Pourquoi le foot français est-il en danger ?

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On entend tout et son contraire ces derniers jours avec les arrivées massives du PSG. Entre les salaires qui choquent et intérêt sportif menacé, il ne faut pas oublier que si « le football français est en danger », le grand responsable n’est pas le PSG.

Il aura fait écrire le grand Zlatan en signant au PSG ! Entre ceux qui jouent les vierges effarouchées devant un tel salaire (promis je vais vous épargner les liens vers les articles populos à souhait) et ceux qui pense que l’intérêt sportif du championnat va en prendre un coup (mais ça, on le savait déjà), on est largement servi. Et pourtant, si le football français n’en finit plus de reculer dans la hiérarchie européenne, il ne le doit pas à des clubs comme le PSG mais surtout aux agissements de la Ligue professionnelle et de la Fédération qui se sont concentrés à mener 3 offensives dont les dégâts seront bien supérieurs à une domination annoncée d’un club de L1 sur le championnat.

Football amateur sacrifié.

La base. Tout footballeur pro sort du monde amateur parait-il. Sauf qu’en transformant le football français en industrie de spectacle, ligue et fédé ont oublié tout un pan du football national sur le côté de la route. Comme le résumait cet excellent article publié sur Rue89 faisant un état des lieux du monde amateur, entre baisse des subventions et autre racket orchestré par la fédération, les petits clubs de villages sont contraints à de dernières tentatives de fusion (souvent vaines) avant de mourir en silence. Selon Eric Thomas, président fondateur de l’Association française du football amateur, ces derniers mois, ce sont 2870 clubs amateurs qui ont cessé leur activité ! Là où le football amateur réunit 16 000 clubs qui jouent près d’un million de matchs par saison, la fédération reste aux ordres de la toute puissante Ligue professionnelle et ses 760 matchs. Car ne nous y trompons pas, le maître du jeu reste le foot pro, seul à décider comment les cartes seront distribuées. La réforme du 2 avril 2011 lui avait par ailleurs tout donné. A 79%, la fédération avait adopté ses nouveaux statuts qui offraient notamment 37% des représentants de la FFF au monde pro (60% de ces membres issus de la L1, 40% de la L2), soit une minorité de blocage. Le constat est simple : 1 voix pro = 1000 amateurs. C’est ce monde pro qui a largement permis l’arrivée de Noël Le Graët à la tête de la fédé (90% des pros ont voté pour lui, lui apportant 34% de son total). L’OPA sur le foot est réussie , en conséquence, le football de village peut mourir en silence, à terme, le gamin qui veut jouer au foot devra migrer vers la ville voisine, celle du club pro (s’il y en a un).

Supporters expulsés.

Après la base, le soutien. Suivant le modèle anglais, élevé au rang d’exemple à suivre, la Ligue version Thiriez, surfe sur la vague 98 qui vise à transformer le football en spectacle. L’objectif est donc de nettoyer la salle ou, à défaut de la changer. Nouveaux stades, nouveaux cahiers de charges, un avis n’est jamais pris en compte, celui des supporters. Je prendrais un exemple que je connais le mieux : celui des girondins. Stade en centre-ville, situé de manière idéale (10 minutes de la gare en transport en commun), remplissage à 90% au max (l’année post-titre de 2009) retombé depuis à la normale (72%) puis à 58% la saison dernière (source). Pour l’Euro 2016, pourquoi ne pas rénover Lescure plutôt que de construire un nouveau stade ? Car le cahier des charges de l’UEFA impose de lourdes contraintes à qui veut accueillir une compétition officielle (la place de contraintes imposées par la télévision est assez impressionnante). Parmi ces contraintes, il est un nombre qui n’est pas anodin : le nombre de loges disponibles. Véritable manne financière pour les clubs, le « grand stade » de Bordeaux (qui n’a finalement que 9000 places de plus que le Lescure actuel) comptera près de 4000 places dans les loges (environ 80 loges), répondant à la contrainte de l’UEFA qui impose qu’entre 8 et 10% de la capacité du stade soit affectée au loges (source). Or, le Lescure actuel ne compte que 19 loges pour environ un chiffre oscillant entre 1200 et 1800 places. Ce nombre sera donc au minimum doublé et, plus important et qui pourrait à lui expliquer toute rénovation impossible à Lescure, la surface occupée par les loges 10 fois supérieure. Entre temps, il faut nettoyer le plancher. Out les ultras, dont le cahier de doléances aura été largement méprisé (les supporters girondins se rappellent non sans sourire de la réaction du groupe ultramarine qui regrettait de ne pas avoir été écouté). Il en est pareil ailleurs : le PSG, pionnier ou plutôt virtuose du genre a viré ses ultras en deux temps, trois mouvement, aidé par la ligue et les pouvoirs publics (vive le plan Leproux), en ce début d’année, la pression sur les ultras de France n’a cessé de monter : on se souvient de l’affaire des tifos confisqués aux ultramarines girondins), en fin de saison, la Ligue s’en est pris à Saint-Etienne en fermant la tribune Jean Snela suite à une banale histoire de fumigènes. (il faudra l’intervention du CNOSF pour que les supporters stéphanois aient droit d’assister aux deux derniers chocs de la saison (OM et Bordeaux)). Nul doute que la saison 2012-2013 poursuivra sur la voie de l’épuration.

Mais virer les ultras n’est pas suffisant, il faut assainir les tribunes, permettre aux classes sup de se sentir confortables dans les stades. L’époque du mélange des classes est révolue, il faut évacuer le trop plein de passion dans les stades en empêchant les passionnés d’accéder au stade. Pour cela, bien plus insidieux qu’une vulgaire hausse des prix (même si le Stade de Reims est un parfait contre-exemple), rien de tel que de provoquer le dégoût, d’empêcher l’accès la passion. Et pour cela, les clubs pros disposent d’un allié de poids, et accessoirement principal pourvoyeur de fonds en France : la télé.

Ligue 2 assassinée.

57% des revenus des clubs français proviennent de la télé : il est donc logique que la ligue cède à tous ses caprices. Ainsi, après avoir offert la L1 à Canalplus, Thiriez et sa bande ont choisi d’offrir les commandes du foot français aux mains d’investisseurs étrangers. Car le Qatar n’a pas seulement acheté le PSG, il a surtout acheté la diffusion du football en France. L1, L2, Europe, grandes compétitions, le passionné de football doit faire un choix : s’il veut voir du foot à la télé, il doit payer. De son côté, le diffuseur a les mains libres pour découper comme bon lui semble le football français. Pour cela, il a tout l’appui nécessaire de la ligue : journée de championnat sur 3 jours découpés en 6 tranches (histoire de gratter un max d’argent) qui seront au final réparties sur deux chaines à péage. Et le supporter dans tout ça ? Il doit s’adapter, le monde amateur aussi, entrant directement en concurrence avec les matchs pros. Mais ce n’est pas tout, quand on choisit de se concentrer à faire briller la vitrine, on oublie souvent de montrer l’arrière-boutique. En matière de foot pro, l’arrière-boutique, c’est la Ligue 2.

La Ligue 2, compétition réservée aux supporters les plus inconditionnels (demandez à n’importe quel habitué de L1 qui subit le choc d’une descente à quoi ressemblent les tribunes de son stade lorsqu’il évolue en L2), est placardisée. Il y avait eu l’incongruité des matchs du lundi soir 21h (merci Eurosport), il y aura eu un dernier soubresaut avec la jolie couverture offerte par Cfoot qui, au final, ne servait qu’à appâter le qatari, désormais, le supporter de L2 aura le choix entre vendredi soir 18h45 ou le lundi soir dans la plupart des cas, le samedi 14h s’il est l’heureux élu du match décalé à heure abordable. La conséquence devrait être dramatique pour les affluences : privés de déplacement, les supporters devront s’organiser comme ils le peuvent pour être à l’heure au stade le vendredi soir. Une hérésie. Les supporters ont réactivé le collectif SOS Ligue 2 pour lutter contre cela (je vous invite à leur rendre visite et à signer leur pétition). Ils sont pour l’heure totalement ignorés par les pouvoirs en place. Pire, déjà dans l’impossibilité de se déplacer, ils ne pourront même plus écouter leur équipe à la radio. Déjà privé d’une manne financière conséquente, devant encaisser des contraintes d’un système d’une sévérité rare (sorte de double peine parfaitement expliquée par les camarades du Moustache FC) qui a bien contribué à la chute incroyable d’anciens historiques (dernier en date, le FC Metz), les clubs vont désormais devoir faire face à ce déficit annoncé d’affluences et prier pour que les « juteux » droits télés négocié par leur cher président viennent compenser le défaut de passion dans les enceintes de L2. Plus que jamais, la notion de purgatoire prendra tout son sens lors d’une relégation.

Pour les médias et les dirigeants du football français, il est évident qu’un bon parcours d’un PSG en Ligue des Champions serait la preuve de la bonne santé du foot national. Et pourtant, en tuant sa base, en expulsant ses passionnés, en appauvrissant tout une majorité de ses clubs au profit de la vitrine, le football français est réellement en danger. Et pour le coup, le PSG n’y est pour rien, ni même Ibrahimovic.

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