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Ancien portier et idole du Deportivo Táchira, international vénézuélien qui disputa la Copa America 1979, Cesar Semidey s’est aujourd’hui reconverti dans le journalisme sportif pour la radio Cadena Nacional de Gol au Venezuela. Disponible, sympathique et souriant, nous l’avons rencontré à Valparaiso pour évoquer cette Copa America 2015 au Chili, sa Vinotinto, et parler football vénézuélien.

Bonjour Cesar. Le Venezuela a surpris tout son petit monde lors de la 1ère journée en l’emportant face à la Colombie (voir L’exploit vénézuélien vécu au cœur de ses hinchas). Comment vois-tu la suite de cette compétition pour la Vinotinto ?

Bonjour. Tout d’abord permets-moi de saluer vos lecteurs français et vous féliciter pour le travail que vous effectuez pour couvrir cette Copa America pour la France en plus de promouvoir le football vénézuélien. Pour parler de la Vinotinto, même après cet exploit face à la Colombie il faut rester lucide. C’est une compétition très difficile avec des nations sud-américaines qui restent fidèles à leurs principes : exigeantes envers elles et qui donneront tout sur le terrain pour l’emporter. Bien sûr on espère aller le plus loin possible mais pour le moment gardons la tête sur les épaules.

Après la grande transition que le Venezuela a connue avec Farias, que penses-tu du projet mis en place par le sélectionneur Noël Sanvicente ?

Noël Sanvicente est soutenu par tout le pays, les supporters ont tous été favorables à son arrivée. Sanvicente est un garçon que le Venezuela connaît très bien pour ce qu’il a effectué en tant qu’entraîneur dans notre championnat à Caracas, La Guaira ou encore Zamora. Ce fut aussi un très bon joueur et aujourd’hui il est devenu un entraîneur plus que respectable en plus d’être un type adorable. Je suis sûr qu’il va aider le football vénézuélien à poursuivre sa croissance.

En parlant du football vénézuélien, quel regard as-tu sur le Championnat local ? La dernière saison fut incroyable avec un dénouement pour le titre à couper le souffle (voir Venezuela – Clausura 2015 : Táchira champion !)

A qui le dis-tu ! Ce tournoi de Clôture a été remporté par le Deportivo Táchira, mon ancien club, après une remise en cause permanente de l’entraîneur Daniel Farias qui est un technicien très jeune et qui au final a pu offrir une étoile de plus sur le maillot Aurinegro. Le Deportivo Táchira est l’une des équipes les plus populaires du Venezuela. A San Cristobal (ndlr : Le Deportivo Táchira est basé dans la ville de San Cristobal dans l’État de Táchira) la passion est très forte et Farias a su combiner joueurs d’expérience et jeunes espoirs pour arracher ce titre miraculeux dans les dernières secondes sur le terrain du plus grand rival qu’est le Caracas FC. Ensuite il y a eu cette grande finale remportée face à Trujillanos (voir Venezuela : Le Deportivo Táchira remporte le titre suprême, Carabobo et Zamora filent en Sudamericana) pour couronner le tout.

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Quand on se rappelle du contexte qu’il y avait en début de saison au sein du club (voir A Táchira, la guerre est déclarée), on peut dire que c’était loin d’être gagné d’avance…

(Il reste pensif) Oh que oui… Ce fût une saison très hostile pour Daniel Farias avec une pression énorme venant des tribunes et des médias. Farias a fait preuve d’une très grande patience, poursuivant le projet qu’il avait mis en place et ce serait peu dire que peu de monde croyait en ce dernier en début de saison. Au final, il termine avec un titre de Champion du Venezuela et va prolonger deux ans au Deportivo Táchira avec la confiance de l’actionnaire majoritaire pour poursuivre son projet. Personnellement je pense que cela est une bonne chose pour la formation, l’intégration et le rendement de nos jeunes. Il ne faut pas oublier non plus que le Deportivo Táchira est un club jeune car il a été fondé en 1974. Aujourd’hui il continue de grandir, comme le football vénézuélien, avec ses infrastructures avec et ses huit titres au niveau national.

« Jhon Murillo est un joueur complet pour son âge, découvrir l’Europe et un club comme le Benfica va encore plus le faire progresser »

Ce qui est très marquant aujourd’hui au Venezuela c’est que le peuple a désormais un avis sur le football. Souvent éclipsé par le Base-Ball, sport phare au pays, le football  se fait petit à petit sa place. Comment expliques-tu cela ?

Notre zone géographique au Venezuela, c’est à dire l’ouest du pays où se trouvent les Etats de Táchira, Merida ou encore Trujillo, a toujours possédé une grande culture football. Je pense que cela est dû avec la proximité de la frontière colombienne où là-bas ce sport est Roi. Concernant le reste du pays, tu as tout à fait raison. Ces dernières années le football est en forte croissance dans le reste du pays et même dans la Capitale Caracas qui aujourd’hui possède six équipes dans sa province, même si le Caracas FC monopolise beaucoup plus l’attention du fait que ce soit le club historique et le plus populaire.

Parlons de la nouvelle étoile du football vénézuélien, Jhon Murillo qui a signé au Benfica. Il a explosé cette année avec le Zamora FC mais aussi avec la sélection vénézuélienne Sub-20 lors du dernier Sudamericano en Uruguay (voir Sudamericano : l’Albi de nouveau Celeste), étant aujourd’hui dans le groupe pour la Copa América. Comment as-tu vécu son ascension ?

Jhon Murillo est une découverte de plus de notre sélectionneur Noël Sanvicente. C’est un garçon qui est originaire d’un petit village qui se nomme El Canton dans l’État de Barinas, une région très montagneuse. Il a tout d’abord rejoint San Cristobal où se trouve le Deportivo Táchira mais personne ne lui a prêté la moindre attention. Il est ensuite retourné dans son Etat de Barinas pour rejoindre le Zamora FC à l’époque où Noël Sanvicente était encore entraîneur du club. C’est lui qui lui a donné l’opportunité de rejoindre le groupe professionnel. Il a ensuite enchaîné les bonnes prestations en Championnat en étant titulaire à plus de 40 reprises avant de partir en Uruguay disputer le Sudamericano Sub-20 où il a été la figure incontestable de la sélection et d’avoir eu l’opportunité de jouer la Copa Libertadores. Je suis persuadé que de rejoindre le football européen et le Benfica va le faire progresser. Murillo est déjà assez complet pour son âge, vitesse, technique, efficacité et possède le talent pour réussir sur le vieux continent.

Une dernière question Cesar, nous allons regarder un peu plus loin que cette Copa América pour la Vinotinto. Cette dernière est toujours à la recherche d’une première participation à une Coupe du Monde de son histoire, selon toi, la génération actuelle peut réaliser cet exploit lors des prochains éliminatoires pour la prochaine Coupe du Monde 2018 en Russie ?

Malheureusement je pense que nous avons raté la plus belle occasion de notre histoire lors de la dernière Coupe du Monde au Brésil. Le Brésil était absent de ces éliminatoires et nous avons eu l’opportunité à domicile face à l’Uruguay de nous qualifier pour les barrages mais nous avons été défaits 0-1. Mais bon… Cela fait partie de l’histoire, aujourd’hui il faut tourner la page car nous avons une foi incroyable en cette sélection surtout depuis que Sanvicente est aux commandes. Avec l’expérience acquise lors de ces derniers éliminatoires et des deux dernières Copa América en comptant celle-ci, je crois vraiment en nos chances de se qualifier pour la Coupe du Monde 2018 en Russie en espérant aussi que la FIFA maintienne la 5ème place de la CONMEBOL synonyme de barrage. C’est un élément aussi à prendre en compte. Pour finir, nous avons vraiment confiance en ce groupe pour qu’il écrive l’histoire, mais le plus important reste pour le moment le développement du football vénézuélien et quand je dis football vénézuélien j’inclus la culture football, le niveau de jeu, la formation, les infrastructures, les supporters et même la couverture médiatique.

Propos recueillis par Bastien Poupat à Valparaiso