On connait désormais le nom du premier demi-finaliste de l'édition 2019. Après avoir buté sur la solide défense paraguayenne, le Brésil est parvenu à chasser ses fantômes du passé et se hisse dans le dernier carré.

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Le Brésil vainc sa malédiction

Par Marcelin Chamoin

Le Paraguay avait éliminé le Brésil de la Copa América en 2011 et 2015, à chaque fois en quarts de finale, à chaque fois aux tirs au but. Autant dire que les supporters brésiliens n'étaient pas sereins après 90 minutes qui ont accouché d'un 0-0 à l'Arena do Grêmio. C'est pourtant bien le Brésil qui obtient son billet pour la demi-finale à la suite d'un ultime tir au but de Gabriel Jesus.

La première mi-temps à Porto Alegre a été décevante, le Brésil manquant cruellement d'inspiration. Le milieu de terrain était inefficace, à l'image de Philippe Coutinho, qui ne parvient pas à prendre le jeu à son compte. Le Brésil se montrait rarement dangereux et l'occasion la plus nette de la première mi-temps était pour le Paraguay, Alisson détournant une frappe à bout-portant de Derlis González. Le Brésil revenait avec de meilleures intentions lors du second acte, une domination accentuée suite à l'expulsion de Fabián Balbuena. L'entrée en jeu de Willian permettait au Brésil de créer plus de danger, à l'image du joueur de Chelsea qui trouvait le poteau de Gatito Fernández. Le Paraguay fermait le jeu en espérant une séance de tirs au but, le Brésil venant buter sur le bloc paraguayen, passant sur les côtés pour repiquer dans l'axe, sans parvenir à frapper, l'état de la pelouse de l'Arena do Grêmio n'aidant pas non plus à pratiquer un beau jeu. Dans son jardin, Everton Cebolinha réalisait son match le moins convaincant de la Copa América, pas vraiment aidé par la prestation une nouvelle fois décevante de Roberto Firmino et Gabriel Jesus. Le Paraguay inquiétait même le Brésil grâce aux incursions de Miguel Almirón en contre-attaque. Après des coups francs de part et d'autre, l'arbitre chilien Roberto Tobar sifflait la fin de la seconde période. Pas de prolongations – elles ne feront leur apparition qu'en demi-finale, on se dirigeait alors vers une nouvelle séance de tirs au but entre le Brésil et le Paraguay. Alisson, ancien de l'Internacional, détournait le premier tir au but, tiré par le joueur de Palmeiras, Gustavo Gómez. Toutes les tentatives suivantes étaient réussies jusqu'à celle de Roberto Firmino, qui tirait à côté du but de Gatito Fernández. Le tir au but de Derlis González, joueur de Santos, prenait exactement la même direction que celui de Roberto Firmino et Gabriel Jesus avait l'occasion d'envoyer le Brésil en demi-finale. Toujours sans le moindre but dans la compétition, auteur d'un penalty raté contre le Pérou, l'attaquant de 22 ans ne tremblait pas et validait le ticket du Brésil pour le Mineirão, la Seleção pouvant désormais tranquillement patienter avant de connaître son adversaire, l'Argentine ou le Venezuela. Le Brésil va donc retrouver le Mineirão cinq ans après une autre demi-finale, contre l'Allemagne. De quoi briser une autre malédiction ?

La graine est plantée

Par Nicolas Cougot

Agresser et frapper en contre. Eduardo Berizzo avait annoncé un plan parfaitement rodé, le terrain lui a donné raison. Avec sa défense à cinq mais aux deux hommes de couloir capables d’aller chercher haut et son milieu à trois agressif comme jamais pour détruire toute tentative de construction adverse, le Paraguay a longtemps, très longtemps fait douter le Brésil. Au point que finalement, la meilleure occasion du premier acte était pour Derlis et qu’on ne voyait pas comment le Brésil pouvait faire sauter la muraille même au plus fort de sa poussée post-exclusion de Balbuena à l’heure de jeu, la Seleção butant sur un Gatito Fernández parfait quand elle ne manquait pas de justesse. Alors pour la troisième fois, le Paraguay a emmené le Brésil aux tirs au but. Mais pour la première fois, il est tombé. L’Albirroja n’a gagné qu’un seul de ses dix-neuf derniers matchs de Copa América (c’était face à la Jamaïque en 2015) et, à l’exception de la Copa Centenario, a toujours su se hisser en phase à élimination directe, la chute en quarts cette année étant son plus mauvais résultat. Subsiste pourtant une question : et maintenant ?

En conférence de presse d’après match, Eduardo Berizzo s’est déclaré « fier » de ses joueurs et reste persuadé « qu’aujourd’hui, mes joueurs se sont convaincus qu’ils peuvent vaincre n’importe qui ». Le souci est qu’il va falloir tout de même envisager montrer autre chose. Le plan de détruire le jeu adverse et contrer en utilisant l’incroyable capacité de percussion de Miguel Almirón peut sans doute fonctionner sur des coups, mais pas sur la durée. Berizzo dispose d’une « jeune génération qui veut écrire sa propre histoire » et ne cesse de rappeler qu’il « manque de travail, de connaissance des uns des autres et de préparation ». Autant dire que pour le Paraguay, les choses ne font que commencer.