Le football féminin vit une époque faste et personne n’en parle. Petit plaidoyer pour une génération de footballeuses qui méritent mieux que l’indifférence.

Pendant que la France du foot se contente de faire le buzz sur la moindre futilité d’une équipe nationale masculine aussi insipide qu’inintéressante, il est un football qui cartonne : le football féminin. Pourtant, alors que personne n’en parle, les résultats positifs des filles ne sont pas le fruit du hasard mais la suite d’un travail de longue haleine.

Longue histoire, gloire récente.

Lorsqu’il s’agit d’évoquer l’histoire du football en France, les filles sont systématiquement écartés. La plupart des grandes encyclopédies sur le football français se contentent au mieux de quelques lignes indiquant la naissance d’une équipe féminine dans les années 70 (voir les exemples cités dans l’excellent Histoire du football féminin au XXe siècle de Laurence Prudhomme-Poncet). Pourtant, le football féminin en France prend ses origines au début du XXe siècle, dans l’entre deux-guerre pour être plus précis. Le 30 septembre 1917, deux équipes de la société parisienne Fémina Sport s’affrontent et lancent le football féminin en France. Après avoir disputé plusieurs matchs mixtes, relayés alors par le quotidien L’Auto (ancêtre de l’Équipe), Fémina Sport entame alors une tournée française destinée à promouvoir le football au féminin. En 1918, la Fédération des sociétés féminines sportives de France est fondée et tente d’installer un championnat de football féminin. Initialement restreint aux équipes parisiennes, celui ci devient réellement national dans les années 20.

Malheureusement, le foot féminin, que la Fédération Française de Football, créée en 1919 ne voudra pas reconnaître, ne prend pas et la FSFSF décide de ne plus le soutenir en 1932. C’est la fin de premier championnat national. Seul Paris résiste et sous l’égide de la Ligue de Paris, organise son championnat. La province, subit de plein fouet la radiation du football féminin et voit son activité décroître. Vient la guerre et l’interdiction par Vichy de sa pratique de 1941. S’en suivent plus de 20 ans de tentatives de réintroduction de ce sport partout en Europe (citons l’Allemagne et surtout la République Tchèque dans les années 60).

Fin des années 60, les filles se révoltent et tentent de rallumer le feux du football féminin. Le renouveau intervient réellement en 1968 lorsque les rémoises du FCF Reims disputent un lever de rideau de Reims – Valenciennes avant de partir en tournée mondiale. En 1969, les françaises participent à un championnat d’Europe pirate (car non officiel) remporté par l’Italie. La graine semée, la fleur féminine s’ouvre sur la France du foot. Un an plus tard, la fédération française se doit de réagir et reconnaît enfin le football féminin, un championnat national va voir le jour. Le nombre de licenciée augmente en flèche (multiplié par 5 en 7 ans), le championnat de France ouvre ses portes en 1974. 1978, la France, représentée par le Stade de Reims, remporte la Coupe du Monde pirate (non reconnue par la FIFA) organisée à Taïwan. L’espoir de la reconnaissance est dans tous les esprits. Malheureusement, la fleur qui avait poussé durant les années 70 fanera dans les années 80 par manque d’entretien. Le football féminin français retombe dans un anonymat duquel il ressortira sous l’impulsion d’un sélectionneur champion du Monde, Aimé Jacquet.

A son arrivée à la DTN, Aimé Jacquet décide d’aider le football féminin et lui offre les structures de Clairefontaine. Les résultats sont rapidement positifs, la progression est entamée. Qualifications régulières à un Championnat d’Europe (devenu officiel en 1984) dès 1997, première Coupe du Monde (officielle depuis 1991) en 2003, la lente progressions des bleues se poursuit et sa constance fait du football féminin français l’un des meilleurs d’Europe à l’entrée de la deuxième décennie du XXIe siècle (quart de finalistes du dernier Euro, les bleues ont survolé les qualifications pour la Coupe du Monde 2011 et pointent désormais en 7e position au classement mondial des nations (3e nation européenne), les U20 sont doubles championnes d’Europe (2003 et 2009), quatrième de la Coupe du Monde 2008 (suivie sur L-O) en club, l’Olympique Lyonnais surclasse la France et figure systématiquement dans le dernier carré européen depuis quatre saisons). C’est donc une histoire d’un siècle de lutte qui permet au football féminin français d’enfin entrevoir la gloire.

Tous coupables !

Et pourtant, « s’il y a des femmes qui veulent jouer au football ou boxer, libre à elles, pourvu que cela se passe sans spectateurs, car les spectateurs qui se groupent autour de telles compétitions n’y viennent point pour voir du sport ». Cette citation d’une icône du sport national français, le baron Pierre de Coubertin semble encore d’actualité. Quoi qu’elles fassent, les filles semblent condamnées à n’exister dans les médias que lorsqu’elles s’exhibent (voir la désespérante campagne médiatique tentée par Sarah Bouhaddi, Gaétane Thiney et Corine Franco – ne comptez pas sur moi pour vous donner quelconque lien).

Pire, la fédération, plutôt que de surfer sur les résultats de son équipe nationale, joue le jeu des clichés en nommant Adriana Karembeu comme ambassadrice du football féminin et lançant un site officiel et une campagne d’affichage aux frontière de l’érotique-chic – où l’on en vient à se demander si ce n’est pas un nouveau film lesbien (je partage ainsi les avis d’Anaïs ou d’Eric). Pas étonnant dans ces conditions que les mentalités n’évoluent pas. Combien de fois entendons-nous les mêmes commentaires gras sur le foot féminin (donnant raison à Pierre de Coubertin) ? A l’exception des sites spécialisés, quels sites relaient systématiquement et dont leur une sur les résultats féminins ? Les matchs de l’Equipe de France se retrouvent relégués sur une obscure chaine de la TNT, les médias à disposition pour relayer l’info des clubs se comptent comme peau de chagrin. Si les grands médias et les instances jouent la carte de l’incompétence, c’est au bloggueurs de faire le travail. Pourtant, si les exemples ne manquent pas (des joueuses comme la brésilienne Marta ou la pépite japonaise Iwabuchi sont absolument géniales à suivre), peu jouent le jeu (encore moins de manière régulière).

Je conclurai sur une expérience personnelle : ma fille de 5 ans a voulu jouer au foot. Seule fille parmi un quarantaine d’enfants, elle s’est rapidement trouvée isolée (j’ai même entendu des garçons de son âge (!) dire qu’une fille ça ne joue pas au foot), s’ennuyant sur le terrain. Depuis, elle a arrêté et je la comprends.

Dans trois mois, la Coupe du Monde féminine débutera. Si vous pourrez la suivre ici (avec un joli dossier en perspective), trois mois, c’est le temps qu’il reste pour changer les mentalités et prouver que le foot féminin est nettement plus intéressant qu’un buzz sur la relation entre Shakira et Piqué….