est alors conclue sur un terrible 17 – 0 qui reste l’objet de bien des polémiques,  un camp souhaitant faire annuler ce résultat au motif que son équipe ne comptait que six joueurs quand l’autre ne voit aucune raison de laisser ce score tomber dans l’oubli, l’arbitre ayant alors poursuivi, à raison semble-t-il, la rencontre.

Les frères anglais

Reste la grande question : les deux Everton se connaissent-ils ? La réponse est oui. A la différence du FC Barcelone qui a décidé d’attaquer son homonyme équatorien (voir L'histoire d'un nom (2) : Barcelona SC), le club anglais a choisi la voie de l’amitié. Au début des années 2000, sous l’impulsion d’un groupe de supporter des Toffees qui ont fondé « The Ruleteros Society » qui va établir des passerelles entre les supporters des deux équipes avant de faire entrer dans la danse les boards des deux clubs. Les liens sont alors établis, le rêve de la Ruteleros Society de voir ses deux clubs de cœur s’affronter va prendre forme. Sous l’impulsion de John Shearon, l’homme à l’origine de tout suite à ses nombreux voyages au Chili, et grâce à l’aide de David Moyes, le rêve devient réalité en août 2010, pour le Centenaire du club chilien.

La Copa del Hermandad se dispute à Goodison Park devant près de 26 000 spectateurs. Ce sont les anglais qui remportent la partie, seul affrontement de l’histoire entre les deux homonymes. Elle reste la preuve qu’une homonymie peut aussi permettre de dépasser les frontières et rapprocher des peuples.

A propos de l'auteur
Nicolas Cougot
Author: Nicolas CougotWebsite: http://lucarne-opposee.fr
Créateur et animateur de Lucarne Opposée. A la recherche de piges. Portfolio et contact : http://nicolas.lucarne-opposee.fr/