Non sans douleur l’Argentine sauve sa peau et décroche la deuxième place du groupe synonyme de quarts de finale. Pendant ce temps, la Colombie déroule, le Paraguay attend un miracle.

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L’Argentine sauve les apparences

Par Nicolas de la Rua

À défaut d’un grand match l’Argentine est parvenue à décrocher ce qu’elle souhaitait : une victoire qui la qualifie pour les quarts de finale de Copa América où elle affrontera le Venezuela ce vendredi. Peu importe que le jeu offensif soit pauvre, que l’animation défensive soit ubuesque ou qu’aucun circuit préférentiel ne permettent à l’Albiceleste de sortir un ballon proprement. Non, faute de mieux, seule la victoire nous intéresse. Une élimination dès le premier tour qui plus est sur une défaite face au Qatar aurait eu l’effet d’une bombe en Argentine. Alors certes le jeu proposé est très faible mais les joueurs ont relevé la tête pendant que Lionel Scaloni et Chiqui Tapia ont sauvé la leur. Si la victoire n’est pas venue par le jeu, d’autres ingrédients ont permis à la bande à Messi d’obtenir ce précieux succès. Des valeurs chères à un grand nombre d’hinchas, « los huevos y el corazon » (aucun lien avec l’omelette). Car oui l’Argentine a montré beaucoup d’envies, et grâce à une grosse intensité mise dès le coup d’envoi, Lautaro Martínez est parvenu à ouvrir le score à la quatrième minute de jeu profitant d’une relance ratée de la défense adverse. Si le pressing mis en place par Scaloni fonctionne plutôt bien, dès que les courses faiblissent et se font moins précises le Qatar parvient trop facilement à créer du danger sur le but de Franco Armani. Par de longs ballons dans le dos d’une défense à la peine ou des renversements de jeu non contrôlés par les latéraux, le Qatar bouscule l’Albiceleste. L’animation défensive de l’Argentine est incohérente, la défense tremble beaucoup trop facilement. Disposée en 4-3-3 avec milieu composé de Lo Celso, Paredes et De Paul (le meilleur argentin pour nous hier soir) et avec un Messi placé derrière les attaquants mais disposant d’énormément de liberté sur tout le front de l’attaque (et du milieu et même de la défense), la présence offensive s’en ressent. Malgré l’absence d'enchaînement fluide, l’Argentine arrive à se mettre en bonne position à plusieurs reprises sans parvenir à tuer le match et s’expose donc aux tentatives qataries. Sur coup franc, en fin de première mi-temps, Armani est sauvé de justesse par son poteau alors que son mur n’est pas bien placé (l’homme de base préférant vaquer à ses occupations plutôt que d’écouter les indications de son portier). La frappe astucieuse au premier poteau d’Al Rawi est proche de semer le doute dans les têtes d’une équipe en panne de confiance. Si l’intensité a baissée au fil du match, le pressing lui a été plutôt régulier. Dans une seconde période davantage maîtrisée, l’Albiceleste va multiplier les tentatives. Avec un Messi dans une position d’enganche, Agüero et Lautaro sont proche d’inscrire le but du break. Mais il faudra attendre les dix dernières minutes pour voir une équipe, un stade, un pays, enfin respirer. Le second but de la rencontre est signé Sergio Agüero qui, seul face à deux défenseurs, fait parler sa puissance pour déborder ses gardes du corps avant de croiser sa frappe. C’est fini, l’Argentine s’impose et profite de la défaite du Paraguay face à la Colombie pour ravir la deuxième place du groupe B. En quart de finale l’Argentine sera opposée au Venezuela qu’elle affrontera vendredi 28 juin à 21 heure (heure française). Souhaitant à Lionel Scaloni et ses joueurs qu’ils se mettent rapidement au travail car si la victoire fait du bien, l’Argentine et loin d’avoir (re)trouvé son football. L’Albiceleste est une équipe malade qui débute son long voyage vers la guérison.

Le Qatar ressortira grandi

Par Jordan Bozonnet

En participant à cette compétition pour la première fois de son histoire, le Qatar avait pour but de « gagner en expérience et que les joueurs s’en servent pour être plus forts », selon Félix Sánchez, le technicien espagnol des Maroons. Cette expérience, ils l’ont eue. Et ils en sortiront plus forts. Vainqueurs de la Coupe d’Asie en début d’année, les Qataris ont montré des choses intéressantes sur lesquelles Félix Sánchez devrait continuer de s’appuyer dans les prochains mois. La construction des actions a été agréable à analyser. C’est souvent Afif, redescendu bas sur le terrain, qui prenait les clés du jeu à son compte. Libre dans sa position, il était difficile pour l’adversaire de prévoir ce qu’il allait faire. Au milieu de terrain, Madibo a confirmé tout son potentiel et les espoirs portés en lui. Véritable récupérateur, il a été un des maillons fort de son équipe. La pépite Ali Almoez, meilleur buteur à la Coupe d’Asie en début d’année et seul buteur du Qatar pendant la Copa América, a eu du mal à exister comme à son habitude, souvent trop esseulé sur le front de l’attaque. Défensivement, ça a été compliqué. Les entames de match ont été catastrophiques. En témoigne celles face au Paraguay et l’Argentine où les défenseurs perdaient tous leurs moyens pour des raisons inconnues. Ces débuts compliqués ont souvent été suivis d’une nette amélioration dans le jeu et les intentions. Face à l’Argentine, pour le dernier match du groupe, le petit émirat du Moyen-Orient n’a pas vraiment existé. La marche était trop haute. Pourtant, ça ne respirait pas la sérénité du côté de l’Albiceleste. Mais le dernier geste était imprécis, les interventions se faisaient en retard et le duo Almoez-Afif commençait à s’essouffler. Une des limites se pose ici. Si Almoez n’est pas en forme, ou Afif, ou pire, les deux, sur qui peut reposer le Qatar ? Malheureusement pas grand monde. Le collectif est intéressant mais les individualités sont encore limitées. La route est longue d’ici 2022 et leur Coupe du monde à la maison. L’année prochaine, les Maroons reviendront en Amérique du sud pour la Copa América 2020 pour laquelle ils sont invités. De quoi continuer leur apprentissage porteur d’avenir qu’il faut encore polir.

Neuf sur neuf pour la Colombie

Par Pierre Gerbeaud

Dix changements par rapport au onze aligné contre le Qatar. Seul Juan Guillermo Cuadrado était reconduit. Voilà pour les choix faits par Carlos Queiroz pour ce dernier match de la phase de groupe. Difficile donc de trouver ses repères et dès la deuxième minute Derlis González a eu l'occasion d'ouvrir le score mais perd son duel seul face à Álvaro Montero, le portier colombien. L'orage passé, la Colombie a posé sa patte sur ce match et a tranquillement géré. Rien de plus. Contrôle du ballon, quelques accélérations avec une connexion Luis Díaz-Edwin Cardona qui a plutôt bien marché et ça a suffi pour venir à bout de ce Paraguay. Un seul but, une frappe de Cuéllar entre les jambes du gardien paraguayen à la demi-heure de jeu pour sceller le sort du match. Après la pause, la Colombie a géré tranquillement son match, sans être en danger ou presque. Ceux qui sont habituellement remplaçants, comme Jhon Lucumí, Gustavo Cuéllar ou Luis Díaz ont été bons. Le joueur de Junior aurait même pu marquer son premier but en compétition officielle mais l'intervention de l'arbitre vidéo en a décidé autrement. Comme sur l'intervention de Junior Fernández sur le même Luis Díaz dans la surface, jugée illicite dans un premier temps, avant d'être revue dans le camion pour déjuger l'arbitre principal.

À peine sollicitée, la défense cafetera n'a eu besoin de s'employer que dix minutes sur le match. Cinq minutes à l'heure de jeu, juste après l'entrée d'Iturbe, où le Paraguay a eu deux approches. Puis cinq minutes juste après l'entrée d'Óscar Romero à dix minutes de la fin avec notamment beaucoup de centres, facilement renvoyés par le défenseur central de Genk. Très décevante la sélection Albirroja n'a pas montré les signes d'une équipe qui jouait sa qualification sur ce match. Pas de pressing, Óscar Cardozo et Miguel Almirón invisibles, un milieu de terrain complètement mangé. Le constat est violent et les joueurs de Berizzo, qui a énormément de travail avant le début des qualifications pour la Coupe du Monde 2022, vont maintenant prier pour espérer un match sans vainqueur ce soir entre le Japon et l'Équateur pour arracher un billet en quarts de finale contre le Brésil. Même si le match contre l'Argentine a été plutôt correct, ça serait cher payé.

Avec trois victoires en trois matches, la phase de groupe des coéquipiers de James Rodríguez est évidemment plus que satisfaisante. S'il est bien trop tôt pour espérer un scénario similaire à la Copa América 2001, les voyants sont au vert avant d'entamer la phase à élimination directe. Carlos Queiroz l'a d'ailleurs dit en conférence de presse après le match, « la véritable Copa América commence maintenant. On est dans la partie de tableau où il y a tous les favoris sauf le Brésil. On sait que vendredi ça sera une finale avant l'heure. Ce match aurait pu être une finale de Copa América ». Sur la prestation de son équipe il a conclu en disant qu'il « n'avait pas de remplaçants dans cette équipe » avant de reconnaître « après le match d'aujourd'hui il nous reste un mal de tête difficile pour faire le onze pour vendredi ». Si l'adversaire n'est pas connu, une certitude, David Ospina postule à une place de titulaire puisqu’il rejoindra ses coéquipiers en début de semaine.