Valentin Vada ou comment la FIFA se met au service des grands

Tout supporter bordelais connait son nom : Valentin Vada. Auréolé d’une belle réputation, révélation du tournoi de Montaigu alors qu’il disputait sa première compétition avec le club girondin, le petit prodige argentin avait tout du Messi sauce girondine. Sauf que n’est pas Messi qui veut. Car la FIFA est venu mettre son nez dans une histoire qui reste un cas unique. Pour servir d’exemple…

La FIFA voulant lutter contre la chasse aux mineurs dans le monde du foot, elle a trouvé un parfait petit exemple : Valentin Vada. Formé au Proyecto Crecer, club filiale des girondins dans lequel le club aquitain investit dans l’espoir fou de trouver une nouvelle pépite albiceleste (voir l’interview de son président Julio Di Meola), Vada arrive aux girondins alors qu’il n’a que 14 ans. Tout pour en faire le Messi girondin. Tout sauf que Bordeaux n’est pas Barcelone. Alors que le petit grandi au centre de formation du club, voilà qu’aujourd’hui, alors qu’il a 17 ans, il n’a toujours pas le droit de jouer avec le club marine et blanc, la FIFA ne voulant pas lui accorder de licence au motif que les transferts de mineurs sont interdits entre deux fédérations extra-communautaires. Immédiatement, tout bordelais qui se respecte pense à Leo Messi arrivé à Barcelone avec sa famille soit disant pour raisons médicales et de soin qu’on ne pouvait lui offrir en Argentine (ce qui a depuis fait polémique en Argentine). Mais on nous dira que Messi, c’est le passé. Depuis tout a changé. Alors petit jeu, intéressons-nous aux deux derniers champions d’Europe : Barcelone et Chelsea. Vous allez voir, c’est très rigolo.

Barcelone

Alors on l’a dit, Messi est une exception, Vada ne doit pas être un nouvel exemple. Allons-y gaiement.

Maxi Rolón sort d’une école de foot annexe du barca en Argentine (tiens donc), envoyé à la Masia à 16 ans avec un tuteur juridique nommé par le club. Il n’est rejoint uniquement par son père (sa mère et ses frères (dont son jumeau) restent à Rosario), après le départ dudit tuteur pour Dubaï. Pour le coup, la cellule familiale est respectée… Un autre ?

Jean Marie Dongou arrive au club à l’âge de 13 ans, direct de la fondation Samuel Eto’o au Cameroun. Quatre ans qu’il est déjà au club, jamais inquiété. A pu tranquillement parfaire sa formation à la Masia. Comble du cynisme, le Barça s’engage depuis à ne jamais recruter un mineur de moins de 13 ans. Jamais ?

Récemment, le Barça a pris deux vents : un pour un gamin argentin nommé Vega qui, à 11 ans joue au Racing et n’est pas venu à Barcelone uniquement parce que ces parents ont refusé. Un autre avec Guido Vadala, 12 ans Vous me direz, ils ont tenté et ça a raté donc ils peuvent sortir en disant que ce n’est donc pas le cas : pas d’enfant de moins de 13 ans issu d’une fédération extra-communautaire. Enfin, presque….

Takefusa Kubo : recruté par le Barça à 10 ans
Takefusa Kubo : recruté par le Barça à 10 ans

Takefusa Kubo passe par l’école du Barça basée à Fukuoka (encore une), vient faire un essai à l’âge de 10 ans avant d’intégrer la Masia à 11 ans après que sa mère trouve un emploi en Espagne (ahhh bein ça ça tombe bien alors…).

Chelsea

Plus malin, le club anglais fait dans le trafic de mineur essentiellement européens. On peut ainsi citer Andreas Christensen, 15 ans venu de Brondby, George Brady, 15 ans également venu de l’AS Cannes, Charles Musonda Junior, 15 ans, arrivé cet été de Belgique, ou encore une armada suédoise (Amin Affane arrivé à 16 ans, Anjur Osmanović, 16 ans également à son arrivée). Tous communautaires donc. Alors regardons ailleurs avec deux exemples :

Lucas Piazón grandi dans son São Paulo et arrive à Chelsea en pré-contrat alors qu’il n’a que 17 ans. 17 ans, cela vous parait trop vieux ?

Alors voici Joao Rodriguez : 15 ans. Venu du Boca Juniors de Cali, le petit prodige colombien est révélé par le Sudamericano des u15 et est alors recruté par Chelsea pour intégrer l’académie.

Autre exemple : Victorien Angban. Le gamin de 15 se révèle au monde lors de la Coupe du Monde des u17 avec la Côte d’Ivoire et gagne son billet Abidjan – Angleterre après que Chelsea ne vole le transfert à Liverpool.

Nul besoin de s’étaler d’avantage : les deux derniers champions d’Europe continuent de s’abreuver sur la planète entière pour renforcer leurs académies. Pire, comme c’est le cas du Barça, voilà désormais que ces clubs attaquent des gamins de moins de 13 ans et ce, en toute impunité. Et pendant ce temps, un club français qui a tenté de suivre la même démarche en bâtissant en Argentine pour rapatrier les meilleurs éléments se voit pris par la patrouille.

Aujourd’hui, le jeune Vada attend encore. Si l’appel des Girondins est rejeté par le TAS, le petit argentin devra se trouver un autre club. Comble du cynisme, Chelsea et le Real sont déjà sur les rangs pour le signer, lui garantissant une licence dans les 24h. Alors oui, Valentin Vada est unique. Il est le symbole d’un football à deux vitesses défendu désormais par une FIFA au service des grands.