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U Chile – Colo Colo, l’autre Superclásico

  • Écrit par Nicolas Cougot

Vu d’Europe, un Boca – River ou un Peñarol – Nacional restent les matchs générant le plus de fantasmes. Ce samedi soir, le Chili va pourtant une nouvelle fois s’embraser pour son Superclásico, duel d’historiques entre Colo Colo et l’Universidad de Chile.

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Ce samedi, pour la 177e fois de l’histoire, Santiago va s’embraser pour son Superclásico, choc deux des clubs les plus titrés du pays. A l’Estadio Nacional, l’Universidad de Chile accueille Colo Colo. Si les deux équipes ne sont pas à la lutte directe pour le titre (voir notre dernier point), ce match n'est plus un simple duel entre deux des trois plus grands clubs du pays. Il est devenu l'un des points culminants d'une saison chilienne.

D’une université à l’autre

Trois clubs se partagent le haut du pavé au Chili : Colo Colo et ses 30 titres, l’Universidad de Chile avec 17 et l’Universidad Católica avec 10. Alors que le premier affrontement entre Albos (Colo Colo) et Azules (Universidad de Chile) date de 1935, le premier véritable Superclásico chilien concernait Colo Colo et la Católica. Il faudra attendre les années 50 pour finalement voir la rivalité entre Albos et Cruzados se diluer et laisser place à celle entre Albos et Azules. Le point culminant reste le match pour le titre e 1959, véritable point de départ du nouveau Superclásico.

A égalité de points en tête à l’issue du championnat, Colo Colo et U s’affrontent à l’Estadio Nacional pour une finale qui définira le futur champion. Face Misael Escuti, gardien de Colo Colo, se dresse le duo Leonel Sánchez – Carlos Campos. Devant plus de 50 000 spectateurs, la U s’impose (avec notamment un coup-franc de 40 mètres de Sánchez) et décroche le deuxième titre de son histoire. Le Ballet Azul vient de naître avec le Superclásico.

“Vamos a romper, vamos a romper, vamos a romper, el estadio de Pinochet”

Destins croisés et affaire Pinochet

Pendant 10 ans, l’Universidad de Chile domine le football local et passe tout près d’un titre continental. Fournissant l’essentiel de la sélection chilienne troisième de son mondial de 1962, la U devient le Ballet Azul, redoutable machine à marquer. Durant les années 60, l’Universidad de Chile remporte 6 titres nationaux, elle vit une période dorée avant de sombrer dans la pire période de son histoire. En 1973, Pinochet arrive au pouvoir, le Chili bascule dans la dictature. Pour la U, c’est le début de la fin. Les premières réformes obligent la section football à prendre son indépendance par rapport à l’université et plongent le club dans une crise économique sans précédent. Les meilleurs joueurs partent, la U ne s’en relèvera pas, coulant lentement mais doucement par manque d’appui financier dont disposent ses rivaux jusqu’à sombrer en seconde division au lendemain de la chute du dictateur. Pendant cette période noire dans l’histoire du Chuncho, Colo Colo retrouve le chemin du succès. Des trois titres dans les années 70 au triomphe de la fin des années 80 qui se concluent avec la Libertadores de 1991, la première dans l’histoire du football chilien, l’Albo assoit définitivement son statut de grand club chilien. Cette période trouble dans l’histoire du Chili alimente alors les rancoeurs. Pour les supporters de la U, Colo Colo devient le club de Pinochet.

Au milieu des années 80, alors que Colo Colo s’apprête à connaître ses plus grands succès, Patricio Vildósola propose au dictateur de devenir président d’honneur du club au motif que dans l’histoire, d’autres présidents ont occupé ce poste. Quatre ans plus tard, alors que l’Albo n’a eu de cesse de vendre ses meilleurs éléments pour construire sont Estadio Monumental, à quelques jours du référendum, Augusto Pinochet annonce qu’il débloquera 300 000 pesos pour achever la construction du stade. Si l’arrivée de l’argent promis fait encore débat (il semblerait que personne n’en ait vu la couleur). Qu’importe la véracité, le mythe est né. Partout dans le pays, Colo Colo devient le club de Pinochet, son stade financé par la dictature.

 

De plus en plus bouillant

Reste que sur le plan sportif, avec le retour au sommet de la U dans les années 90, le duel avec le rival historique prend une ampleur définitive. Depuis près de 20 ans, chaque saison, le choc Colo Colo – Universidad de Chile devient l’un des grands moments d’une saison. Les grands duels marquent l’histoire récente. De la naissance d’une idole nommée Marcelo Salas, auteur d’un hat-trick lors de l’édition 1994 (victoire 4-1 de la U) au 5-0 sous l’ère Sampaoli côté Universidad de Chile en passant la victoire 4-2 de l’Albo du duo Humberto Suazo –Alexis Sánchez, les 20 dernières années ne manquent pas de grands moments. Aujourd’hui, le bilan général reste encore largement en faveur de Colo Colo (98 victoires, 62 nuls et 62 défaites toutes compétitions confondues). Sur les 10 dernières saisons, l’Albo mène 15 victoires à 8 (5 nuls) et reste sur 3 victoires consécutives, la dernière en octobre dernier au Monumental.

De la pression populaire au luttes pour le titre, la tension envahit alors soit le Monumental, soit l’Estadio Nacional. Au point qu’aux exploits sportifs viennent s’ajouter les débordements sur et en dehors du terrain. De l’incroyable baston du match « amical » de 1999 déclenchée par le duo Ricardo Rojas - Marco Villaseca, au tirage de cheveux d’Herrera sur Valdivia en 2005 en passant par les insultes dans les médias entre joueurs ayant par exemple animé le début d’année 2015, le Superclásico est devenu un de ces moments de passion démesurée, ces points culminants d’une saison. Il est tout simplement devenu l’un des plus grands clásicos du continent.

A propos de l'auteur
Nicolas Cougot
Author: Nicolas CougotWebsite: http://lucarne-opposee.fr
Créateur et animateur de Lucarne Opposée. A la recherche de piges. Portfolio et contact : http://nicolas.lucarne-opposee.fr/

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