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Aux origines du Superclásico

  • Écrit par Nicolas Cougot

Si le week-end du premier mai est généralement un week-end de détente en France, toute l’Argentine du football s’arrêtera ce dimanche pour son rendez-vous annuel, le Superclásico. Bien des choses ont été et seront écrite à son sujet. Aussi LO vous invite à plonger dans le passé, aux origines du plus grand match du monde.

Tout a été dit et écrit sur le Superclásico (vous pouvez ainsi relire notre série écrite à l’occasion de l’édition 2010 - Jour de Superclásico ou venir tranquillement visiter les deux Musées), le plus grand rendez-vous du continent sud-américain. Alors que l’Argentine se prépare à l’embrasement d’une trilogie exceptionnelle, que les polémiques et autres déclarations chaudes d’avant choc se multiplient, nous vous invitons à prendre place dans la machine à remonter dans le temps et revenir aux origines de ce match, à une époque où Boca et River ne divisaient pas encore l’Argentine en deux camps irréconciliables.

Une simple querelle de quartier entre deux nouveaux arrivants

Fondés tous deux au début du XXème siècle (River en 1901, Boca en 1905), les deux clubs se rencontrent tout d’abord lors de matchs qui n’ont pas aujourd’hui de caractère officiel à partir de 1908. Il faut cependant attendre 1913 pour qu’enfin, le premier Superclásico officiel ait lieu. Des rencontres « amicales » des années précédentes a crû la rivalité entre Boca et River. Les Xeneizes viennent d’accéder à la Primera Division grâce à l’expansion de l’élite argentine (qui passe de 12 à 15) et étrennent cette saison-là pour la première fois le maillot bleu à bande horizontale jaune qui fait suite au maillot bleu à diagonale jaune porté depuis alors 5 ans. Côté River, l’époque des Millonarios n’est pas encore d’actualité, le club qui évolue alors dans le quartier de La Boca à la Dársena Sur, connait l’élite depuis seulement quatre saisons, monté en Primera Division en 1909 et a cédé sa bande rouge pour un maillot rayé verticalement rouge et blanc avec quelques bandes noires sous l’impulsion de nouveaux joueurs arrivés du Nacional de Floresta, club qui venait d’être désaffilié pour des raisons de terrain non conforme.

A l’époque alors, Boca et River ne sont en rien des géants du football argentin. Le début du XXème siècle est dominé par d’autres équipes, principalement aux origines anglaises comme Lomas, première véritable machine à gagner issue de la Lomas Academy fondée par W.W. Hayward, et Alumni, le premier à être considéré comme un géant, fondé par Alexander Watson Hutton, le père du football en Argentine (voir Quand les écossais ont donné naissance au football argentin). Les deux équipes se partagent les premiers titres, tout juste perturbés dans leur domination par le Belgrano Athletic Club ou par Quilmes. River – Boca est donc loin de dominer l’Argentine, la rivalité n’est qu’une « simple » guerre de quartier.

Arbitre en retard, légende au sifflet et bagarre finale

24 août 1913, la Dársena Sur ayant été rendue impraticable suite à la tempête du mois de mars, Boca n’ayant pas de stade attitré, la rencontre River – Boca se déroule alors à Avellaneda sur le terrain du Racing, l’un des candidats au titre. Invaincu en championnat, River joue le titre et « se déplace » donc pour affronter un Boca alors ancré dans la deuxième partie du tableau.

Initialement prévue à 14 h 30, la partie se voit retardée par l’absence de l’arbitre ! C’est Paddy Mc Carthy, professeur d’éducation physique irlandais qui avait initié les futurs fondateurs de Boca au football et qui fut l’un des grands artisans de de l’expansion du football en Argentine, qui officiera. Le match débute alors avec 40 minutes de retard et commence avec la domination de Boca mais c’est River qui va profiter de la maladresse de l’attaquant Xeneizes Marcos Mayer pour ouvrir le score sur corner sur une tête de Cándido García. River va tuer le suspense en début de seconde période sur une frappe d’Antonio Ameal Pereyra et profitera de la blessure de Juan Garibaldi à 20 minutes de la fin pour gérer son avance. Marcos Mayer réduira pourtant l’écart pour 10 Xeneizes cinq minutes plus tard avant que le match ne finisse dans la cohue. Sur une offensive des joueurs de River, les attaquants des visiteurs chargent Virtú Bidone, portier Xeneizes qui reste au sol. S’en suit une bagarre générale entre joueurs qui aura pour conséquence de voir River terminer également à dix, Ameal Pereyra, blessé au cours de la baston devant sortir. Ainsi se conclura le premier Boca – River de l’histoire, sur une victoire des visiteurs. Boca ne pourra pas prendre sa revanche lors de la saison 1913, le championnat argentin se divisant ensuite en deux groupes à mi-saison. Invaincu jusqu’au bout, River ne perdra qu’une seule rencontre, le match d’appui l’opposant au Racing qui ira donc en finale pour décrocher le premier de ses sept titres consécutifs d’alors. Boca terminera deuxième du groupe B, il faudra attendre 1919 pour voir l’un des deux futurs géants décrocher un titre, ce sera Boca qui mettra fin à la domination de La Academia. Un an plus tard, River lui succèdera au palmarès.

Le 25 août 1913, au lendemain du premier Boca – River en compétition officielle, le quotidien La Nación fait sa une sur le conflit des Balkans qui commence déjà à susciter bien des inquiétudes. Il faut attendre la page 13 pour que la rencontre de la veille soit évoquée. Plus de 100 ans plus tard, Boca – River est devenu un macrophage de l’information, paralyse tout un pays. Au point que ce dimanche, le Superclásico qui oppose les deux géants du continent sud-américain est regardé comme le plus grand match du monde.

A propos de l'auteur
Nicolas Cougot
Author: Nicolas CougotWebsite: http://lucarne-opposee.fr
Créateur et animateur de Lucarne Opposée. A la recherche de piges. Portfolio et contact : http://nicolas.lucarne-opposee.fr/

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