Quelques pistes pour un autre football : numéro 1, les joueurs.

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Alors que Valérie Fourneyron est bien décidée à lancer un groupe de travail sur la question du football durable sans bien que l’on sache ce que cela signifie (elle-même d’ailleurs ne semble pas le savoir), voici quelques pistes que je soumets au débat. Première partie aujourd’hui avec les joueurs.

Depuis l’arrêt Bosman, on aura d’abord eu tout une série de réactions sur la perte d’identité des clubs par l’afflux de joueurs étrangers qui finalement n’étaient que de passage au club. Pourtant, l’esprit demeurait. Depuis quelques années, l’arrivée des milliardaires et l’envolée des contrats a accentué ce phénomène de volatilité des joueurs pour n’en faire que des mercenaires. Et c’est avec un certain cynisme qu’on peut se rappeler que l’un des arguments ayant permis l’arrêt Bosman était que les footballeurs doivent être considérés comme de simples travailleurs. La différence, c’est que de « simples travailleurs », les footballeurs sont devenus des prostituées de luxe voguant de meilleur contrat en meilleur contrat. Sorte de monde du travail inversé dans lequel l’employé domine son patron. Désormais, le seul moyen de retenir un joueur est de céder à ses caprices financiers (le rôle des agents ne doit bien évidemment pas être négligé). Pour les clubs deux solutions : soit le club cède au risque de mettre à mal sa masse salariale, soit il perd un joueur de talent. Une seule conséquence : l’impossibilité de construire à long terme. Comment protéger les clubs ? En jouant sur deux leviers.

Valérie Fourneyron, l’icône du football durable
Valérie Fourneyron, le Che Guevara du football durable

Mettre en place un Salary cap européen.

Puisqu’il est impossible bien évidemment d’empêcher un joueur de faire la course au meilleur contrat (surtout s’il trouve quelqu’un pour lui fournir), la mesure majeure à adopter, bien avant le fair-play financier, reste le salary cap. L’objectif est simple : stopper les dérives financières, les courses aux contrats et protéger les clubs aux moyens plus limités. L’idée n’est pas neuve mais devient urgente. En 2008, le rapport Besson sur la compétitivité du football français rappelle que le salary cap existait jusqu’en 1961 en Angleterre et propose d’ « encourager la mise en place d’un plafonnement du ratio masse salariale sur chiffre d’affaires à l’échelle européenne ». Pas un salary cap à proprement parler mais une première étape. Fin juillet 2012, une proposition de résolution européenne est déposée à l’Assemblée Nationale. Reste la question juridique : souvent entendons-nous en effet que de telles mesures sont inapplicables en vertu de la loi. On notera cependant que le fair-play financier n’a pas eu de véritables obstacles mais surtout que le salary cap existe déjà en Europe notamment en rugby avec le Top 14 ou l’Aviva Premiership. Reste donc à trouver ce fameux seuil.

En 2012, alors que des clubs comme Chelsea ou Manchester City pointent à plus de 7M$ (soit plus de 5M€), le salaire annuel moyen en Premier League est de 1.2M£, soit près de 1.5M€. En Espagne, la moyenne serait aux alentours du million d’euros. En France, sixième nation à l’indice UEFA, il est de 552000€, soit le tiers, en Belgique (12e), il faut encore diviser par deux. Entre le 1er et le 12e pays européen, la différence est d’un facteur 6 !  Pire, au sein d’un même championnat, on observe des disproportions sans commune mesure comme illustré sur ce graphe tiré de l’excellent article d’Alexej Behnisch consacré aux salaires européens dans lequel on peut voir que si on fixe la masse salariale du Barça de 2011 à 100, un club comme Valence, troisième du même championnat à l’époque a une masse salariale correspondant à 37% du club catalan…. En plaçant un salary cap à la moyenne européenne actuelle, on devrait harmoniser rapidement les salaires.

Comment gérer alors la période de transition entre le système actuel et le nouveau système ? Seule solution, appliquer ceci à tout nouveau contrat, les contrats en cours devant aller jusqu’à leur terme. L’objectif est donc d’une part de réduire les écarts, d’autre part d’éviter les dérives en plaçant une limite maximale. Il doit laisser cependant une certaine liberté, d’où l’introduction du « marquee player ». Il suffit alors d’autoriser les clubs à posséder des « marquee player » qui échappe au Salary Cap à l’image de ce que fait par exemple l’Australie ou la MLS. La A-league australienne pousse le système de manière intéressante avec 1 « marquee player » étranger, 1 « marquee player » local et 1 « junior marquee » (moins de 23 ans de la nationalité du club) par club.

Protéger la formation.

Chaque supporter peut en témoigner, à la moindre belle saison de ses protégés, les meilleurs éléments réclament augmentation salariale sous peine de mettre les voiles quitte à ne plus jouer quand ils ne se mettent pas à vouloir partir sans avoir disputé la moindre minute car un meilleur contrat leur est proposé ailleurs (coucou Florian). Sur quels leviers jouer pour éviter que le club se retrouve pris en otage par un joueur (ou plus souvent son agent) sur lequel il avait investi via sa formation ?

Takefusa Kubo : recruté par le Barça à 10 ans
Takefusa Kubo : recruté par le Barça à 10 ans

Une fois encore, le rapport Besson soulevait quelques points intéressants, quelques pistes à suivre. Le premier élément pour protéger la formation est d’une simplicité enfantine : appliquer la loi interdisant le transfert de mineurs. On l’évoquait récemment lors de l’affaire Valentin Vada, la FIFA a vraisemblablement décidé de faire appliquer la loi avant de devoir faire machine arrière (reste aussi à l’appliquer à tout le monde, mais c’est un autre débat). Afin de la renforcer, il suffit d’y ajouter une clause obligeant que le premier contrat professionnel soit signé avec le club formateur (notez que le contrat Elite en France va dans ce sens).

Un autre levier permettant de protéger la formation locale : limiter le nombre joueurs étrangers. Une enquête récente du Mirror pointait les dérives du football anglais, peuplé à 55% de joueurs étrangers (seul Chypre fait « pire ») et seulement 17.5% de joueurs formés localement. S’il existe une règle limitant le nombre de joueurs qui ne sont pas nés sur le sol anglais par effectif, elle reste caduque par sa définition (il suffit de séjourner 3 ans en Angleterre avant ses 21 ans pour être considéré comme « homegrown » – vous comprenez ainsi mieux pourquoi les recruteurs anglais sont capables de mettre le paquet sur des gamins). Pourtant, cette règle existe au niveau européen puisque l’UEFA impose 8 joueurs formés localement (règle ayant reçu un avis favorable de la Commission Européenne). Mais là aussi, elle ne tient pas compte de la nationalité et laisse ainsi libre accès aux dérives touchant les transferts de mineurs.

Il existe d’autres exemples, plus lointains, comme l’Asie : en A-league, le nombre de joueurs étrangers par club est limité (5 au maximum). Même règle en K-league sud-coréenne (3 au maximum) et même dans la tant décriée (surtout en Europe) Chinese Super League (4 au maximum). A cela pourrait venir s’adjoindre le vœu pieux du président de l’UEFA : la règle du 9+9. Cette règle propose d’imposer que chaque club aligne 9 joueurs de la nationalité du club sur les feuilles de matchs comprenant 18 joueurs. Sur le papier la règle est intéressante. Certains pays ont déjà imposé des conditions à leurs clubs pour les compétitions nationales (citons la Russian Premier League qui limite la présence de 7 étrangers sur la pelouse au coup d’envoi). Reste le souci Bosman me direz-vous ? Sauf que si d’un côté vous interdisez les transferts de mineurs étrangers et d’un autre imposez qu’un jeune formé signé son premier contrat pro dans le club où il a été formé, la logique voudra que les joueurs formés localement finissent par être de la même nationalité que le club.

Pablo Contreras, l’international marquee player de Melbourne
Pablo Contreras, l’international marquee player de Melbourne

Un autre moyen de limiter les mouvements mais aussi de protéger les clubs est aussi de limiter le nombre de contrats professionnels. L’Australie impose par exemple un maximum de 23 contrats professionnels incluant au minimum 3 joueurs de moins de 20 ans. La MLS limite à 30 joueurs sous contrat par équipe. En France, il y a en moyenne moins de 30 contrats pros par équipes. Des clubs comme le Dynamo Kiev comptent plus de 40 contrats pro, prêtant pratiquement la moitié des joueurs sous contrat aux quatre coins de l’Europe (l’ETG en ayant par exemple 3). Il convient de limiter le nombre de contrats professionnels, en n’y incluant pas les joueurs formés au club (comme le fait par exemple la Ligue Nationale de Rugby). L’exemple australien apparaît une nouvelle fois intéressant : on pourrait alors imaginer des équipes comptant 23 joueurs professionnels (sans tenir compte du nombre de joueurs formées au club) encadrés par un « salary cap » de 20M€ annuels auquel échapperaient 2 joueurs de plus de 23 ans (un local, un étranger) et un moins de 23 ans.

Protection de la formation, limitation du nombre de contrats, du nombre d’étrangers par club, mise en place d’un salary cap, voici donc quelques pistes que je soumets au débat pour un autre football qui à défaut d’être durable (ce qui ne veut rien dire) serait au moins équitable. Dans un prochain article, nous nous intéresserons aux compétitions.

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