L’histoire d’un joueur : Awer Mabil

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Après « L’histoire d’un nom » (qui reviendra bientôt), nouveau rendez-vous du dimanche sur le blog avec sa déclinaison plus individuelle, l’histoire d’un joueur. Pour notre premier numéro, je vous propose de découvrir l’incroyable destin d’un gamin : Awer Mabil.

Kakuma, nord-ouest du Kenya, 15 septembre 1995. Au milieu de nulle part (sa signification supposée en Swahili), Awer Mabil vient au monde. Rien d’extraordinaire en apparence. Sauf que Kakuma n’est pas vraiment nulle part. 12 ans plus tôt, la deuxième guerre civile soudanaise a éclaté. Elle durera plus de 20 ans, devenant le conflit le plus long et l’un des plus meurtriers du XXème siècle. 2 millions de morts, plus de 4 millions de déplacés. Papa soldat, Agot, sa mère se réfugie au Kenya dans cet énorme camp de Kakuma où près de 140 000 personnes vont tenter de survivre au milieu des tempêtes de sable, de la malnutrition, des maladies (malaria, paludisme). C’est au milieu de cet enfer qu’Awer Mabil va faire ses premiers pas. Avec toujours l’espoir d’en sortir.

Le camp de Kakuma, premier décor du jeune Awer Mabil
Le camp de Kakuma, premier décor du jeune Awer Mabil

Ses premiers rayons de soleil sont rouges. Du rouge de Manchester United. « Il fallait marcher une heure ou deux » pour espérer voir sa lumière, un certain Cristiano Ronaldo. C’est l’époque de la lutte Manchester United – Arsenal, l’époque où un portugais de 18 ans illumine la Premier League. La révélation du jeune Mabil qui n’a plus qu’un rêve « devenir comme lui ». Impensable pour un gamin d’un camp de réfugié.

Sauf que l’espoir d’une sortie existe. La famille Mabil a un oncle qui vit en Australie. Ne reste qu’à entreprendre les démarches et savoir être patient. Il faudra une dizaine d’années. Nous sommes en 2006, Awer Mabil, 11 ans, débarque à Adelaïde avec sa maman, son frère et sa petite soeur. La fin d’un enfer, le début de la lumière. Sa deuxième révélation : la Coupe du Monde 2006, celle du fabuleux parcours d’une bande de Socceroos huitième de finalistes tombés de justesse devant le futur champion du monde (l’horrible plongeon de Grosso). C’est décidé, Awer sera footballeur.

Deux ans plus tard, il se trouve enfin un club dont il devient la star. Le gamin de 13 ans claque 16 buts en 5 matchs. L’année suivant, surclassé avec les u16, il envoie 31 buts. Cela ne lui suffit plus. Mabil n’a plus qu’un rêve : devenir un grand joueur. Il passe avec succès un essai avec les u15 de Playford City et est alors repéré par Tony Vidmar, alors en charge du « Football Federation South Australian National Training Centre », un programme ayant pour objectif de découvrir, de former et de scolariser des ados de 15-17 ans afin qu’ils intègrent un jour les sélections nationales u17 et u20 (une sorte de Clairefontaine à l’australienne en quelque sorte). Mabil y a fait un essai, marque le seul but de match et deux semaines plus tard, le gamin né dans un camp se retrouve avec une bourse et une scolarité assurée !

Devenu champion d’Australie avec son équipe, il est repéré par les scouts d’Adelaïde United. Le temps s’accélère encore. Après avoir terminé sa formation dans son club, il survole la saison chez les jeunes Reds terminant sa première saison au club avec le trophée de meilleur jeune du pays. Sa vitesse, ses dribbles, sa technique et sa grande capacité à survoler les un contre un le font encore gravir les échelons.

Janvier 2013, il signe son premier contrat professionnel. Le gamin venu de nulle part décroche un contrat à 40 000 $. Le 11 janvier, sa première apparition avec les pros. Puis ses premières touches avec la sélection nationale des u20 avant, avec l’arrivée de Josep Gombau, ancien de la maison Barça, de devenir l’un des hommes clés de l’attaque des Reds. Mars 2014, pour sa première véritable saison avec les pros, il est apparu lors de 16 des 20 matchs des Reds et vient de prolonger son contrat jusqu’en 2017. A son compteur, deux buts, tous deux face aux Phoenix de Wellington, comme un symbole.

Awer Mabil n’a désormais qu’un rêve : devenir joueur de Manchester United (l’an passé il affirmait que c’était un objectif à 5 ans). Passer du Reds au Red Devil, d’un United à un autre, devenir l’héritier sportif d’un autre Dinka, Manute Bol, autre réfugié ayant émigré aux Etats-Unis dans les années 70 pour devenir joueur NBA. Impensable ?

N’allez pas dire ça au gamin venu de nulle part.

  4 comments for “L’histoire d’un joueur : Awer Mabil

  1. Ben
    2 mars 2014 at 15 h 12 min

    De la bonne lecture pour une belle histoire. Merci pour la découverte

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