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Uruguay – Apertura 2015 : Peñarol déraille

  • Écrit par Jérôme Lecigne

Six matchs nuls lors des 8 matchs du week-end. Les leaders déçoivent, surtout le Peñarol, qui a la veille de son 124éme anniversaire, s’est fait démembrer 4 à 0 par le River de Carrasco en pleine renaissance. Le Nacional s’est fait piéger à Florida par El Tanque, et Defensor perd deux points contre Villa Teresa, lors d’un match coincé entre deux confrontations avec Lanus en Sudamericana. Ils perdent Guillermo De Los Santos pour 6 mois sur blessure.

River Plate  4 – 0 Peñarol

Tout semblait sourire à Peñarol depuis quelques journées. L’effectif était stable, sans blessure, et les automatismes semblaient venir entre les joueurs. Les carboneros connaissaient la contre-performance du Nacional, la veille contre El Tanque, et pouvaient revenir à leur hauteur. Diego Forlán semblait revenir en forme. Le River avait perdu ses précédents matchs contre les équipes de tête (Nacional ou Fénix), et JR Carrasco s’était fait insulter comme jamais par ses propres supporters deux semaines auparavant. Et, malgré tout cela, le Peñarol a perdu. Pas seulement perdu sur un coup du sort, mais une défaite 4-0, première depuis 2006.

Le match commence pourtant de façon équilibré avec des actions de chaque côté. Ifrán a une belle occasion de la tête bien arrêté par le gardien du River, Perez. Alaniz a également une belle occasion avec une frappe qui passe de peu à côté du but de Peñarol. Mais le premier but vient, très vite, trop vite, sur un ballon anodin au milieu de terrain. A la 12ème minute de jeu sur une action à trois, El Morro Garcìa passe plein axe pour Gorriarran qui offre une magnifique passe, instantanée, pour Montelongo qui n’a plus qu’à prendre Gurruceaga de vitesse pour marquer dans le but vide. Action rapide, à une touche de jeu, dans le style défendu par l’entraîneur de River. La suite de la première mi-temps sera plutôt à l’avantage du Peñarol, avec notamment plusieurs coups de pieds arrêtés dangereux, et beaucoup de ballons aériens. Pirìz et Nandez n’arrivant pas à construire, ils « balancent » à Zalayeta et Ifrán qui n’ont pas le physique pour prendre ces ballons. Une domination donc, mais pas d’occasion franche. Ifrán a encore été transparent. Il sera d’ailleurs remplacé rapidement en début deuxiéme période, avec, comme d’habitude, les entrées de Palacios et Luque (remplaçant Pirìz). Mais le match reprend sur les mêmes bases, avec une domination stérile. Le milieu de Peñarol n’est donc plus composé que de Nandez et Aguiar, et ils commencent à prendre l’eau. Dès la 62ème minute, Nandez tenté une frappe inutile des 40 mètres, facilement contré et récupéré par River, en surnombre sur le contre. Après une première frappe d’Alaniz, le ballon est repoussé par Gurruceaga mais repris de volé par Michael Santos dans le but vide. Nandez est coupable sur sa frappe inutile, et Valdez étant très mal sorti sur la première passe, le deuxième but a été presque offert par Peñarol. A partir de là, les événements se sont enchainés sur les mêmes bases, avec les mêmes erreurs et les mêmes conséquences. A la 69ème, sur un très bon débordement de Santos, ce dernier trouve seul au six mètres Alaniz qui marque d’un petit plat du pied. Diogo est en retard au début, Valdez et Maceachen sont en manques de vitesse et se font battre beaucoup trop facilement dans l’axe. A la 76ème minute, Nandez tape le pied de Rodriguez dans la surface et l’arbitre siffle un penalty logique. 4-0 pour River, penalty transformé par Garcìa.

Le Peñarol a les mêmes défauts que le Nacional en ce début de saison. Une volonté de construire du jeu au milieu mais un manque de vitesse et de compensation derrière. Cela donne des matchs similaires. Face à des ailiers rapides ou des attaques à trois, les deux grands ont du mal et perdent des points. Côté Peñarol, la défense a été en retard, surtout les latéraux. Diogo a encore été intermittent, sorte d’Evra brésilien (sans le palmarès). Au milieu, Nandez a du mal a confirmé contre des bonnes équipes. Il est invincible contre les équipes compactes (Cerro ou Sud America), mais a beaucoup plus de mal lorsqu’il joue des équipes véloces comme Fénix ou River. Bizarrement, Pirìz a beaucoup manqué en deuxième période. Offensivement, Forlán a semblé trop statique, et il n’a donc pas pu mettre en difficulté la défense. Ifrán et Zalayeta ont eu peu de bons ballons, surtout qu’ils ne sont pas fait pour du jeu aérien. Côté River, ce n’est pas exactement un match typique de Carrasco car l’équipe a beaucoup joué en contre, débordant sur les côtés. Assez peu de Tiki Tiki (le style de jeu de Carrasco en passe courte), mais beaucoup plus de jeu direct vers l’avant. Au vu score, les supporters ne lui en tiendront pas rigueur. La ligne offensive Alaniz – Garcìa – Santos a été très bonne, Garcìa attirant sur lui la défense et les deux autres débordants sur les côtés. Santos a d’ailleurs de nouveau été appelé par el Maestro Tabárez pour les matchs éliminatoires de la Celeste. Le milieu a joué très justement, notamment Gorriaran et Montelongo. Le gardien Perez a fait les quelques bons arrêts qu’il devait faire. Très bon match d’ensemble de l’équipe.

Homme du match : Difficile de départager dans la triplette offensive. Alaniz a été particulièrement bon.

El Tanque Sisley 1 – 1 Nacional

Le football de « l’intérieur » de l’Uruguay n’est pas très bien servi. Il y a peu de club en première division (3 cette saison, Plaza à Colonia, El Tanque à Florida et Sud America à San Jose) et ils jouent rarement les premiers rôles. L’injustice est d’autant plus forte que ces clubs jouent en général les grands clubs au stade Centenario à Montevideo plutôt que dans leur propre stade. Sud America s’est ainsi fait corriger 4 à 1 à domicile par le Peñarol dans le stade du Centenario ou joue habituellement… Peñarol. Ils font cela pour des raisons financières et de sécurité, le Centenario étant plus rentable et plus simple à sécuriser. Mais voilà, il y a toujours des gens biens, des irréductibles, comme Freddy Varela, président d’El Tanque, qui luttent pour que le football se joue « à domicile », à l’ancienne. Et malgré l’appel des dollars, malgré la demande du diffuseur qui aurait préféré que le match se joue à Montevideo le soir (les stades de l’intérieur ne sont habilités qu’à jouer en journée), ce match a bien eu lieu à Florida, dans ce grand vide qu’est l’Uruguay de l’intérieur. Il est toujours difficile de dire à postériori l’impact qu’a eu cette décision sur le résultat, mais il n’est pas acquit qu’El Tanque aurait eu le même succès à Montevideo. Il y a toujours un avantage, ne serait-ce que statistique, à jouer vraiment à domicile. D’autant plus quand ce domicile est Florida, région dans laquelle le ratio vache/habitant doit être proche de 10 (il est de 3 pour l’Uruguay dans son ensemble).

Ce match s’annonçait pourtant difficile pour les Floridenses. Le Nacional est bien installé en tête du championnat, l’équipe est très compétitive, et n’a plus le poids de la double compétition depuis son élimination en Copa Sudamericana. L’équipe arrive donc presque au complet, sans Jorge Fucile blessé. Eguren est de nouveau titularisé au milieu, tout comme Sebastián Fernández en attaque côté gauche.  Et dès le début du match, le Nacional domine avec notamment un très bon Rodrigo Amaral, au milieu de terrain, qui remplace très bien Nacho Gonzalez quand celui-ci est blessé ou remplaçant. Et à la 13ème minute, Sebastián Fernández reprend du gauche un ballon à l’entrée de la surface, pleine lucarne, pour l’ouverture du score. Le jeu est très ouvert avec de nombreuses occasions de chaque côté et des milieux de terrain assez absents. A la fin de la première mi-temps, El Tanque a l’occasion de revenir sur une faute commise par Barbaro, une faute d’attaquant puisqu’il tacle un joueur allant dans le sens opposé au but. Mais le penalty est bien arrêté par Conde sur sa droite et le Nacional conserve son avantage à la mi-temps. Au retour des vestiaires, El Tanque continue de pousser et trouve la faille sur une reprise de Callorda d’un tir repoussé par le gardien du Nacional. Entre le tir de Galli et la reprise de Callorda, la défense bolso est de nouvelles en retard, deux mètres derrières les joueurs d’El Tanque. Sur la deuxième mi-temps, les occasions sont équilibrées. L’entrée d’Abreu a fait du bien au Nacional, même si ce dernier est toujours aussi égoïste dans la surface. El Tanque a aussi d’autres occasions, avec un Callorda, très rapide en attaque, qui a fait beaucoup de mal à la défense adverse. Le partage des points est donc logique.

Côté El Tanque Sisley, ce match confirme un très bon début de saison. Malgré des difficultés financières (l’équipe a failli ne pas redémarrer la saison par manque d’argent), l’équipe affiche un bon niveau et de bonnes volontés offensives. Callorda, Figueroa ou Galli ont bien mis en difficulté la défense du Nacional. Le gardien, Gelpi, a fait de très beaux arrêts en fin de deuxième période. Il a manqué à l’équipe Floridense un milieu de terrain mettant plus de pression pour pouvoir espérer gagner ce match. Pour le Nacional, Ivan Alonso a été bien pris par deux défenseurs adverses. Cela a permis à Fernández de se montrer sous son bon jour, tout comme Amaral. Je ne vais pas reparler de la défense, les commentaires sont les mêmes chaque semaine. Défense lente, en retard. Polenta n’a toujours pas suivi le régime que je lui conseillais en début de saison dans mon guide du championnat.

Homme du match : Maximiliano Callorda, pour sa vitesse et ses débordements

Defensor 1 – 1 Villa Teresa

Six changements. C’est ce qui fait la différence entre l’équipe qui a obtenu un très bon 0-0 en Sudamericana sur le terrain de Lanus, et l’équipe faiblarde qui a perdu deux points contre les promus de Villa Teresa. Les meilleurs joueurs de l’équipe, Lozano, Felipe Rodriguez, Andres Scotti ou Romario Acuña sont en effet préservé pour le match retour qui aura lieu ce jeudi. Le problème étant, pour les hommes de Tejera, que l’équipe B n’est pas du tout aussi bonne que l’équipe A.

Et cela se voit dès le début du match, ou Campaña, le gardien du Defensor, joue très mal un ballon en profondeur en le laissant passer entre ces jambes à l’entrée de la surface. Heureusement pour lui, la frappe de Martiñones est repoussée par Frata sur sa ligne. Mais les attaquants de Villa continue à bien jouer les contres dans le dos de la défense du Defensor. Même si ces derniers dominent, cette domination est stérile, en manque complet d’automatisme offensif, et cela permet aux deux attaquants adversaires, Perez et Martiñones, de se régaler en contre. Et à la 42ème, après d’autres offensives, Perez reçoit un bon ballon de son compère d’attaque dans le dos de la défense et n’a plus qu’à le piquer au-dessus d’un Campaña qui s’est trop rapidement couché. 1 à 0, mi-temps. Tejera décide alors de faire rentrer quelques titulaires, et Arambarry et Acuña font leurs apparitions sur le terrain. Cela a un effet immédiat car à la 52ème, le buteur de la première mi-temps, Perez, trompe son propre gardien sur un centre du latéral Zeballos. Le Defensor aurait pu continuer de l’avant pour prendre l’avantage, mais un fait de jeu va arrêter sa progression à la 65ème minute. Le jeune défenseur Guillermo De Los Santos, très bon depuis le début de la saison en complément d’Andrés Scotti en défense centrale, s’effondre sur un contacte anodin avec Gonzalez. Les soigneurs demandent immédiatement le changement, les croisés sont touchés. Le joueur ne reviendra pas avant le Clausura. Après ce choc, il n’y aura plus beaucoup d’autres occasions malgré une légère domination du Defensor. Le match terminera même sur un coup franc dangereux pour Villa Teresa bien arrêté par Campaña.

Côté Defensor, la grosse déception vient de Nico Oliveira, vieille idole du Defensor, capitaine durant ce match. Il ne joue plus beaucoup, mais a profité du turn-over pour être titulaire. En deuxième attaquant, il a tout manqué, malgré des occasions nettes. Le reste de l’équipe est apparu désarticulé, en manque de repaire. Bon point obtenu du côté de Villa Teresa même si l’équipe reste dernière au classement. Martiñones a fait un bon match.

Homme du match : Perez, pour ses deux buts.

Ailleurs

Juventud de Las Piedras  1 – 1 Plaza Colonia : Golazo de Matias Alonso sur coup franc insuffisant pour obtenir la victoire. Colonia continue son bon parcours, et peut envisager de se maintenir en première division.

Sud America 3 - 3 Rentistas : Match nul à San Jose entre ces deux équipes qui joue le maintien.

Cerro 1 – 0 Wanderers : les bohemios continuent de couler tandis que le Cerro continue son irrésistible remontée. But sur corner d’Urruti.

Racing 0 – 0 Danubio : les deux équipes ayant changés d’entraineur depuis le début de saison n’ont pas su se départager.

Fénix 1 – 1 Liverpool : même sans gagner, Fénix continue son bonhomme de chemin en étant 4ème. Liverpool marque également des points dans l’optique du maintien.

Pour le reste 

Le fait que le match du Nacional ait eu lieu à Florida durant l’après-midi a empêché la diffusion d’un quatrième match.

C’est décidé, Recoba ne pourra se présenter pour être président du Nacional. Il étudie la possibilité d’un ticket avec un autre candidat.

Le Peñarol a célébré ce week-end son 124ème anniversaire mais également une sorte de « partenariat » avec les Simpsons. Les noms des joueurs étaient exceptionnellement indiqué sur les maillots dans le style « simpsons ».Ce qui aurait pu être sympathique s’est révélé assez pathétique un soir de défaite 4-0. Le maillot « cheminot » était lui un hommage au début du club avant son 124ème anniversaire.

Ce week-end, la Segunda B amateur reprenait le chemin des terrains. C’est en fait la troisième division, amateur donc, composée uniquement de club de la capitale ou de ses environs. L’Albion Football Club, plus vieux club uruguayen, fondée comme le Peñarol par des anglais, est leader après sa victoire contre Salus.

Les buts

 

 

Résultats

Classement

# Équipe J V N D Pts BP BC +/-
1 Peñarol 15 9 4 2 31 28 17 11
2 Nacional 15 9 3 3 30 32 21 11
3 Cerro 15 9 1 5 28 25 19 6
4 Montevideo Wanderers 15 6 6 3 24 22 16 6
5 River Plate (Uru) 15 7 2 6 23 31 25 6
6 Fénix 15 6 5 4 23 17 12 5
7 Danubio 15 6 4 5 22 21 13 8
8 Defensor Sporting 15 6 3 6 21 25 25 0
9 El Tanque Sisley 15 5 4 6 19 17 17 0
10 Rentistas 15 5 3 7 18 18 19 -1
11 Sud América 15 4 6 5 18 17 22 -5
12 Liverpool 15 5 3 7 18 15 24 -9
13 Plaza Colonia 15 3 8 4 17 15 16 -1
14 Racing (Uru) 15 4 5 6 17 21 26 -5
15 Juventud 15 4 3 8 15 14 25 -11
16 Villa Teresa 15 1 2 12 5 9 30 -21

A propos de l'auteur
Jérôme Lecigne
Author: Jérôme Lecigne
Spécialiste du football uruguayen, Suisse de l'Amérique du Sud, Patrie des poètes Jules Supervielle, Juan Carlos Onetti et Alvaro Recoba

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