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Après avoir débuté victorieusement face à l’Equateur (2-0), puis s’être fait accrocher par le Mexique (3-3), le Chili retrouvait son Estadio Nacional pour la dernière journée de ce groupe A dans lequel il affrontait l’un de ses rivaux de toujours, la Bolivie.

Dernière journée du groupe A, qui nous réservait un match très particulier entre deux pays voisins longtemps opposés, le Chili et la Bolivie. Dans cette rencontre rebaptisée Clasico del Pacifico (voir L’autre bataille du Pacifique), les deux équipes étaient assurées de se qualifier pour les quarts de finales après la victoire de l’Equateur face au Mexique (2-1) mais une question persistait toujours, qui pour finir à la première de ce groupe ? Direction une nouvelle fois l’Estadio Nacional pour un autre Inside made in LO.

C’est à peu près trois heures avant le match que nous quittons le centre-ville de la Capitale chilienne pour la commune de Ñuñoa où se trouve l’Estadio Nacional. A quelques heures de la rencontre l’engouement est déjà énorme, l’Avenida Grecia est bondée, les drapeaux et vuvuzelas chiliens partent comme des petits pains et les premiers chants résonnent déjà devant les portes de l’Estadio Nacional où des files d’attentes se sont formées. Lors du match d’ouverture face à l’Équateur ou encore celui face au Mexique, l’attente était déjà énorme mais aujourd’hui, on peut ressentir l’importance de ce clasico face au voisin ennemi qu’est la Bolivie. Il faut dire que la dernière opposition entre les deux tourtereaux qui s’était disputée à Antofagasta n’avait fait que raviver une rivalité et une polémique vieille de plusieurs années maintenant avec la célébration de Carlos Saucedo, double buteur bolivien ce jour-là, mimant un nageur et expliquant ensuite son geste par une revendication du droit d’accès à la mer pour son pays. Chili et Bolivie étaient alors repartis dos à dos mais cet événement avait démontré que l’Histoire n’est jamais bien loin entre les deux.

Dans ce contexte, nous partons à la rencontre des supporters chiliens pour qu’ils nous livrent leurs impressions, c’est le cas de Alejandro venu de Viña del Mar pour l’occasion : « C’est toujours une rencontre particulière même si ce soir je suis assez confiant pour notre sélection. Nous nous devons de gagner pour assurer la première place du groupe, dans cette compétition cela est très important, de plus de gagner contre la Bolivie à domicile c’est toujours assez plaisant. Comme à l’accoutumée nous allons chanter notre hymne avec fierté la main sur le cœur car il n’y a pas plus beau que notre hymne quand nous le chantons a cappella, de plus nous avons nous voulons montrer à la Bolivie où ils ont mis les pieds ce soir » lâche6t-il avant de terminer sur l’affaire qui a secoué le Chili en milieu de semaine, le cas Arturo Vidal « Ce fut très difficile à avaler quand nous avons appris cela. Nous nous sommes tous demandés pourquoi alors que nous avons une belle opportunité de remporter la première Copa América de notre histoire, de plus à domicile, il fait ça ? Ensuite, avec un peu de temps et la tête froide nous sommes tous conscients que Vidal est indispensable à l’équipe en plus d’être pour le moment le meilleur buteur de la compétition. On fait tous des erreurs mais maintenant place au football ». Ceci étant dit, direction notre tribune dans cet Estadio Nacional déjà rempli à ras bord. Quand nous pénétrons dans l’enceinte tout de rouge recouverte, il est assez difficile d’apercevoir ne serait-ce qu’un drapeau bolivien, les « Chi Chi Chi Le Le Le » se font entendre à gorges déployées ainsi que les « El que no salta es un boliviano maricon » en VF « Celui qui ne saute pas est un enc… de bolivien ». Le stade est bouillant au moment où les joueurs entrent sur le terrain, une nouvelle fois, avant les hymnes, des cartons verts sont distribués dans tout le stade pour lutter contre la discrimination et inciter le public à lever ces derniers lors de l’hymne national bolivien qui, malgré quelques sifflets lors de son annonce, est respecté par l’ensemble du public. Les cartons verts font ensuite office de papelitos qui s’envoleront dans le ciel de Ñuñoa pour la venue de l’hymne chilien qui est une fois de plus très poignant.

En guise de recibimiento un drapeau géant chilien sera déployé dans le virage accompagné de deux banderoles « Aguante Vidal » et « Que vuelva la fiesta ». L’arbitre uruguayen Andres Cunha peut alors donner le coup d’envoi de la rencontre.

Le match

Les Chiliens ne se font pas prier pour punir les Boliviens et c’est le Prince Charles Aránguiz qui va ouvrir la marque dès la 3e minute d’une belle frappe suite à une remise un peu chanceuse d’Edu Vargas qui voulait contrôler le ballon. Aránguiz marque le but le plus rapide du Chili en Copa América depuis 1979.

Le match est lancé, le stade aussi, c’est le pire scénario possible pour les hommes de Mauricio Soria. Fidèle à son style, la Roja ne recule pas mais fait le maximum pour achever son adversaire au plus vite. Alexis Sánchez et Valdivia tentent leur chance en vain. L’attaquant d’Arsenal trouvera même le poteau droit de Quiñonez sur un coup franc à la 19e. Le but fuit toujours El Ñiño Maravilla qui touchera à nouveau du bois sur un nouveau coup franc à la demi-heure de jeu. Les Boliviens sont complètement dépassés par une équipe chilienne pleine de bonnes intentions ce soir. La Fédération bolivienne présente dans la tribune de presse pour enregistrer le match depuis un point stratégique (surement envoyée incognito par Bielsa) n’en croit pas ses yeux, Alexis Sánchez double la mise à la 37e suite à une accélération digne d’Usain Bolt avant d’écarter sur Valdivia qui lui remet en retrait pour que, après 5 matches muet, Alexis ne retrouve le chemin des filets. 27e but pour la star de la Roja qui ne compte plus que 2 unités de moins que Carlos Humberto Caszely, 3e meilleur buteur de l’histoire du pays. Vargas et Beausejour sont tout prêts de tripler la mise juste avant la pause mais manquent le coche.

Sampaoli voit bien la domination très claire des siens et décide de regarder vers les quarts de finale et sort Arturo Vidal pour faire entrer Matías Fernández. Matigol, de retour après sa suspension, va rejoindre Valdivia dans un milieu de rêve. Les deux joueurs n’avaient pas été associés lors d’un match officiel depuis octobre 2013. Angelo Henríquez en profite aussi pour remplacer Alexis et jouer ses premières minutes dans cette Copa América. Ce sont les Boliviens qui frappent les premiers dans cette deuxième période avec l’un de leur seule occasion du match, Marcelo Martins croise sa frappe qui va finir sa course dans les bras de Bravo. Le Nacional se lève ensuite pour accueillir une nouvelle Arturo Vidal, de retour des vestiaires en survêtement qui reçoit une énorme ovation et répond avec des applaudissements, le public a choisi son camp. A la 66e minute le Chili fait le break grâce encore une fois à son milieu de terrain, ancien de l’Universidad de Chili (le plus grand club du Chili) Charles Aránguiz. Matigol envoie Henríquez sur la droite qui va servir el Principito qui n’a plus qu’à pousser le ballon dans les buts. Le match est plié et le Nacional s’amuse et décide de rendre hommage à ses légendes, avant d’entrer en jeu à 20 minutes de la fin Pizarro reçoit lui aussi une énorme ovation.

Après l’ovation, le public de Santiago tient à chambrer ses adversaires avec un magnifique « El que no salte no tiene mar » (Qui ne saute pas n’a pas la mer, en référence aux conflits avec la Bolivie).

Le Chili régale vraiment ce soir et le public répond présent. Même les journalistes sont tout sourire, sauf la belle présentatrice bolivienne qui elle a lâché l’affaire après le doublé de Charles Aránguiz. 45 601 personnes sont présentes pour voir le plus beau match du Chili dans cette Copa, un match qui rappelle les meilleures heures de la magnifique U de Sampaoli. La fête est loin d’être terminée pour les Chiliens, Gary Medel va montrer ses talents de finisseurs avec un lob sur Quiñonez suite à une passe magistrale du Mago Valdivia qui sera élu plus tard homme du match. Alors que Vargas manque de peu le 5e but, le Nacional se lance dans un hymne chilien A capella absolument magnifique mais qui n’a pas le temps de se terminer à cause du 5e et dernier but de la rencontre œuvre de Raldes contre son camp sur un centre du petit Henríquez.

Raldes tente de se racheter quelques secondes plus tard mais sa frappe passe à côtés des buts de Claudio Bravo qui n’a pas eu grand-chose à faire ce soir. Victoire facile du Chili contre une Bolivie timide mais dépassée par la machine Sampaoli qui va remporter son groupe pour la deuxième Copa América de rang sans perdre le moindre match. Ce soir en plus d’avoir vu du jeu et du spectacle nous avons eu la chance de vivre un milieu de terrain Díaz – Aránguiz – Pizarro – Matigol – Valdivia, alors que Vidal était sur le banc. Gracias Chile !

Par Nicolas Cougot, Nicolas Faure et Bastien Poupat à Santiago

Lucarne Opposée

Derrière Lucarne Opposée – Chili 2015, Nicolas Cougot, Nicolas Faure et Bastien Poupat, trois journalistes freelance partis aux quatre coins du Chili pour offrir une immersion totale, en temps réel, dans la plus grande compétition du continent et faire découvrir l’histoire du Chili et de son football à travers photos, vidéos et récits.