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Plus de 7000 kilomètres séparent Caracas, capitale vénézuélienne, de Rancagua, lieu du premier match de la Vinotinto dans la Copa América 2015. Ce n’était finalement qu’un peu plus du double de la distance parcourue entre vendredi et ce dimanche par l’équipe Lucarne Opposée pour passer d’Uruguay – Jamaïque à Colombie – Venezuela. Et ainsi nous retrouver au cœur des hinchas aux maillots couleur vin.

Comme un hommage à son équipe locale, la Celeste d’O’Higgins, Rancagua avait décidé d’offrir son plus beau ciel bleu à l’heure d’accueillir son premier match de l’édition 2015, le chaud clásico opposant Colombie à Venezuela.

Après un périple de près de 30 heures de voiture en 3 jours au milieu des montagnes chiliennes, nous arrivons dans un Rancagua devenu un temps totalement jaune tant la colonie colombienne est arrivée en très grand nombre. Au milieu des supporters cafeteros, les maillots couleur vin de la Vinotinto trouvent cependant leur place. Entre émigrés locaux, supporters arrivés de Caracas ou de Tachira (nous croiserons certains barras des deux clubs cherchant des places aux abords du stade) et des quatre coins du pays, la Galeria Sur devient rapidement rouge, reléguant les quelques colombiens présents sur les côtés. C’est ainsi que nous allons ne retrouver au beau milieu du kop vinotinto. C’est sous un grand soleil que les deux équipes entrent sur la pelouse. Au moment des hymnes, si les vénézuéliens tentent de donner de la voix, la version colombienne vient souligner le déficit en nombre dont souffrent les supporters des hommes de Sanvicente. Les Vinotinto prendront leur revanche pendant le match

Car d’entrée de partie à l’image de leur équipe, les supporters de la Vinotinto vont prendre le dessus sur les Cafeteros. Les premières situations sont vénézuéliennes, la Colombie, quelque peu à la peine, ne s’en procurant que sur les erreurs de relance comme celle de Vizca qui profite à Falcao. Les minutes passent, la pression qui repose sur l’un des grands favoris de l’épreuve se fait sentir et ce, que ce soit sur le terrain ou dans les tribunes. Conséquence, celles-ci ne sont animées que par les chants des vénézuéliens qui voient les leurs se procurer les meilleures occasions (notamment par un excellent Vargas). Les « Vinotinto » et autres « El que no salta es un colombiano maricón » (celui qui ne saute pas est un enc… de colombien) animent les tribunes au moment où les joueurs regagnent les vestiaires.

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L’espoir domine l’inquiétude

A la pause, côté supporter vénézuélien l’espoir est grand. « Nous avons été meilleurs que nous pouvions l’espérer. On domine le match, on a plus attaqué que les colombiens qui sont en dedans et je pense qu’on peut aller gagner ce match en deuxième période » nous confie l’un d’entre eux, qui nous rappelle que l’objectif du Venezuela reste toujours de faire « un meilleurs parcours que lors de la Copa América précédente. Mais comme l’a dit le sélectionneur, l’objectif principal reste de nous qualifier pour la Coupe du Monde. Il faut continuer à faire grandir les jeunes comme les moins de 15 et les moins de 17 comme on le fait actuellement alors qu’avant on ne se focalisait que sur les grosses équipes capable de faire vendre ». Dans les tribunes, une banderole « Libérez les prisonniers politiques » est dépliée sur des chants « ce gouvernement va tomber ». Les stadiers chercheront la banderole pendant les 10 premières minutes du second acte sans jamais la trouver.

A l’espoir et la confiance vénézuélienne, les supporters colombiens opposent leur inquiétude. A l’image de Gabriel, rencontré dans les travées qui nous explique que si l’objectif du peuple cafetero venu au Chili est « de rentrer au pays avec le trophée », mesure à quel point le premier acte aura été « compliqué pour la Colombie » avec un James « totalement perdu au milieu et une équipe dans laquelle il manque un joueur capable de faire la transition entre récupération et phase offensive et servir le duo Falcao – Bacca ». Déjà crispés avec leurs joueurs pendant le premier acte, les hinchas colombiens ne sont pas au bout de leur peine.

Car le second acte reprend sur le même rythme avec un Venezuela sérieux, appliqué et présent dans l’impact et une Colombie qui bégaie, n’arrivent pas à imposer son jeu. Rondón se montre à deux reprises manquant une occasion franche avant de placer une tête sur la barre (même si l’arbitre avait sifflé). De son côté, James voit son coup-franc sorti par Vizcarrondo mais la Vinotinto reste dominatrice. Arango déborde côté droit, Guerra remet de la tête sur Rondón qui trouve le petit filet d’une merveille de tête croisée et inscrit son 2e but en Copa América, quatre ans après le but face au Paraguay (il devient ainsi le 4e vénézuélien à marquer lors de deux Copa América différentes, rejoignant ainsi José Dolguetta, Miguel Ángel Echanausi et Juan Arango).

La Galeria Sur explose, le Venezuela est en train d’offrir la première grande sensation de la Copa América 2015. Notre voisin appelle son père « es una locura » crie-t-il dans son téléphone. Les chants s’intensifient côté supporters de la Vinotinto, les « Esta noche tenemos que ganar » succèdent aux « Vinotinto ». La bataille des tribunes est aussi remportée par les rouges. Les minutes filent, la Colombie se montre enfin pressante. James et Cardona offrent une double occasion aux Cafeteros, Zapata puis Cuadradp manquent le cadre, rien ne semble pouvoir arriver au Venezuela. Et rien n’arrivera. Derniers instants de tension, tout un peuple retient son souffle jusqu’à l’explosion finale. Pendant que Rondón tombe à genoux, la Galeria Sur bascule dans la liesse. Le Venezuela a réussi le premier exploit de la Copa América 2015. « Una locura »

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Par Nicolas Cougot, Nicolas Faure et Bastien Poupat à Rancagua.

Lucarne Opposée

Derrière Lucarne Opposée – Chili 2015, Nicolas Cougot, Nicolas Faure et Bastien Poupat, trois journalistes freelance partis aux quatre coins du Chili pour offrir une immersion totale, en temps réel, dans la plus grande compétition du continent et faire découvrir l’histoire du Chili et de son football à travers photos, vidéos et récits.