Mauvais paris.
Il y a quelques semaines, le décès de Yoon Ki-Won avait défrayé la chronique. Depuis, l’affaire éclabousse le football coréen et prend une ampleur sans commune mesure. Ou comment un scandale de matchs truqués vire au mauvais film.
Vendredi 6 mai 2011 : le corps sans vie de Yoon Ki-Won est retrouvé dans sa voiture avec sur le siège passager, une enveloppe contenant une importante somme d’argent (voir ici). Si la thèse du suicide est rapidement retenue, reste à en découvrir le motif. Et naturellement la police se tournera du côté des paris sportifs.
Modus operandi.
L’approche reste la même : il suffit d’approcher un joueur (par un contact officiel, un agent ou un ami) et de lui proposer un forte somme d’argent pour truquer un match (voire de le menacer). Dans un pays où les gros salaires se comptent sur les doigts d’une main, les oreilles se tendent rapidement. Dernier exemple en date : trois joueurs de Daejeon ont été arrêtés et bannis à vie fin mai pour avoir, avec l’aide de parieurs, organisé la défaite de leur équipe face à Pohang (0-3) afin de toucher le bénéfice de leur pari. Comme un effet domino, les exemples s’accumulent désormais. Ils sont dix à avoir été bannis à vie (8 à Daejeon !). L’affaire ne ferait que commencer. La clé du succès pour le parieur ? Le fait que la plupart des joueurs sont souvent peu payés ou payés en retard, principal fléau du pays.
Paris truqués et suicides en série.
Il faut le dire, le contexte reste particulier. L’industrie du pari sportif asiatique est sans commune mesure avec celle que nous connaissons en France. Comble de l’ironie, la K-league est principalement financée par Sports Toto….seule entreprise de paris à disposer d’une licence officielle et via laquelle les joueurs condamnés ont placé leurs paris frauduleux. Ainsi, les principaux clubs touchés par les affaires de matchs truqués se sont vus dans l’obligation de payer une amende à cette entreprise. Depuis, la Fédération a annoncé la fermeture de Sports Toto pendant la durée de l’opération nettoyage.
Attention cependant à n’y voir qu’une « spécificité » locale : lors de l’intersaison 2009-2010, le Chine avait connu l’un des pires scandales de matchs truqués de son histoire avec pour conséquence une vaste opération de nettoyage entraînant un bouleversement du championnat (voir ici). Singapour, Thaïlande, Hong-Kong, Vietnam ou encore Malaisie ont connu leur scandale des matchs truqués. Peter Velappan, ancien secrétaire général de l’AFC avait récemment déclaré qu’ «aucune ligue asiatique était libre de toute corruption. Celle-ci est présente à tous les niveaux». Propos intéressant lorsqu’on se souvient que Mohamed Bin Hammam, actuel président de l’AFC est suspendu pour des affaires de corruptions.
Ainsi, après ses voisins asiatiques, c’est désormais au tour de la K-league et les répercussions sont plus tragiques. Tragiques sur le terrain avec plusieurs clubs touchés, certains étant même désormais menacés de cessation d’activité (plusieurs rumeurs font état de la volonté du maire de Daejeon de se « débarrasser » du club au plus vite après la suspension de huit de ses joueurs). Le tout dans un climat de désertion progressive des stades et ce, malgré la domination sans partage des clubs sud-coréen sur l’Asie du foot. Mais plus que sportive, la tragédie reste humaine. Après le décès de Yoon Ki-Won, Jung Jongkwan a été retrouvé pendu dans sa chambre d’hôtel avec une lettre indiquant son implication dans plusieurs paris truqués. Il y a cinq ans, ils gagnait la Ligue des Champions asiatique avec Jeonbuk. Deux morts, des carrières brisées, il se pourrait pourtant que ce ne soit qu’un commencement.
A l’échelle mondiale ?
Il serait ainsi aisé de penser que seule l’Asie est sujette à ces dérives : l’Italie ou encore l’Allemagne sont autant d’exemples récents visant à montrer que même l’Europe n’est pas épargnée. Plus récents encore, les scandales grecs et israéliens. Désormais même le simple match amical semble concerné. A l’heure où dans les médias analyse sportive rime avec jeux d’argent, il n’est pas étonnant de voir ce type de scandales prendre le contrôle du notre sport. Reste à espérer que le « modèle » asiatique ne se répande pas dans son ensemble. Pourtant, le récent exemple finlandais impliquant des parieurs venus de Singapour semble laisser craindre que le pire reste à craindre.
| Imprimer l'article | Cette entrée a été posté par Nicolas le 24 juin 2011 à 15 h 38 min, et placée dans edito. Vous pouvez suivre les réponses à cette entrée via RSS 2.0. Vous pouvez laisser une réponse, ou bien un trackback depuis votre site. |













