Une longue tradition céleste.


15 Copa America, 2 titres mondiaux, 2 médailles d’or olympiques et pourtant, pour la plupart de nos médias nationaux, l’Uruguay reste une équipe de seconde zone, reléguée à vivre dans l’ombre des médiatiques Argentine et Brésil. Et pourtant, un coup d’œil dans l’histoire du football suffit à voir à quel point la Celeste aura toujours été l’élément clé d’un tournant de ce sport et su se nourrir de ses expériences passées pour construire son identité.

Avec 20 titres internationaux, l’Uruguay est devenu ce dimanche la nation la plus titrée de la planète football. Pourtant, longtemps cataloguée rugueuse et sans génie (relire les commentaires d’avant match France – Uruguay en 2002 ou en 2010 (allez, j’suis sympa, en voici un), la Celeste souffre en France d’un manque de reconnaissance criant. Elle reste pourtant l’une des nations qui inventa un nouveau football et une grande spécialiste des coups de tonnerre.

1920-1930 : le véritable ancêtre du football total.

Nombreux sont les spécialistes à s’enthousiasmer (à juste titre) pour le football pratiqué par le Barça de ces années 2000. Si beaucoup y voient un héritage du football total hollandais des années 70 (Cruijff oblige) allié au toque espagnol, peu savent que ce football trouve ces origines non pas en Hollande voire en Hongrie mais sur les bords du rioplatense dans les années 20.

Alors que le football avait colonisé l’Argentine et l’Uruguay par les anglais, les deux pays sud-américains avaient rapidement développé leur propre approche de ce jeu basé sur le technique individuelle et collective. Comme l’indique Jorge Brown (propos rapportés dans l’excellent « Inverting the Pyramid » signé Jonathan Wilson) ce nouveau style de jeu « était affaibli par l’excès de passe. Bien que plus fin et probablement plus artistique, voire en apparence plus intelligent, ce jeu avait perdu son enthousiasme primitif ». Les anglais, roi de ce sport, regrettaient en effet le manque de jeu direct. Cette critique reviendra avec les hongrois des années 50, les hollandais des années 70, les colombiens des années 90 et s’entend également avec le Barça actuel. Quoi qu’il en soit, ce que nous appelons désormais le toque, prend ses sources en Uruguay et en Argentine. Le football mondial va s’en rendre compte dès le milieu des années 20 lorsque l’Uruguay débarque aux Jeux Olympiques en parfait inconnu, et rentre au pays après avoir donné une leçon à l’Europe du foot. Tour à tour, la Yougoslavie, les États-Unis, la France, les Pays-Bas puis la Suisse sont balayés. La foule est subjuguée par ce football d’une « virtuosité balle au pied, dans le contrôle, dans l’utilisation du ballon merveilleuse. L’Uruguay a crée un football magnifique, élégant mais aussi rapide, varié, puissant et efficace » (Gabriel Hanot).En 1928, l’Argentine vient se frotter aux JO et retrouve son frère uruguayen en finale. L’Uruguay s’impose de nouveau. Le football rioplatense est à son sommet. Pour la première Coupe du Monde, il écrase tout sur son passage et, une nouvelle fois, Argentine et Uruguay se retrouvent en finale, de laquelle la Celeste sort vainqueur grâce à une intelligence tactique que l’Argentine n’a pas.

L’Uruguay ne défendra pas ses chances en 1934 en Italie par son refus de participer à l’épreuve en réaction au refus de certaines nations européennes de se rendre en Uruguay en 1930. De même, la Celeste ne viendra pas en France en 1938 afin de protester contre le fait que la Coupe du Monde soit de nouveau organisée en Europe. Sans cela, on peut s’imaginer que l’Uruguay aurait bien d’autres étoiles sur son maillot céleste. L’Europe ne le sait pas encore mais il faudra attendre la Hongrie des années 50 pour revoir ce football technique et collectif

1950 : le cataclysme, l’apogée de la “garra”.

20 ans plus tard, l’Uruguay fête son retour en Coupe du Monde. Placée dans le groupe D, la Celeste atomise la Bolivie et se qualifie pour le tour final (les deux autres nations du groupe, Turquie et Ecosse étant forfaits, la France décidant finalement de ne pas se rendre au Brésil pour y participer). Le tour final semble promis au Brésil. Le pays hôte atomise la Suède et l’Espagne et se préparer tranquillement à célébrer son titre dans un Maracanã plein comme une huître (plus de 170 000 spectateurs payants, en réalité plus de 200 000 !). C’était sans compter sur l’autre valeur du football uruguayen : la garra (la hargne). Si les années 20-30 étaient celles du football léché, l’Uruguay des années 50 y ajoute son coeur. Alors que la presse brésilienne savoure déjà le titre, alors que Juan López Fontana, sélectionneur de la Celeste choisi une approche défensive pour préparer cette finale, ses joueurs font appel à leur orgueil : pas question de renoncer à sa philosophie : l’Uruguay ne craindra pas le Brésil et jouera son jeu, y ajoutant ses tripes. Au retour des vestiaires, Friaca pense offrir le titre aux Auriverde. Mais Schiaffino ramène l’Uruguay dans le match à 25 minutes du terme de la rencontre. Le match a chaviré. La garra uruguayenne prend le dessus sur la peur de perdre brésilienne et à 10 minutes du terme, Alcides Edgardo Ghiggia trompe Moacyr Barbosa qui avait anticipé un centre (le portier brésilien ne sera jamais pardonné et vivra 50 ans de souffrance (voir ici). Le Maracanã se tait. Dans un silence glaçant, l’Uruguay remporte la partie. Jules Rimet, qui avait préparé un discours en portugais pour célébrer la victoire brésilienne se retrouve seul au centre du terrain pour remettre le trophée aux uruguayens. Il n’y aura aucune cérémonie.

Coeur et solidarité, l’Uruguay 1950 rentre dans la légende, le Brésil, qui en profita alors pour changer la couleur de sa tenue, garde encore cette plaie ouverte. Ce succès reste le ciment de l’Uruguay moderne.

Les années 2010 : le renouveau.

1930 – 1950 – 2010. Nouvelle décade, nouveau succès. Arrivé en Afrique du Sud avec un statu de faire-valoir, l’Uruguay de Tabárez représente la synthèse parfaite de ces deux périodes uruguayennes. Talent individuel, solidarité collective, et hargne sans égal, la Celeste bouscule les pronostics et se hisse dans le dernier carré mondial. Le début d’une nouvelle ère ? Les clubs suivent la cadence. Peñarol bouscule la Libertadores 2011 alors que le Nacional s’était hissé en demi-finale et que le Defensor Sporting était quart de finaliste de l’édition 2009 (tous deux battus par le futur vainqueur). Les sélections de jeunes réalisent d’excellentes performances (les moins de 17 ans sont vice-champions du monde 2011, vice-champions d’Amérique Latine, les moins de 20 ans sont vice-champions d’Amérique du Sud et qualifiés pour les JO de Londres pour la première fois depuis leur dernier titre en 1928). Tous suivent à la lettre ce savant mélange de technique, d’intelligence collective et de garra : valeurs héritées de la longue histoire celeste d’une sélection qui en respectant sa tradition et son identité s’offre un nouveau lustre qui laisse augurer de glorieux lendemains.

Une réflexion au sujet de « Une longue tradition céleste. »

  1. Ping : Une longue tradition céleste. | Les Coiffeurs | Scoop.it

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>