Et si la WPS s’éteignait ?

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Alors que l’équipe nationale avait réussi à attirer en masse dans les stades après sa performance lors de la dernière Coupe du Monde (il est impossible de mesurer le buzz de la bande à Hope Solo suite à cette compétition), son championnat chancèle de nouveau avec l’inéluctable chute d’un sixième club en 3 saisons.

Petit retour en 2011. Demi-finale de Coupe du Monde, l’équipe de France féminine se retrouve au pied d’un obstacle décrit comme infranchissable : les USA. Pour les spécialistes de nos médias, les américaines peuvent compter sur une culture foot féminin supérieure et largement mieux représentée à l’échelon professionnelle que nos petites bleues (je vous laisse relire ce que j’écrivais à l’époque). Un an plus tard, cet échelon apparaît de plus en plus fragile.

Comme la WUSA, la WPS ne parvient toujours pas à attirer les sponsors ni les télévisions, symbole que même au pays de la meilleure équipe au monde (les USA restent numéro 1 mondiales), football et féminin ont du mal à coller au professionnalisme. Il y aura pourtant eu un regain d’intérêt après le parcours de la sélection nationale en Allemagne. Si Hope Solo et ses camarades ont fait le buzz dans les mois qui ont suivis, permettant à la WPS de battre son record de spectateurs pour sa finale 2011, à l’image de ce qu’il se passe sur le net, les filles US ont tout simplement disparue de la circulation. Pour trouver quelques traces, il fallait se tourner du côté des faits divers.

Les magicJack : la honte de la WPS

Abby Wambach, Hope Solo, Megan Rapinoe, Christie Rampone, Shannon Boxx : autant de noms que vous avez croisés pendant la Coupe du Monde allemande. Toutes étaient membre d’une équipe : les magicJack. Né sur les cendres des Washington Freedom suite à la prise de pouvoir de Dan Borislow, le club devenu floridien aura été celui d’un véritable calvaire pour ses stars de la sélection. Jamais défendu par son propriétaire (le club était par exemple le seul de la WPS à ne pas avoir de site web au début de la saison ! Il faudra l’irritation d’un fan pour que celui-ci voit le jour), jouant dans un stade ne pouvant accueillir que 1500 spectateurs. Mais ce n’est que la partie visible de l’iceberg. Car le magicJack de Borislow brillera surtout dans les journaux. La chronologie de la saison est effarante.

Le message de lancement du site "officiel" des magicjack par un fan

Quelques exemples :

Avant saison : l’équipe ne dispute aucune rencontre en public.

23 avril : premier match à domicile, victoire devant 1200 spectateurs. Trois jours plus tard, la WPS informe Borislow que son équipe a enfreint plusieurs règles (disposition des panneaux des sponsors, aucune vidéo du match uploadée sur le site official de la ligue, pas d’ambulance, terrain ne respectant pas les dimensions requises, absence de tribune de presse, etc….).

1er mai : second match. La WPS pénalise de nouveau Borislow. Une semaine plus tard, 3e match à domicile devant 952 spectateurs. La WPS n’en peut plus et retire un point à la franchise. Mi-mai, Borislow est suspendu de son rôle de coach pour 2 matchs. Un mois plus tard, la WPS souhaite se débarrasser de Borislow en lui retirant la franchise. Début de la bataille juridique entre le propriétaire et la ligue. Celle-ci prendre fin le 24 août, une semaine après l’élimination en play-offs par Philadelphie, lorsque Borislow abandonne son « combat ».

Entre-temps, le 20 juillet, le magicJack attire 15400 spectateurs lors du choc l’opposant à Western New York, match se disputant au retour de la Coupe du Monde. L’effet dure un mois.

Le 17 août, le magicJack bat Boston en play-offs dans son stade du Florida Atlantic University. C’est la première fois de la saison que la télévision diffuse une rencontre depuis cette enceinte. C’est l’avant dernier match de la saison 2011 du magicJack !

La veille, le Washington Post publie un article édifiant sur les menaces reçues par les joueuses et le staff tout au long de la saison, citant une condamnation de la ligue à l’encontre de Borislow pour « avoir créé un environnement hostile, oppressant et basé sur l’intimidation », reprenant des e-mails envoyés aux joueuses avant et après les rencontres. Un exemple : Après une défaite à New York en mai, les joueuses reçoivent : “Je peux vous dire qu’il n’y a que 2 manière de mieux jouer : jouer avec les meilleures et vous comporter comme elles sur et en dehors du terrain. Si vous ne faites pas cela, vous êtes mortes et vous irez finir dans des ligue mineures d’ici peu, boire des bière et aller pêter dans des bars après le match en racontant comment vous étiez fortes quand vous aviez 26 ans ». Tout un poème (la suite ici). Pendant la Coupe du Monde, Briana Scurry commente les performances de l’équipe nationale sur ESPN. Après avoir été critique envers Hope Solo, elle sera virée de son poste de manager général du club, ce dernier terminant la saison sans aucun responsable général.

La saison terminée, il faut en finir avec le magicJack. La sanction tombe le 25 octobre avec la fin officielle annoncée par la Ligue elle-même. La bataille se poursuit et la ligue se retrouve menacée.

Comment le magicJack pourrait achever la WPS.

Car la fédération américaine vient s’en mêler.

Il faut dire qu’après la perte de ses deux premières championnes dans l’année qui aura suivi leur titre, la fin de Saint Louis en 2010, le départ de Chicago en seconde division en 2010, c’est au tour des magicJack de disparaître, devant la sixième équipe de WPS à disparaître en 3 années d’existence. Conséquence, elles ne sont plus que 5 à l’orée de la saison 2012. Incapable de surfer sur le fabuleux parcours de sa sélection nationale, la WPS semble chercher à pousser un dernier souffle mais peu semblent y croire, à l’image de sa meilleure joueuse, la brésilienne Marta, qui drague continuellement vers l’Europe à la recherche d’un nouveau club.

La fédération, qui dans un premier temps avait fait pression sur la ligue pour trouver une sixième équipe si elle voulait encore exister en tant que première division nationale, a depuis laissé une saison à la WPS pour y parvenir. Conséquence, elles seront 5 à lutter pour un titre national cette saison, là où la seconde division compte 90 équipes (27 en W-league, 63 en Women’s Premier Soccer League). Cinq comme les doigts d’une main, cinq à encore vouloir croire en cette année. Car 2012 sera l’année des JO. A l’heure où l’Europe se réveille petit à petit, où l’Asie s’affirme comme une place forte du football féminin, les USA suivent le chemin des grands sud-américains et prient pour ne pas chuter.

Loin des clichés que les médias ne manqueront pas de reprendre sur le football féminin américain, les JO de Londres revêtent une importance capitale. Ils apparaissent comme étant la dernière chance pour la WPS d’attirer les sponsors si la sélection nationale parvenait à briller. Sa survie en dépend.

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