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Après un détour par Viña del Mar, retour dans la Capitale chilienne où se déroulait la première demi-finale de la Copa América entre le pays hôte, le Chili et son meilleur ennemi, le Pérou.

Affiche bouillante sur le terrain et en tribunes pour le Clásico del Pacífico (voir L’autre bataille du Pacifique) entre le pays organisateur, le Chili et le pays voisin, le Pérou. Si avec le temps l’antagonisme a diminué et le XXIème siècle est celui du rapprochement entre les deux pays, notamment à travers la formation de clubs péruviens sur le sol chilien (voir Alejandro Riveros : « au-delà du sportif, les Incas del Sur ont un rôle social »), un Chili-Pérou reste tout de même un match particulier.

Ce lundi 29 juin, Día de San Pedro y San Pablo, était jour férié à Santiago. A quatre heures du coup d’envoi, les rues de la capitale étaient presque désertes, comme si c’est tout le peuple chilien attendait le dernier moment pour espérer décrocher son rêve de finale.  Mais, en se rapprochant de l’Estadio Nacional, les rues se densifient, les plus valeureux patientent déjà devant les portes, les déguisements sont de sortie, qu’ils soient aux couleurs chiliennes ou pour soutenir Jara après son histoire avec l’uruguayen Cavani, et les premiers chants retentissent déjà. L’attente est énorme est nous pouvons à nouveau le mesurer avant cette demi-finale. « Ça y est nous y sommes, à un pas de cette finale que nous attendons tous. Mais d’abord il y a ce Clásico face au Pérou que ce dernier va jouer comme une guerre. Nous avons confiance en ce groupe qui propose clairement le plus beau jeu de la compétition. Personnellement j’attends une finale Chili – Argentine ici à l’Estadio Nacional, d’une car en tribune ce serait magnifique, mais aussi, et surtout, car ce sont les deux plus belles équipes de cette Copa America » nous confie Rodrigo, résidant à Santiago. Nous nous dirigeons ensuite vers notre tribune pour y prendre place et pour s’apercevoir que dès notre arrivée, les « Vamos chilenos, esta noche tenemos que ganar » et les désormais célèbres « Chi Chi Chi Le Le Le » sont déjà entonnés. Les deux équipes entrent alors à l’échauffement, les péruviens sont copieusement sifflés alors que la Roja entre sous une énorme ovation. Côté Banda Roja, Guerrero et Farfán démarrent sur le front de l’attaque alors que du côté chilien, Sampaoli a choisi Albornoz et Rojas pour notamment combler l’absence de Jara. Le stade est bouillant au moment où les joueurs entrent sur le terrain derrière leur drapeau respectif. Une nouvelle fois, avant les hymnes, des cartons verts sont distribués dans tout le stade pour lutter contre la discrimination et inciter le public à lever ces derniers lors de l’hymne national péruvien. « Aujourd’hui même les joueurs vont participer à l’initiative car un match face au Pérou c’est toujours particulier ici au Chili » nous explique la volontaire de l’association « Futbolmas ». Opération réussi sur l’hymne péruvien, opération frisson comme à l’accoutumée sur l’hymne du Chili.

Monsieur Jorge Argote, arbitre vénézuélien de la rencontre, peut désormais donner le coup d’envoi de cette demi-finale.

Le match

D’entrée, Miiko Albornoz fait trembler le Nacional suite à une roulette mal contrôlée qui termine en perte de balle et occasion péruvienne. Comme toujours les hommes de Sampaoli se lancent dans un gros pressing pour asphyxier leurs adversaires mais la paire Ballón – Lobatón, de retour dans l’entrejeu après avoir purgé leurs sanctions, fait énormément de bien au système de Gareca qui tient. Eduardo Vargas voit sa frappe contrée pour la première tentative de la rencontre avant qu’Arturo Vidal ne se lâche un peu trop avec Zambrano, le défenseur péruvien fait ensuite de même avec Alexis et écope du premier carton jaune de la partie. Le Pérou continue de bloquer le Chili et part en contre à mille à l’heure comme prévu et la Foquita Farfán est tout proche d’ouvrir la marque à la 8e minute mais sa tête va heurter le montant droit de Bravo sur un centre d’un Guerrero très remuant. Farfán cause beaucoup de soucis au Chili dans ces premières minutes et oblige Gary Medel à un superbe retour alors qu’il filait au but. A la 20e minute c’est le drame pour la Garecamanía, le défenseur Zambrano va essuyer ses crampons sur le bas du dos du Prince Aránguiz et voit rouge. Une expulsion directe bien sévère même si avec un carton jaune, ce qui aurait été mérité, le résultat à court terme était le même.

Cet incident va mettre un coup dans les têtes péruviennes jusqu’ici bien en place et le Chili en profite avec Valdivia qui manque le cadre à deux reprises, d’abord après une sortie de Gallese et ensuite sur un décalage d’Alexis Sánchez. Le latéral droit Advíncula, meilleur joueur du tournoi jusqu’à maintenant, sauve les siens devant Alexis sur un centre de Vidal et devant Vargas peu après. La Blanquirroja doit attendre la 38e minute pour s’approcher de nouveau des buts de Bravo qui sort devant Farfán sur un centre de Guerrero qui remporte comme souvent son duel avec Medel dans ce match. Le Chili trouve enfin la faille pour réveiller un stade bien calme à 4 minutes de la fin de la première période grâce à Eduardo Vargas qui conclut une magnifique occasion locale. Alexis Sánchez efface son vis-à-vis côté gauche avant de déposer un centre fort devant le but, Charles Aránguiz laisse passer entre ses jambes et voit le ballon s’écraser sur le montant gauche de Gallese mais Vargas pousse lui la balle au fond pour le plus grand malheur du gardien qui ne peut que suivre sa trajectoire des yeux. L’ancien attaquant de la U de Chile semblait pourtant hors-jeu au départ de l’action. Une frappe dans les tribunes de Vidal dicte la fin des 45 premières minutes qui ont, encore une fois, basculés côté chilien.

Au retour des vestiaires Vargas est proche du doublé mais voit son but annulé d’un hors-jeu inexistant sifflé par Monsieur Argote qui tenait à préserver la courbe des arbitres CONMEBOL dans cette Copa América. Dans les premières minutes de la seconde mi-temps on retrouve le Alexis des matches précédents, celui qui en fait trop et qui perd bien trop de ballons, ces pertes permettent aux Péruviens d’exister de nouveau et Advíncula voit son centre repris de la tête par Farfán avant d’être capté par Bravo. Même à 10, les hommes de Gareca montrent de belles choses et répandent les murmures des tribunes en tensions. Cette peur va se concrétiser à la 60e minute sur un but contre son camp de Medel, le premier de sa carrière (en 395 matches s’il vous plait), après une magnifique action péruvienne mené par Advíncula qui cherche Carrillo dans la surface avant que le Pitbull ne propulse le ballon dans ses propres buts pour la plus grande joie des quelques péruviens présents autour de nous en tribune de presse d’exulter.

Encore une fois tout part d’un Guerrero infatigable à la récupération. Ce but relance les débats et le Pérou y croit…pendant 4 minutes ! C’est le moment que choisit Eduardo Vargas pour balancer un missile imparable dans la lucarne opposée d’un Gallese un poil mal placé. La frappe de Vargas, plus sèche que nos gorges le matin au réveil à cause de la pollution de Santiago, vient délivrer le stade Nacional en apnée depuis l’égalisation. El Genio Azul en profite pour devenir le premier chilien à marquer au moins 4 buts dans une édition de Copa América depuis un certain Iván Zamorano en 1991.

Peu après ce magnifique but signé Vargas le fameux ascenseur émotionnel de la Team LO arrive avec la confirmation que Reyna restera sur le banc ce soir. Un coup dur pour le fanclub LO qui écoute en plus le stade scander le nom d’un Alexis Sánchez loin de son niveau. Les 45 651 spectateurs ont du mal à rester assis sur la fin, certains à cause de la peur de voir le Pérou égaliser de nouveau et d’autres à cause du froid un poil moins fort mais toujours présent. L’attaquant péruvien Pizarro est tout proche d’égaliser 8 secondes après son entrée en jeu mais sa tête est captée par Claudio Bravo pour le bonheur des journalistes chiliens présents dans la tribune de presse. Valdivia laisse ensuite son petit détail habituel avec une passe venue d’ailleurs pour un Alexis qui frappe au-dessus des buts gardés par Gallese. Le Pérou pousse mais Gary Medel récupère et relance plein de classe pour chauffer un public qui se lance dans une splendide ovation pour Jorge « laissez-moi travailler » Valdivia lors de sa sortie à quelques minutes de la fin.

Guerrero continue de tirer son équipe vers le haut mais une faute non sifflée et un hors-jeu vont l’empêcher de s’approcher de Bravo ce qui a le don d’énerver un Gareca qui parait vouloir entrer sur le terrain. Vidal manquera la dernière occasion du match sur une frappe repoussée par Gallese après un contre bien mené par Alexis Sánchez. Ce sera tout pour ce soir, un match magnifique d’une belle intensité et pointé par quelques combinaisons de grandes classes des deux équipes. La Blanquirroja aura lutté jusqu’au bout avec ses armes, qui sont bien intéressantes, mais les efforts de Guerrero et la qualité d’Advíncula ne leur auront pas suffi pour écarter le pays hôte qui se faufile en finale de la Copa América pour la troisième fois de son histoire après 1979 et 1987. Pour le bonheur du peuple chilien, on espère que le dénouement sera différent cette fois que lors des deux précédentes. Le Pérou disputera pour sa part le match pour la troisième place afin de tenter de terminer sur le podium comme en 2011 (et 6 autres fois d’ailleurs). Vamos Guerrero(s) !

Par Nicolas Cougot, Nicolas Faure et Bastien Poupat à Santiago.

Lucarne Opposée

Derrière Lucarne Opposée – Chili 2015, Nicolas Cougot, Nicolas Faure et Bastien Poupat, trois journalistes freelance partis aux quatre coins du Chili pour offrir une immersion totale, en temps réel, dans la plus grande compétition du continent et faire découvrir l’histoire du Chili et de son football à travers photos, vidéos et récits.