DSCN1228

Après avoir terminé premier de son groupe A, le Chili retrouvait son Estadio Nacional pour le premier quart de finale de la 44 édition de la Copa America face au tenant du titre, l’Uruguay.

Affiche de rêve entre le pays organisateur, le Chili, et le dernier Champion en titre, l’Uruguay. Si le Chili emmené par son technicien Bielsista, Jorge Sampaoli, fut incontestablement l’équipe produisant le plus beau jeu de cette phase de groupe, il affrontait l’une de ses bêtes noires, la Celeste du parisien Edinson Cavani et du bordelais Diego Rolán, qu’il n’a plus battue depuis 1983 en Copa América.

Mercredi 24 juin, l’attente de tout un peuple est énorme, au point que quatre heures avant le match même dans les rues du centre-ville les premiers chants retentissent déjà. Chapeaux, bonnets, maillots tout est aux couleurs de la Roja avant ce quart de finale face à l’Uruguay. Nous nous rendons à Ñuñoa où se trouve l’Estadio Nacional choisi, comme à l’accoutumée, comme arène pour une opposition de style entre le football total chilien et la combativité de la garra uruguayenne (voir La garra charrúa, dernier héritage de la résistance indienne). Après 16 ans d’absence en demi-finale d’une Copa América, le Chili se devait de vaincre ses vieux démons, ce que nous confirme Pablo Vera, heureux supporter chilien qui a pu obtenir son précieux sésame : « On le sait, ce soir cela va être très compliqué face à une équipe qui nous réussit très peu. Mais nous sommes optimistes : nous jouons à domicile, ils sont privés d’un de leur meilleur joueur Luisito Suárez, je pense que le Chili a une occasion de s’imposer et d’écrire l’histoire » avant de poursuivre « Pour moi le danger ne viendra pas forcément des coups de pieds arrêtés mais plutôt de la vitesse de l’Uruguay en contre. Je pense que le Chili aura la possession mais il faudra se méfier de leurs sorties rapides parce que lorsque le Chili attaque, il ne pense absolument plus à défendre. »

Nous nous dirigeons ensuite vers notre tribune pour prendre place. L’Estadio Nacional est déjà bondé tout de rouge vêtu et les 1.800 uruguayens annoncés ne sont en réalité qu’à peine 500. Les joueurs uruguayens sortent à l’échauffement sous une bronca assourdissante alors que côté chilien l’ovation est à la hauteur de l’attente. Cavani et Rolán démarrent sur le front de l’attaque pour la Celeste alors que pour la Roja, Edu Vargas est accompagné d’Alexis Sánchez. Les joueurs entrent sur le terrain, une nouvelle fois, avant les hymnes, des cartons verts sont distribués dans tout le stade pour lutter contre la discrimination et inciter le public à lever ces derniers lors de l’hymne national uruguayen qui sera une nouvelle fois parfaitement respecté bien que totalement massacré par la sono du stade. L’hymne chilien résonne à son tour dans une ambiance qui vous fait redresser les poils. Monsieur Sandro Ricci, arbitre brésilien du soir peut alors lancer les hostilités.

Le match

L’Uruguay annonce la couleur d’entrée allant chercher les Chiliens très haut pour éviter les sorties de balles de la Roja. Ensuite la Celeste procède en contre comme prévu et c’est Diego Rolán qui lance le premier qui ne donne finalement rien. Cristian Rodríguez tente lui une frappe qui passe au-dessus des buts de Bravo qui a vu sa défense dégager 2 offensives juste avant. Les premières minutes sont clairement uruguayennes et le Chili de Sampaoli n’arrive pas à placer son jeu. La première opportunité de la Roja arrive à la 7e après la première bonne combinaison des locaux qui s’achève sur une frappe non cadrée de Vargas. Le magicien Valdivia réveille un Estadio Nacional plein comme un œuf mais moins en forme que lors de la rencontre face à la Bolviie sur un petit pont dont lui seul a le secret. Le Chili reprend ses esprits grâce à son meneur de jeu qui fait briller ses coéquipiers à chaque inspiration. Il va cependant prendre un carton jaune sur une grosse semelle. Les esprits vont s’échauffer pour la première fois à la 22e minute de jeu alors qu’Edu Vargas laisse trainer le pied sur Muslera. La tension commence à grimper sur le rectangle vert et l’attaquant Edinson Cavani va écoper d’un carton jaune pour un incident peu évident avec le juge de touche. Comme toujours le Chili domine et l’Uruguay recule et attend pour partir en contre. Les hommes de Sampaoli tentent de faire plier la défense 5 fois à 8 minutes de la fin mais le bloc mené par Godín tient bon.

Alexis Sánchez tente de se muer en héro comme bien trop souvent dans cette Copa América ce qui le pousse à trop en faire et perdre des ballons qui anéantissent des belles occasions chiliennes. El Niño Maravilla se sent obligé d’être le Messie de ce groupe et cela se voit à chacune de ses prises de balle. C’est cependant Vidal qui va mettre Muslera en difficulté pour la première fois sur une frappe lointaine repoussée des deux poings par le portier à 5 minutes de la fin. L’Uruguay n’a l’occasion de se montrer que sur coup de pied arrêtés qui paraissent des occasions bien franches dans un Nacional muet et en tension sur chacun de ces actions. La fin de la première période est marquée par un jaune pour Jara qui arrive avec quelques mètres de retard sur Carlos Sánchez et par une frayeur de Vidal qui voit son genou se plier à l’envers avant de se relever. Les deux portiers qui vêtissent la même couleur de maillot (bienvenue en Amérique du Sud) reviennent sur le terrain suivis par les 24 autres acteurs (on compte les arbitres qui auront un rôle clé croyez-moi). L’Uruguay profite d’un nouveau cafouillage dans la défense chilienne après un nouveau coup de pied arrêté, mais Rolán ne peut battre le gardien du Barça.  Le Bordelais prendra ensuite la direction du banc de touche pour la première fois de la compétition. Pour sa première occasion Abel Hernández, entré à la place de Rolán, manque son contrôle après une remise magnifique de Cavani, son dernier geste sur le terrain du Nacional…

A la 63e minute Gonzalo Jara le provoque du bout des doigts (à noter la régularité de Jara dans la provocation qui s’était déjà attaqué au côté opposé de Luis Suárez lors des qualifications pour la Coupe du Monde au Brésil), l’attaquant uruguayen craque et frôle le visage du chilien qui s’écroule sous les yeux de Monsieur Ricci. Celui-ci n’hésite pas une seconde et sort le deuxième jaune à Cavani qui clôt une semaine difficile de la pire des manières possibles. El Matador pète ensuite les plombs envers l’homme en noir et l’insulte de tous les noms avant de quitter la pelouse la tête dans les mains. Cet incident polémique dictera le reste de la rencontre.

Le Chili en profite pour garder le ballon et pousser les Uruguayens dans leurs derniers mètres même si les hommes de Sampaoli refusent toujours les tirs lointains et tentent d’entrer dans les buts avec le ballon. Les 45 304 spectateurs s’impatientent et retiennent même leur souffle sur une sublime frappe du Millonario Carlos Sánchez qui flirte avec le montant droit de Claudio Bravo de marbre pendant quelques secondes. A 9 minutes de la fin du temps règlementaire Mauricio Isla, délivre tout un peuple en battant Muslera sur une frappe qui se faufile entre les jambes de Fucile suite à une passe merveilleuse de Valdivia qui remporte haut la main son duel avec Ortigoza pour le titre de Mago (il n’y a jamais eu débat en fait…), devenant au passage le meilleur passeur de cette Copa América avec 3 offrandes alors qu’Isla retrouve les chemins du but pour la première fois depuis 2011 avec le Chili.

Ce but lance les typiques « Olé » dans les tribunes, cette pratique que déteste notre cher collègue Eduardo Rojas comme il nous l’a bien expliqué mardi soir (voir Eduardo Rojas Rojas : « Marcelo Bielsa est bien plus qu’un simple entraîneur »). La fin de match tourne au vinaigre. Fucile, surement énervé par le subtile petit pont que lui a fait Valvidia un peu plus tôt va durement sécher el Niño Maravilla ce qui va lancer un quilombo énorme sur la pelouse. Le latéral prend son deuxième jaune et doit lui aussi quitter le terrain mais décide de se lancer sur le juge de touche qui répond et voit comment plusieurs Uruguayens lui arrivent dessus. Le bordel est total, alors que le public chilien pousse pour que Monsieur Ricci a.k.a « Sandro la gâchette » sorte d’autres cartons, les journalistes restent bouche bée, témoins d’un spectacle bien étrange. L’arbitre brésilien décide alors de faire le ménage et renvoie un Tabárez bien amoindri physiquement et son adjoint aux vestiaires. La discussion du Maestro Tabárez et du Mago Valdivia sur la pelouse n’y changera rien. Fucile, lui aussi expulsé après son attentat sur Alexis reste sur le banc de touche (bienvenue en Amérique du Sud bis). Les gestes des joueurs Uruguayens envers les arbitres sont clairs, pour eux ils se font voler. Le match continue jusqu’à la 96e minute et Vidal manque de peu de plier la rencontre.

Le coup de sifflet retentit dans un Nacional en ébullition, le Chili retrouve les demi-finales de la compétition pour la première fois depuis 1999 alors que l’Uruguay manque d’entrer dans le dernier carrée pour la première fois depuis la 1997. Le Chili de Sampa termine ses 4 premiers matches de Copa avec 11 buts, son meilleur total depuis 1967. Cependant cette soirée historique pour la Roja restera dans les annales pour d’autres raisons…

Par Nicolas Cougot, Nicolas Faure et Bastien Poupat à l’Estadio Nacional de Santiago

Lucarne Opposée

Derrière Lucarne Opposée – Chili 2015, Nicolas Cougot, Nicolas Faure et Bastien Poupat, trois journalistes freelance partis aux quatre coins du Chili pour offrir une immersion totale, en temps réel, dans la plus grande compétition du continent et faire découvrir l’histoire du Chili et de son football à travers photos, vidéos et récits.