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On n’a de cesse de le répéter, en Amérique du Sud, football et grande Histoire se télescopent régulièrement au point d’être devenus indissociables. S’il est un pays où cela est encore plus vrai, c’est bien le Chili. Rencontre avec Luis Urrutia O’Nell qui vous offre une plongée dans la grande histoire du football chilien.

Journaliste, Luis Urrutia O’Nell est l’auteur de plusieurs ouvrages sur l’histoire du football chilien et de sa collusion régulière avec la grande histoire du pays. De ses « Historias secretas del fútbol chileno », dont le troisième volume a été publié courant 2014, à l’histoire du Colo Colo de 1973 ou du Ballet Azul, celui qu’on surnomme Chomsky est une véritable encyclopédie du football chilien.

Profitant d’un intermède pendant la Copa América, nous sommes allés à sa rencontre. Rendez-vous pris au cœur de l’Universidad Católica, nous avons ainsi remonté le temps pour plonger dans la grande histoire du football chilien et évoquer avec lui, la riche période des années 60 – 70, celles qui virent la démocratie chilienne basculer dans la dictature.

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Peut-on faire un état des lieux du football chilien des années 60 ?

Le point d’inflexion du développement du football chilien est la Coupe du Monde 1962. On parle d’une Coupe du Monde qui n’accueillait que 16 sélections et pas 24 ou 32 comme plus tard, seules les meilleures équipes étaient là. Le Chili avait hérité d’un groupe compliqué mais a réalisé une bonne campagne, terminant troisième après avoir joué des Champions du Monde comme l’Italie, la RFA et le Brésil, éliminé l’URSS qui était champion d’Europe et battu la Yougoslavie championne olympique à Rome en 1960. Tout ceci a provoqué un boom. La première TV en noir et blanc arrive pour cette Coupe du Monde 1962. Les matches étaient retransmis mais il n’y avait que très peu d’appareils, dans les commerces ils posaient les télés sur les fenêtres et les gens s’agroupaient devant pour ne pas rater les rencontres. Les particuliers qui avaient la chance d’avoir une télévision recevaient alors la visite de tous leurs amis et étaient obligés d’installer des bancs chez eux.

Cela s’est également senti dans le football local avec une hausse des spectateurs. Dans les photos de cette époque, on peut voir que peu importe le match, même pour la plus petite équipe, le stade est rempli. Le stade Nacional avait beaucoup plus de places que maintenant, il y a un record d’affluence lors d’un match contre le Brésil avec 77 000 spectateurs. Il était impossible de circuler à la mi-temps car tout était plein. On voit de plus en plus d’images de cette époque. Quand je le montre à mes enfants, ils se rendent compte qu’il n’y avait aucune publicité autour du terrain, ce qui m’avait échappé. Il y avait une place réservée aux Carabineros du Chili qui, après avoir participé à la cérémonie d’ouverture, étaient allés s’installer sous la porte Marathon. Ce boom a eu pour conséquences l’augmentation de clubs dans le championnat national. Mais cela n’a pas duré car lors de la Coupe du Monde suivante, la prestation du Chili fut très mauvaise. Depuis votre arrivée vous avez pu vous rendre compte que nous sommes un pays très pendulaire, nous passons d’un extrême à l’autre. Pour la politique c’est pareil, il n’y a pas de juste milieu.

En Angleterre la campagne est très mauvaise. Le Chili se fait éliminer contre quasiment les mêmes adversaires qu’en 62. Défaite contre l’Italie lors du premier match, match nul contre la Corée du Nord – contre qui logiquement il devait gagner et eût les occasions pour – et défaite contre l’équipe B de l’Union Soviétique, qui a joué avec seulement 2 titulaires car elle était déjà qualifiée. Ceci a provoqué une chute de l’intérêt que l’on peut notamment illustrer par l’histoire des magazines sportifs chiliens : ils apparaissent toujours avant une Coupe du Monde, lors des qualifications, et disparaissent quand le Chili est éliminé car ils font faillite. Ce fut le cas des magazines Triunfo, Don Balón Chile, Minuto 90, ou encore Gol y Gol qui est né en avril 1962 et quand le Chili ne se qualifie pas pour la Coupe du Monde 1970, fait faillite à la fin des années 69. La même chose se produira lorsque le Chili s’écroule lors de la Coupe du Monde 82. Un autre exemple est celui des magazines de papier couché actuellement, ces revues plus chères destinées aux femmes. On y trouve des Unes d’Alexis Sánchez, Claudio Bravo ou Arturo Vidal. Tout est extrêmement lié.

L’humeur de la société chilienne est clairement dépendante du football ?

Le meilleur exemple est celui de la Présidente. Vous l’avez surement vue à la TV après les matches. Elle va au stade de manière presque clandestine, personne ne le sait, ils ne la montrent pas aux écrans pendant le match mais la font apparaître après chaque victoire du Chili, car ils ont peur qu’elle soit sifflée comme la Présidente du Brésil l’avait été. Ce sont des visites très organisées, si le Chili gagne on la voit fêter la victoire mais si le Chili avait perdu hier (NDLR : le Chili a éliminé l’Uruguay en quarts), on ne l’aurait pas vu.

Pour en revenir au Mondial 1962, il a bien failli ne pas avoir lieu suite au tremblement de Terre de 1960 et n’a dû sa tenue qu’à un homme, Carlos Dittborn qui a lutté pour que le Chili reste l’organisateur.

Exact. Il fut le cerveau de cette Coupe du Monde 1962 et il est mort 3 semaines avant et n’a donc pas pu voir son œuvre. Ce tremblement de terre fut le plus fort de l’histoire. Le gouvernement avait promis des fonds mais les retira pour les destiner à la reconstruction du pays. Plusieurs des villes touchées avaient postulé pour accueillir la Coupe du Monde donc le Chili a demandé l’autorisation à la FIFA pour réduire le nombre de villes hôtes. Quatre furent gardées, celles pouvant s’autofinancer : au nord Arica, financée par la Junta de Adelanto locale, Viña del Mar financée par son Casino, Rancagua financée par une entreprise minière qui s’appelait Braden Cooper, aujourd’hui devenue El Teniente et Santiago qui demandait 10 escudos supplémentaires lors des matches de championnat local pour financer la Coupe du Monde.

Les années 60, ce sont celles de la grande époque de l’Universidad de Chile et son fameux « Ballet Azul » ?

Ce groupe était la base de l’équipe pour la Coupe du Monde 62 mais aussi de celle d’Angleterre 1966. Le « Ballet Azul » a couvert une décennie mais a manqué de reconnaissance internationale car pour les dirigeants le plus intéressant à l’époque était de remporter le championnat local. Cette U de Chile arrivait à la Copa Libertadores sans préparation adéquate. Dès la fin du championnat local, avec une semaine de vacances maximum, elle devait jouer la Libertadores. On pouvait même voir certains joueurs avec les jambes bronzées de la plage. La Libertadores était toute jeune, elle naquît en 1960, donc elle n’avait pas encore l’importance acquise depuis avec tout l’argent en jeu. C’est pourquoi un grand débat est né entre les supporters de Colo Colo et ceux de l’Universidad de Chili, les premiers assurent que le « Ballet Azul » n’a gagné que des matches amicaux et pas de matches officiels. Cette équipe a réalisé une belle tournée européenne en 1963 mais seulement de matches amicaux. C’est comme lorsque l’on parle d’un but de Marcelo Salas contre l’Angleterre qui est vu comme l’un des plus beau de l’histoire au pays, mais a été inscrit lors d’un amical, l’enjeu n’est pas le même. Pour les dix ans du but, le journal La Tercera a appelé plusieurs joueurs anglais et ils ne comprenaient pas comment ils pouvaient appeler d’Amérique du Sud pour parler d’un but lors d’un match amical.

C’est au même moment que nait la grande rivalité entre Colo Colo et Universidad de Chile. En 1959.

Oui cette année fut déterminante. L’Universidad de Chile, comme son nom l’indique, était associée aux étudiants et aux intellectuels. Colo Colo était l’équipe du peuple. Sur l’écusson de la U on peut y voir une chouette qui est le symbole du savoir. C’est pour ça que les gens de mon âge ont beaucoup de mal à comprendre pourquoi les jeunes de maintenant l’ont remplacé par un lion qui n’est même pas propre à la U de Chile, il figurait sur l’écusson du Deportes Concepción (NDLR : aujourd’hui en Primera B). Les jeunes se sont appropriés ce nom et celui du Bulla qui est le murmure de la Barra.

La rivalité Colo Colo – U commence avec un match pour le titre en 1959. Ce que personne ne dit c’est qu’il manquait le meilleur joueur de Colo Colo, Cua Cuá Hormazabal, avec lui l’histoire aurait peut-être été différente. C’est comme si l’Argentine joue sans Messi ou la Colombie sans le Falcao d’avant sa blessure. Ce match marque une rivalité, la U monte une grosse équipe alors que Colo Colo arrive avec un groupe moyen. C’est quelque chose de psychologique, quand la U est bien Colo Colo va mal, toute l’histoire est comme ça, il est compliqué de trouver une finale entre les deux outre celle de 59. Dans les années 60, le championnat se joue généralement entre les deux Universités : Universidad de Chile et Universidad Católica. L’Universidad Católica représente les riches, les aristocrates, alors que la U de Chile représentait plus la classe moyenne donc il y avait aussi une rivalité socio-économique. Lors de cette décennie Colo Colo n’a gagné que 4 matches officiels contre l’Universidad de Chile, le reste furent des nuls ou défaites. Il y avait une énorme supériorité lors de cette décennie grâce à un très bon groupe emmené par Leonel Sánchez, le fameux Ballet Azul.

Certains assurent pourtant que cette rivalité a commencé en 1940 suite à un coup donné par un joueur nommé Balbuena envers un autre de Colo Colo lors du Torneo Metropolitano…

Il est très facile de réfuter cette théorie car l’Universidad de Chile venait juste d’arriver dans le football professionnel en 1938. Il est très simple en regardant les chiffres des billets, de l’affluence de confirmer que le phénomène U de Chile arrive en 1959. Leur surnom alors est pris d’une équipe colombienne, Millonarios où Di Stéfano ou encore Pedernera qui jouaient en bleu et fut surnommé « El Ballet Azul », une équipe faite d’Argentins comme Julio Cozzi, Gallego Báez ou les deux cités plus tôt. Il y a quasiment unanimité parmi les spécialistes comme le sociologue et supporter de la U, Eduardo Santa Cruz qui parle de l’année 59 comme point de départ de cette rivalité.

Après sa décennie de domination, la U va alors chuter. Le Chuncho ne gagne plus jusqu’en 1994.

Oui. La U remporte les titres de 59, 62, 64, 65, 67 et 69 et à partir de là elle doit attendre 25 ans. D’ailleurs il y a une chose intéressante à ce sujet : la hinchada de la U est la plus fanatique du Chili, la plus organisée et a copié énormément de choses des Barras argentine alors que la hinchada de Colo Colo se comporte plus comme un mouton pour reprendre l’expression populaire. Elle ne veut que gagner, elle n’apparait que quand l’équipe est victorieuse alors que celle de la U est plus fidèle et se sacrifie plus. Le supporter de Colo Colo n’aurait jamais toléré être 25 ans sans titre alors que celui de la U l’a fait.

Et cette chute de la U à quoi est-elle due, aux joueurs, à des facteurs externes ?

Bonne question… Ce qu’il se passe c’est que la U a commencé à avoir des problèmes économiques. Il y a aussi un point psychologique, à cette époque (entre 59 et 69) la U a réussi quelque chose de très difficile, renouveler son effectif tout en continuant à gagner. Par exemple dans les buts ils avaient Manuel Astorga et Adolfo Nef. La U a été championne avec les deux. A droite Luis Eyzaguirre puis el Crudo Gallardo, également Pluto Contreras suivi de Juan Rodríguez, Humberto Donoso et Alberto Quintano, je peux vous donner la formation complète mais je ne voudrais pas vous ennuyer. C’est ce que la U a su faire le mieux, renouveler son effectif de telle manière à ce qu’elle était capable de continuer de gagner. Ce fut une équipe révolutionnaire car elle travaillait aussi avec des assistants sociaux et organisait des colonies de vacances lors desquelles le club envoyait les joueurs à la plage. Ils avaient des assistants, des dentistes et autres mais les joueurs devaient absolument avoir de bonnes notes car il y avait aussi des professeurs lors de ces colonies pour leur permettre d’apprendre certaines matières. Ce fut un processus qui ne s’est jamais répété. Cette équipe a atteint son apogée et il était donc impossible de faire mieux, elle ne pouvait que régresser.

S’il y avait bien un club lié à la dictature, c’était la U

Ensuite vint le coup d’état et l’arrivée de Pinochet et ce sont plutôt des équipes plus modestes comme Unión Española, Huachipato, Everton et Palestino qui dominent le championnat. A quoi est-ce dû ?

Il y a un cycle négatif de Colo Colo à cette période, les Albos remportent le titre en 1972 et ensuite plus rien jusqu’en 1979, 7 ans c’est beaucoup pour un supporter qui est habitué à gagner. Dans ce lapse de temps, la dictature, comme il se passe avec toutes les dictatures de l’époque, a recours au football pour cacher beaucoup de choses.

La Junte via, une banque, place à la tête de Colo Colo un Président aux idées de droite qui s’appelait Luis Alberto Simián et qui était fils d’un ancien gardien de la U de Chile, Eduardo El Pulpo Simián. Je l’ai d’ailleurs retrouvé il y a deux semaines à Iquique et il m’a dit « je n’avais que 33 ans alors, je ne connaissais rien et ils m’ont mis à ce poste… ». La dictature le nomma alors à la Junte militaire du gouvernement (NDLR : Ministère de la Justice actuellement) et en sortant il vit 50 journalistes. Non habitué aux micros et caméras ce qui allait lui faire dire une bêtise restée célèbre « Je suis ici pour exécuter les ordres du gouvernement militaire ».

Grâce à la banque, le gouvernement injecte des ressources à Colo Colo mais comme il s’est toujours passé, notamment avec les Galácticos, l’argent ne fait pas tout. On peut acheter plusieurs grands joueurs mais les faire fonctionner entre eux est plus compliqué. Les anciens se demandaient toujours comment serait une équipe avec Pelé et Di Stéfano ensemble, mais en fait personne ne comprenait mieux Pelé que Coutinho et personne ne comprenait mieux Di Stéfano que Puskas et Gento. Il y a toujours un duel d’égos, il ne doit y avoir qu’un seul chirurgien dans le pavillon. S’il y en a plusieurs le patient meurt…

Justement, alors que le gouvernement a soutenu financièrement Colo Colo, l’Universidad de Chile a connu de gros soucis d’argent un peu plus tard à cause de la loi sur le plafonnement de salaires dans les universités.

Oui, cela se confirme avec l’exemple suivant. Fernando Riera venait d’être troisième avec le Chili à la Coupe du Monde 1962, il débarque ensuite en Europe au Benfica d’Eusebio, finaliste de la Coupe d’Europe et l’Universidad Católica le récupère en 1965. Son salaire à cette époque était de 30 millions de pesos par mois alors que le recteur de la Católica ne gagnait lui que 5 millions donc cela a fait débat. Logiquement, tout cela a mal fini.

Le lien entre Pinochet et Colo Colo, c’est aussi la célèbre histoire de « l’Estadio Pinochet » ?

En temps de dictature, il exista tout ce mythe sur le stade de Colo Colo connu sous le nom du « Estadio Pinochet ». Ce stade serait le deuxième de Colo Colo après le stade de Carabineros de Mapocho que Colo Colo a dû vendre car sa proximité avec le fleuve empêchait de soutenir les travaux nécessaires à la construction d’un stade qui aurait dû accueillir 110 000 personnes et ainsi en faire le deuxième plus grande d’Amérique du Sud après le Maracanã. Avec l’argent récolté grâce à la vente du stade, le club acheta alors el Hoyo de Pedrero où se trouve actuellement l’Estadio Monumental. Si on explique cela à un supporter de la U de Chile cela ne changera rien, il continuera de dire que c’est le stade de Pinochet. Alors que s’il y avait bien un club lié à la dictature, c’était la U et cela peut être prouvé. Le Président de la U, Rolando Molina était lié à la dictature et Ambrosio Rodríguez a vu Pinochet créer un poste juste pour lui à la Moneda (NDLR : Palais Présidentielle du Chili), celui de Procureur Général de la République. D’ailleurs un entraîneur de l’Universidad de Chile, Luis Santibañez, a signé son contrat à la Moneda dans le bureau d’Ambrosio Rodríguez.

Tout ce débat sur le stade, souvent lancé par les supporters de la U, part de pseudo arguments comme la Une du journal la Tercera (voir photo). Pinochet a volontairement utilisé Colo Colo une semaine avant le plebiscito nacional (référendum chilien) affirmant offrir 300 millions de pesos de l’époque alors que Colo Colo avait déjà résolu cela grâce à une collecte et à la vente de Diego Rubio à Bologne qui a apporté 750 000 dollars en liquide dans les caisses, une fortune à cette époque. Avec cet argent, Colo Colo a terminé son stade. Comme Pinochet a perdu le référendum le club n’a rien reçu et de toute façon ces 300 millions allaient être destinés à la deuxième phase du stade pour un gymnase, une piscine et un camp d’entrainement. Le stade était déjà là.

terceraMais si on veut croire La Tercera, qui était un journal de droite, croyons la totalité des informations. Regardez la une. Ici on peut lire que les communistes appellent à attaquer le secteur central et Barrio Alto de Santiago (il montre le nº1), pendant une dictature ! Comment une dictature va permettre que l’on attaque le Barrio alto (quartier riche de Santiago). Ici (il montre le n°2), on peut lire que le « Oui » remporte le plebiscito, chiffres à l’appui. Quelle dictature va permettre que le parti communiste menace d’attaquer un secteur, sans parler des résultats du référendum… Alors, on peut toujours croire le titre mais alors, il faut aussi lire ce qu’il y a en dessous où il est stipulé que c’est pour la deuxième phase du stade. Pinochet perd le référendum et ne donne pas un sous. Le lendemain de cet article, le général des sports du Chili débarque à la Moneda et dit à Pinochet que finir le stade de Colo Colo affecterait au stade Nacional qui était le stade le plus grand. Mais bon, c’est une lutte vaine, on peut torturer les supporters de la U qu’ils continueront de dire que c’est le stade Pinochet.

Finalement Pinochet a juste essayé d’utiliser le club le plus populaire une semaine avant le référendum pour tenter de gagner grâce aux votes de tous les colocolinos, un peu comme l’a fait Sebastián Piñera plus tard qui a profité de son poste à la tête de S.A qui contrôlait Colo Colo pour se hisser vers la présidence du pays grâce aux votes. Ça a toujours été comme ça.

« mientras Colo Colo gana, el Chicho esta seguro »

Si Colo Colo a accompli son projet de stade, l’Universidad de Chile a, de son côté, des soucis pour disposer de son propre antre depuis plusieurs années maintenant. Pourquoi ?

Le club a annoncé la construction d’un stade à sept reprises et ne l’a toujours pas. Il avait un terrain dans la zone la plus chère de Santiago qui est maintenant l’avenue Kennedy, là où est le centre commercial Parque Arauco. Ce terrain a été offert aux militaires par Rolando Molina et Ambrosio Rodríguez. A partir de là tous les projets sont restés des promesses. Donc le supporter de la U préfère parler d’un supposé « stade Pinochet » pour éviter le sujet de son propre projet de stade qui fut notamment offert aux militaires par ses dirigeants.

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Et dans les tribunes le sujet de la dictature était tabou ou les gens en parlaient ?

Un chapitre de l’histoire du football chilien est étroitement lié à la politique. Celui de Colo Colo 1973, l’équipe qui a retardé le coup d’état. C’était une équipe très populaire mais qui en plus jouait très très bien avec d’excellents joueurs. On a la chance d’avoir des archives de buts comme celui inscrit par Caszely devant 80 000 personnes qui crient « se pasó, se pasó, se pasó » (NDLR : il abuse, il abuse, il abuse). Comme c’était l’équipe du peuple, les gens s’identifiaient avec ce groupe alors que le pays était à l’arrêt à cause d’une grève des routiers et transports en octobre 1972, le tout mené par la CIA qui offrait de l’argent aux propriétaires des camions pour les laisser à l’arrêt et ainsi paralyser tout le pays. Mais quand Colo Colo jouait, la multitude était présente dans le stade, arrivant à pied, en autostop ou en montant sur les véhicules en route. C’était le seul facteur qui unifiait les gens dans un pays complètement à l’arrêt. Les 80 000 personnes étaient toujours présentes. Je vivais alors dans le centre et je marchais jusqu’au stade Nacional, une cinquantaine de minutes. Cette équipe était vraiment liée à la politique car Salvador Allende, qui était très populaire, soutenait Colo Colo et plusieurs des joueurs Albos sympathisaient avec ses idéaux en commençant par l’entraineur qui était un professeur, Luis Álamos – celui qui créa le Ballet Azul d’ailleurs -, Caszely aussi qui prenait part à des travaux volontaires du parti communiste, Guillermo Paéz ou Osorio également. Les joueurs vivent généralement dans leur bulle et ne se prononcent pas sur la politique mais dans ce groupe plusieurs joueurs soutenaient Allende. Quand Colo Colo gagnait, la multitude hissait des bouts de papier en flamme telles des flambeaux pour fêter les triomphes ce qui a poussé les conseillers américains à attendre. On peut se rendre compte que tant que Colo Colo gagne il ne se passe rien.

Colo Colo perd alors la finale de 73 contre Independiente, et justement cette semaine un document est sorti qui prouve ce que l’on a toujours su, qu’Independiente achetait des arbitres. Je vais vous donner 2 exemples : Independiente remporte la Copa Libertadores 64 et lorsqu’il joue contre l’Inter d’Helenio Herrera, il perd 3-0 au premier match. J’ai vu cette rencontre et l’écart était énorme, parce qu’en Europe ils ne pouvaient pas faire ce qu’ils faisaient en Amérique du Sud comme contre Colo Colo en 73. Independiente perd ensuite 3-0 contre l’Ajax. Ici les 4 défenseurs d’Independiente levaient la main à chaque attaque rivale et l’arbitre sifflait hors-jeu. Les joueurs arbitraient le match car les hommes en noir étaient soudoyés. Vous trouverez tous les détails dans mon livre (“Colo Colo 1973. El equipo que retrasó el golpe ») et a été suivi de plusieurs documentaires sur ce sujet. Maintenant les dialogues téléphoniques de Grondona, qui fut président d’Independiente pendant longtemps, sont une preuve en plus. A Colo Colo, il y avait deux anciens joueurs d’Independiente Mario Rodríguez et Raúl Decaria qui expliquèrent aux joueurs de Colo Colo comment il fallait faire : l’arbitre allait venir à l’hôtel et prendre un café pour qu’ils puissent le payer, les joueurs étaient d’accord mais le Président de l’époque Hecto Gálvez, un homme très honnête, refusa et on peut voir le résultat dans les 3 matches.

Lors du premier à Avellaneda, Colo Colo prend les devants, 2 minutes plus tard Ahumada, le deuxième meilleur attaquant derrière Caszely est expulsé. Le but argentin vient après une énorme faute sur le gardien qu’ils poussent littéralement dans les cages, les images existent. Lors du match ici au Chili il y a un but refusé de Caszely alors que 6 joueurs couvrent le hors-jeu, 6 ! Lors du troisième match à Montevideo un but de Caszely est encore annulé et il est même agressé devant l’arbitre et termine avec un œil au beurre noir. Sur le but d’Independiente deux attaquants sont derrière le gardien ce qui était un hors-jeu passif mais ce n’est pas signalé…

Mais tout cela ils ne pouvaient pas le faire en Europe. C’est pourquoi ils ont perdu 3-0 contre l’Inter et l’Ajax. Toute cette mafia ne pouvait pas être faite en Europe. Cette équipe de Colo Colo était très importante pour le peuple, il y avait d’ailleurs une phrase célèbre à l’époque : « mientras Colo Colo gana el Chicho esta seguro » (NDLR : tant que Colo Colo gagne le Chicho Allende est sûr). Un autre exemple, à La Moneda il existe un changement de gardes qui est souvent suivi par les touristes. A l’époque l’orphéon des Carabineros a chanté l’hymne de Colo Colo, ce qui n’est plus jamais arrivé ensuite pour aucun autre club. C’est la seule fois car cela représentait tout le pays.

Colo Colo perd la finale le 5 juin, après trois arbitrages honteux. Le 29 se produit le premier essai du coup d’état avec les chars, le fameux « tancazo » contrôlé par le Général Prats. En août, la grande majorité de Colo Colo se vêtit de rouge avec la sélection pour jouer contre le Pérou pour se qualifier pour la Coupe du Monde 1974 en Allemagne, le peuple suit toujours les mouvements de Colo Colo qui constituent en grande majorité la Roja. Le Chili se qualifie contre le Pérou à Montevideo avant de remporter la Coupe Carlos Dittborn face à l’Argentine, la seule remportée par le Chili, avec 10 joueurs de Colo Colo en sélection. L’Argentine a remporté le premier match 5-4 et le Chili a gagné le retour ici 3-1. Vous voyez ? Quand Colo Colo perd (la Libertadores), le même mois c’est le « tancazo », Colo Colo continue de jouer en tant que sélection avec 10 joueurs et remporte la Coupe Carlos Dittborn et se qualifie ensuite contre le Pérou fin août. Le coup d’état arrive la 11 septembre donc 2 semaines plus tard, une fois l’euphorie passée. Je peux vous raconter quelques scènes que j’ai vues à l’époque et que je n’ai ensuite plus jamais revues. En plein centre à la Plaza de Armas, un supporter de Colo Colo commençait à applaudir et tout de suite un groupe suivait dans une rue piétonne pour arriver dans le quartier d’un joueur brésilien de Colo Colo, Elson Beyruth. Si le Brésilien était chez lui, il saluait alors par la fenêtre et les gens se dispersaient. Je n’ai jamais revu ce genre de chose, ni des gens parler football sur la Plaza de Armas. Cette équipe avait des joueurs très charismatiques comme Chamaco Valdés ou Caszely et il est important de se rendre compte que nous avons de la chance que des images de cela existent.

Après le coup d’état, beaucoup de gens ne sont plus revenus à l’Estadio Nacional

Carlos Caszely, Chamaco Valdés de grands joueurs de l’histoire de la sélection chilienne et deux joueurs emblématiques du fameux Chili – URSS…

Pour les 25 ans de ce match, j’ai fait un reportage de 8 pages dans le magazine Don Balón Chile car il n’y avait pas de photos du match aller. On a pu voir 3 photos qui ont fait le tour du monde dont celle du magazine Kicker allemand, j’ai l’original et le magazine a scanné cette photo. C’est très simple de prouver que j’ai l’original de cette photo sur laquelle on voit le gardien Juan Olivares, Elías Figueroa et Alberto Quintana, c’est la meilleure photo car elle est en couleur. Ensuite il y a celle des câbles en noir et blanc. Il n’y en avait aucune de l’équipe jusqu’à ce que je sache qu’Eduardo Herrera, ancien joueur qui vit à Rancagua, avait pris une photo. J’ai voyagé à Rancagua et utilisé cette photo pour le reportage de 8 pages sur Don Balón. Ensuite un journaliste a écrit un livre et utilisé cette même photo, l’appelant « el partido de los valientes » (le match des courageux). Aujourd’hui nous avons accès à d’autres photos, je crois qu’il y en a 9 en tout. Un étudiant russe m’en a envoyé, j’ai même dû faire des traductions avec google. Ce match est devenu un mythe car personne ne l’a vu, il ne fut pas retransmis, il n’y avait aucune image. Par exemple l’arbitre brésilien du match Armando Marques a assuré à un journaliste chilien qu’il avait le match chez lui mais c’est faux, personne n’a vu ce match à part ceux qui étaient présents.

Un cinéaste chilien, Sebastián Alarcón, qui assurait avoir pleins de contacts au sein du parti communiste n’a jamais réussi à avoir ces images. Il n’existe aucune vidéo de ce match (le match aller), seulement ces quelques clichés. C’est ce qui a alimenté le mythe en plus du résultat favorable du Chili. Car si le Chili avait perdu, peut-être que l’URSS serait venue jouer le match retour. L’URSS a refusé de venir en parlant de camp de concentration. D’accord avec ça, mais ce camp fut levé deux semaines auparavant. Les prisonniers furent délogés vers Chacabuco, au Nord. Derrière le stade, il y avait le Vélodrome où beaucoup d’exécutions avaient lieu. Mais beaucoup de gens ne savent pas qu’avant cette fameuse rencontre, le Chili a joué deux matchs amicaux, contre Cerro Porteño et Atlanta, dans un stade libre. J’étais à ces deux matchs. Je sais même qui était l’homme de confiance de la dictature qui avait décidé que le chili devait marquer dans le but vide. Patricio Vildósola qui a 86 ans aujourd’hui et dispose toujours d’une grande mémoire, un Pinochetista qui l’assume complètement. Il fut le cerveau de cette action de marquer dans le but vide, ce qui était complètement dément car en plus ils sont deux fois hors-jeu, c’était surement un but non valable. Ensuite viennent toutes les confusions comme par exemple Caszely qui assure qu’il n’était pas d’accord alors qu’on le voit sur les images aller chercher le ballon avec Reinoso dans le but.

chili90Et dans le football en général a-t-on senti des changements après le coup d’état ?

On a pu ressentir des changements après le coup d’état oui. Par exemple, beaucoup de gens ne sont plus revenus à l’Estadio Nacional. L’autre jour un taxi m’a laissé en dehors du stade. Il ne voulait pas rentrer car il fut prisonnier là-bas. Certaines personnes ne veulent plus y retourner et ce malgré le retour de la démocratie et la cérémonie de « nettoyage » avec Patricio Aylwin qui s’est terminée avec un énorme drapeau chilien couvrant toute la pelouse. Après le coup d’état, l’affluence diminua jusqu’à la grande campagne d’Unión Española qui atteignit la finale de la Libertadores 1975 et fut également volée par Independiente.

Lors du premier match, l’Unión s’imposa 1-0 à Santiago, lors du deuxième alors que les deux équipes sont à 1-1 à la pause, l’arbitre est agressé (rupture de la pommette gauche) et suspend la fin de la rencontre ce qui faisait d’Unión Española le vainqueur. Mais il fut ensuite menacé, armes à la main, pour reprendre le match. Independiente s’imposa finalement 3-1 avec un pénalty imaginaire et l’expulsion de Mario Soto, le meilleur défenseur d’Unión. Vraiment toute l’histoire d’Independiente est truffée de scandales. En 1964, contre l’Inter d’Helenio Herrera, Independiente s’imposa 1-0 sur ce continent avant de perdre 2-0 en Italie puis 1-0 à Madrid pour le match desempate. Lors de la victoire 1-0 d’Independiente, le ballon n’avait pas franchi la ligne et l’arbitre dit alors que si. Aucune image ne peut le prouver. L’arbitre avait peur, il était menacé. Toute la campagne d’Independiente fut comme ça. Un peu plus tard Maradona accusa Independiente d’avoir apporté le dopage en Argentine.

Vous nous parliez de changements ressentis après le coup d’état avec la diminution de l’affluence dans les stades, mais comment les tribunes chiliennes ont réagis à ce coup d’Etat ? Y-avait-il des contestations ?

Vous savez dans le monde du football que ce soit les joueurs ou les supporters, ils vivent tous dans leurs bulles donc ils ne se mélangent pas vraiment avec le reste. Après le coup d’état l’affluence diminue, mais comme je le disais, suite à la belle saison d’Unión Española en 1975 les gens sont revenus dans les stades. Tout est lié aux résultats. Cela toujours été comme ça dans tous les pays.

Les rumeurs sur Pinochet qui était un supporter de Santiago Wanderers sont-elles fondées ?

Oui. Il est né à Valparaíso. Mais ce qu’il se passe, c’est qu’à Colo Colo, le président Patricio Vildósola a invité Pinochet en tant que socio honorario comme tous les autres présidents. A vrai dire Pinochet n’aimait pas le football et maintenant Colo Colo lui a enlevé les droits de socio.

En 1962, les dirigeants ne gagnaient pas d’argent, ils vivaient alors pour le football et non du football

On va conclure notre entretien par un retour en 2015 et l’organisation de la Copa América. Comme en 1962, c’est une énorme fierté pour le Chili d’être pays hôte ?

Dans l’histoire du Chili, les dirigeants ont majoritairement été bons. Nous avons eu de meilleurs dirigeants que de joueurs. Par exemple, la Coupe du Monde 1962 fut organisée par les dirigeants Ad honorem, sans ressources, sans télévision, sans sponsors. Ils ont tous travaillé Ad honorem. Je connais un dirigeant qui a 92 ans, Don Agustin Prat, qui a peint les places du stade de Viña del Mar. Il demanda au commandant de lui céder quelques soldats pour pouvoir peindre les places. Les dirigeants ne gagnaient pas d’argent, ils vivaient alors pour le football et non du football. Dans les clubs des colonies, il y avait des mécènes : il y avait un entrepreneur arabe qui finançait Palestino, un entrepreneur espagnol qui finançait Unión Española et un italien qui finançait Audax Italiano. Ils mettaient tous la main à la poche.

Il eut également un cas mondialement connu, un dirigeant volait de l’argent de la banque centrale pour financer son club jusqu’à ce qu’il fut découvert (NDLR, il s’agit de Fernando Jaramillo Phillips). Il avait mis au point un système très intelligent : tous les vieux billets sont brulés donc ce qu’il faisait c’était de remplacer ces billets par du papier journal et sur la première couche il laissait des billets. Grâce à cette entourloupe, il finançait son club Green Cross. Une histoire passionnante parce qu’alors qu’il est tout proche de se faire attraper, il décide de fuguer avec son amant en Argentine en passant par la Cordillère. Il embauche des muletiers, mais la police l’intercepte dans la précordillère grâce à un hélicoptère payé par la banque. Le détective qui débarque pour l’arrêter est un ancien joueur de football passé par Magallanes, Universidad de Chile et la sélection chilienne. Il s’appelait en plus Marcelo Salas comme le Matador.

Cette ferveur des supporters mais aussi dirigeants, qui parfois dépassent même les limites, permet donc au Chili d’organiser de beaux tournois non ?

Tous les tournois organisés par le Chili sont très bons. Après la Coupe du Monde en Angleterre, tous les émissaires étrangers ont assuré que celui du Chili fut largement supérieur. Même dans le secteur économique, le bilan fut très positif. L’organisation aussi. Pareil pour les Copa América, le Chili en a organisé beaucoup, la première fut en 1920 à Viña del Mar, ensuite 1926 à Nuñoa proche du Nacional, celle de 1991, elles furent toutes un grand succès sur et en dehors des terrains.

Le Chili peut gagner ce tournoi pour la première fois de son histoire lors de cette 44e édition ?

J’ai des doutes. Les médias ont convaincu les gens que la génération actuelle était la meilleure de l’histoire du Chili. Même si c’est complètement faux, certains y croient. Le Chili a presque toujours battu la Bolivie historiquement, donc que les supporters chantent l’hymne A capella car le Chili bat la Bolivie, c’est de la folie. Qu’ils aillent sur la place fêter les victoires contre l’Uruguay, le Brésil ou l’Argentine d’accord mais pas contre la Bolivie. Il y a une vague qui est très difficile de contrôler, car les médias vont dans ce sens car si le Chili marche eux aussi. Ils vendent plus et ont plus d’audience.

Quelle serait alors la meilleure génération chilienne de l’histoire ?

On pourrait en débattre un moment, mais si on s’appuie sur les statistiques, celle de 1962. Personne n’a réussi à faire mieux, être troisième dans une Coupe du Monde de 16. Et de cette équipe chilienne, il y a 6 joueurs qui pourraient être les meilleurs joueurs de tous les temps à leur poste. Les gens disent « oui mais beaucoup de joueurs de la génération actuelle jouent en Europe ». D’accord mais la génération bolivienne, la Péruvienne, l’Équatorienne aussi… Ce qu’il se passe, c’est que nous ne vivons plus dans le même monde.

Donc le Chili ne peut pas gagner cette édition ?

J’espère vraiment que le Chili va gagner, car on s’enlèverait un énorme poids des épaules, mais aussi un préjugé de n’avoir rien gagné. Il y a 3 pays qui n’ont jamais gagné la Copa América et nous sommes l’un de ces 3 pays. Le Pérou et la Bolivie l’ont gagné. Je le compare souvent aux concours de beauté, les Chiliennes n’avaient jamais gagné Miss Monde ou Miss Univers donc un complexe est née, celui comme quoi les Chiliennes n’étaient pas belles et qu’elles ne pouvaient pas lutter contre les Vénézuéliennes par exemple. Mais les Espagnoles n’avaient pas gagné non plus et personne ne disait que les Espagnoles n’étaient pas belles. Jusqu’à ce que Cecilia Bolocco ne gagne et que tout le monde fête cette victoire. Depuis, plus personne ne reparle de ce complexe d’infériorité des Chiliennes donc si le Chili gagne la Copa, en plus de la joie, cela serait un énorme soulagement.

Propos recueillis par Nicolas Cougot, Nicolas Faure et Bastien Poupat à Santiago. Traduction Nicolas Faure

Lucarne Opposée

Derrière Lucarne Opposée – Chili 2015, Nicolas Cougot, Nicolas Faure et Bastien Poupat, trois journalistes freelance partis aux quatre coins du Chili pour offrir une immersion totale, en temps réel, dans la plus grande compétition du continent et faire découvrir l’histoire du Chili et de son football à travers photos, vidéos et récits.