Argentine 78 : les larmes et le sang

videlaC’était il y a 35 ans. Alors que le capitaine Passarella accueillait ses anciens coéquipiers au Monumental la nuit dernière pour commémorer la première victoire albiceleste en Coupe du Monde, profitons de l’occasion pour se souvenir de cette Coupe du Monde où le football n’était qu’un simple instrument de propagande.

24 mars 1976. L’Albiceleste de Menotti s’impose 2-1 à Chorzow face à une Pologne troisième de la dernière Coupe du Monde. Même jour, au pays, la présidente Isabel Perón est chassée du pouvoir par le général Videla, leader de la junte militaire qui s’empare du pouvoir mais qui n’oublie pas de vite rétablir le courant pour permettre au peuple de suivre en direct la victoire de sa sélection en Pologne. C’est le début de la dictature militaire en Argentine.

asesinaLe football restant un vecteur universel à la propagande, l’une des premières mesures de Videla est de mettre le paquet sur l’organisation de la Coupe du Monde 78 (obtenue par le régime péroniste). Pourtant, si les voix s’élèvent dans certains pays d’Europe (notamment aux Pays-Bas), l’Argentine conservera sa Coupe du Monde. Le pays, devenu un camp de concentration géant, est visité par la FIFA. Mais João Havelange maintient la décision de la FIFA. Une thèse récente viendra suggérer que Videla a monnayé la Coupe du Monde par la libération de Paulo Antonio Paranagua, fils d’un diplomate brésilien arrêté par le régime.

Tout est prêt pour une fête donnée au régime des militaires. 1er juin, le Monumental festoie. Cérémonie d’ouverture où le soleil argentin se déroule sur un terrain placé à deux kilomètres de l’ESMA, l’Escuela superior de mecánica de la armada, l’un des principaux centre de rétention du régime où le Tigre Jorge Acosta organise tortures et autres vols de la mort. Deux kilomètres, si loin si proche. Distance suffisante pour que les cris de douleurs soient étouffés par des cris de joie. A quelques rares exceptions (Breitner et Cruyff ont choisi le boycott, Jorge Carrascosa, capitaine de l’albiceleste se retire un an plus tôt pour « question de conscience », Ronnie Hellstrom ira défiler avec les mères de la Plaza de Mayo), l’élite footballistique mondiale est présente.

« Nous étions une distraction pour des gens qui commettaient des atrocités » Osvaldo Ardiles

Le parcours argentin sera sinueux et riche de controverses. L’apogée : le match décisif face au Pérou. Le Brésil s’étant imposé 3-1, l’Argentine doit gagner par 4 buts d’écarts . Entre visite de Videla en personne dans le vestiaire péruviens avant le match évoquer des histoires de fraternité latine, entre comportements suspects sur la pelouse, le Pérou s’incline 0-6 et permet à l’Albiceleste d’aller jouer sa finale. Depuis, les doutes remplissent les pages des magazines, les mots corruptions étant constamment évoqués.

1978 World Cup Final. Buenos Aires, Argentina. 25th June, 1978. Argentina 3 v Holland 1 (aet).    Argentine captain Daniel Passarella holds the World Cup trophy amid chaotic scenes at the end of the match25 juin 1978, estadio Monumental. Les généraux sont aux premières loges, l’histoire s’écrit des pieds de Kempes. Le Matador, qui avait pleuré deux ans plus tôt en apprenant la chute du régime, sera l’homme de la finale. Il y aura ce poteau de Resenbrink de la 87e qui aurait pu tout changer. Mais non, Kempes guide l’Argentine vers son premier titre mondial. Videla jubile, il a gagné sa Coupe du Monde. A sa tête, Menotti le gauchiste doit se rappeler de son discours d’avant match : « Nous sommes le peuple, nous appartenons aux classes défavorisées, nous sommes les victimes et nous représentons la seule chose de légitime dans ce pays: le football. Nous ne jouons pas pour des tribunes remplies d’officiers, de militaires, mais nous jouons pour le peuple. Nous ne défendons pas la dictature mais la liberté ». A deux kilomètres de là, en ce 25 juin 1978, le Tigre Acosta surgit dans les salles de tortures en hurlant « Nous avons gagnés !»