On connait désormais trois des quatre demi-finalistes de l’édition 2019. Après le Brésil, l’Argentine se qualifie en éliminant un Venezuela qui l’aura parfois bousculé, alors que le double tenant du titre, le Chili, fait briller sa génération dorée.

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Argentine 2 – 0 Venezuela

L’Argentine rejoint le Brésil

Par Nicolas de la Rua

Dix minutes. C’est le temps qu’auront mis les joueurs de Scaloni pour ouvrir le score par son buteur Lautaro Martínez qui reprend d’une talonnade la tentative de Kun Agüero. Une entame de match idéale pour une sélection qu’on pensait mourante et qui a su contrecarrer les plans d’un Venezuela à la peine pour se montrer dangereux. L’avantage au score aidant, De Paul (le meilleur argentin encore) et les siens ont su faire preuve de maîtrise ne concédant aucune véritable occasion à leur adversaire durant ce premier acte, affichant même une certaine maîtrise. La copie aurait pu être parfaite si les contres argentins avaient trouvé meilleurs sorts. Une attaque qui a fait preuve d’envie et qui a multiplié les efforts bien que pas aider par un Leo Messi qui n’était que l’ombre de lui-même, accumulant les mauvais choix, les pertes de balles et proche de battre le record du monde du 50 kilomètres marche. Avec une défense en manque de repère, Scaloni ayant fait le choix de replacer Pezzella dans l’axe et de déplacer Foyth dans le couloir droit, les craintes d’avant match ne se sont pas envolées.

Malmené par l’ailier de la Vinotinto Darwin Machís, Juan Foyth a limité la casse. Si le défenseur de Tottenham s’est souvent fait éliminer en un contre un dans un premier temps, il a su se rattraper en imposant son physique, même si ses prises de risques auraient pu coûter un penalty à l’Argentine. Au retour des vestiaires la maîtrise argentine a laissé la place à l’incapacité de l’Albiceleste à ressortir un ballon proprement et, dans une moindre mesure, contenir son adversaire. On se dit alors que les fantômes d’hier sont prêts à ressurgir à tout moment et risquent de replonger la sélection en plein doute. Gêné par la vitesse de son vis-à-vis, Foyth doit régulièrement être soulagé par l’infatigable De Paul (aussi bon comme ailier qu’en huit). Si les assauts sur le but d’Armani manquent de tranchant ceux sur le portier adverse font mal. À un quart d’heure de la fin du match et sur un contre, Kun Agüero déclenche une frappe sèche sur Wuilker Fariñez. Le portier vénézuélien relâche le ballon (une faute de main inhabituelle pour ce très bon gardien) et permet à Gio Lo Celso (entré cinq minutes plus tôt à la place d’Acuña), plus prompt à réagir, d'inscrire le but de la qualification dans un but vide. Le Venezuela ne s’en remettra pas. Après avoir frôlé la correctionnelle en poule et alors que les choix de Scaloni nourrissent les débats, l’Argentine s’offre une demi-finale de Copa inespérée. Le prochain tour n’est pas simple pour la bande à Paredes (auteur d’un match solide face au Venezuela) qui va devoir affronter le pays hôte. Rendez-vous dans la nuit de mardi à mercredi (à 2H30) pour ce Superclásico de las Américas à Belo Horizonte qui promet.

Regrets éternels

Par Nicolas Cougot

Que reprocher à la jeune Vinotinto de Dudamel (le groupe le plus jeune du top 8) après son match face à la puissante Argentine ? De ne pas savoir être aussi efficace dans les derniers gestes ? Sans aucun doute. De s’être dangereusement exposée au fil des minutes ? Certainement pas. Passé le début de match totalement raté, les hommes de Dudamel ont ensuite pris le contrôle de la partie, le duo Rincón – Herrera a régné au milieu, organisant les offensives des leurs, s’appuyant sur un Rondón impérial dans ses duels et sur des couloirs, notamment celui de Darwin Machís (qui a fait vivre un calvaire à Foyth et aurait mérité d’obtenir au moins un penalty), le Venezuela a souvent pris le dessus dans le jeu, mais ne sait pas être aussi létal que cette Argentine-là. Car si la Vinotinto a su être parfois séduisante, poussée par le public brésilien qui n’a cessé de l’encourager, si elle a eu le ballon (59% de possession quand elle a tourné à 42% en moyenne au premier tour), elle n’est pas efficace dans les zones rouges. Que ce soit devant, où finalement Armani n’a été que trop peu inquiété (et a parfaitement joué son rôle quand il le fallait) et où elle a frustré grand nombre de ses supporters d’un soir (plusieurs fois les « mais tire ! » se sont fait entendre – deux tirs cadrés seulement au final pour les hommes de Dudamel quand l’Argentine en a cadré dix). Que ce soit derrière où à l’image (surprenante) d’une faute de Fariñez, elle s’est coulée toute seule.

Ne restent donc que des regrets, ceux d’avoir raté une marche, un moment qui aurait pu tout faire basculer. Et donc beaucoup d’amertume, comme en témoignent les propos de Dudamel après le match : « Celui à qui cela profite est le tournoi en lui-même. C’est mieux pour le spectacle que le Brésil affronte l’Argentine. Les Brésiliens doivent être contents et se frotter les mains d’avoir la possibilité d’éliminer leur rival historique », a ainsi déclaré le sélectionneur de la Vinotinto qui s’est aussi déclaré « amer » d’avoir encaissé le but si tôt dans la partie : « Si l’on veut nous améliorer, nous ne devons pas céder du terrain, gaspiller du temps face à ce type de rival que l’on respecte beaucoup. Nous avons beaucoup d’amertume et d’insatisfaction mais cela fait partie du chemin que nous devons suivre ». Des propos suivis par Tomás Rincón « nous avons mal débuté et cela nous coûte le match parce que nous avons manqué de personnalité ». Au Venezuela d’en tirer les enseignements qui s’imposent et alors, il sera un vrai candidat à Qatar 2022, son objectif principal.

Colombie 0 (4) – (5) 0 Chili

La Colombie craque de nouveau

Par Pierre Gerbeaud

Dix minutes et plus rien. Le vide total. Partie fort dans un match, dont le début a été retardé de vingt minutes en raison de l'arrivée tardive des Chiliens, la Colombie semblait enfin libérée dans un match où la défaite te renvoie à la maison. Puis elle s'est très (trop) rapidement écroulée. Et elle a subi les assauts de la Roja. Surtout en première période où les situations chaudes se sont multipliées sur le but gardé par David Ospina dont notamment une frappe de Vidal juste à côté. Et puis l'arbitre vidéo est intervenu une première fois pour annuler un but au double tenant du titre suite à une position de hors-jeu. Oubliée cette Colombie si froide capable de planter un contre chirurgical à l'Argentine. Oubliée cette Colombie si dominatrice contre le Qatar ou le Paraguay. Pas plus brillante devant mais nettement plus solide derrière, la deuxième période a été pauvre en occasion, un coup-franc de James dans le petit filet contre une frappe de loin tout d'abord et un lob en fin de match d'Edu Vargas, stoppés par Ospina et un but refusé à Vidal pour un contrôle de l'avant-bras. Sans prolongation c'est donc lors de la séance des tir-au-but que ce quart s'est joué. William Tesillo, le dernier tireur colombien n'a pas cadré sa tentative. Fin de l'histoire.

« La seule personne responsable de cette non qualification c'est moi ». La phrase est signée Carlos Queiroz dans la conférence de presse d'après match. Le sélectionneur portugais s'est justifié en disant que « les trente premières minutes nous avons eu la domination après nous avons perdu le contrôle du milieu de terrain. Il nous a manqué plus de maitrise dans les trente derniers mètres ». Difficile de lui donner tort sur la deuxième partie de son analyse. Le milieu colombien n'a tout simplement pas existé. Y compris ses cadres comme James Rodríguez ou Juan Guillermo Cuadrado. Wilmar Barrios a surnagé et a tenté de sortir le ballon mais sans réussite. Les statistiques sont criantes. À peine 40% de possession, et même pas 70% de passes réussies. Si le premier n'est pas si surprenant depuis que Queiroz est arrivé, le deuxième chiffre symbolise bien plus de choses, il est nettement inférieur à ceux vus lors de la phase de groupe. Pris en tenaille au milieu et totalement dépassé par l'agressivité de la Roja, notamment avec un excellent Erick Pulgar, le milieu colombien n'a pas existé. À commencer par ses cadres. James a été totalement invisible. Cuadrado n'a pas fait le match de sa vie non plus. Falcao a erré et n'a quasiment jamais été trouvé par ses coéquipiers, comme Zapata qui a pris sa place à un quart d'heure de la fin. Ce match était un test. Voir si avec un nouveau sélectionneur la Colombie pouvait enfin enchainer et s'imposer lors d'un match à élimination directe. Raté. Pire, après l'Argentine en 2015, le Pérou et le Chili en 2016 elle n'arrive toujours pas à marquer lors d'un match à élimination directe en Copa América. Dans cette génération dorée, certainement une des meilleures dans l'histoire du football colombien, le problème semble mental. Cette équipe s'est liquéfiée après le premier but chilien annulé et n'est plus jamais entrée dans son match. La présence d'un préparateur mental dans le staff du sélectionneur portugais est urgente. Le contraste avec son bourreau du soir est violent. Pas meilleurs individuellement, les coéquipiers d'Aránguiz arrivent à se transcender le jour J et ça fait toute la différence. La solution est dans les têtes. Avec la Copa América à la maison l'année prochaine et une finale qui, si cette décision est confirmée, se jouera à Barranquilla cette génération a une dernière chance de s'imposer un peu plus dans l'histoire du football colombien et de remporter un trophée dix-neuf ans après la seule consécration continentale.

Le retour de la génération dorée

Par Nicolas Cougot

La série de matchs amicaux disputés par le Chili sauce Rueda n’avait pas rassuré grand-monde. Les essais du coach colombien n’auguraient rien de bons. Jusqu’à sa liste et le retour en force de plusieurs membres de la génération dorée. Cette génération, dont les successeurs peinent à émerger continue de démontrer match après match de Copa América qu’elle reste plus que vivante.

À l’heure d’affronter la Colombie, la Roja savait qu’elle pouvait s’appuyer sur la solidité d’un Gary Medel, l’art du football d’un Charles Aránguiz et le danger permanent généré par un Alexis Sánchez qui réalise sans doute sa meilleure Copa América. Les trois ont évidemment été de tous les bons coups du Chili face aux Cafeteros, ils ont été rejoints par un Arturo Vidal retrouvé, semblant avoir laissé ses pépins physiques derrière lui. El Rey a marché sur le milieu de terrain, son impact permanent inhibant bien des tentatives adverses et son association avec le Principe Aránguiz et l’excellent Erick Pulgar ont fait de ce milieu à trois l’un des meilleurs de la compétition. Si la Colombie a parfaitement su perturber le jeu sur les côtés, parvenant à freiner les montées d’Isla et Beausejour, contrôlant Chapita Fuenzalida, si le duo Mina – Sánchez s’est montré impérial dans l’axe, notamment dans les airs, la génération dorée du Chili a su s’adapter et s’est finalement montré le plus dangereux au cours de la rencontre, marquant deux buts annulés par la vidéo, butant sur un excellent Ospina et se procurant ainsi les meilleures situations d’un match plutôt fermé.

Et sans surprise, c’est aussi cette génération dorée qui a pris ses responsabilités au moment de la séance de tirs au but, seul Pulgar, grand spécialiste de la chose, venant s’immiscer dans la liste. Et sans surprise, elle n’a pas failli. Après avoir été enterré suite à son absence à la Coupe du Monde 2018, après n’avoir guère convaincu lors des amicaux de préparation, le double tenant du titre se place dans le dernier carré de l’épreuve pour la troisième fois consécutive, chose qui n’était plus arrivée depuis le milieu des années cinquante.