Le néo-stalinisme

Temps de lecture estimé : 4 minutes


Il suffit d’un grand leader moustachu pour que tout bascule. Après les derniers faits du week-end, la LFP montre une fois de plus que toute tentative d’opposition au pouvoir central est vouée à l’échec et sévèrement réprimée. Ou comment le mode de gouvernance des plus grands dictateurs peut s’appliquer au football.

Centralisme et propagande.

La LFP contrôle le football professionnel français. Elle dicte ses lois de jeu aux arbitres rappelant régulièrement ses consignes (voir par exemple ici), modifie l’organisation de ses compétitions dans le but de protéger ses « meilleurs » représentants (voir la décriée Coupe de la Ligue avec ses exemptions de premier tour aux qualifiés en Ligue des Champions) et surtout, gère l’image de son spectacle.

Refermé sur lui-même, le système soviétique de Staline dictait ses règles et reposait sur un contrôle des foules par l’utilisation d’une propagande de masse omniprésente et permanente. Le système professionnel français en fait de même. De par son mode de gestion, il s’isole des autres pays européens et met en place un système de propagande efficace avec pour diffuseur officiel une chaine à péage qui se sera battu corps et âme pour avoir droit d’image.

Le pouvoir central contrôle tout, dirigé par son leader moustachu VRP d’une organisation présentée comme efficace et parfaite : Frédéric Thiriez. Mêlant son image à celle de la Ligue qu’il dirige, le « Grand Guide des Peuples » n’a de cesse de vanter les mérites de son organisation qui repose non pas sur la diversité des collectifs mais plutôt sur le mérite des stakhanovistes. La chaîne d’Etat met en exergue la performance individuelle au détriment des valeurs collectives de solidarité et générosité. Les héros modernes servent de porte-drapeau d’une organisation tentant d’afficher ses meilleurs représentants lors de grandes cérémonies désormais organisées en pays francophones afin d’y convertir les masses.

L’étape suivante : la Pravda. Autorisée par les gouvernants nationaux, la LFP se dotera dès l’été prochain de son organe de presse officiel : Cfoot. Vitrine du sport professionnel, il est à parier que cette chaine payante n’aura de cesse que d’idéaliser le portrait d’une organisation parfaite et sans opposition. A terme, on peut même imaginer voir Cfoot piller le diffuseur actuel dont les critiques incessantes semblent désormais irriter le Politburo.

Les grandes purges

C’est l’autre versant du régime stalinien : réprimer l’opposition. Le stalinisme, comme tout pouvoir totalitaire reposait sur l’élimination systématique de tout opposant au régime. La LFP emboite le pas.

Premiers visés, les mouvements ultras, sorte de regroupement d’opposants non contrôlés présents dans les stades. Pour les éliminer, il faut les isoler, les décrédibiliser, mener une campagne à charge. En actionnant le levier de la violence pour stigmatiser ces « groupuscules d’extrémistes », en jouant sur les peurs collectives, on ancre dans les mémoires collectives l’idée de les sortir des stades. Paris dissous ses associations, les autres sont criminalisées. Tout déplacement d’ultras et strictement encadré par des hordes de CRS aussi nombreux que lors d’un déplacement présidentiel. La répression est en marche. En parquant les supporters dans des cages, on finira bien par les décourager. Et si cela ne suffit pas, il faudra alors recourir à des systèmes plus drastiques comme ceux mis en place par le PSG pour épurer ses tribunes cette saison (voir ici). L’objectif est double : il s’agit d’une part d’éradiquer toute opposition dans les stades, d’autre part de nettoyer les stades afin d’offrir les vitrines du système à une population choisie et approuvée par le pouvoir central.

Seconds visés, ce week-end, les arbitres, porteurs des valeurs du Pouvoir Central, souhaitaient faire entendre leur voix face aux critiques incessantes dont ils font l’objet par la chaine d’Etat mais aussi les stakhanovistes du terrain : le Pouvoir Central aura eu raison de leur révolte. Pour cela, il aura eu recours à l’autre valeur d’un régime totalitaire : tu t’opposes, je t’exclus. Out les arbitres professionnels qui demandaient du respect en retardant les matchs de 15 minutes. A leurs places, des arbitres amateurs récompensés de leur mérite par la possibilité d’arbitrer un match vitrine. Le tout, bien sûr, approuvé par les spécialistes de la chaine d’Etat (voir notamment l’avis du plus grand tueur d’arbitre de la chaine ) mais surtout par les acteurs et membres du Politburo

Propagande au service du pouvoir central, asservissement des foules, élimination des opposants, culte de la personne : la LFP de Thiriez semble reposer sur les fondements des grands régimes totalitaires. SI le parallèle est forcément quelque peu exagéré, j’en conviens, il reste tout de même assez étonnamment réalisable. Le fait qu’il peut s’appliquer au football prôné par le G14 en Europe fait froid dans le dos.

11482 Total 1 Vues aujourd\\\\\\\'hui