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Dernière mise à jour 21/10/2014 13:24

Lucarne sur…Seattle Sounders : seconde partie.

  • Écrit par Nicolas Cougot
  • Publié dans la catégorie Sounders

Deuxième et dernière partie de l’entretien avec les fans des Sounders. Nous évoquons aujourd’hui comment ils vivent leur passion et comment la MLS et le football est perçu au Etats-Unis avec l’apport des équipes nationales féminines et de l’organisation d’une Coupe du Monde.

 
Nous avons commencé par évoquer leur façon de vivre leur passion avant l’arrivée des Sounders, quels football suivaient-ils, comment.

MMClark : J’ai commencé à suivre les Sounders en 2008 pendant leur dernière saison en USL-1 (la 2e division américaine). Seattle avait déjà connu de gros évènements comme un DC United – Real Madrid en 2005, un Mexique – Chine en match amical en 2007 ou 2008, un Brésil – Canada en 2008 mais les Sounders en USL n’étaient pas vraiment populaires. Il y avait vraiment une réelle base de supporters qui a permis ce succès dès le départ mais ce n’est vraiment rien comparé à maintenant. Sinon, en dehors de la MLS, je suis l’équipe nationale américaine et je m’intéresse un peu aux ligues européennes, plus particulièrement la Premier League.

Dennyluan :
Il y a un grand nombre de connaisseurs de foot à Seattle (au moins plus qu’ailleurs dans le pays). Avec de nombreux amis, j’ai suivi le football mondial depuis des années mais la plupart des gens suivent surtout 3 championnats : la Premier League, la Liga et la Serie A alors que quelques autres suivent aussi la Bundesliga et la Ligue 1. Ah, et personne en Amérique ne suit la MLS.

seadoc :
Je n’ai pas vécu à Seattle pendant 9 ans et je ne peux affirmer suivre d’autres foots si ce n’est celui à Seattle. J’ai tout de même vécu la Coupe du Monde 2006, deux semaines avant mon mariage…

Sinon, le manque d’argent fait qu’il est difficile de suivre le foot (puisque généralement il ne passe à la télévision que comme les autres sports – à savoir si tu payes pour des packs pour les voir). Actuellement, je suis les Sounders par une souscription de 20$/an sur mls.net. Sinon, j’ai vécu ma passion en la pratiquant de 7 à 18 ans.

Nous nous sommes ensuite intéressés à la MLS, créée il y a 14 ans suite à la Coupe du Monde américaine de 1994. Dans un premier temps, j’ai cherché à savoir si les supporters pensait que celle-ci pouvait réellement perdurer en me basant sur l’exemple de la NASL, ligue majeure des années 70-80 qui accueilli les Beckenbauer et autre Pelé avant de s’effondrer après 20 ans d’existence.

MMClark : Non je n’ai aucune crainte de voir la MLS disparaître. Seattle a tellement de supporters et cela va tellement augmenter lorsque Portland et Vancouver viendront se joindre à la ligue en 2011.

thanatos80 : Suis inquiet de voir la MLS disparaître comme la NASL ? Non. Le modèle économique de la MLS est bien plus solide que celui de la NASL. Avec le « salary cap », le fait que les nouvelles franchises ont le contrôle des revenus de la couverture dans leur stade, et recevoir autant que l’original dans les stades ou ils contrôlent l’argent aidera à éviter la ligue de s’effondrer.

Dennyluan :
Le football aux Etats-Unis a ses hauts et ses bas. La consistance est une clé, même en MLS. Cela va demander de gros efforts avant que le football ait la consistance du basket, du baseball ou du foot américain.

seadoc : Je ne sais pas grand-chose du fonctionnement de la MLS, mais je fais de la psychologie. Le football dans le nord-ouest est vraiment prêt pour s’installer durablement, surtout avec l’arrivée de Vancouver et Portland en 2011. Je pense qu’en développant de nouvelles (ou d’anciennes dans ce cas présent) rivalités aidera la MLS à se maintenir. C’est l’une des choses sur laquelle reposent les autres sport US : Dodgers vs Giants, Cowboys vs. Redskins - etc.

Cette discussion sur la MLS nous entraîna vers un point intéressant concernant le mode de fonctionnement de la ligue.

TheVitaleMob : Je ne réponds pas vraiment à la question mais je voulais apporter quelques précisions sur le fonctionnement de la ligue.

Comme les autres l’ont dit, il n’y a pas de promotion/relégation en MLS. Donc, sauf si un club s’effondre tout seul, il reste dans la ligue. Après, le « salary cap » cause/contrôle la plupart des données économiques de la ligue et semble aider à conserver les clubs dans l’histoire en ne les laissant pas dépenser à outrance. Il y a une « parity » (NDLR : non traduit pour mieux comprendre la suite) entre les clubs. Je ne sais pas si ton niveau d’anglais permet de bien comprendre le terme « parity » donc j’explique : parity signifie égalité en terme de quantité, de statu ou de personnes. Il n’y a pas de superclubs comme le Milan AC, Man Utd ou Chelsea. Chaque équipe a droit à un « Designated player » dont le salaire peut être exclu du salary cap. Le lien suivant donne la liste des salaires de joueurs en MLS : mlsplayers.org

Ils sont seulement une poignée à être payé au-delà du million de dollars. Je n’ai pas le chiffre du salary cap en tête mais on doit être proche de 2.5M$.
Une autre grosse différence, c’est qu’en MLS, les joueurs appartiennent à la ligue et non aux clubs. Seattle a acquis Ljunberg parce que le club était en première ligne du fait d’être une nouvelle équipe. Comme la ligue possède les joueurs, cela permet à la ligue de négocier les droits pour l’acquisition et la vente de joueurs à l’international. La ligue acquiert le joueur et les distribue aux clubs. De même, si un club international veut acquérir un joueur de la MLS, il doit en négocier les termes avec l’office de la MLS et non le club.

thanathos80 : Une correction : le « designated player » et sous contrat et payé par le club pour lequel il joue et non la MLS. Seattle a pu acquérir Keller parce qu’ils étaient en tête pour l’allocation des joueurs mais ce n’était pas le cas pour Ljunberg. Tu as cependant raison quant à la MLS qui aide les négociations pour signer des grands noms comme designated players.

BlueEyedBuddhist :
Attendez, cela donne l’impression que c’est la ligue qui décide qui joue où. Ce n’est pas le cas.
Chaque club choisit ses joueurs, le trouve de la façon dont ils veulent. Chaque équipe décide aussi du salaire que recevra le joueur et comment garder le salaire total des joueurs sous le salary cap.

Cependant, pour des raisons légales, les joueurs sont signé par la ligue et on un contrat avec elle pour jouer dans un club spécifique. La principale raison pour cela (de ce que j’ai compris), c’est que si un club s’effondre, les joueurs ne sont pas laissés sans salaire.

Ainsi, les joueurs choisissent leurs joueurs, négocient les contrats, assurent de respecter que leur total des salaires reste sous le salary cap mais le joueur signe son contrat avec la ligue et l’argent va du club à la ligue puis de la ligue au joueur…mais vraiment, le fait est que l’équipe dessine son effectif et non la ligue.
Prenons l’exemple de Fredy Montero : il a été repéré par un scout, qui l’a suggéré à la MLS. Les Sounders en ont entendu parler et ont été l’un de ceux qui ont fait avancer les choses pour qu’il rejoigne la MLS et donc Seattle.

Alejandro Taraciuk, un ancien scout de la ligue interne en Argentine, a recommandé Montero à la MLS. Le manager général de Seattle, Adrian Hanauer et le directeur technique Chris Henderson se sont rendus en Amérique du Sud pour voir Montero jouer et le rencontrer lui, ses représentants. Ensuite, Taraciuk a travaillé pour que l’affaire se fasse.
Les parents de Montero qui l’ont éloigné des ennuis pendant son enfance ont aidé à ce qu’il rejoigne la MLS au lieu d’accepter des offres d’Argentine, d’Espagne et du Mexique. La fédération colombienne de football a ensuite accepté de prêter Montero à la MLS. Montero a considéré cette offre comme la plus concrète et sérieuse qu’il ait reçu.
Donc le prêt de Montero est techniquement un prêt à la MLS, mais ce sont les Sounders qui ont été le voir et on travaillé au montage financier pour le faire venir aux USA. S’il avait été libre, il aurait signé avec la MLS. Si un autre club le voulait, ils auraient pu mais auraient du enchérir contre Seattle mais dans tous les cas, le prêt aurait été fait à la MLS, le choix du club ayant ensuite différé en fonction de celui qui aurait été le plus offrant.

Donc la MLS sert d’agent pour l’ensemble des clubs et les joueurs s’engagent auprès de la MLS, mais de la part des clubs. Cela protège les joueurs plus qu’autre chose. Ils savent que si le club disparait, leur argent continuerait d’arriver de la ligue (qui prendrait le relai). Cela facilite aussi le contrôle du salary cap par la ligue (puisque tout l’argent transite par eux) et comme les contrats télé sont versés à la ligue, elle peut vraiment facilement contrôler les dépenses, plus que les clubs. Je n’en sais pas plus concernant les droits télé et le merchandising mais si c’est supérieur au total des salaires des clubs, cela rend les choses encore plus simples : les clubs déterminent leurs effectifs et les salaires mais, ne manipulent jamais l’argent, la ligue paie les joueurs et distribue l’argent restant aux clubs.

Cela sonne sans doute bizarre comme arrangement mais ça fait sens pour nous tant cela a permis de donner une crédibilité au football professionnel qu’il n’avait jamais eu auparavant ici.

Après cet éclairage sur l’organisation de la ligue américaine, nous somme revenus au football et pour conclure l’interview, j’ai souhaité aborder une idée souvent développée en France notamment. Il est assez consensuel en effet de considérer que le football aux Etats-Unis est avant tout un sport féminin et que la Coupe du Monde 94 a tout de même permis de populariser ce sport. Alors, idée reçue ou pas ?

MMClark : Je ne sais pas trop. Je sais une chose, c’est que l’Etat de Washington (le notre) possède le plus gros programme de jeunes aux USA. Il y a un fort pourcentage de pratiquants et que cela devrait augmenter avec la popularité croissante des Sounders.

thanatos80 : Au niveau professionnel, le football est le 5e sport en termes de spectateurs, derrière le foot US, le baseball, la basket et le hockey. Mais ca augmente. La Coupe du Monde 1994 n’a pas eu vraiment d’effet, autre que la création de la MLS. De même, la perception du football – sport de filles, c’est faux. La réalité est que le ratio est probablement de l’ordre de 55% hommes / 45 % femmes.

Dennyluan : Non, rien n’a changé. L’équipe nationale est toujours aussi nulle (voir le 3-0 qu’on a pris face au Brésil (NDLR : interview réalisée bien avant que l’équipe américaine n’atteigne la finale de la Coupe des Confédérations). On a de nombreux super joueurs en devenir comme Altidore, Adu, Bradley, Dempsey, Shea pour en nommer quelques uns. Donc on ne va nulle part mais la tête haute.

seadoc : D’après mon expérience, les universités ont plus de chance d’avoir une équipe de filles (ou mixte) que juste une équipe d’hommes. C’était vrai dans mon université et je pense que c’est lié à la loi IX qui impose l’égalité des chances pour les femmes et les hommes pour participer aux sports universitaires – comme il y a peu de sports universitaires non dédiés aux hommes, le foot est un bon endroit pour avoir une équipe féminine. En étant optimiste, ca fait sens. Je pense qu’en général, la plupart de ceux qui jouent au foot sont des jeunes and c’est important dans l’Etat de Washington (j’avais l’habitude de jouer dans des parcs ou se trouvaient 16 terrains de foot par exemple).

C’est comme pour la Coupe du Monde, je ne pense pas que ça ait changé grand-chose. Une chose qui joue contre les ISA c’est la grandeur du pays. En comparaison, la surface des USA est 9 629 091 km² alors que la France est à 632 760 km² - soit en gros, la taille du Texas. Les gens ont donc peu de chances d’aller aux matchs car les villes hôtes sont trop dispersées. Ce qui pénalise c’est la télé et comment elle ne peut pas se faire autant d’argent que pour les autres sports. Pour tous les sports US, il y a des pauses permettant de placer des tonnes de publicités alors qu’au football, cela est limité à la mi-temps, un logo dans le coin de l’écran et des pubs autour du terrain que tu ne regardes même pas si tu es dans ton match.

Après, il y a une vrai croyance profonde dans la culture américaine (parmi les fans absolus des autres sports) que les footeux sont des lâches (ou tout autre qualificatif) et que ce sport est ennuyeux, surtout parce qu’il n’y a pas autant de points que dans les autres sports et que les joueurs tombent au moindre effleurement (apparemment). En comparaison au foot américain ou des types de 150kg foncent sur des types de 100kg ou des types qui jouent avec des os cassés (regarde un all star game de base-ball d’il y a quelques années qui s’est terminé sur un résultat nul : les gens se sont presque mutinés et c’était un match sans intérêt).

Un autre point intéressant est ici : Alexa. Peut-être est tu familier avec alexa.com qui évalue les sites en fonction de leur trafic. Sur cette comparaison tu as le site de la MLS, en pleine saison, avec la NFL pour lequel c’est encore l’intersaison. Pourtant, il y a 7 fois plus de trafic. Pour le plaisir, essaie de changer la fenêtre de temps de 1 mois à maximum…
 
ecogeek : Je suis un supporter trop récent des Sounders pour répondre à la plupart des questions, mais je pense que tu soulèves un point intéressant. Beaucoup trouvent insultant le rapprochement entre le foot et les athlètes féminines mais pour être honnête, l’équipe nationale féminine a joué un grand rôle dans l’accroissement de la popularité de ce sport dans le pays.

Même si j’ai regardé quelques matchs de la Coupe du Monde 94, la première fois que j’ai vraiment suivi un tournoi ce fut lors de la Coupe du Monde féminine en 1999. Ma famille entière, qui n’avait jamais eu le moindre intérêt pour ce sport avant cela, a vu plusieurs matchs, incluant ceux qui ne concernaient pas l’équipe US. Au final, je crois qu’il y a eu 90 000 spectateurs pour la finale face à la Chine. Je ne suis pas gêné de dire que le joueur de foot le plus célèbre de la dernière décennie aux USA est Mia Hamm (en grande partie grâce ses deals avec Nike et Gatorade) et que le premier grand match de foot que j’ai été voir était une demi-finale de Coupe du Monde féminine en 2003. Je suis fier de la qualité de l’équipe féminine US. Je n’ai aucun doute que si/quand les hommes auront le même niveau, ils éclipseront l’impact qu’ont eu les filles, mais les filles ont tout de même joué un rôle significatif dans la popularité et la pratique du foot dans ce pays.

voellig : J’ajouterai qu’en tant que fille, le football a toujours été le plus attractif pour nous. Quand j’étais enfant, jouer au foot paraissait normal. On avait des modèles (comme Mia Hamm). Les équipes, tout au long du cursus (lycée et fac) sont vraiment compétitives. A la différence des autres sports US, j’ai grandi en connaissant les bases et les règles du foot parce qu’on nous les enseignait vraiment à part égale avec les hommes. Maintenant que je suis supportrice (j’ai arrêté de joué quand j’avais 13 ans et suis une athlète terrible), je trouve que les supporters US de foot sont plus accueillants que ceux des autres sports. De plus, il y a d’autres filles autour qui apprécient ce sport et le suivent vraiment. Elles en sont jamais vraiment comme les hommes mais ne se sentent jamais dans des positions inconfortables ni rejetées ce qui est super appréciable.

Drephe : La Coupe du Monde 94 a eu un effet majeur sur moi, mais j’ai l’impression que sur les autre non. J’avais 14 ans environ et c’était la première fois que je suivais du football. Je pense que ce fut pareil  sur ma génération qui n’a pas connu la NASL. Je n’avais jamais vu un seul match ni porté le moindre intérêt, même si j’y jouais depuis l’âge de 6 ans. Désormais, les enfants peuvent voir tellement de matchs de foot qu’ils apprennent le jeu et je pense que ça aide clairement ces jeunes.

seadoc : Je me souviens que quelqu’un a mentionné que la FIFA avait imposé aux US la présence d’une ligue nationale pour pouvoir héberger la Coupe du Monde (ce qui est une vraie découverte pour moi). Donc oui, cela nous a donné la MLS et donc eu un impact indirect, mais je pense que je répondais à une question quelque peu différente qui est : « est-ce que la Coupe du Monde a eu un impact direct sur l’attitude du pays envers le football ? ». A cette question, je répondrai non. Histoire de vous amuser : demandez à un non footeux si les américains ont déjà hébergé une Coupe du Monde de foot et si oui, quand.

C’est ainsi que se conclut cet entretien. En espérant que vous aurez pris du plaisir à le suivre et qu’il vous aura donné quelques clés pour mieux lire le championnat américain et la place du football dans le paysage sportif américain. Je souhaite remercier les membres du forum Weareecs.com pour leur gentillesse et leur participation à cet exercice. Bonne saison à vous tous !
 
A propos de l'auteur
Nicolas Cougot
Author: Nicolas CougotWebsite: http://lucarne-opposee.fr
Créateur et animateur de Lucarne Opposée. A la recherche de piges. Portfolio et contact : http://nicolas.lucarne-opposee.fr/

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